
Enigmes des Templiers de Bretagne
Le sommet enflammé
L’église
de Brélévenez
Jadis, Brélévenez constituait un puissant
bastion templier, comme en témoigne l'église fortifiée
dont le clocher, au sommet d'une tour carrée de deux étages,
véritable tour de guet, se dresse comme une lame. A l'est et au
sud de l'édifice, toutes les ouvertures sont étroites, concentrées,
de style quasi militaire. Mais, vers le portail sud, trois contreforts
sont surmontés de curieux clochetons, inutiles apparemment, sinon
pour rappeler le nombre trinitaire sacré. A l'intérieur,
sur un dallage, on peut encore voir une magnifique pierre tombale, avec
une croix pattée inscrite dans un cercle donc l'authentique croix
de l'Ordre hampée et entourée de deux épées
ainsi qu'une étoile gravée sur un dallage dont les cinq
branches parlent d'un cercle.
Derrière le sanctuaire, passe la rue des Templiers, sur laquelle
donne une hostellerie portant le même nom, jouxtée par un
ensemble de bâtiments en ruine. Le lieu-dit, au cadastre, est nommé
« Mur an Vern Bras«, soit « l'Éminence du Grand
Mât ». Il y a plusieurs siècles, le bâtiment
transformé en hostellerie, le manoir ruiné et l'église
faisaient partie d'un vaste complexe fortifié et protégé
par deux enceintes. Naturellement, pour un site d'une telle importance,
au Moyen Âge, devait se poser le problème de l'approvisionnement
en eau : en effet, aucune trace de puits ou de point d'eau quelconque
n'a pu être relevée à Brélévenez. Ce
qui suppose l'existence d'un souterrain comportant un puits, existence
rapportée d'ailleurs par la tradition populaire qui le situe à
proximité du « manoir ».
Brélévenez signifie en breton « Mont de la Joie ».
Sur ce même plan étymologique, il est particulièrement
intéressant de noter la signification en celto-breton, de «
Crée'h Tannet », nom de la colline sur laquelle fui édifié
Brélévenez : « le Sommet Enflammé »,
rappelant le Feu du Saint-Esprit auquel les Templiers étaient tellement
attachés... Saint-Esprit que l'on retrouve sur un tableau de la
chapelle sud de l'église, descendant sur la Vierge et les apôtres,
de même que, au hasard de l'église, diverses œuvres
d'art représentent et symbolisent saint Jean et la Sainte-Trinité,
également chers aux pauvres chevaliers du Christ.
Quant au terme de Mont-Joie, ne convenait-il pas à merveille aux
initiés de l'Ordre du Temple, pris dans le sens que lui donne à
juste titre Fulcanelli à l'occasion d'un passage relatif à
Nicolas Flamel : « Un seul terme cabalistique, celui de Mont-Joie,
que l'adepte, évidemment, emploie à dessein. C'est l'indice
de l'étape bénie, longtemps attendue, longtemps espérée,
où le livre est enfin ouvert, le mont joyeux à la cime duquel
brille l'astre hermétique. »
Nicolas
Flamel
Brélévenez, le «Mont-Joie» construit
sur le «Sommet Enflammé», fut sans doute le haut lieu
le mieux protégé des initiés du Temple en Bretagne.
De ce centre de la plus haute importance, ne nous est pratiquement rien
parvenu, ni souvenirs, ni traditions, ni documents. Quelques témoignages
nous restent, entre autres celui très pertinent de Ogée
qui, en 1770, dans son « Nouveau Dictionnaire de Bretagne »,
mentionnait les trois clochetons du portail sud en lesquels il voyait
une «allusion sans doute au nombre trinitaire vénéré
des Templiers ».
Le chevalier de Fréminville, par contre, s'est intéressé
de très près à Brélévenez et ses observations
nous sont fort précieuses. Il rapporte qu'il put découvrir
dans l'église un chapiteau de colonne qui retint toute son attention.
Celui-ci, dans le bas-côté droit de l'église, était
sculpté de deux bustes de Chevaliers du Temple : «Les deux
têtes sont recouvertes et comme encadrées dans le chaperon
de mailles de leur haubert, par dessus lequel elles sont coiffées
du casque plat appelé, aux XIIIe et XIVe siècles, «
cabasset » ou « chapel de fer». Les chevaliers le portaient
quand ils voulaient s'armer « à la légère ».
Et d’ajouter : « Le chapiteau en question, outre les deux
têtes armées que nous venons de décrire et qui en
occupent les cornières ou angles supérieurs, nous en montre
encore trois plus petites et groupées entre les deux premières.
Ces trois têtes sont celles du Père éternel, qui est
la plus élevée, de Jésus-Christ et de la Vierge »...
Et là ne se bornent pas les découvertes du chevalier. «
Il a été retrouvé deux objets curieux, d'antiquité,
dans l'église de la commanderie de Brélévenez, mises
à ma disposition par M. Penguern qui en est possesseur. Le premier
est une grande croix processionnelle en bois (...) ; c'est une croix sculptée
sur le revers de laquelle on voit, au milieu d'un grand cercle, la croix
pattée de l'Ordre du Temple. L'autre objet est une décoration
consistant en un cercle dans lequel sont inscrits deux triangles équilatéraux
enlacés l'un dans l'autre de manière à former une
étoile à six pointes. Au centre de l'étoile, on voit
un second cercle dans lequel est inscrite une grande croix fleurie. Le
revers de cette décoration est tout pareil, mais, dans le cercle
intérieur, on voit l'agneau de saint Jean, patron des Templiers,
portant, comme à l'ordinaire, un petit drapeau ou banderole qui
est ici surmonté de la croix pattée du Temple ».
Enfin, « sur plusieurs vitraux du chœur on voyait peinte la
croix de gueules, symbole des Templiers. »
Hélas, de nos jours, il n'est plus possible d'admirer ces sculptures
et divers objets qui semblaient prouver l'originalité et l'importance
de ce haut lieu templier. Brélévenez, tout comme Lannion,
gardera son secret.
On peut simplement noter que la très importante colonie templière
de Brélévenez-Lannion fut établie sur un lieu sacré,
remarqué et chargé par les Celtes, il y a des millénaires
sans doute. Cela implique une filiation par-delà les siècles
ou une affinité initiatique profonde, une faculté similaire
d'utiliser la magie de la terre au maximum.
Fantômes, légendes et pèlerinages
Les
« moines rouges » se retrouvent un peu partout en Bretagne.
Ils sont maudits. Drapés dans des linceuls -comme l'Ankou- et montés
sur des squelettes de chevaux qui broutent l’herbe des tombeaux,
ils galopent la nuit au hasard de ta lande et la malédiction s'abat
sur ceux qui, par malheur, viennent à croiser leur chemin.
Ces fantômes maléfiques sont, dans les croyances populaires,
ceux des anciens Templiers auxquels la mémoire collective bretonne
prête des crimes atroces. Ainsi, à Locmaria, faubourg de
Quimper, la tradition conserve le souvenir de trois Chevaliers du Temple
qui auraient enlevé une jeune fille et l'auraient enterrée
vive sous le maître-autel de leur chapelle alors que l'infortunée
se trouvait enceinte de leurs œuvres. Et, à Daoulas, une léproserie,
devenue par la suite commanderie de l'Ordre, serait toujours hantée
par les « moines rouges ».
Légendes à clef, sans aucun doute, dont le sens profond
s'est perdu, mais à travers lesquelles on peut retenir que les
Bretons, héritiers des Celtes, ont associé dans leur âme
collective, le rouge, couleur du feu, aux Templiers, adeptes du Saint-Esprit.
Et ces « moines rouges » se rencontrent essentiellement aux
abords des anciennes commanderies jadis édifiées sur des
lieux celtes, parfois à proximité même de menhirs
ou de dolmens. Plus étonnant encore, les Bretons attribuent souvent
aux Templiers des sanctuaires construits bien après leur disparition.
Dans ce cas, l'origine de l'édifice est toujours mystérieuse
ou pour le moins obscure, et l'endroit est un haut lieu fréquenté
et vénéré depuis les plus anciennes origines, fontaines
sacrées ou centres de dévotion à la Triade celte,
par exemple.
L'Ordre du Temple, comme nous l'avons vu en détail, et ce dès
ses débuts, s'attacha particulièrement à la Bretagne
qu'il quadrilla littéralement de commanderies et de maisons. Progressivement,
méthodiquement, les Templiers construisirent au cœur de la
lande ou à l'aplomb des rochers battus par la mer. En entreprenant
cette œuvre systématique et colossale, ils n'obéirent
pas au simple hasard, mais à un plan minutieux, établi,
semble-t-il, dès les premières années d'existence
de l'Ordre, et répondant à un impératif précis
: réoccuper les anciens lieux sacrés des Celtes, maîtres
des courants telluriques, des forces et de la magie de la Terre.
Un volcan éteint, aboutissement des Montagnes Noires, le Ménnez-Hom,
haut de 333 mètres en son point culminant, se dresse dans la région
de Plomodiern, entre la baie de Douarnenez et la rade de Brest, contrée
très anciennement consacrée. L'ancien volcan, considéré
comme une montagne sainte, l'un des trois sommets sacrés de l'antique
Armorique, dont le nom en brittonique signifie « Combe sacrée
», fut sans aucun doute un centre religieux celte d'une extrême
importance, comme en témoignent les nombreux mégalithes,
les deux dolmens, le tumulus, le cromlech hérissant ses pentes
et, surtout, les débris de l'« Ar Vur Vein », le «
Mur de Pierre», s'étendant sur plusieurs kilomètres,
délimitant probablement un espace sacré destiné aux
druides pour leurs cérémonies initiatiques. Or, sur le versant
sud, face à la baie de Douarnenez, se dresse une petite chapelle,
édifiée en forme de tau : Sainte-Marie-du-Ménez-Hom.
La sacristie de celle-ci est encore connue des vieux du pays sous le vocable
de « Kambr ar Venec'h », la « Chambre des Moines »
: en effet, on y montrait jadis des crânes, reliques de Chevaliers
du Temple.
Une commanderie existait donc là, dans cette sauvage Cornouailles,
contrée la plus reculée de Bretagne, édifiée
sur un lieu celte sacré : la corrélation Celtisme-Ordre
du Temple joue là aussi bien que dans des régions plus accessibles.
Et elle prend d'autant plus de relief que l’établissement
de Saint-Marie-du-Ménez- Hom aurait été fondé
par des Templiers de Landévennec, ville que les Bretons s'accordent
à considérer comme le cœur mystique de l'antique Armorique.
L'Ordre, en outre, laissa dans l'ancien duché d'innombrables signes
témoignant du mystère entourant sa brève mais éclatante
destinée. En Bretagne, pratiquement à chaque ancienne commanderie
ou maison du Temple, se rattache une légende, une énigme,
une tradition... Ici, c'est un fantôme, là, un trésor,
ailleurs un massacre ou, au contraire, des Chevaliers échappant
quasi miraculeusement aux hommes d'armes. Derrière ces récits
innombrables, pointent certains aspects des principaux secrets de l'Ordre
des pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon.
Ainsi, le trésor des Templiers pourrait être caché
à proximité de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom. Au Temple-de-Bretagne,
une croix présente deux cercles surmontés d'une croix, à
Pleguer une autre croix nous montre une croix pattée inscrite dans
un double cercle.
Sainte-Marie-du-Ménez-Hom
Tandis qu'à Lanhelin la croix des Templiers est simplement ornée
d'un double cercle...
Les Chevaliers ne manquèrent pas, à maintes reprises, de
se signaler en Bretagne par des particularités architecturales
quant au plan de leurs chapelles. Celle de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom,
on l'a vu, est construite en forme de tau : la même disposition
fut choisie pour l'édification de la chapelle de la commanderie
de Caudan, en Morbihan, dédiée à Saint-Yves, tandis
que celle de la commanderie de Saint-Meem, non loin d'Auray, fut construite
suivant le schéma de la lettre gamma en majuscule.
Cette commanderie de Saint-Meem passe pour avoir été un
centre initiatique de l'Ordre. La chapelle, qui en est le seul vestige,
fait figure de monument ésotérique de par sa disposition
même. Le centre des centres, où aurait été
conduit le néophyte, sérait une salle formant transept tout
en paraissant détachée du reste de l'édifice avec
son toit différencié.
A Saint-Cado s'attache la même réputation de centre initiatique.
De la commanderie ne subsistent que quelques pans de murs, mais, par contre,
la chapelle, édifice d'un très pur roman, n'a pas subi de
dommages importants : c'est à l'abri de ses murs que se seraient
déroulées les cérémonies secrètes de
l'Ordre, autour d'une sorte de tombe formée de plusieurs blocs
de pierres gravées d'étranges croix.
Saint-Cado, comme Saint-Meem, donnait lieu à des pèlerinages:
la pierre de cette première commanderie était censée
protéger de la surdité et Saint-Meem avait sa fontaine réputée
infaillible pour guérir les enfants rachitiques.
Pèlerinages et cultes des Saints Guérisseurs, tout naturellement,
se liaient à de nombreuses autres commanderies ou maisons de l'Ordre
: Notre-Dame-de-la-Clarté, entre Perros-Guirec et Ploumanach, remédiait
aux troubles de la vue ou aux maladies des yeux, tout comme un pèlerinage
à la chapelle de Baud, placée sous le même vocable.
Dans cette localité, la chapelle Saint-Adrien, construction templière
ornée de nombreuses croix celtiques, possédait sa fontaine
dont l'eau guérissait les maux de ventre. Et, d'une manière
générale, partout où il y avait des légendes
ou des faits inexplicables, déjà à l'époque,
les Chevaliers du Temple venaient s'implanter...
Innombrables, nous l'avons vu également, sont les récits
relatifs aux « moines rouges», fantômes maléfiques
des Templiers maudits. Villemarque, dans son « Barzaz-Breiz »,
assure qu'ils ont disparu et, pour ce, rapporte l'épisode suivant
: « On raconte qu'une pauvre femme attardée, passant près
d'un cimetière, ayant vu un cheval noir, couvert d'un linceul,
qui broutait l'herbe des tombeaux, puis, tout à coup, une forme
gigantesque avec une figure verte et des yeux clairs venir à elle,
fit le signe de la croix, qu'à l'instant ombre et cheval disparurent
dans les tourbillons de flammes, et que, depuis ce jour, les « moines
rouges » (car c'en était un) ont cessé d'être
redoutables en perdant le pouvoir de nuire. » On notera au passage
que le vert est communément considéré comme la couleur
de l'initiation.
Toutefois les fantômes de Templiers ne sont pas toujours maléfiques.
Ainsi, au hameau dit le Temple, près de Questembert, on peut voir
deux tombes proches de la chapelle de l'ancienne commanderie. Deux Templiers
réputés pour leurs vertus, sont enterrés là.
A chaque nouvelle lune, leurs fantômes apparaissent avec les douze
coups de minuit : ils reviennent pour étendre leur bienveillance
sur les paysans de la contrée.
Daniel Réju
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