
Le spiritisme comme solution ?
Ce récit
est rapporté par l’auteur D. Réju, bien connu pour
ses recherches assidues sur le passé de l’Ordre du Temple
et les étranges zones d’ombres entourant sa disparition.
Pour le 700ème anniversaire commémorant la lâcheté,
la fourberie et la cupidité qui engendrèrent la chute de
l’Ordre, nous présentons une série de trois articles
particuliers dont celui-ci est le second. Souvent, nous avons fait appel
aux travaux, souvent uniques, de cet écrivain journaliste.
Il nous a semblé, pour une fois, intéressant de présenter
un aspect inédit de ses enquêtes sur nos colonnes. En effet,
Réju avait été mis en contact avec une personne réputée
pour ‘percevoir’ certains phénomènes liés
à la disparition de l’Ordre du Temple. C’est une partie
de ce reportage que nous choisissons de relater ici…
Nous rappelons que cette expérience a été réalisée
avant 1990. Il est donc logique que certains événements
ou personnages paraissent peut-être quelque peu paradoxaux.
— Etes-vous Geoffroy de Charnay ?
— Non...
— Etes-vous Hugues Payraud ?
— Etes-vous... Jacques de Molay ?
— Oui...
Et la voix ajoute :
— Je vois une croix blanche ici...
Cela se passait par une belle nuit d’août, brumeuse mais baignée
de lune, dans un antique manoir du Vexin normand. Dans la grande salle
du premier étage, une immense pièce aux petites fenêtres,
presque vide de mobilier, dans laquelle les lumières ont été
éteintes et, à cet instant où la lune reste masquée
par les nuages, l'obscurité règne dans la pièce.
Un homme s'écroule en transe, sur une banquette de chêne:
c'est P. M…, d'Epernay, reconnu au festival de la Magie comme le
« plus grand médium du siècle », à l'issue
d'expériences de spiritisme réalisées en privé
particulièrement étonnantes. Plutôt petit, mince,
avec un visage nerveux et un regard ardent, l’homme - que le professeur
Robert Tocquet, éminent spécialiste des Sciences paranormales
tient pour présenter « les caractéristiques de très
grands médiums » - doit établir un contact avec les
Templiers. Mais, en pénétrant dans la grande salle, il l'ignore
totalement et ne l'apprendra que l'expérience terminée,
ce qui écarte absolument la moindre possibilité de supercherie.
Une fois le médium concentré et le contact établi,
il importait alors de déterminer la personnalité exacte
de l'entité s'exprimant par son intermédiaire. Ainsi vint
la stupéfiante réponse : Jacques de Molay.
Deux autres expériences suivirent celle de Normandie, au domicile
même de P. M…, à Epernay. A la lumière de ces
trois séances, on peut sans doute reconsidérer dans son
ensemble toute l'histoire de l'Ordre du Temple et de sa disparition.
TROIS BUCHERS POUR CLORE LE DRAME
Le
18 mars 1314, trois bûchers sont allumés sur un îlot
de la Seine, destinés au supplice de dignitaires de l'Ordre : Geoffroy
de Charnay, Commandeur en Normandie, Jacques de Molay, dernier Grand Maître,
et un troisième personnage dont l'identité est toujours
demeurée douteuse.
Inutile de retracer la sinistre histoire dont cette triple exécution
constitue l'épilogue, l'arrestation des Templiers par les hommes
du roi de France, Philippe IV le Bel, en 1307 le procès, long de
sept ans, tortueux, riche en contradictions, en rebondissements et en
coups de théâtre, la dissolution de l'Ordre, enfin, par le
pape Clément V, au concile de Vienne tenu en 1312.
Rappelons seulement qu'avec ce soir qui tombe sur la Seine et les bûchers
noircis, ce 18 mars 1314, naît une des plus grandes énigmes
de l'histoire.
Plus de six siècles que s'est jouée l'ultime phase... Et
depuis, les mystères templiers n'ont cessé de piquer la
curiosité des historiens et des chercheurs de toute nature, en
leur posant un irritant problème à trois dimensions : le
Temple pratiquait-il une doctrine secrète basée sur des
connaissances ésotériques ? Ensuite, qu’est devenu
son « trésor » ou livres et documents essentiellement,
et enfin a-t-il disparu totalement en cet automne 1317 ? A ces questions
majeures viennent s'en ajouter d'autres, relativement secondaires, telles
que de savoir si le Temple était prévenu de sa future disparition,
s'il existe réellement une «malédiction » des
Templiers, si l'Ordre, secrètement perpétué, influa
sur la destinée de la France monarchique jusqu'à la Révolution...
A ces mystères, P. M…, par l'intermédiaire duquel
Jacques de Molay, vingt-deuxième et dernier Grand Maître,
devait se manifester à trois reprises, a peut-être apporté
une solution partielle ; le spiritisme peut être un moyen efficace
de recherche historique lorsque les documents font défaut pour
une quelconque raison...
ENGUERRAND DE MARIGNY : UN AMI
Enguerrand
de Marigny, d'après Millin
Il serait vain de vouloir retracer par la plume l'atmosphère
de cette première expérience à la faveur de laquelle
se manifesta initialement le dernier Grand Maître.
Alors qu'il répondait aux questions, le supplicié se trouvait
sur le bûcher ! D'où des râles de souffrance, des cris
affreux, des plaintes déchirantes, tandis que le médium
se tordait littéralement sur le banc de chêne. Fait étrange,
alors que réponses, cris et gémissements étaient
pratiquement hurlés et amplifiés par la résonance
de la grande salle, plusieurs personnes n'ayant pas voulu assister à
l'expérience et étant demeurées au rez-de-chaussée,
juste en dessous, n'entendirent strictement rien.
Toutes les questions posées ce soir-là furent relatives
à la disparition du Temple, au trésor, aux responsabilités
des divers acteurs du drame.
Il en ressort, essentiellement, que les Templiers étaient depuis
longtemps avertis de ce qui se tramait contre eux, et s'ils ne se défendirent
point, c'est qu'ils ne le pouvaient pas. Sans doute grâce à
Enguerrand de Marigny - considéré par les historiens comme
dévoué au roi et acharné à leur perte - qui
était en fait « leur ami ». Ce point fut d'ailleurs
repris et confirmé au cours de la seconde séance ; à
la question : « Etiez-vous prévenus de votre prochaine dissolution
? » il fut répondu, après un grand rire narquois :
« Oui ! oui ! » et « par qui ?» « De l'entourage
du roi... »
LA MER... DES ILES... DES VOILES...
En conséquence, les Templiers, depuis longtemps, avaient pris
soin de mettre leur trésor et leurs archives en lieu sûr,
« ce qui prit beaucoup de temps ». Plus stupéfiante
est cette déclaration du médium, selon laquelle tous les
documents saisis par les hommes de Philippe le Bel « étaient
des faux, établis de longue date, à cette intention »...
de quoi remettre en cause toute l'histoire du Temple !
Quant à l'emplacement du « trésor », il se refuse
catégoriquement à toute précision, se déclarant
tenu par le secret mais aussitôt après, plus bas, il ajoute
: « Je vois la mer... des îles... des voiles... le croissant...
». Et comme on relance la question : « Chypre »? «
N'insistez pas ! Vous ne saurez rien de plus, je ne peux pas... ».
LE «SAVOIR», LES LIVRES ET LA CROISADE
— Pourriez-vous nous dire quel était le but que votre Ordre
cherchait en Terre Sainte?
Telle est la première des huit questions posées au cours
de la seconde expérience, huit questions étant le maximum
fixé par Jacques de Molay au début du « contact ».
La réponse éclata comme un défi :
— Le savoir !
Le savoir... avec cette notion, nous arrivons sans doute au coeur du problème,
cette éternelle quête poursuivie par les hommes soucieux
de déborder leur condition, d'accéder au secret initiatique,
absolu et complet, que la déesse égyptienne Isis dissimule
derrière son voile.
Au cours de cette première expérience à Epernay,
le médium révéla que, sur ce plan, les Templiers
étaient « beaucoup plus en avance que nous ». Peut-être
grâce « à la connaissance des secrets d'Alexandrie
», cette énorme bibliothèque où se retrouvaient
tous les ouvrages les plus mystérieux de l'Antiquité aujourd'hui
disparus.
Toujours est-il que l'Ordre partait en Terre Sainte uniquement dans le
but d'acquérir ce savoir : il savait qu'il s'y trouvait, grâce
à « des livres » et y a trouvé un savoir complet
et absolu. De retour en Europe, la politique poursuivie par l'Ordre découlait
de ce savoir, et actuellement, au XXe siècle, nous en subissons
encore les conséquences...
Ce problème de l'initiation dans la question templière rejoint
celui des rapports des chevaliers avec l'Islam. Il fut abordé,
au cours de la même séance, par le biais d'une question relative
au mystérieux Roncelin du Fos, rédacteur des « statuts
secrets » de l'Ordre. « Où avait-il acquis ses connaissances
» ? « Le bâtard Roncelin... Alchimie... Rose-Croix...
Musulmans... Assassins... » plus bas encore « Assassins...
».
Les « assassins », cette mystérieuse secte d'Ismaéliens
hérétiques, entourée du plus profond mystère,
et que la tradition présentait comme une confrérie d'initiés
supérieurs...
Enfin, toujours dans le même ordre d'idées, le médium
ajouta que les Templiers tiraient leur initiation de la Gnose, ce schisme
chrétien des premiers siècles, dont la doctrine reposait
essentiellement sur le salut par la connaissance par opposition à
la foi...
UN HOMME DU XXe SIECLE
Ainsi, en plein
ésotérisme, il n'était pas possible de ne pas évoquer
Fulcanelli, l'énigmatique, et peut-être mythique, auteur
du « Mystère des Cathédrales » et « Des
Demeures Philosophales ».
— Un homme du XXe siècle nous a beaucoup intrigués
: Fulcanelli. Est-ce vous qui l'aviez préparé ?
— Nous ! Mais pas moi...
— L'Ordre ?
— L'Ordre !
— Fulcanelli nous a-t-il laissé un message ?
— Non !
— Nous ne pouvons pas comprendre?
— Non ! C'est pour les temps futurs...
— Fulcanelli est-il vivant ?
— Je ne peux pas répondre à ces questions.
C’était lors de la dernière expérience. Quelques
instants plus tard, la voix s'éleva de nouveau, menaçante,
dans la pièce obscure retombée dans le silence.
— Pourquoi m'a-t-on appelé ?
— Nous voudrions marcher sur vos traces.
Un rire incroyable, à la fois désespéré et
ironique:
— Vous? Avec vos fusées et vos télévisions
?
Enfin vint le plus extraordinaire de toute l'expérience. Les personnes
présentes gardaient le silence, tandis que le médium gémissait
doucement. Soudain la voix, allant crescendo, retentit à nouveau
:
— Bras séculier ! Relaps ! Du haut du bûcher, Clément
félon, Philippe mécréant ! A moi ! Je vous appelle...
Rappelez-vous ces dates : 11, 18, 14, 39, 53, 70, 92, 307... Rappelez-vous...
Rappelez-vous: 9, 3, 6, 11, 18, 14, 28, 39, 53, 70, 92. Les temps futurs...
la France ! Maléfice ! Moins dix plus cinq, six et trois neuf,
dans le ciel et sur terre...
Et puis, après une autre période de silence, une question
:
— Le véritable Jésus-Christ était-il un initié
?
— C'est le premier, je ne peux pas dire plus.
— Le premier ? Celui qui est mort avant l'autre ?
— Oui.
— Comment est-il mort ?
— Je ne peux pas dire. C'est trop... c'est beaucoup trop...
Cette dernière expérience devait se terminer sur une phrase
prononcée spontanément et particulièrement énigmatique,
sur un ton d'infinie tristesse :
— J'étais le dernier futur Maître du Temple...
P. M…, le « plus grand médium du siècle »,
permettra-t-il de percer les secrets du Temple ? Rien ne permet de l'établir
d'une manière absolue car paradoxalement, en spiritisme, il n'y
a jamais d'absolu. Pourtant, les indications déjà fournies
lèvent un coin du voile et permettent d'espérer.
Lorsque le médium en transe, glacé comme marbre, avec son
pouls battant au rythme d'une pulsation toutes les trois secondes, parle,
rit, hurle et s'agite néanmoins, il faut admettre que cette voix
qui se fait entendre est celle d'un homme mort il y a plus de six siècles.
Comme cette voix admet de répondre aux questions posées,
c'est que - suivant l'expression consacrée - le dialogue est engagé.
Alors, peut-être qu'en poursuivant ces expériences, un sens
pourrait-il être apporté à cette phrase apparemment
incompréhensible, mais spontanée elle aussi, et à
peine murmurée par le médium à la fin de la seconde
séance :
— Je vois dans un château une grande tour... une grande tour...
Je ne sais... un homme... habit blanc. Une croix rouge, une croix blanche...
Et après un court silence, la voix, plus passionnée :
— C'est lui!
Daniel Réju
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