
L'aventure au trésor : les magots de France
Il ne se passe pas beaucoup de semaines sans que la presse ne relate la découverte
d'un trésor sur le sol de France. C'est le coup de pioche d'un
maçon dans le mur d'une vieille ferme, la charrue d'un laboureur
dans un champ, l'heureuse découverte d'un enfant jouant dans des
ruines, et roulent les pièces d'or et tintinnabulent les pierreries
qui dormaient depuis des siècles.
En effet, la France occupe une toute première place dans la chasse
mondiale aux trésors. Elle doit cette place privilégiée
à son passé tumultueux où, tout au long de son histoire,
se sont succédées invasions, révolutions et guerres
civiles.
Une cassette de diamants
A la limite de l'Alsace,
des Vosges et de la Lorraine s'étendait jadis le fief des puissants
comtes de Dabo, pays de forêts, d'eaux vives et de brumes.
Lors de la guerre de Trente ans, les seigneurs de Dabo prirent le parti
de la France et guerroyèrent à ses côtés. Mais,
sitôt après le traité de Westphalie, ils refusèrent
de prêter hommage à Louis XIV et se réfugièrent
en Palatinat.
Leur forteresse réputée imprenable, le puissant Dagsburg,
fut occupée par un seigneur pillard de Rhénanie, surnommé
« le Prince Noir », qui en fit son repaire. Celui-ci amassa
au Dagsburg un immense butin provenant du pillage de châteaux voisins
et de rapines aussi nombreuses que variées, pendant que se balançaient
à l'immense gibet du Schaeferhof les corps de tous ceux qui avaient
osé s'opposer à lui.
Mais le « Prince Noir » n'était pas un simple brigand
dépourvu de toute envergure. Son ambition et son audace le poussèrent
à traiter avec Guillaume d'Orange : la bande harcellerait les troupes
françaises et gênerait leurs communications. Pour prix de
cette alliance, le brigand devenu franc-tireur reçut une énorme
quantité de diamants bruts.
Toutefois, en 1679, le colonel français de Bois-David vint mettre
le siège devant le Dagsburg dont il parvint, après maints
efforts, à s'emparer. Les brigands furent passés au fil
de l'épée et le « Prince Noir » mis à
la torture. Car les Français, s'ils avaient récupéré
le trésor en or et le butin des pillages, ne parvenaient pas à
découvrir la fabuleuse cassette aux diamants...
Aucune parole ne sortit de la bouche crispée du « Prince
Noir ». Mais lorsque, épuisé par les supplices, il
sentit qu'il allait mourir, il trouva quand même assez de force
pour s'écrier : « Maudits soient ceux qui toucheront à
mon trésor ! » Puis il expira.
Depuis, bien des chercheurs ont tenté de récupérer
les diamants maudits du « Prince Noir ». Et beaucoup ont trouvé
la mort dans des circonstances demeurées mystérieuses...
La cassette de diamants, d'après des observations et suivant certains
renseignements se recoupant, se trouverait dans une vaste salle souterraine,
nœud d’un véritable réseau de galeries.
Dans une cave à champagne
A
Reims, une célèbre marque de champagne
utilise comme caves d'anciennes crayères creusées par les
premiers chrétiens et par-dessus lesquelles fut jadis construite
une des plus importantes abbayes de la ville, l’abbaye bénédictine
de Saint-Niçaise. Or, à la Révolution, les Sans-culottes
envahirent l'abbaye qu'ils saccagèrent et dont ils massacrèrent
les moines. Mais ils ne purent mettre la main sur le trésor amassé
depuis des siècles par les Bénédictins. Celui-ci,
sans doute, se trouve toujours dans une chapelle secrète du sous-sol
dans laquelle les moines se rendaient jadis une fois l’an pour une
mystérieuse cérémonie.
Les trésors sont nombreux en Flandres : trésors gallo-romains,
de l'époque médiévale et du XIIIe siècle.
Lors de la guerre dite de « dévolution », Louis XIV
entame une campagne-éclair en Flandre espagnole. Le 9 juillet 1667,
l'armée française se présente devant Orchies que
les Espagnols abandonnent sans même tenter de combattre.
Toutefois, s'ils fuyaient la riche cité flamande, les Espagnols
entendaient bien y revenir un jour. Aussi cachèrent-ils dans des
souterrains reliant entre elles, par en dessous les remparts, les portes
de la ville, les trésors de la garnison, plusieurs coffres, qui
contenaient, en outre, les biens personnels du baron de Lutberg, gouverneur
militaire d'Orchies. Hélas pour eux, les Espagnols ne revinrent
jamais à Orchies.
De l'enceinte primitive de la ville, il ne reste aujourd'hui qu'une tour,
« la Tour à Diables ». L'exhaussement du sol a été
important au rez-de-chaussée de cette tour, ensevelissant toute
trappe ou entrée de souterrain. Toutefois, a priori, il ne serait
pas trop malaisé d'entreprendre des fouilles afin de retrouver
un moyen d'accès à ces souterrains recelant les trésors
espagnols.
Le château de Nantouillet, en Seine-et-Marne, appartint, à
la Renaissance, au chancelier Antoine du Prat.
Économiste et financier, celui-ci avait amassé une immense
fortune. Il serait question, avancent certains, d’une tonne d'or…
qu’on ne retrouva pas à sa mort. Les dernières années
de sa vie, le chancelier résida à Nantouillet et c'est vraisemblablement
là que se trouve la cachette de son mirifique magot.
Un autre château, dans la Sarthe, le château de Malicorne,
abrite un trésor d'un type peu commun : il s'agit, assure la tradition,
d'une émeraude « de la taille d'un cœur humain ».
Mais peut-être plus vraisemblablement pourrait-il s'agir d'une émeraude
taillée en forme de cœur. Quant à l'origine de ce romanesque
magot, elle est fort controversée. Pour certains, l’émeraude
fut cachée durant la guerre de Cent Ans, le château ayant
eu à soutenir deux sièges ; pour d'autres, elle constitue
une pièce de choix du trésor des Choiseul-Praslin, propriétaires
du château sous la Révolution.
Le caveau secret de Gilles de Bretagne
Ce Gilles, frère
cadet de François Ier, duc de Bretagne au milieu du XVe siècle,
vivait en marge de son temps car au pouvoir et à la guerre, il
préférait les plaisirs, les arts et la poésie.
Alors que son frère était l'allié du roi de France
contre les Anglais, Gilles avait gardé de plusieurs séjours
à Londres une connaissance parfaite de l'anglais, de nombreux amis
et l'amitié du roi Henri VI.
A la mort de son père, n'ayant reçu en héritage que
deux petits fiefs, Ingrandes et Chantocé, Gilles, mécontent,
quitta la cour de son frère pour enlever Françoise de Dinan,
une orpheline de dix ans, héritière du plus puissant fief
de Bretagne, et l'épouser.
Tous deux se réfugièrent en la forteresse du Guildo qui
appartenait à Françoise.
Là, entourés d'une bande d'amis, pour la plupart des nobles
anglais, avec seulement une petite garnison d'hommes d'armes, Gilles et
Françoise menèrent pendant quelques années une vie
agréable et insouciante, de festins et de fêtes, de danses,
de musiques, de chasses bruyantes et joyeuses.
Toutefois, l'animosité entre Gilles et son frère le duc
ne cessait de croître. Il y eut une entrevue au château de
Rieux et François reprocha à Gilles l'enlèvement
de Françoise de Dinan.
Il produisit ensuite une lettre signée de son cadet et adressée
à Henri VI, tombée entre les mains du duc, par laquelle
Gilles de Bretagne mettait ses places fortes à la disposition du
roi d'Angleterre.
Les deux frères se quittèrent en ennemis.
Gilles de Bretagne avait-il vraiment l'intention de s'allier aux Anglais?
Suivant son caractère, c'est peu probable. Toujours est-il que
François Ier prit peur, ou qu'il voulut simplement en terminer
avec son frère : il fit appel à Charles VII et se plaça
sous sa protection.
Le 26 juin 1446, quatre cents cavaliers français commandés
par le capitaine de Brézé s'emparaient de la personne de
Gilles au Guildo.
Remis aux hommes du duc de Bretagne, Gilles fut alors traîné
de forteresse en forteresse : Coatquen, Moncontour, La Hardouinaye enfin,
où il devait connaître une fin tragique : Olivier du Meil,
gouverneur du château, le fit étouffer dans son cachot, entre
deux matelas.
S'ils saccagèrent Le Guildo après s'en être emparé,
les Français ne purent trouver le trésor de Gilles, plusieurs
coffrets d'or au minimum, dissimulés quelque part en son château.
Ils durent se contenter des bijoux de Françoise de Dinan, son épouse,
ce qui n'était somme toute pas si mal si l'on en croit Bertrand
Robidou : « On vit flamboyer sous les plafonds obscurs des salles
gothiques les trésors et pierreries de Françoise de Dinan
: tissus et chaînettes d'or, rubis enchâssés dans le
même métal, joyaux aux perles pendantes, joyaux en forme
de fleurs avec des ciseaux de perles couronnées de diamants, écharpes
de toutes couleurs émaillées et frangées d'or, etc.
»
L'hypothèse la plus valable est celle selon laquelle le trésor
se trouverait dans un caveau secret ouvrant sur un souterrain du Guildo.
Or, il existe une maison dans le bourg qui conserve les caves d'un ancien
couvent à l’emplacement duquel elle est construite.
De ces caves part un souterrain, actuellement obstrué, en direction
du Guildo. De ce point de départ, il serait relativement aisé
de parvenir jusqu'aux ramifications souterraines de la forteresse où
se trouve, sans aucun doute possible, le trésor de Gilles...
Un autre Gilles, infiniment plus célèbre, avait pour résidence
principale le château de Tiffauges, en Vendée : Gilles de
Rais, qui servit à juste titre de modèle à Perrault
pour son « Barbe-Bleue ».
Chacun connaît ce sinistre personnage qui sacrifia des dizaines
et des dizaines d'enfants -Michelet, quant à lui, estime plus modestement
le nombre des victimes à cent quarante- à des rites sataniques.
Toutefois, à la lumière d'études toutes récentes,
la personnalité de ce Gilles de Rais apparaît autrement complexe
et déroutante que ce qu'en a retenu l'histoire officielle. Mais
il n'entre pas dans notre propos d'investiguer sur la nature réelle
de l'ancien compagnon de Jeanne d'Arc… Cette tâche revient
à l'histoire parallèle.
Ce que l'on ignore davantage, par contre, serait que ce Gilles de Rais
possédait une immense fortune et que, pour l'abriter, il avait
aménagé plusieurs cachettes dans ses multiples châteaux,
particulièrement à Tiffauges, celui qu'il affectionnait
le plus.
Gilles de Rais fut étranglé puis brûlé dans
une prairie de Nantes. Ses cachettes demeurent.
Partez pour l’aventure
Tels sont quelques-uns
des plus intéressants parmi les trésors de France les moins
connus. Mais il en est quantité d'autres, dispersés dans
chaque région où vous amènera le grand dispersement
des vacances. Partout vous pourrez tenter votre chance et, pour le moins,
vivre des journées de rêve et d'aventure.
En Normandie, il y a, à Toutainville, le trésor de Pevrel
de Nottingham, à l'emplacement de son ancien château du Vau
Liou et celui des nonnes de Trévières, assassinées
au XIVe siècle, qui se trouve vraisemblablement dans une de leurs
sépultures.
Les trésors des guerres de religion abondent en Maine et Loire
: le plus fameux se trouve près d'Auverse, dans une crypte secrète
en forme de croix.
Nombreux trésors en Limousin, dont celui de Châlus, qui fut
cause de la mort de Richard Cœur de Lion, venu dans l'intention de
l'enlever par les armes au seigneur du lieu.
Autre trésor de la guerre de Cent Ans à Belin, près
de Bordeaux, dans les ruines du château : celui du Prince Noir,
duc de Galles, en or et argent, qu'il s'apprêtait à utiliser
pour lutter contre Charles V.
En Dordogne, sous les ruines du château de Miremont, un faisceau
de souterrains aboutit à une chambre pleine d'or.
Dans les Alpes, on trouve les trésors de Mandrin, à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs,
à La Balme-les-Grottes, à Magland, dans le bassin de Rumilly,
et le coffret de pierreries du trop célèbre baron des Adrets
à La Frette.
Profusion de trésors dans les châteaux ruinés du Bourbonnais,
entre autres à Montmorillon celui de Philippe de Guillard, faux
monnayeur et pillard, à Chantelle celui du connétable Charles
de Bourbon qui passa à Charles-Quint, à Montgilbert celui
de Rodrigue de Villandrando, chef de bande et compagnon de Jeanne d'Arc.
Un trésor datant de l'invasion des Suédois dans la «
Grotte au Trésor » près de Combes, en Franche-Comté,
et dans le Jura, à Château-Chalon, le trésor des Abbesses,
caché à la Révolution dans un labyrinthe de souterrains.
Et bien d'autres encore dont vous pourrez avoir le plaisir de découvrir
l'existence en fouillant l'histoire locale ou en écoutant les récits
populaires dont les paysans se souviennent encore.
Daniel Réju
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