
Légendes de Saint-Sabin
Un
site de l’importance de celui de St Sabin, dans le Pilat, ne peut
s’envisager sans sa cohorte de légendes, récits ou
textes hagiographiques les plus significatifs. Ces facettes merveilleuses
sont les profonds ancrages oubliés et obscurs des "origines"
de Saint Sabin...
Nous avons rassemblé ici toutes les bribes de mémoires hagiographiques
ou populaires disponibles il y a encore une vingtaine d’années.
Il est bien évident, cependant, que cette compilation ne saurait
avoir un caractère exhaustif.
Sur le propos de St Sabin, il est certain que nombre d'autres légendes
restent encore vives dans la mémoire individuelle ou locale, ainsi
que dans les traditions liées à cette région... et
probablement en des contrées plus éloignées.
En ce qui concerne les récits oraux traditionnels liés à
St Sabin, il est difficile, actuellement, de retrouver ceux et celles
qui en sont encore détenteurs... La mémoire vive se raréfie
de façon inexorable. Les anciens nous quittent sans, souvent, avoir
l'opportunité de trouver une oreille attentive pour recueillir
cet aspect "merveilleux" du passé émotionnel et
sacré du Pays...
Les archives hagiographiques sont encore nombreuses, répertoriées,
et faciles d'accès... Il n'y a, de ce côté, aucune
difficulté à retrouver les "légendes saintes"...
Il faut, cependant, admettre une certaine "rigidité"
incontournable dans ce sens de recherche, qu'il ne faut, pourtant, surtout
pas négliger...
SAINT SABIN DE SPOLETTE. (ITALIE)
Extrait de "La vie du Saint des Saints Notre Seigneur Jésus
Christ"
NB : Nous entrons ‘… ?...’ en cours de texte aux endroits
où le mot est illisible.
La
vie de Saint Sabin et de ses compagnons martyrs.
"... Le Vénérable BEDE SURIUS et l'évêque
… ?... ont recueilli la vie et le martyre de SAINT SABIN. Il était,
nous disent-ils, Evêque de SPOLETTE en TOSCANE, très versé
dans la connaissance des divines écritures et d'ailleurs fort éloquent.
Il fut arrêté par ordre de Vénustien président
de TOSCANE, avec ses deux diacres Exuperance, Marcel et plusieurs autres
ecclésiastiques. Ce Vénustien avait dans son cabinet une
idole de Jupiter fort bien travaillée, richement ornée,
qu'il présenta à SAINT SABIN afin qu'il l'adorât.
Le Saint Evêque la prit mais non pour l'adorer car après
qu'il eut fait sa prière à DIEU il la jeta par terre et
la mit en pièces. Vénustien qui en faisant grand cas entra
dans une telle colère contre le SAINT et les diacres que, sans
forme de procès, il lui fit couper les mains sur le champ. Pour
ses deux diacres, il les fit mettre sur le chevalet en sa présence
et frappa leur corps à grands coups de fouets et de bâtons.
Ensuite il leur fit écorcher les côtes avec des ongles de
fer. Enfin il fit allumer un grand feu pour les brûler et ces deux
Saints diacres finirent leurs jours dans ce martyre. Leurs corps furent
en un temps jetés dans une rivière mais un bon prêtre
et quelques pêcheurs chrétiens en étant avertis les
retirèrent et les enterrèrent auprès du chemin Cependant
le Saint Evêque fut mis en prison. Il y avait une veuve chrétienne
nommée Sérène qui avait un merveilleux … ?...
de SAINT SABIN. Elle avait un neveu qui était aveugle.
Cette pieuse dame résolut de le mener avec elle en prison et de
le présenter au Saint, elle le recommanda à ses prières.
Alors le Saint Evêque étendant ses bras coupés à
moitié sur les yeux de cet aveugle (il s'appelait Priscien) adressa
sa prière à Dieu, qui, en sa faveur, lui rendit aussitôt
la vue. Ce miracle s'opéra dans la prison en présence de
onze païens qui se prosternèrent aussitôt aux pieds
de SAINT SABIN confessant que le DIEU qu'il prêchait et adorait
était le vrai, le seul DIEU; et ils furent tous baptisés
par le Saint Evêque. Vénustien ne manqua pas d'être
averti de tout ce qui s'était passé. Affligé lui-même
d'un mal d'yeux, il envoya sa femme et ses deux fils à la prison
pour lui amener SABIN au logis. Aussitôt qu'il fut arrivé,
le Président qui l'avait auparavant si mal traité se jeta
à ses pieds, baigné de larmes, avec sa femme et ses deux
enfants et lui demandant pardon le supplia de le baptiser; ce qu'il fit
après l'avoir introduit. Aussitôt que Vénustien eut
reçu le baptême il reçut aussitôt la guérison
de ses yeux. L'empereur MAXIMIEN ayant appris ses nouvelles condamna SAINT
SABIN à la mort, et son Président VENUSTIEN à avoir
la tête tranchée. Pour l'exécution de cette sentence,
il envoya un tribun nommé IUCIUS qui, sans forme de procès,
fit mourir Vénustien avec sa femme et ses deux enfants dans la
ville d'Assise. Ensuite il emmena SAINT SABIN à SPOLETTE où
il le fit maltraiter avec tant de cruauté qu'il en mourut le 17
décembre l'an de Notre Seigneur 301, son corps fut enseveli hors
de cette ville, environ à une demie lieue de cette pieuse veuve
Sérène dont nous avons déjà parlée.
Elle avait aussi auparavant mis les deux mains de SAINT SABIN dans un
vaisseau de verre, et les avait embaumées avec piété
dans sa maison... "
SAINT SAVIN D'AMPHIPOLIS (ITALIE)
Légendaire de l'Abbaye de SAINT SAVIN.
Extrait du légendaire de SAINT CYPRIEN à POITIERS.
"...
En l'an 458 de l'incarnation de N.S., Maxirnus et Ladicius étant
consuls à AMPHIPOLIS, ville d'ITALIE, un redoublement de ferveur
se manifesta parmi les gentils, par des sacrifices continuels à
DIONYSIUS, leur principale idole. Il y avait alors à AMPHIPOLIS
deux frères d'une naissance illustre, SAVIN et CYPRIEN, natifs
de BRISIA (BRESCIA), ville voisine, célèbres l'un et l'autre
par leur sagesse et leurs vertus. Ils voyaient avec horreur les grossières
superstitions des Amphopolitains et les exhortaient à quitter leurs
idoles de bois ou de métal, pour adorer le seul vrai DIEU.
Cinq mois après la fête de DIONYSIUS, que les gentils avaient
célébrée par des danses et des orgies, LADICIUS vint
à AMPHIPOLIS, et tout le peuple, animé contre les chrétiens,
courut les dénoncer et demander leur mort au proconsul. Celui-ci
fit aussitôt comparaître les deux frères devant son
tribunal, et les interrogea d'abord avec douceur. SAVIN, comme l'aîné,
parla le premier, et, plein d'une noble audace, confessa qu'il était
chrétien. Il reprocha même à LADICIUS son aveuglement.
Le magistrat, espérant que la jeunesse de CYPRIEN serait plus facile
à séduire, tâcha d'obtenir de lui une rétractation.
Prières, menaces furent inutiles; les tourments n'eurent pas plus
d'effet. D'abord on les suspendit à un poteau, et on les déchira
avec des ongles de fer. Les bourreaux se fatiguaient, lorsque LADICIUS
voulut tenter encore une fois de séduire les deux chrétiens
et d'obtenir d'eux qu'ils sacrifiassent aux idoles. Il s'aperçut
alors que leur constance n'était pas ébranlée. SAVIN,
s'approchant de l'idole de DIONYSIUS, fit le signe de la croix, et aussitôt
l'idole, tombant de son piédestal, se rompit en morceau. Furieux
à ce spectacle, LADICIUS fit jeter les deux soldats du Christ dans
une fournaise ardente; mais le feu les respecta et n'endommagea pas même
leurs vêtements. Sous cette voûte ardente, les deux jeunes
martyrs louaient le seigneur, lorsque tout à coup les flammes,
sortant avec impétuosité de la fournaise, consumèrent
LADICIUS et cent soixante des gentils qui assistaient au supplice. On
ne put retrouver le moindre débris de leurs cadavres. Un des principaux
de la ville, nommé GELASIUS, peu touché de ce miracle, fit
conduire les Saints dans la prison.
Quelques jours après arriva MAXIMUS, collègue et parent
de LADICIUS, attiré à AMPHIPOLIS par la nouvelle de la mort
de ce dernier. On lui amena les deux Saints. "Parle, dit-il à
SAVIN, toi qui es supérieur de taille et d'années; comment
te nommes-tu?" Or SAVIN était d'une haute stature, terrible
à voir, le visage gracieux et rondelet bien proportionné
de tous ses membres, et, quant à l'esprit, le plus doux et le plus
aimable des hommes. "Mon père, répondit SAVIN, se nommait
MAGNUS, ma mère TATIA. Je m'appelle SAVIN. Elevé par eux
dans l'étude des bonnes lettres, je suis humble clerc. Et toi,
quel est ton nom? demanda le proconsul à CYPRIEN. - Moi, je suis
CYPRIEN. Nous sommes frères de père et de mère, fils
de MAGNUS BRESCIA, trois fois consul, et revêtu de la dignité
préfectorale. Notre mère est également de famille
consulaire étant fille de CAMPADIA. - Eh bien, dit MAXIMUS, en
dépit de votre illustre naissance, sachez que, si vous n'adorez
pas sur l'heure le dieu APOLLON, vous serez mis à la gêne,
puis livrés aux bêtes de l'amphithéâtre. On
devine la réponse des deux héros chrétiens. Trois
jours leur supplice fut différé, non point par commisération;
mais on voulait faire jeûner une lionne et deux lions terribles,
afin de rendre inévitable la mort des martyrs. Le jour venu, MAXIMUS
assis sur son tribunal, tout le peuple se pressant dans l'amphithéâtre,
on lâcha d'abord la lionne, qui, d'un bond, s'élança
au milieu de l'arène en poussant un rugissement effroyable. Mais,
ô surprise! à la vue des deux frères sa fureur disparaît;
elle remue la queue comme un chien, et leur lèche les pieds. Les
deux lions qu'on lâche ensuite montrent la même douceur, et
caressent humblement les victimes offertes à leurs dents homicides.
Mais tout le peuple s'écria: " ils charment les lions par
art magique! qu'on leur donne la mort!" le proconsul les fit ramener
en prison, pour méditer quelque genre de supplice aussi nouveau
qu'épouvantable. Trois jours les deux frères demeurèrent
en prison, restaurés par la nourriture du jeûne. Au bout
de ce temps, un ange leur apparut: " Sortez, leur dit-il, prenez
le chemin des Gaules; là, vous trouverez la récompense que
le seigneur vous destine." Aussitôt les murailles de la prison
s'écartèrent à droite et à gauche, et les
chrétiens se virent libres. Les Saints sortirent de la prison vers
les calendes de mai. Ils se rendirent d'abord chez deux prêtres
chrétiens. ASCLEPIUS et VALERE, qui jusqu'alors avaient échappé
à la persécution en déguisant leur croyance. Animés
par la fermeté de SAVIN et de CYPRIEN, ils trouvèrent assez
d'audace non seulement pour les accompagner dans leur long voyage, mais
même pour les suivre jusqu'à leur martyre. Tous ensemble
ils traversèrent les Alpes pennines, et parvinrent au bord du RHONE;
leur renommée les précédait et partout ils étaient
entourés d'un grand concours de peuple avide de les voir et d'entendre
leurs touchantes exhortations. Une femme païenne, nommée EMMENIA,
vint déposer à leurs pieds son enfant mort. "Si vous
êtes, leur dit-elle, comme on le prétend, les amis du grand
DIEU, faites, par vos prières, qu'il me rende ma seule espérance,
mon fils unique. Je suis chrétienne si vous me le rendez"
SAINT SAVIN fit une courte oraison; puis, prenant la main de l'enfant,
il le releva plein de vie. Avertis par un ange, les Saints et leurs compagnons
poursuivirent leur voyage. A LYON, ils passèrent la SAONE à
la nage, et, cheminant par la haute BOURGOGNE, ils parvinrent jusqu'à
AUXERRE. Là, ils trouvèrent le très glorieux GERMAIN,
et LOUP, évêque de TROYES, l'un et l'autre revenant d'un
voyage en IRLANDE, île habitée par les SCOTS et les BRETONS,
vers lesquels le souverain pontife les avait dépêchés
pour extirper l'hérésie des PELAGIENS. D'abord, GERMAIN
voulut le retenir; mais, éclairé par une révélation
divine, il les bénit et les accompagna jusqu'à trois milles
d’ AUXERRE. Après avoir passé la LOIRE et traversé
le pays de TOURS, SAINT SAVIN et ses compagnons se trouvèrent sur
le territoire des Poitevins, au confluent de la GARTEMPE et de la CREUSE:
là, comme ils prenaient quelque repos, ils aperçurent le
proconsul qui les poursuivait.
MAXIMUS avait juré de ne revoir l'Ausonie que lorsqu'il aurait
vengé la mort de son parent LADICIUS; il s'était mis en
route avec deux cents satellites italiens, et, suivant partout les Saints
à la piste, il venait enfin de les découvrir. Déjà
les chrétiens se croyaient parvenus au terme fatal de leur voyage,
quand tout à coup une barque parut au bord de l'eau. Ils y entrèrent,
et la barque, sans voiles, sans rames, les porta en un instant à
l'autre rive. Aveuglé par la fureur, MAXIMUS se jeta sans balancer
dans la rivière pour les atteindre, il y perdit la moitié
de son monde, qui se noya dans les flots. Sans se décourager, il
recommença sa poursuite, et atteignit enfin les illustres fugitifs
sur le bord de la Gartempe, à un mille environ d'ANTIGNY, dans
un lieu nommé CERISIER (CERASUS). Aussitôt, il les fit garroter,
et les conduisit dans une île de la Gartempe, en face d'un champ
appelé Sceaux (Sellis ou Psellis). Là, il leur fit souffrir
tous les supplices que sa rage sut imaginer. Un malheureux tourmenté
par un esprit de ténèbres, assistait à ce triste
spectacle. "Tu vois ce fou, dit MAXIMUS à SAVIN; ne saurais-tu
faire sur ce misérable quelqu'un de ces miracles que tu faisais
en Ausonie, par la vertu de ton Christ crucifié?" SAVIN levant
les yeux et les mains au ciel, supplia le Seigneur de délivrer
le possédé : incontinent l'esprit immonde sortit du corps
de ce malheureux avec une horrible puanteur. Le possédé
demanda le baptême, et avec lui dix des satellites de MAXIMUS. Nul
miracle ne pouvant toucher ce maudit, il fit trancher la tête à
SAVIN et à ses dix soldats; quant à CYPRIEN et à
ses deux compagnons, ASCLEPIUS et VALERE, il les emmena avec lui à
ANTIGNY. La nuit même, les deux prêtres ASCLEPIUS et VALERE,
miraculeusement délivrés de leurs fers, se rendirent dans
l'île où gisait abandonné le cadavre du martyr; ils
le portèrent de l'autre côté de la rivière,
sur une hauteur que l'on nommait alors le Mont des TROIS-CYPRES (ad Tres-Cupressos).
Il y avait une chapelle ruinée par les vandales, consacrée
jadis au bienheureux SAINT VINCENT. Ce fut ce Saint lieu que les deux
prêtres choisirent pour la sépulture de SAVIN. Ils l'y déposèrent
le 9 des ides de juillet. CYPRIEN trouva le martyre à ANTIGNY et
fut enterré à côté de son frère. Pour
MAXIMUS et ses soldats, livrés au démon et agités
d'une fureur divine, ils périrent tous misérablement bientôt
après. Ainsi finit la légende... "
LE SAUT DE LORETTE.
Légende Populaire du Pilat. Texte recueilli en 1984 auprès
d'un habitant de Véranne.
"...Un
Saint du nom de SABIN s'était retiré dans le désert
sur le Pilat. Après il sera martyrisé en Auvergne avec St
Donat et Ste Agathe...
Il avait deux boeufs un noir et un blanc. Il les nourrissait avec l'herbe
d'argent. Avec les boeufs il charriait les tas de rochers le long de son
désert... on voit toujours les pieds des animaux sur un rocher
là-haut avec la marque de l'aiguillon.
Je sais que sur son ermitage on a construit la chapelle du pèlerinage...
Avec un tableau et une statue chargée d'ex-voto.
Le jour du reméage on vient de loin... très loin. Chacun
ramasse "lachimie", après la messe il y a bénédiction
des bouquets par le curé... alors on retourne après frotter
avec l'herbe la statue dans la chapelle et on la trempe à la fin
dans le bénitier à l'entrée de la chapelle... Je
les ai vus et j'ai fait comme les autres... Après on accroche le
bouquet dans la maison ou dans l'écurie. Aussi on la donne aux
bêtes et autrefois on la faisait manger aux vers à soie...
je crois...
Au temps de St Sabin tous les gens vivaient dans la barbarie... il n'y
avait pas le curé... Ils adoraient le soleil ou les rochers!
Je sais que dans une cabane il y avait un vieux, il s'appelait "Botte"
et sa fille était très belle et elle s'appelait "Lorette".
Alors le seigneur de Virieu la demandait en mariage... Il était
vieux et très dur. Lorette était très douce. Elle
chantait avec les oiseaux du ciel... Ils l’écoutaient.
Un jour le vieux Botte s'est perdu dans les bois du désert, là-haut...
Il était surpris de voir le Saint mener ses deux boeufs. Ils parlèrent
longtemps et le Saint lui raconta sa religion. Botte promit de remonter...
Il faisait nuit, il fallait descendre du désert.
Lorette attendait son père... Il lui expliqua son histoire.
Alors le matin elle est montée voir l'ermite là-haut.
En arrivant elle lui a dit que dans la nuit une voix lui disait: "va
vers Saint Sabin!" alors Saint Sabin la bénit et remercia
Dieu. Il raconta l'histoire de la naissance de Dieu dans une grotte. L'enfant
Dieu qui modelait des oiseaux en argile et leur donnait la vie en soufflant
dessus... Il guérissait aussi les malades et faisait revenir les
morts... et puis sa mort sur la croix d'olivier... et puis l'hirondelle
noire qui porte bonheur parce qu'elle a arraché une épine
sanglante du front du Jésus qui mourait...
Alors Lorette pleurait... Elle reçut le baptême et tous les
matins elle montait des fleurs pour la messe du curé de St Sabin...
Après le vieux Botte était mort, et Lorette est seule. Elle
essayait de faire convertir le Seigneur Virieu. Il ne voulait pas... et
elle ne voulait pas le vieux seigneur Virieu comme un payen. Le Seigneur
voulait se marier avec elle avant de partir chasser les arabes du Pilat.
"Je te donnerai mon château et mes jardins... "
"J'ai ma cabane et la forêt du désert"
"Tu seras la reine, riche et tu auras mon épée"
"Fais-toi chrétien, je le serai plus encore"
Et un jour elle dut fuir le seigneur devant toutes ses avances...elle
courut longtemps des heures sans s'arrêter dans les buissons sur
les cailloux. Elle est arrivée dans un vallon très étroit
entre des collines avec des vieux chênes. Au fond il y avait une
cascade, l'eau disparaissait dans un gouffre. Elle entendit le romain
arriver sur son cheval noir. Elle essayait de parler doucement, puis de
le menacer de l'enfer. Rien n'y faisait, le seigneur avançait toujours
vers elle...
"Si vous avancez encore je me jette dans le gouffre"
"Je t'y suivrais bien"
Lorette pria et elle s'est jetée dans le gouffre.
"Mal va!" cria le seigneur... il a essayé de retenir
Lorette son cheval a glissé sur le bord du rocher... et ils sont
tombés tous les trois dans l'eau du gouffre. Sur l'eau seul est
remonté le corps de Lorette dans sa robe blanche. Le romain et
son cheval ont été emportés dans le gouffre.
Le soir Saint Sabin inquiet de ne pas avoir vu Lorette, vient dans le
vallon abandonné... Il a repêché le corps de Lorette,
il a pleuré, il l'a enseveli au pied d'un vieux chêne...
et il est remonté pour toujours sur le désert du Pilat dans
sa chapelle avec ses boeufs...
Les anciens ont appelé la cascade "Saut de Lorette" en
mémoire de la martyre et le vallon est appelé Malleval en
souvenir du cri lancé par le seigneur... "
Une variante dans la version
Une autre version de cette "histoire populaire" rapporte par
contre que St Sabin a enterré le corps de Lorette vers le crêt
de Botte. On voit, certaines années, disent les anciens, apparaître
dans les fourrés une touffe de genêts blancs, sur un ovale
de trois mètres de long parmi les autres d'un jaune d'or... Ce
serait le lieu où St Sabin aurait creusé la tombe de Lorette...
Les anciens ajoutaient que lorsque les genêts fleurissaient "blancs",
l'année serait très sèche... Il fallait alors monter
solliciter le Saint pour le rituel de l'eau...
Légendes de l'installation de St Sabin dans le Pilat.
Récits recueillis par J. NARDONE
"... une autre
bribe dit que: il a commencé à s'établir dans une
grotte entre THELIS LA COMBE et la VERSANNE sur le Crêt de l'ESTIVAL,
il y a là une grotte dans le granit qui fait une dizaine de mètres
de profondeur et trois mètres de haut et qu'on appelle la grotte
des Sarazins. Et St Sabin a commencé à vouloir s'établir
là au début. Mais il y avait tellement de crottes de chèvres
et ça sentait tellement le bouc qu'il s'est mis en colère...
il a jeté le marteau de maçon avec lequel il devait construire
sa chapelle et à l'endroit où le marteau est tombé
il est allé construire sa chapelle... et c'est l'endroit de la
montagne actuelle... ça fait quand même pas mal de kilomètres
entre les deux montagnes mais il y a probablement un lien à l'origine
entre cette grotte et la montagne de Saint Sabin parce que les légendes
de Saint Sabin sont extrêmement vivaces à THELIS LA COMBE
et la VERSANNE encore aujourd'hui..."
"... Ben y'avait Saint SABIN, Saint CLAUDE et Saint MAURICE là
bas qui étaient tous trois sur leur montagne, alors pour s'amuser
ils jouaient au "paret" avec des meules de moulins.... du crêt
d'un Saint à l'autre...ils se les passaient les "parets"...
ça c'est un vieux de COLOMBIER qui me l'a raconté, mais
c'était pendant la guerre de 14, moi j'avais 7 à 8 ans,
alors il me racontait... puis il disait que c'était vrai..."
"... une légende qui se raconte au sujet de Saint Sabin avec
un moine qui était à la chapelle St Claude au dessus de
MALLEVAL. De sa chapelle St Sabin disait au moine de St Claude: "tzesse
bien ma là vais!.. " Et celui de St Claude répondait:
" tzesse bion pis là mon!..".
Ce qui veut dire en français, de la part de St Sabin: "tu
es bien mal là bas !... Et de la part du moine de Saint Claude:
"tu es bien pire là haut!... "
En réalité c'est un jeu de mots qui veut dire... en patois
"MALAVAIS" c'est MALLEVAL, et "PILA" c'est PILAT!...
"Historique de la chapelle dédiée à Saint SABIN"
Abbé SOUCHON de la commune de GRAIX.
"...La tradition assigne à une époque très reculée
à l'existence d'un Saint montagnard nommé SABIN. Elle ajoute
que c'était un vertueux habitant de la campagne, simple laboureur,
d'une haute intelligence et d'une grande piété. Le ciel
bénit ses travaux en lui donnant les plus grands troupeaux et les
champs les plus fertiles. Il devint par ses bienfaits la providence du
pays comme il en était l'oracle par ses conseils. D'après
la légende, SAINT SABIN aurait charrié avec ses boeufs,
l'énorme éboulis de pierres appelé chirat qui se
voit sur le versant Est de la montagne..."
Notons que les récits légendaires s'étagent sur
trois genres dissociables: légendaire populaire de transmission
orale, légendaire populaire transcrit, et enfin légendaire
hagiographique.
COMPARAISONS DES RECITS LEGENDAIRES LIES A SAINT-SABIN DE LA REGION
DU PILAT
LIEU
DU MARTYRE:
-St Sabin Pilat: AUVERGNE et PILAT.
-St Sabin Spolette: SPOLETTE.
-St Sabin Amphipolis: Ile de la GARTEMPE.
PERSONNALITE:
-St Sabin Pilat: Fervent montagnard chrétien. Muni de deux boeufs
nourris d'alchemille.
-St Sabin Spolette: Instruit dans la science des lettres.
-St Sabin Amphipolis: Esprit et visage doux, aimable.
LIEU D'ORIGINE:
-St Sabin Pilat: Lyon, un des premiers chrétiens. Région
du Pilat.
-St Sabin Spolette: SPOLETTE (ITALIE)
-St Sabin Amphipolis: BRESCIA (ITALIE)
THEME DU MARTYRE:
-St Sabin Pilat : Mains et tête tranchées.
-St Sabin Spolette: Mains coupées.
-St Sabin Amphipolis: Tête tranchée.
ORIGINE FAMILIALE:
-St Sabin Pilat: Deux "frères", Claude et Maurice.
-St Sabin Spolette: néant.
-St Sabin Amphipolis: Un frère, Cyprien.
Père, Magnus, consul. Mère,Tatia. Famille consulaire et
aisée.
LIEU CONSACRE:
-St Sabin Pilat: Véranne, oratoire, chapelle, grotte, mont.
-St Sabin Spolette: néant.
-St Sabin Amphipolis: St Savin sur Gartempe.
BREVE ANALYSE DES LEGENDES DE SAINT-SABIN
Première remarque: Le saint et son environnement sont cernés,
sur cette région, et remarqués par leur empreinte et emprise
sur la tradition, même historique, locale. Sous tous ses aspects,
on distingue l'implantation du christianisme sur ce secteur géographique:
martyrs de la région lyonnaise, de l'Auvergne, origine du nom de
Pilat (Pilate) et du sommet de la montagne St Sabin... Nous pouvons probablement
envisager une réactualisation et une récupération
efficace de restes d'anciennes traditions, religions ou mythes locaux...
inconsciemment présents dans les récits, hésitants,
mémorisés par les anciens de la région.
Les légendes occupent globalement et fermement l'espace géographique
local. Les Saints, peu importe leur nom et leur fonction, sont implantés
sur les sommets. Par cette présence, ils maintiennent un sens de
non isolement, de puissance de contrôle, de liaison permanente...
de la région. Jocelyne Nardone résume admirablement la situation
légendaire "... Si les légendes popularisées
reprennent vraisemblablement de nombreux éléments hagiographiques,
elles ne sont pas seulement constituées par ces emprunts, mais
rappellent constamment leur fondement plus ancien en regard de l'enracinement
régional. Elles subissent donc par et dans l'oralité un
réel processus de socialisation dynamique par opposition aux légendes
hagiographiques plus généralement partagées et anonymes.
Ainsi elles se veulent par exemple à la fois témoins des
débuts du christianisme et de l'implantation d'une vierge noire
comme pour mieux témoigner de l'impact des rires ancestraux sous
le vernis chrétien. Il y a donc utilisation et réinterprétation
des matériaux fournis avec l'histoire. Il y a singularisation sociale
ou socialisation singulière qui dynamise à l'aide des modèles
véhiculés le désir chrétien d'imitation, de
surpassement par véritable injonction idéaliste et moraliste.
L'implication historique s'affirme avec les druides, les romains, les
sarrasins et la révolution, c'est à dire avec une histoire
opposante au christianisme. En fait tout se passe comme si au niveau des
légendes le discours populaire privilégiait la mise en péril
comme pour faire "perdurer" la canalisation de la violence ainsi
neutralisée par une constante réinterprétation à
travers le dynamisme du récit et l'homogénéité
du rituel..."
ELEMENTS ETYMOLOGIQUES
Dictionnaire des Noms de familles. (Larousse)
- SABIN, forme populaire SAVIN. Nom de deux saints (Poitevin et Bigordan):
SABINUS, ancien nom latin, "originaire de la Sabine".
La forme languedocienne et gasconne Sabi, variante Saby, s'est confondue
tardivement avec la forme régionale de Savi, Sage.
- SAVINIEN, de Saint Sabinianus (dérivé de Sabinus), premier
évêque de Sens et Martyr (Ille S.)
Dictionnaire Etymologique des Noms de lieux. (Guénégaud)
- Saint-Savin, Gironde, Isère, Htes Pyrénées, Vienne:
latin Sabinus, nom de plusieurs saints du Poitou (Ve S.) et de Bigorre.
Dictionnaire Etymologique des Noms de rivières et de Montagnes
(Klinksieck)
-Sab / Sav: racine prélatine à valeur hydronomique et oronomique.
Dans les langues prélatines ou celtiques, le V et le B ont la même
valeur (en espagnol V se prononce B).
Encyclopédie Quillet (Pot.-Sel)
"-Sabinus (Julius) né à Langres, chef Gaulois du pays
de Langres, mari d'Eponine; mort en 78. Il se révolta contre Vespasien
et chercha, avec Civilis, à affranchir la Gaule de la domination
romaine. Battu, il fut livré à Vespasien, malgré
le dévouement de sa femme qui, pour le sauver, le cacha dans un
souterrain pendant neuf ans. Ensemble ils furent mis à mort."
André
Douzet
|