L’Europe ou la revanche des templiers

 


« Dans l’article qui va suivre “La dissolution des Etats ou l’Europe des communes”, Henry ERDSUN va s’attacher à démontrer que le destin historique est une symbolique du destin de l’énergie cosmique.
En d’autres termes, c’est l’histoire de nos civilisations depuis la nuit des temps, c’est à dire depuis le jour où l’homme poussé par son instinct grégaire s’est allié à d’autres hommes pour former une tribu, puis des tribus (les douze tribus de la genèse) puis une société. Ces tribus et sociétés se sont organisées, mieux se sont planifiées en structure (infrastructures et superstructures) reproduisant et prolongeant d’une façon symétrique le processus de structuration et de complexification de l’énergie cosmique. Energie cosmique qui au terme du rayonnement thermique initial (qui est le point de départ de l’énergie cosmique et par le fait même le cosmos) va ‘superstructurer’ les ondes qui l’animent, les rompre puis les souder, les agencer pour enfin les matérialiser de l’infiniment petit à l’infiniment grand (l’homme et le cosmos). Ce sont ces mêmes paramètres d’infiniment petit et d’infiniment grand qui introduisent entre autres et politiquement les notions d’individualisme et de collectivité, d’individu et de société, d’individu et d’état.
Or il apparaît à l’évidence en 1977 et cela depuis 1968, que la notion d’état est sinon contestée, du moins ne semble plus satisfaire ni répondre aux besoins et aspirations économico - socio - culturels de toutes les régions qui constituent la nation française, donc l’Etat. A preuve le réveil tourmenté et politique de plusieurs provinces françaises, qui réclament mordicus la restitution immédiate de leur patrimoine culturel respectif dont elles ont été dépossédées au profit de véritables succédanés, ainsi que le droit à une véritable souveraineté régionale. Ce n’est donc pas par hasard qu’on assiste actuellement à une action violente et concertée des mouvements autonomistes et séparatistes, basque, corse, breton et à nos frontières, flamand et wallon.
La crise économique actuelle n’a fait que raviver la conscience politique des régions. Et soyons persuadés que ce n’est pas par une série de slogans sortis tout droit d’une phraséologie (nous y reviendrons dans un autre numéro) vide de sens que nous allons remplir les estomacs et les consciences des régionalistes.

L’homme qui se retourne vers la terre, vers sa terre nourricière, se retourne, et ce n’est jamais un paradoxe, en même temps vers son patrimoine culturel, donc vers le spirituel.
Comme la terre qui est matière, redevient poussières, ces poussières se convertissent en ondes et deviennent ainsi énergie, donc esprit. L’homme qui est synthèse refait lui aussi dans le vivant et dans la mort ce même pèlerinage avec toute l’énergie qui doit le déposer, par l’esprit et par le corps, sur la terre et dans la terre de ses ancêtres qui sont ses pères et ses mères, depuis l’Adam et l’Eve cosmique qui sont sa terre et son eau (Adam voulant dire terre rouge en hébreu et Eve: EAU qui sont sa faim et sa soif n’ayant pour seul viatique que le désir inextinguible de continuer l’oeuvre de vie de ses pères.
Lorsque cette démarche est le fait d’un individu, elle est un acte conscient inconscient dans l’océan de consciences inconscientes d’elles-mêmes au sein d’une nation. Par contre, lorsqu’elle incarne la volonté d’une multitude de consciences conscientes d’elles-mêmes, soudées et animées entre elles de la même volonté farouche et légitime de paraître et de faire reconnaître leurs existences, elle devient alors la conscience de tout un peuple conscient de ses droits et qui dénie à un Etat sans conscience (puisque les consciences politiques qui le composent sont les consciences politiques de l’Etat divisé en régions qui devraient constituer la conscience unitaire et unique de l’Etat si celui-ci n’était divisé) la faculté de présider plus longtemps au destin historique et cosmique des régions. L’Etat, sentant son autonomie et son autorité fléchir pour les mêmes raisons économico - socio - culturelles qui ont contribué au réveil politique et culturel des régions, lance sur le marché des idées la création de l’Europe, mais par n’importe quelle Europe, non, une Europe des Etats. Projet ambitieux qui risque de ne jamais aboutir si l’Etat ne prend pas en compte le mouvement régionaliste actuel.

L’Europe des Régions: une idée templière!

Plus qu’une Europe des Etats qui ne sera jamais une véritable Europe de l’unité, il eut été préférable de proposer une Europe des régions, une Europe qui sût répondre aux besoins économiques des individus et concilier les nécessités matérielles et l’attachement aux valeurs matérielles et spirituelles. La création d’une Europe des régions n’est pas une idée nouvelle puisque, déjà à la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle, elle fut la grande ambition des Templiers.
Bien sûr, l’histoire officielle et académique, celle que l’on nous sert bien chaude dans tous les manuels et traités historiques, omet de nous parler de cette perspective économico - socio politique fantastique qui jetait les bases de la formation d’une fédération de régions, une synarchie européenne, ceci en accord avec certains peuples d’Asie, gardiens de la tradition. L’Aquitaine devait être le point de départ, le noyau. Cette même Aquitaine qui fut l’une des quatre grandes régions de la Gaule antique et qui eut pendant des siècles une place à part au sein de la nation, tant par la situation géographique extraordinaire qu’elle a toujours occupée, que par la diversité linguistique, sinon ethnique, de ses habitants, que par la mission historique à laquelle elle était prédestinée.
Aquitania veut dire “pays des eaux”, et c’est bien de l’eau, des eaux, que toute naissance voit le jour. Il était donc normal que l’Aquitaine fut l’une des grandes terres mères templières et qu’elle conservât par delà l’histoire une farouche volonté régionaliste. Ce n’est donc pas par hasard que Jacques Chaban-Delmas, qui n’a, on le sait, plus à faire la preuve de son nationalisme ni celle de son attachement à son pays, fut l’un des premiers à stigmatiser dans ses déclarations politiques, le rôle politique à venir des régions, insistant sur le fait que l’Etat, ce grand appareil sclérosé, technocratisé et bureaucratisé, presque au bord de l’asphyxie, ne pourra encore longtemps continuer à solutionner les grands problèmes qui se créent dans l’espace et dans le temps et qui préoccupent les Français, si celui-ci, ou plus exactement le gouvernement qui le représente, ne sollicitait pas l’aide immédiate des régions. Mais pour accepter l’aide des régions, encore faut-il leur reconnaître une quelconque autorité, et l’autorité est bien la dernière chose que l’Etat entend partager. La peur qu’ont quelques hommes politiques d’une décentralisation et d’une meilleure répartition des pouvoirs au profit des régions est bien ce qui actuellement paralyse et ronge le pays et lui interdit tout nouvel et véritable essor.

La revanche des Templiers

Si l’Europe des régions venait à voir le jour, ce que je crois, elle serait bien la plus belle revanche des Templiers. Car n’oublions jamais que les Templiers, comme l’avait si bien compris Saint-Yves d’Alveydre, sont morts pour avoir voulu réaliser l’Europe, et principalement pour ceci. Je dis principalement, car il y a une autre raison non moins importante à leur élimination, que nous développerons dans un futur numéro de Gnose et dans lequel nous nous attacherons à montrer que les templiers furent aussi des gnostiques gardiens de la tradition et dépositaires du secret de l’Arche d’Alliance et par le fait même du Graal. Autant de raisons qui les opposaient à Philippe Le Bel, et à ses légistes, pour qui l’Etat était, conformément au droit romain, la seule solution pour la France d’affirmer sa puissance et son indépendance de façon inaliénable.
Conception politique qui s’opposait aussi bien à la féodalité (le roi n’est plus un suzerain mais un souverain) qu’à l’idée de la Théocratie pontificale défendue depuis Innocent III par les papes du XIII e siècle et reprise à l’époque de Philippe Le Bel par Boniface VIII. La suite, on la connaît !
Le règne de Philippe Le Bel allait marquer un tournant dans l’histoire de la France et aussi de l’Europe: il consommait le déclin de l’idée de chrétienté, la rupture du spirituel et du temporel, la naissance d’une politique nationale et réaliste, prête à recourir à tous les moyens pour atteindre ses fins égoïstes. Après l’élimination de l’ordre des templiers, certaines corporations voulurent reprendre son oeuvre sociale et fraternelle. Pour la réaliser, ils jetèrent les yeux d’abord sur le Prince Noir puis, après la mort suspecte de celui-ci, sur le Roi de France. Jeanne d’Arc ne parvint pas à le faire couronner à Jérusalem. C’eut été trop contraire à l’oeuvre de Philippe Le Bel, que Louis XI continua si bien. Plus tard, on songea à Maximilien d’Autriche “le dernier chevalier” qui avait épousé Anne de Bretagne en légitimes noces. Les influences adverses furent encore les plus fortes. Le plan européen des Templiers faillit bien se réaliser avec les Guise. Nous retrouvons, appuyant ces derniers, les mêmes ordres religieux et les corporations qui aidèrent Jeanne d’Arc. Les Guise, héritiers de Charlemagne, étaient particulièrement désignés pour réaliser complètement la synarchie européenne. Ils manquèrent d’audace. Là aussi on connaît la suite.
La providence, cependant, qui est toute la force du destin de l’énergie cosmique, ne permettra pas que le sacrifice des Templiers soit vain. L’Europe des Etats, si elle se réalise, ne sera d’ailleurs qu’une étape transitoire dans la réalisation d’une véritable Europe de l’unité. Ne serait-ce que parce que l’Etat représente un moment anachronique et complètement dépassé du destin historique des sociétés. Destin historique qui a bien l’intention d’agrandir le cercle de ses structures, comme l’individu cherche à grandir le cercle de ses amis ou de ses relations, et comme l’énergie cosmique au terme du rayonnement thermique initial réalise la plus grande osmose possible en créant le cosmos (C-Osmose) qui est un et tout à la fois.
Par la volonté de réalisation d’une Europe des régions, les Templiers auront réussi au moins en partie à poser les bases d’une fraternité européenne et, lorsque celle-ci sera définitive, elle constituera un tremplin important vers une fraternité universelle en accord avec la fraternité cosmique.
J.-P. PERRAUD. »

Ce texte, signé par Jean-Pierre PERRAUD, fut publié en mars 1977, dans le numéro 1 de ‘GNOSE - Revue Universelle, Européenne et Régionaliste de Synthèse entre le Réel et le Surréel’. Malgré nos tentatives de prendre contact avec la rédaction de cette revue, nous n’avons pu obtenir de réponse pour nous autoriser à reproduire ce texte comme la loi du 11 mars 1957 le prévoit.
Cependant, ce texte nous semble remarquable sur plusieurs points essentiels. Ecrit et présenté en mars 1977, il anticipait formidablement les événements qui eurent lieu plus tard en concrétisant une Europe faite de pays ouvrant leurs frontières et abandonnant chacun leur monnaie propre au profit d’une monnaie unique: l’Euro.
La France est de ces pays tentant cette formidable aventure sociale qui fut effectivement une des perspectives de l’ordre du Temple... dont la vision d’une monnaie circulant facilement d’un pays à l’autre était une des innovations audacieuses. Leurs prophéties en matière de société étaient d’une perspective phénoménale... La chute brutale du temple, voulue par les deux pouvoirs spirituel et temporel, avait-elle pour seul motif les dérives hérétiques (jamais prouvées!) d’une foi tournant à un culte prétendu démoniaque? Il n’est plus maintenant permis d’admettre cette vision désuète totalement obsolète. Les véritables raisons étaient-elles partiellement résumées dans cet article? Toujours est-il que nous sommes bel et bien plongés actuellement dans ce projet médiéval templier... A ce titre, il nous semblait opportun de présenter intégralement cet article remarquable de prophétie vérifiable... pour une fois... en la matière.

N.B. : Nous remercions d’avance toutes personnes pouvant nous transmettre les coordonnées des anciens rédacteurs de la revue GNOSE, et plus particulièrement celles de monsieur Jean-Pierre PERRAUD.