
Fantômes
Les amours de l’impossible
Dans le vieux cimetière de Château-Double, deux tombes surmontées
de croix de fer rouillées sont constamment garnies de fleurs des
champs.
Ce sont celles de François et de Josette, amants tragiques qui
se suicidèrent, un certain soir de 1936, en se jetant enlacés
dans un trou de la Naturby, le torrent qui coule à proximité
du village. Les vieux du pays racontent que le père de Josette
aurait dit qu'il préférait plutôt voir sa fille maudite
et en enfer que de consentir à un tel mariage.
C'est pourquoi les deux amants reviennent. Ils s'étaient promis
de se retrouver chaque soir près de ce torrent qu'ils aimaient
dans la vie comme dans la mort…
L’existence même des revenants
Les fantômes existent depuis toujours. On serait même tenté
de dire qu'ils font partie intégrante de l'âme humaine. En
dépit des religions et des civilisations, ils se maintiennent et
apparaissent régulièrement et universellement. Chimère
? Vue abusive de l'esprit ? On pourrait se demander à quel mobile
aurait obéi l'âme humaine en « inventant » les
fantômes... Même, et peut-être surtout, chez les hommes
qui croient en la survie. Beaucoup se sont penchés sur le problème.
Une grande question revient toujours : comment, par quel processus? Mais
ne serait-il pas plus essentiel, et plus rationnel, de se demander avant
tout : pourquoi ?
Certaines âmes, toutes les âmes même, à des
degrés divers, sont fascinées, attirées par l'angoissante
énigme de la mort. De nombreux peuples ont même été
jusqu'à la personnaliser. Mais par quel jeu de l'esprit, l'homme
peut-il concevoir à la fois un au-delà et un retour de l'âme
ou même du corps éthéré en un lieu donné,
inhérent à notre monde?
Pourtant les fantômes sont éternels. Ils existent, ne serait-ce
que dans l'esprit des hommes. Faudrait-il déduire de cette contradiction
qu'ils appartiennent à une réalité transcendantale
? « Les fantômes ont été créés
quand le premier homme s'éveilla dans la nuit. »
Le fantôme... Il a tué, il a souffert ou il a défié
les lois de l'Univers. Mais surtout il a vécu, il a existé
jadis, en tant qu'entité bien précise, en tant que spécimen
unique et il s'est attiré la colère du Ciel. Le fantôme,
d'une manière ou d'une autre, fut un révolté contre
les dieux ou les hommes. D'où son visage grimaçant, ses
yeux hagards, son désespoir...
Il ne fréquente que les lieux sinistres et solitaires, les landes
ou les clairières, les ruines ou les brumes, fuit le soleil pour
les nuits obscures. Toujours Satan est son maître. Il symbolise
les forces obscures et les dangers surgis de l'immensité et du
temps.
Rapide rétrospective fantomatique
Pline le Jeune, déjà, relate dans une de ses lettres les
mésaventures du philosophe Athenodore. Celui-ci avait acheté
à bas prix une maison à Athènes. Dès la première
nuit se manifesta un fantôme chargé de chaînes qui
renversa la table où travaillait le philosophe. Le spectre entraîna
ensuite Athenodore vers un coin du jardin puis disparut. A cet endroit,
on creusa le sol pour y découvrir un squelette qui portait encore
ses fers de prisonniers. Les phénomènes cessèrent
alors.
A Athènes toujours, la déesse Hécate errait de nuit,
aux carrefours de la ville, menant une meute de chiens fantômes
et escortée par une cohorte de spectres démoniaques.
Pausanias, le vainqueur à Platées en 479 av. J.-C, devait
sans doute devenir le plus ancien spectre connu. Ayant voulu, avec l'appui
des Perses, devenir le tyran de Grèce, il fut enfermé dans
un temple de Minerve. Longtemps, son esprit s'y manifesta, faisant un
grand vacarme et produisant des cris déchirants.
Au 11e siècle, Apulée, l'auteur de L'Ane d'or ou La Métamorphose,
écrivait : « Les Pythagoriciens étaient étonnés
toutes les fois qu'on prétendait n'avoir jamais vu d'esprits. »
Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, les chroniques, récits,
légendes faisant état de l'existence des fantômes
sont innombrables. Mais l'apogée du phénomène remonte
au XIXe siècle seulement. Vers les années 1850, Margaret
et Kate, les deux filles du Dr John Fox, « inventèrent »
le spiritisme en conversant avec un esprit qu'elles avaient irrévérencieusement
surnommé « Pied Fourchu ».
Technique, rationalisme et fantômes
Sir
Wiliam Crookes
Trente ans plus tard, Sir W. Crookes, une des plus grandes personnalités
scientifiques de son temps, inventeur entre autres du tube cathodique,
entreprenait trois ans durant une série d'expériences avec
un médium, Florence Cook. Celles-ci amenèrent la matérialisation
du fantôme d'une certaine Katie King, contemporaine de Cromwell.
« J'ai pu, écrit Crookes, la voir, la palper. » Le
savant tenta par maints rapports de persuader les milieux scientifiques
de l'authenticité de Katie King. Résultat : il sera radié
de l'Académie royale.
Et le 28 janvier 1900 éclatait la plus extraordinaire histoire
de fantôme que l'on puisse concevoir : quatre des sœurs du
pasteur Harry Bull aperçurent une silhouette blanche inconnue qui
marchait lentement sur les pelouses du presbytère de Borley. Après
vingt-huit ans d'oubli, l'affaire rebondissait avec l'arrivée d'un
nouveau pasteur, G. Eric Smith et de sa femme. Durant onze ans, les manifestations
les plus extraordinaires se déroulèrent à Borley
: des milliers de faits recensés dont le plus extraordinaire fut,
sans doute, l'apparition sur la pelouse d'un homme sans tête conduisant
une ancienne voiture à chevaux... Finalement, un incendie détruisit
complètement la « maison la plus hantée d'Angleterre
» le 27 février 1939, à minuit, sans que la cause
du sinistre puisse être clairement établie.
Tout notre XXe siècle « rationaliste » est truffé
de fantômes. Il serait fastidieux ne serait-ce que de citer les
noms des personnalités artistiques, littéraires ou politiques
ayant au moins une histoire de fantôme vécue à rapporter.
Prenons seulement, à titre d'exemple, un épisode particulièrement
curieux, étant donné les circonstances dramatiques dans
lesquelles il se déroula : Pierre Laval révéla, quelques
heures avant son exécution, que sa vie et ses actes avaient toujours
été influencés, sinon guidés, par le fantôme
d'un noble Castillan, Rodrigue de Villandrando et qu'il s'était
toujours conformé aux instructions de cet étrange conseiller.
Les manifestations de l'insondable sont innombrables en leurs variétés,
depuis les classiques « raps » jusqu'aux phénomènes
les plus inexplicables qui, parfois, ne se produisent jamais qu'une seule
fois, en un lieu bien déterminé.
Ainsi, ce cas d'une jeune Américaine, remontant à quelques
années : celle-là, tout en vivant dans le Wisconsin, hantait
une demeure française. Lorsqu'elle vint en France, elle découvrit
enfin cette maison à laquelle elle avait maintes fois rêvé
; voulant alors la visiter, trois personnes reconnurent la jeune femme
et la prirent pour le fantôme...
Feux, pierres et animaux
Plus courants, mais tout aussi inexplicables, les incendies « surnaturels
» et les jets de pierres — sèches ou brûlantes
— choisissent épisodiquement comme victime une demeure anonyme
que rien jusqu'alors ne désignait à l'attention générale.
Un certain jour, le feu éclate dans la cuisine ou le salon. Les
pompiers ne pourront pas déterminer les causes du sinistre qui
pourra se reproduire plusieurs fois de suite. Ou bien des blocs de pierre,
jaillissant de nulle part, viendront briser les volets, les vitres, et
même les meubles. Déjà en 550, semblable aventure
advint au diacre Helpidus, médecin du fils de Clovis.
Parfois, les fantômes prennent l'apparence d'animaux, en tout ou
en partie. Ainsi, en 1961, les nuits du petit village de Noailles furent
troublées par un fantôme qui apparaissait sous l'aspect d'un
grand lévrier blanc, tandis que le spectre de Gorcy-Cussigny était
un corps d'apparence humaine surmonté d'une tête de chat.
A Birmingham, le fantôme qui vint à bout du sang-froid d'un
habitant d'un cottage avait bien apparence humaine, mais il était
toujours accompagné du spectre de son chien.
Notre société, éprise de cartésianisme, attend,
dans n'importe quel domaine et — c'est pourtant paradoxal —
particulièrement dans celui du surnaturel, des preuves bien précises
et bien matérielles.
Ce sont les tenants de la « logique » qui réclament
ces preuves dès que l'occasion s'en présente — débats
de télévision par exemple. Or, chaque fois qu'une «
preuve » est produite, ces mêmes logiciens s'empressent de
la réfuter.
Quelle preuve plus irréfutable que le fantôme ? Si de semblables
documents ne peuvent faire admettre indéniablement l'existence
de fantômes « classiques », ils constituent néanmoins
des témoignages indiscutables de l'existence d'un phénomène
de « matérialisation », de quelque manière qu'il
puisse se produire.
Des preuves techniques et documentaires
Harry
Price
Or, de semblables documents existent.
En 1934, Harry Price, journaliste et chasseur de fantômes qui s'illustra
particulièrement lors de l'affaire du presbytère hanté
de Borley, fut appelé dans une demeure hantée. Le fantôme
se manifestait la nuit, dans la bibliothèque essentiellement. Price,
repérant les lieux, prit des photos dans cette pièce. Lorsqu'il
développa son film, il s'aperçut qu'une silhouette tenant
un journal occupait un des fauteuils au centre de la bibliothèque.
Aux dires des spécialistes, aucun trucage n'était possible.
En juillet 1966, un jeune Anglais réussit à photographier
le spectre d'un moine agenouillé devant l'autel de l'église
de Woodford, dans le Northamptonshire. Le fantôme n'apparut qu'au
développement du négatif. Or, il n'y avait personne dans
l'église lorsque le jeune homme avait pris la photo. Là
encore, d'après le technicien qui étudia le film, pas de
trucage, de défaut ou de tache de lumière.
Aux Etats-Unis, en 1967, à plusieurs reprises, un certain Georges
Shuts apparut à son gendre sur l'écran de télévision,
et ce sur toutes les chaînes simultanément. La police photographia
ce spectre peu banal.
La même année, un ectoplasme apparaissait à Gimsby
sur un écran de télévision, intérieure cette
fois, devant six personnes stupéfaites et incrédules. Il
s'agissait d'une tête hideuse et grimaçante, celle d'un homme
ayant jadis habité la maison. Elle se manifestait dans une chambre
du premier étage. Un ingénieur électronicien vérifia
ce circuit de télévision intérieur : celui-ci fonctionnait
parfaitement.
En fait, ici, le rationalisme est complètement dépassé.
Créé pour l'homme du XIXe siècle, il ne peut plus
répondre aux besoins de celui du XXe siècle qui vise à
la fois l'infiniment grand et l'infiniment petit, le cosmos et l'atome.
Néanmoins, la science officielle veut là encore tout expliquer,
les fantômes comme les autres manifestations de l'insondable. Pour
ce, elle dispose d'une gamme infinie de détecteurs, amplificateurs
et autres appareils qui ne pourront jamais être que limités
: comment avoir la prétention de mesurer ce qui par son essence
même est infini, intemporel et indéterminé dans le
temps et dans l'espace ?
Sciences et occultisme
La science cherche à apporter une solution rationnelle à
une donnée qui ne l'est pas. Elle ne peut donc qu'échouer.
Sans aucun doute, un pourcentage très élevé des cas
de hantise ne relève que de causes naturelles : canalisations sonores
amplifiant le bruit du vent ou des déplacements d'insectes, travail
des charpentes dû aux variations de température, «
feux follets » issus en fait de gaz de décomposition portés
à incandescence au contact de l'air, figurent parmi les plus répandues.
De même, au phénomène pathologique dit à «
image eidétique » — les centres visuels du cerveau
restituant vers la rétine des images enregistrées parfois
plusieurs années auparavant — sont imputables bon nombre
de témoignages favorables à des manifestations spectrales.
Mais il ne faut pas pour autant en déduire que le fantôme
est l'effet d'un état pathologique, pas plus que le résultat
d'un espoir ressortant de l'inconscient avide d'y trouver une preuve de
survivance.
L'opinion opposée des occultistes est bien connue : les esprits,
après la mort, se retrouvent en un espace X, attendant on ne sait
trop quelle renaissance. Les fantômes n'auraient pu atteindre cet
espace, expiant ainsi une quelconque faute commise de leur vivant.
… elles n’en sortiront jamais !
Pour certains autres essentiellement monothéistes, le phénomène
s'explique encore plus simplement. Le Diable se trouve à l'origine
de toutes les manifestations paranormales : il s'emploie ainsi à
tromper les hommes, à les induire en erreur afin de les détourner
de leur route pour des espoirs fallacieux... Un de nos plus grands neuropsychiatres
actuels, après avoir développé cette théorie
sur les pièges du Malin, n'a pas craint d'ajouter avec sérieux
: « Mes meilleures histoires de possession démoniaque ont
pour cadre des monastères. Elles n'en sortiront jamais. »
Peut-être, finalement, existe-t-il dans l'Univers une force surpuissante,
inconnue de notre conscient, celle qui est à l'origine de toute
existence et de toute vie ? Par le biais des manifestations « paranormales
», ne chercherait-elle pas tout simplement à prouver son
existence, en choquant notre compréhension, en démolissant
notre entendement, en brisant notre cartésianisme et nos étroites
structures mentales?
Ainsi, peut-être pourrions-nous communiquer avec Elle et, la sentant
vivante en nous, participer à son œuvre.
Note de la rédaction
Ainsi, une fois encore,
s’exprimait D. Reju en matière de manifestations fantomatiques.
Sujet délicat, s’il en est un à aborder, si on veut
rester dans des considérations respectueuses hors des effets à
fortes sensations de grand spectacle.
Souvent, le commun hausse les épaules ou sourit avec complaisance
ou compassion. Certes, il y a souvent matière à rester perplexes
dans certaines circonstances difficiles à admettre. Et pourtant…
et pourtant, qui d’entre nous n’a jamais entendu rapporter
un récit par un parent, un proche digne de foi… un récit
mentionnant un fait troublant car inexplicable rationnellement. En fait,
quasiment chacun, un jour, une fois au moins, s’est entendu raconté
de genre de chose… quand nous-mêmes avons été
confrontés directement à un phénomène inexplicable!
L’opinion personnelle est respectable et on croit ou on ne croit
pas. Cependant il semble que l’Homme, depuis les temps les plus
reculés, se soit trouvé face à des faits inexplicables.
Autrefois, on ne riait pas en entendant ce genre de chose qui était
quasiment ‘monnaie courante’. Aujourd’hui, il n’en
est plus de même. La science, se voulant rationnelle, écarte
d’un large revers de manche ce qu’elle ne peut expliquer…
c’est surtout plus simple et plus rapide que de faire sien le phénomène
des « étoiles de midi ». Mais à mieux écouter,
on s’aperçoit que la persistance du phénomène
se maintient toujours. Certes, on peut voir, ébahi, une émission
télévisée aux heures de ‘grande écoute’
nous montrer des images tournées sur site dépassant notre
entendement. Que faut-il croire ou non de ces séquences souvent
prises sur le vif, à l’authenticité parfois difficile
à nier.
Les manifestations se poursuivent à la même fréquence,
n’en doutons pas. Pourtant, en nos temps où l’écoute
des autres se referme lentement mais inexorablement, il semble certain
que ces ‘forces’ qui frappent à notre attention ne
faiblissent pas, voire s’amplifient.
Pourquoi ce choix de sujet dans les colonnes de France Secret ? Et bien
c’est tout simplement en raison du fait que souvent les sites émaillant
précisément cette France Secrète sont souvent le
théâtre de manifestations surnaturelles. Dissocier les lieux
sur lesquels souvent notre Histoire s’est écrite officiellement
et certaines présences qui nous dépassent reviendrait sans
doute à trancher faits et causes… tête et corps…
D’ailleurs, nos historiens, en ce cas avec une prudente distance,
nous rappellent une ou deux anecdotes du genre hâtivement classées
dans le rayon ‘folklore et superstition’… sans pour
autant tenter d’effacer ces aspects.
A mieux regarder notre époque, il nous faut convenir, sans doute
avec soulagement, que le domaine derrière le miroir, si cher à
monsieur Jean Cocteau, est loin de s’éteindre. Et au cas
où, un jour catastrophique, l’image viendrait à ne
plus passer la glace, il serait à craindre que notre humanité
soit en train de sombrer dans les ténèbres et le néant.
Daniel Réju pensait que ce jour de « fin de réceptibilité
» précéderait précisément l’arrivée
du premier Cavalier de l’Apocalypse… et il ajoutait : «
puisse jamais se faire que nous n’entendions, non plus la présence
d’un… fantôme ou autre, mais ce galop se rapprocher
de nous irrémédiablement ». Et nous de partager son
opinion et ses espoirs.
Cependant, vous avez peut-être été témoin de
ce genre de faits et souhaitez qu’il ne passe pas aux oubliettes
comme tant d’autres éléments inexpliqués. En
ce cas, vous pouvez nous joindre ou nous envoyer votre témoignage,
un document, un fait… nous nous ferons un devoir de l’ajouter
à ce chapitre selon vos conditions.
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