Manifestations inexpliqués sur des lieux français

 


Avant-propos… et chats templiers

Daniel Réju s’était attaché à faire plusieurs enquêtes sur le sujet irritant des ‘manifestations inexpliquées naturelles ou surnaturelles’. Il ne prit quasiment jamais partie dans cette recherche afin de toujours présenter des dossiers exhaustifs aux lecteurs. Il s’appuyait, en la matière, sur ce que disait Jacques Chevalier, alors doyen de la Facultés des Lettres de Grenoble qui exposait que : « La croyance générale persistante aux fantômes et aux revenants semblait difficilement explicable si elle était dénuée de tout fondement réel. Il faut donc examiner impartialement les faits »…
C’est depuis ce chemin tracé qu’il s’est employé à conduire ses enquêtes sur le sujet. Nous retiendrons dans le chapitre ci-dessous, datant de 1970, en fin de texte une affaire liée aux chats… Certes le chat en matière de superstition est en place d’honneur, mais ici nous ne pouvons résister à ajouter, concernant ce félin domestiqué, que souvent on le retrouve dans des énigmes placées au sein de nombreux milieu religieux. Une race de chat particulièrement taillée pour la chasse aux rongeurs fut même adoptée par les Chartreux. Ces derniers, par une minutieuse sélection des sujets, en firent un animal performant bien adapté à la garde des greniers et réserves de denrées dans les maisons de l’ordre chartreux. Cet animal est si beau avec son épais pelage d’un gris irréprochable et unique, et l’intérieur de sa gueule d’une couleur violette bien particulière, qu’il fut vite adopté par de nombreux particuliers qui en font toujours un animal de compagnie recherché…
C’est ce chat qu’aurait donc croisé Philippe le Bel lors de la destruction de l’ordre des templiers à Auzon… Bien entendu ce roi, qui n’avait de ‘bel’ que son physique, avait peut-être de quoi s’inquiéter de cette rencontre pouvant préluder le paiement tout proche des ignominies qu’il venait de commettre envers les templiers. Mais nous ne voulons pas ici revenir sur ces iniquités, mais sur un fait concernant deux commanderies chères à nos attentions sur lesquelles nous travaillons actuellement. Il est curieux que dans ces deux implantations se soient trouvé deux sculptures identiques représentant, pour le même usage et emplacement architectural, une imposante tête de chat !!! Bien entendu… il ne saurait s’agir qu’un d’un simple hasard, nous dirons nos fidèles contestataires. Mais certainement !... répliquerons-nous, car le hasard fait si bien les choses qu’il n’est pas utiles de le forcer plus pour que ses actes deviennent, comme dans ce chapitre, d’importants témoins de l’irrationnel !

André Douzet

Affaires classiques jamais élucidées

Curieusement, les « fantômes classiques » sont bien moins nombreux en France que dans les pays anglo-saxons. Certains ont pu même écrire qu'ils « boudaient les demeures françaises ».
Il y a là une exagération certaine et on pourrait plutôt prétendre qu’en France on hésite à trop en faire état. Les apparitions de Mortemer, par exemple, n'ont rien à envier à celles de Windsor ou de Saint-Andrews ! D’ailleurs, l'affaire de l'antique abbaye normande ne constitue pas un cas isolé, car, d'autres ‘apparitions’ traditionnelles de ce type se sont manifestés sur notre territoire, en des lieux bien précis, indépendamment des propriétaires ou occupants de certaines demeures. Pour une raison indéterminée, ces fantômes se sont manifestés durant un laps de temps bien déterminé, puis ont disparu soudainement. Aussi ces affaires « classées » sont elles tout simplement en sommeil sans jamais avoir été élucidées.

Un revenant aussi charitable que susceptible

Un petit village angevin, que nous appellerons X, niché dans un vallon ombragé, possède en ses archives de bien curieux documents. Ceux-ci retracent l'histoire de trois prêtres réfractaires qui, lors de la Révolution, cherchent abri dans le château de X. L’image d'un moine leur apparait alors, et leur déclare en Substance : « Restez dans le château jusqu'à la nuit et vous serez sauvés. Mais si vous vous risquez dehors, vous serez massacrés » Avant de disparaître, l'apparition ajoute: «Je suis un moine condamné à errer jusqu'à l'instant où une personne brûlera, après l'avoir retrouvé, un tableau licencieux peint de ma main, »
Deux des prêtres, à la nuit, sortirent en dépit de l'avertissement. Ils furent tués, alors que le troisième, demeurant dans le château de X, fut épargné.
Le temps s’est écoulé et, il y a quelques années, l'ancienne propriétaire d’alors, put à son tour constater l'existence d’un phénomène étrange comme nous pouvons en juger. A cette époque, la jeune femme vit seule au château de X, et consécutivement à un accident, a momentanément perdu la vue. Logeant au premier étage, pour se rendre dans le parc, il lui faut descendre un escalier et traverser l’ancienne salle des gardes. Chaque fois qu'elle effectue ce tortueux trajet, une main invisible saisit la sienne et la conduit jusqu'à la porte.
Son mari, lorsqu'il vint habiter le château, quant à lui, ne croit pas plus au fantôme de X qu'aux fantômes en général. Un certain jour, alors que le couple joue au bridge avec des invités et que la conversation roulait sur le sujet, M. de C... affirme bien haut que même si le revenant mettait le feu au château, il n'y croirait toujours pas.
Il venait à peine de terminer sa phrase que la cuisinière accourait : un incendie venait d'éclater dans l'office... Les pompiers, rendus aussitôt sur les lieux, éprouvèrent d'énormes difficultés à maîtriser le sinistre dont l'origine ne fut jamais expliquée.
Un autre incrédule eut maille à partir avec le fantôme de X. C'était un jeune Parisien invité au château pour le week-end. Comme on l'installe dans la « chambre des amours » ayant la réputation d'être l'un des endroits de prédilection du revenant, et qu'on le lui fait remarquer, il ouvre la fenêtre et crie bien fort, par trois fois : « Fantôme, si tu existes, manifeste-toi ! » A cet instant précis, le pare-brise de sa voiture garée dans le part, juste sous la façade, vole en éclats. Evidemment il n’y a personne alentour et la scène se passe au milieu de l'après-midi.
L'affaire de X se révèle comme des plus intéressantes : documents historiques, légendes et témoignages contemporains se recoupent et s'enchaînent.

L'ombre bleue

Mme M. B... habite un vieux et imposant château crénelé aux environs de Saint-Rémy-de-Provence. Alentour, des champs et des vignes inondés de soleil composent un tableau évoquant fidèlement l'atmosphère si particulière à cette province, et que Van Gogh eût sans doute aimé peindre.
Mais sitôt refermée la lourde porte ornée d'une tète de lion eu bronze, une étrange sensation envahit le visiteur : la demeure semble le pénétrer d'un rayonnement humide et glacé, impliquant peut-être une présence invisible et quelque peu oppressante.
Il y a de nombreuses années, la fille de Mme M. B..., alors qu'elle joue dans le château, s'immobilise soudain devant un placard situé sous un escalier: « Là, il y a un trou » dit-elle. Intriguée à juste titre, sa mère fit desceller quelques pierres et découvre ainsi l'orifice d'une oubliette permettant vraisemblablement d'accéder à un souterrain menant jusqu'à Tarascon.
C’est peu après que la soeur de Mme M. K... assiste à un phénomène de hantise peu courant: «J'étais installée dans le grand salon, raconte telle. Soudain j'ai entendu un bruit étrange provenant de la bibliothèque. On aurait dit une boule de métal tournant autour de la pièce, en frôlant les murs. Me trouvant seule au château, je me précipite seule dans la bibliothèque, pour voir plusieurs volumes tomber d'un rayon à l'endroit précis où le bruit a cessé… précisément de l’autre côté de la porte donnant au pied de l'escalier, dans l'axe de la fameuse oubliette...»
Troublée par ce premier contact avec l'insolite, la jeune femme passe, alors de nombreuses soirées à guetter une seconde manifestation. Enfin, lors d'une de ses veillées solitaires, elle ressent une sorte de présence invisible. Se précipitant dans la bibliothèque elle a le temps d’apercevoir nettement une silhouette spectrale et bleutée qui s'évanouit aussitôt en quelques instants.
Une visiteuse passant un jour sur le balcon de la chambre de Mme M. B…, envahi de glycine et auquel on accède par un étroit couloir. Arrivée sur le surplomb la jeune femme s'évanouit au moment d’y poser le pied. Or, d'après la légende, un homme se serait suicidé en se jetant dans le vide depuis ce balcon.

Fantôme neurasthénique à Souvigny

On peut voir à Souvigny, bourgade de l'Allier où reposent les premiers ducs de Bourbon, une vénérable bâtisse du XVIIe siècle appelée le « Prieuré », en raison du fait qu’elle était la maison du prieur d'une importante communauté religieuse implantée là jusqu'à la Révolution.
Celle-ci fut, de 1956 à 1960, le théâtre d'étranges événements, alors relatés par la presse, et qu'étudia le professeur Robert Tocquet, éminent spécialiste du paranormal, membre de l'Institut métapsychique international, en son livre Médiums et Fantômes.
En juillet. 1956, Mme V... et ses deux fils, Jean et Gaston, alors respectivement âgés de 21 et 30 ans, s'installent au « Prieuré ».
Dans la nuit du 10 au 11 juillet, Mme V... dans sa chambre, dite « chambre du prieur », vient d'éteindre la lumière lorsqu'elle distingue, dans l'obscurité, la forme d'un moine recouvert d'un capuchon pénétrant lentement dans la pièce. La silhouette, haute d'un mètre cinquante, très mince, voire décharnée, semble faite d’une sorte de vapeur floue, incertaine et comme luminescente...
Le fantôme gagne la cheminée devant laquelle il tombe à genoux. Là, les mains jointes, il se prosterne trois fois avant de quitter la chambre par la porte d'un petit cabinet attenant.
Dans la nuit du 13 au 14 juillet, le moine fantôme se manifeste une seconde fois dans la « chambre du prieur », après en avoir ouvert doucement la porte. Il s'agenouille de nouveau devant la cheminée, frappe par trois fois de son front le parterre de marbre tout en se lamentant et implorant Dieu.
Puis se tournant vers Mme V... il s'adresse pour la première fois à elle en lui demandant ce qu'elle fait là. Mme V..., ne perdant pas sa répartie lui retourne la question. Le moine répond alors d'une voix profonde qu'il prie dans cette demeure depuis des siècles pour effacer ses péchés et réparer les torts qu'il a causés en tolérant des crimes commis au nom de Dieu et de la religion. Il évoque ensuite le souvenir d'un prisonnier enfermé dans un cachot situé à proximité du réfectoire du couvent… en demandant à Mme V... si elle lui a donné à boire... Il raconte enfin l'histoire de cet homme, mort de faim et de soif dans l’obscurité glacée de ce cachot, et, en faveur duquel, par lâcheté, il n'était pas intervenu...
Le spectre de Souvigny, en quatre ans, se manifeste de la sorte plusieurs dizaines de fois à la famille V... Un jour, il demande que la statue brisée d'une Vierge soit replacée dans sa niche, indiquant l'endroit exact où elle se trouve alors enfouie. Tel autre jour il apparait dans la bibliothèque ensoleillée, derrière la fenêtre de la « chambre du prieur », ou bien encore dans le hall où il disparait au beau milieu d'un mur. Parfois encore, il implore que les V... entreprennent des recherches pour retrouver des parchemins dont il refuse pourtant de révéler pas la nature.

Photo de l’autre monde

Enfin, Mme V... voit l’apparition pour la dernière fois un dimanche de mars 1960. Elle est seule au « Prieuré » et le rencontre dans le hall. La forme diffuse supplie Mme V... de le délivrer d'un carcan en réclamant des prières et de l'eau bénite. Il relate ensuite qu'il est mort sans le secours de la religion, assassiné par des reîtres qui lui avaient préalablement coupé les mains. Il avait ensuite été enterré avec d'autres religieux entre l'église et les bâtiments, près de l'endroit où, par lâcheté, il avait laissé périr le ‘prisonnier’.
Les deux bergers allemands de Mme V... gémissent craintivement durant un court laps de temps précédant les apparitions qui semblent les ‘sensibiliser’ peureusement. A la venue du fantôme, leur poil se hérisse et ils reculent en aboyant violemment. Jamais ils n'acceptèrent de demeurer de nuit dans la « chambre du prieur ».
En juillet 1959, le professeur Tocquet entre en contact avec Mme V... et lui suggère vivement de photographier et tenter de toucher le fantôme du «Prieuré».
Le 26 octobre de cette même année, Jean V... réussit à prendre une série de clichés de l'apparition. Il expédie aussitôt le film au professeur Tocquet qui le développe et obtint deux épreuves particulièrement nettes du fantôme à la robe de bure.
Un mois plus tard, alors qu'elle revient seule de Moulins, Mme V... se trouve face au fantôme dans l'escalier. Dominant son angoisse, elle monte jusqu'à lui et, de ses deux mains, traverse la silhouette au niveau de la ceinture. Elle déclare ensuite avoir ressenti un choc violent au même endroit de son corps suivi d’une sensation de froid glacial qui la suffoque, alors que l'apparition disparaissait peu à peu. Elle affirmera avoir eu la sensation d'avoir touché une sorte de brouillard glacial et gluant.
Aussitôt ses mains se mirent à la brûler intensément et à gonfler au point qu’il fallut scier ses bagues lui blessant trop les doigts
Un mois plus tard, Robert Tocquet, qui la rencontre, constate des traces de brûlure aux mains et une certaine enflure des poignets.

Les mystères de Nesles

Un certain nombre de municipalités n'aiment pas les fantômes et semblent prendre un malin plaisir à décourager les chercheurs… On ne sait trop pour quelle raison ? Ainsi en est-il de celle de Nesles, dans le Pas-de-Calais où se manifesta, en juin 1965, un autre fantôme nostalgique. D'après un article de France-Soir du 25 juin 1965, une forme blanche gémissante se serait montrée à un groupe de fillettes entrant dans l'église… L'apparition, à ce moment, sort d'un confessionnal. Deux autres apparitions suivent, puis plusieurs fois vers minuit diverses personnes entendent ne passant devant l’église des notes d'harmonium, lugubres et plaintives. Le garde-champêtre appelé à la rescousse, croyant à une plaisanterie, fouille minutieusement mais en vain l'édifice toute une journée durant. Or, toute celle affaire, d'après la mairie de Nesles, ne repose que sur « l'imagination d'un élève » qui, naturellement, avant de quitter la commune, et que son directeur d'école lui ait « remis les pieds sur la terre » et eut « recueilli ses aveux de mensonge ». Ce genre d’événement arrive si fréquemment, qu’on peut se demander, avec raison, s'il n'est pas bien plus facile de recueillir des « aveux de mensonge » que de tenter d'élucider un mystère dépassant notre entendement !
Reconnaissons en tout cas que le gamin de Nesles, pour susciter des formes blanches et jouer de l'harmonium à minuit dans une église close, sans que personne ne s'aperçoive ni de son absence au domicile de ses parents, ni de la supercherie, avait sans doute une imagination pour le moins... créatrice !

Le jeune homme à la gorge tranchée

An printemps 1965, une affaire spectaculaire éclatait en Normandie, ayant pour théâtre un château à Sahurs, dans une boucle de la Seine, une passé Rouen.
Manoir du XVvième siècle, Sahurs eut le privilège de recevoir Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, entreprenant un pèlerinage au cours duquel elle implore la grâce de concevoir un héritier à la couronne.
En 1962, Mme Bourgeat de Selva, achète le manoir. Dès ce moment, dans la chambre que la tradition situe comme étant celle d'Anne d'Autriche, il est désormais impossible de dormir. Le lit vacille sur ses pieds, les murs paraissent animés de vibrations, des bruits indéfinissables se font entendre pendant que les portes claquent sans explication...
La nouvelle propriétaire, professeur de français, loue durant les week-ends des chambres à des étudiants qui suivent ses cours.
Cinq d'entre couchant dans la chambre fatale, terrorisés y font des « songes » hallucinants. Tous voient apparaître l’image d'un jeune homme dont le cou porte une horrible blessure. Les jeunes gens situent tous l'apparition au même endroit : près de la cheminée.
Ils ne se connaissent pas, et ne s’étant jamais rencontrés, il leur était naturellement impossible d’avoir pu échanger la moindre impression… ce qui écarte ainsi l'hypothèse d'une autosuggestion en chaîne.
Un Néo-Zélandais, enfin, ancien pilote de la R.A.F., couche lui aussi dans la chambre d'Anne d'Autriche. II y entend des murmures lointains, mais en français, et dont, de fait, il ne peut comprendre la teneur. A son tour, il a l’effarante visite du jeune homme a la gorge tranchée.
Finalement le calme est revenu au manoir, spontanément et sans la moindre explication…

L’animal du diable

Le chat apparaît souvent au centre d'affaires de hantise.
Inutile d'évoquer de nouveau Coinbourg et ses fantômes chers à Chateaubriand, dont la découverte d'un cadavre de chat momifié dans la tour dite « du chat » justement fut l'aboutissement. Fort curieusement, G. M. Tracy rapporte un fait à peu près similaire : « Bien d'autres manoirs normands sont hantés: /.../ cet autre, adossé aux ruines du château de Guillaume le Conquérant, remarquable par le fantôme d'un chat miaulant en bête torturée. L’an dernier, ouvrant une brèche dans un mur pour agrandir une pièce, des maçons découvrirent le squelette d'un chat qui fut aussitôt enseveli dans un coin du jardin. Avait-il été emmuré vivant, sacrifié au cours d'une messe noire, ou encore d'une cérémonie démoniaque ? On ne sait, mais, apaisé par la pitié humaine, le chat ne jette plus son ombre ni ses cris désespérés entre les murs du manoir » (Miroir de l’Histoire n°101, page 602).
On pourrait méditer longuement sur le symbolisme du chat, surtout lorsqu'il est noir, et se demander quels mobiles purent bien pousser certains malades du cerveau à les conserver dans l’épaisseur d’un pan de mur de leur demeure.
Roger de Lafforest, quant à lui, avance une hypothèse qui pourrait fort bien avoir valeur d'explication : « Parfois, les cadavres servent de support magique à des malédictions plus précises et plus délibérées. La mémoire domiciliaire sera alors en quelque sorte violée par la présence (imposée à l'insu de tous) dans la maison d'un objet ou d'une charogne chargée maléfiquement à dessein pour nuire aux habitants : c'est un cadavre de chien, de chat, de poule, parfois d'enfant mort-né, qu'un mage noir aura imprégné de radiations nocives, et qu’il aura été enterré secrètement dans la cave ou sous la pierre du seuil. »
Suivant un processus analogue, des événements étranges se déroulent, en novembre 1967, dans un petit village de Meurthe-et-Moselle, Gorcy-Cussigny.
Cette fois, il s'agit curieusement d'un fantôme à tête de chat semblant, sans encombre, passer au travers des murs d'une maison, tout en semblant ricaner de manière démentielle. Ce genre d’effarantes apparitions eurent raison du sang-froid des locataires qui préférèrent déménager. Et désormais, fait étrange, plus personne à Gorcy-Cussigny ne veut évoquer l'histoire de ce curieux fantôme.
Plus surprenante encore, cette aventure que nous a relatée un cameraman de trente-huit ans, très au courant, des questions spirites : « J'étais en vacances dans un coin de Touraine surpeuplé pendant les trois mois estivaux. Un soir, nous étions couchés, un ami et moi, lorsque nous entendîmes des miaulements étouffés mais très nets. Nous nous endormîmes sans penser à chercher l'origine de ce miaulement. Seulement, quatre jours après, nous étions réellement inquiets : tous les soirs, nous entendions les mêmes miaulements. Et toujours en trois étapes, chacune d'entre elles étant trois miaulements successifs. Nous avons interrogé tous les voisins, le propriétaire de l'hôtel, mais il fallut nous rendre à l'évidence : nous étions les seuls à avoir entendu. Nous nous gardâmes bien d'en dire davantage : déjà nous étions devenus le pôle d'attraction de l'hôtel. Le sixième soir, nous étions couchés depuis à peine cinq minutes lorsque, dans la chambre complètement noire, sur le mur faisant face à mon lit, je vis une tête de chat phosphorescente. Je me frottai les yeux pensant que j'étais le jouet de la fatigue et de l'imagination. Pourtant, sur le mur, l'image persistait. J'allumai la lumière et cherchai un défaut sur le mur : rien que le papier peint, net et propre. Le lendemain, nous allâmes visiter une ancienne abbaye que le propriétaire, un mien ami, avait transformée en hôtel. Les caves en étaient immenses, et, hormis les premières, désaffectées. Un souterrain taillé dans la roche par les moines terminait les vastes celliers. Munis de torches électriques, nous nous engageâmes sous cette voûte à la recherche du je-ne-sais-quoi qui anime toujours les esprits dans ces cas-la. Nous avions marché peut-être une vingtaine de mètres quand un miaulement terrible nous cloua sur place. La roche formait des cavités ressemblant à des niches espacées irrégulièrement Nous nous dirigeâmes vers celle d'où semblait provenir le miaulement. Quel ne fut pas notre ébahissement de voir un chat énorme, couché tous poils hérissés sur un bloc de pierre rond, aussi gros qu'un pavé. Nous nous approchâmes avec précaution de la bête qui reculait : ce que nous avions pris pour un pavé rond était en fait un crâne humain parfaitement conservé. Mis au courant de ce fait, le propriétaire fit avec notre aide des recherches en présence des gendarmes. Un squelette entier fut mis à jour, un chapelet autour des poignets. Des feuillets qui semblaient provenir d'un missel se trouvaient à côté de lui. Il s'agissait d'un moine, sans nul doute. La structure particulière du sol à cet endroit avait permis une conservation parfaite des ossements, car, après recherche dans les archives, nous apprîmes que le fondateur de cette abbaye avait demandé à être enterré à même la terre sous son propre édifice... Et, chose étrange, ce moine, durant sa vie, avait toujours un chat près de lui, comme compagnon... »
Encore une affaire particulièrement fantastique dans laquelle le chat joue un rôle de tout premier plan...
Et déjà, peu avant 1307, Philippe IV le Bel, le « roi de fer », fut terrorisé, en la commanderie templière d'Auzon, par un chat noir surgissant de sous le maître-autel de la chapelle : il avait cru voir le Diable...

Daniel Réju