
La Vierge Murée
Nous sommes en 1927…
L'archevêque de Rouen vient de procéder à une cérémonie
des plus rares. Dans l'église d'Etoutte-Ville, petite commune voisine
d'Yvetot, (Seine Inférieure), il a rendu au culte une antique statue
de la Vierge - Mère dont l'art raffiné se rattacherait,
d’après les experts, à la fin du quatorzième
siècle. Des bouleversements dans la liturgie, des caprices de la
mode en matière de statuaire, la crainte de la folie révolutionnaire
qui se profile peut-être, l'ont faite murer vers 1786. Il fallut
de curieux incidents pour la faire redécouvrir au cours de récents
travaux.
Une petite fenêtre bouchée dans le pignon extérieur
intriguait le curé de la paroisse. Il se doutait que cette ouverture
condamnée cachait quelque chose. Selon son désir, l'architecte
fit déposer le grand tableau dont s'ornait le retable du maître-autel.
Sur la muraille lisse, on remarqua un petit orifice fait, semble-t-il,
à dessein, à travers lequel on aperçut des éléments
de polychromie. A peine quelques briques furent-elles enlevées
qu'apparut une Vierge admirablement conservée.
Elle avait été murée avec un étrange respect
; les briques étaient taillées pour éviter toute
épaufrure aux parties saillantes ; aussi, sans lui apporter aucune
retouche, il fut possible de rendre au culte cette effigie de taille humaine,
sans diadème, les cheveux dorés, les yeux bleus, la robe
pourpre sous le manteau bleu verdâtre attaché aux poignets
et dont les lourds plis ourlent de leurs larges méandres le socle
où s'appuient ses poulaines.
Aucun document n'en porte trace aux archives de l’évêché
ou aux archives départementales, mais le style des draperies, du
visage et des mains, comme les cassures harmonieuses des étoffes,
permettent d'attribuer à la fin du quatorzième siècle
ce témoin statuaire remarquable, récemment classé
au nombre des monuments historiques. Bien des musées envient la
petite commune du pays de Caux de posséder un morceau de conservation
si remarquable, grâce à la pieuse précaution de paroissiens
qui, jadis, avaient ménagé un orifice, pour permettre à
leur statue vénérée de continuer à «
respirer », depuis sa prison, l'air de l'ancien prieuré placé
sous son vocable.
Ce texte, extrait d’un compte rendu de Pierre CHTROL, a été
publié dans un bulletin de ‘L’illustration’ de
1928. Nous ne disposons d’aucun élément supplémentaire
en ce qui concerne cet ancien prieuré dans les vestiges duquel
cette statue fut retrouvée… Tout élément pouvant
nous être fourni (photos ou documents) seront les bienvenus et nous
permettront de faire un peu plus de lumière sur cette remise à
jour… miraculeuse.
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