
L’invasion d’escargots
Un
incroyable déferlement
‘L’invasion
d’escargots,’ dans le légendaire de la chartreuse de
Sainte-Croix-en -Jarez, est un des plus étranges récits.
Bien entendu, nous connaissons de nombreuses histoires d’invasions
de rongeurs, de sauterelles, de batraciens, d’insectes dangereux…
Les dégâts accompagnant ces déferlements sont suffisamment
traumatisants pour que la chronique en garde une cuisante mémoire.
Concernant le problème d’escargots, en quantité telle
que le terme d’invasion puisse être retenu, il nous permet
des remarques. D’abord, il n’est pas impossible de prévenir
ce genre d’ennui (végétaux, cendres, boissons fermentées
et autres produits connus de tous temps pour stopper leur progression).
Ensuite, une incontrôlable profusion d’escargots n’est
guère fréquente. Si toutefois l’événement
se produisait, il serait peu probable qu’il se renouvelle fréquemment…
et encore moins en hiver lors des grands froids.


La
mémoire comme moyen de transport
Il
serait alors possible d’envisager l’enregistrement d’un
fait d’une telle importance qu’il ait été comparé
à un événement pouvant en colporter la substance
en toute pérennité et en toute discrétion. La mémoire
et le légendaire ont fait le reste sous la forme d’une trace
tenace, altérée sans doute au fil du temps et surtout des
transmissions peut-être parfois aléatoires. Sans soute l’aspect,
quelque peu absurde, est le meilleur camouflage de cette mémorisation.
Il est quasiment certain que cette légende- cette tradition- est
fondée sur un ou plusieurs faits marquants, réels, absorbés
peu à peu par le merveilleux… souvenons-nous de la légende
de Béatrix !
Nous avions, comme première approche du problème du sujet,
mis en lumière la valeur de la lettre ‘R’ dans la phrase
‘L’INVASION D’ESCARGOTS’. En effet, si nous prenons
la valeur ‘Joker’ de cette lettre, selon la Kabbale, nous
trouvons la modification suivante « L’INVASION DES CAGOTS’...
Ces étranges personnages qui, selon certains chercheurs, seraient
les derniers rescapés du massacre des Albigeois : les Cathares
! Cet hypothèse est loin d’être à écarter
; cependant, nous étudierons une autre possibilité intéressante,
celle du jeu des mots de la langue verte.
Des
faits pourtant relatés
Escargot
au porche de l'église St Jean de Rive-de-Gier
Tout
d'abord, deux faits réels trouvés dans des chroniques d’époque:
- "... En 1419 une invasion d'escargots ou limaces est signalée.
L'évêché de Lyon s'en est intéressé
de si près qu'il lance contre ce phénomène une excommunication
"contre ces sales bêtes, suppôts de Satan"; il plaît
à la chronique de nous dire que "l'anathème suffît
à anéantir les gastéropodes..."
Ensuite :
- "... En 1673, un fléau d'un autre genre y exerça
des ravages, les limaçons se multiplièrent au point de dévorer
toutes les récoltes. Il paraît qu'on a exorcisé le
pernicieux mollusque et c'est à cette cérémonie qu'on
attribue leur disparition... " La France par Cantons.
La mémoire aurait-elle substitué une véritable invasion
de limaçons (de limaces et non d'escargots qui en langue populaire
devient colimaçons) à d'autres faits ou rumeurs ayant une
phonétique similaire ou approchante ?
D'abord retenons que sur un plan symbolique, la limace n'est autre que
St Germain l'Hermite dans la tradition de l'évêque St Tulpin
ou Turpin. Dans cette tradition, tous les personnages du cycle chevaleresque
de Charlemagne sont issus de la fable de St Tulpin (église de Mozat):
"L'escargot et le Renard". A ce propos, les Maçons ne
se disaient-ils pas "descendants de la louve", donc "louveteaux".
A Mozat, les Maçons sont tous affiliés au parti de Leupin
(petit loup) et célèbrent, déjà vers 1730,
la défaite de centaure, renard aristocratique, et la victoire de
l'escargot!
De cet escargot: "...Gastrolâtres, coquillons. Cet épithète
désignait particulièrement les maçons libres. Le
hiéroglyphe spécial des maçons était le limaçon,
ce qui leur avait fait donner le nom de coquillons ou gens à coquilles
(à loge fermée et mobile). Sous Louis XIII on les nommait
les caquerolles, nom bourguignon du limaçon... " Grasset d'Orcet.
T.l
D’étranges
Forts-Maçons
Le porche de l'église St Jean de Rive-de-Gier
Dans
cet ordre de détails, rappelons qu'à l'église St
Jean de Rive-de-Gier, ancien territoire chartreux, des escargots ornent
le portail du porche principal. Le sculpteur a poussé le détail
jusqu'à nous montrer que les gastéropodes sont des "bourgognes"
et non des escargots "petits gris"...intéressant souci
du détail...
Mais laissons Grasset d'Orcet poursuivre son récit: "...Forts
maçons ou constructeurs de forteresse (?) en d'autres termes vers
le milieu du 16e S. à des ingénieurs militaires lesquels
formaient sous l'ancien régime, une corporation noble. Tout ce
que je puis assurer, c'est que, si j'ai souvent rencontré dans
le "grimoire" des allusions aux maçons et aux forts-maçons
le plus souvent représentés par des limaçons ou caquerolles..."
Ces forts-maçons qui sculptèrent un tympan de la cathédrale
de Chartres au XIIIème S. où figurent plusieurs escargots...
que l'on retrouve au trésor de la cathédrale, dans la chapelle
St Piat...
Enfin, puisqu'il est question de maçons, en feuilletant quelques
ouvrages sur la Maçonnerie, on peut souligner des analogies entre
le rituel de Maçonnerie et la légende des escargots.
Maçonnerie : Les travaux maçonniques ne s'ouvrent que lorsque
la loge est à couvert, c'est à dire si l'assemblée
est hors oreilles et regards indiscrets. Le "tuileur" (peut-être
de tuilot: couverture de toiture) s'assure de l'isolement, hors d’atteinte
à la curiosité, de l'atelier... Ces détails et généralités
sont extraits d'ouvrages de vulgarisation à la portée de
chacun en librairie générale.
Les Maçons affranchis arrivant d'Angleterre et d'Ecosse, recrutés
sur les chantiers de constructions religieuses et laïques, se nommaient
''libres-maçons": "free Mason". Ils devinrent, par
mauvaise compréhension ou dérision, "free Maçon",
qui ,mal prononcé, est devenu peu à peu "flimaçone",
"limeçone", et enfin "limaçon" pour
le terme populaire des bâtisseurs... Encore un détail autorisant
la liaison: dans un lieu profane, il semble que les Maçons, ne
pouvant s'exprimer librement entre eux, annoncent, en forme d’avertissement
à être discrets en propos... « il pleut ». N'est-
ce pas un temps idéal pour l'escargot ?
Le trésor de Chartres... et l'escargot
L'escargot… Lorsque les toitures chartreuses fuyaient et prenaient
l'eau, lorsqu'il pleuvait, que les lieux n'étaient plus à
couvert, la tradition remarquait la présence massive d'une assemblée
d'escargots...
Des
limaçons et des fours
Mais
ce n’est pas encore tout, en ce qui concerne cet étrange
rapport entre l’escargot et une ‘certaine Maçonnerie’
qui était franche autrefois : le dogme fondamental des Gouliards
est un culte voué à St Gall, St Gaul ou St Gely, en dialecte
limousin : St Coq.
Le Pantagruel de Rabelais, dans la préface du quatrième
livre, laisse apparaître la philosophie gouliarde : « …selon
le proverbe limousin ; à faire la gueule d’un four sont trois
pierres nécessaires… ». Soulignons ici un possible
détour par l’ancienne boulangerie de Ste Croix et sa croix
indélébile, et au catharisme. Ensuite cette idée
de four nous permettrait de mieux comprendre les têtes inexpliquées
de la cuisine des Pères Chartreux… Mais que pourrait signifier
d’autre, ce ‘four ‘ des Maîtres « fort-Maçons
», « Four-Maçons » et « Free-Masons »
?
Sagesse
et Connaissance en termes Gouliards
Les
Gouliards prétendaient que Sagesse et Connaissance y étaient
résumées et mêlées. Leur compréhension
ouvrait sur le domaine de l’Esprit, puis avec persévérance
sur celui de l’Ame : les deux piles et la clé en forme de
porte !
Cette porte, ou pile, est l’ancien Janus romain à deux visages
orientés face à l’Orient et à l’Occident.
Mais ces deux piles sont toujours le Nord et le Sud. Le Nord pour le principe
humide et féminin, le Midi pour le sec et le masculin. Ils sont
les deux substances « essentielles » de la création
sur les trois plans du Corps, de l’Esprit et de l’Ame : le
boire et le manger… Ils deviendront, peu à peu, les colonnes
J et B supportant l’architecture en Maçonnerie.
Tableau de loge où l'on voit les colonnes J et
B
Le boire et le manger nécessaires que l’on trouve dans l’ébauche
du dogme chrétien de l’Eucharistie. La messe est l’ultime
représentation du banquet sacré indispensable à la
communion… principe que l’on retrouve dans les Thyases antiques,
les loges et guildes du Moyen-Age et modernes, et tous rassemblements
fraternels et humanistes. Les Gouliards appliquaient un principe de modestie
hiérarchique. Plus le grade, ou « pile », est élevé,
plus l’homme doit être dépouillé… Le grade,
ou « pile » du simple postulant est de cinq piles jusqu’au
grade le plus élevé de une pile : Grand Architecte qui ne
peut être atteint qu’au passage de la mort : l’ Ultime
Initiation. A ce moment, l’homme doit être en état
de grande pureté et doit se démunir de tout ce qui le rattache
encore au monde matériel.
L’ombre
des cathares
On
imagine très mal ce mode hiérarchique appliqué à
la vie politique, religieuse ou initiatique. Ces ‘vies’ là
étant aux antipodes de cette vision de pureté, ce mode déclencherait
aussitôt un désavouement général et unanime…
alors qu’il devrait en être la base même ! Signalons
toutefois qu’une religion mit en application un mode de principe
similaire. Elle avait pour nom… Catharisme. Il est, hélas,
inutile de revenir sur la fin de cette religion de pureté qui eut,
semble t’il, des adeptes jusque près des murs de la chartreuse
de Ste Croix.
Ste
Croix… dernier refuges des annales Hiéroglyphiques ?
Les
sociétés gouliardes existantes estiment que les «
Annales Hiéroglyphiques Françaises » finissent avec
le décès du duc de Berry…
Grasset d’Orcet suppose, pour conclure provisoirement, les écritures
chiffrées des Gouliards « Intéressantes et révélatrices
d’un passé à double fond qui nous échappe encore
dans l’attente de leur Champollion… ». Cette ‘invasion
d’escargots’ serait-elle une partie révélée
de l’existence d’une tradition hermétique et occulte
dans le passé de Ste Croix ? Pourquoi pas ?
A ceci ajoutons que, pour toute notre région, seule l'église
St Jean de Rive-de-Gier, près de la Correrie chartreuse du chemin
du Puits St Jean, est ornée d’escargots à son porche
? S’agit-il d’un discret clin d’œil à l’église
de St Jean ? ou encore du St Jean sur l’évangile duquel prêtent
serment certains Francs-Maçons ? ou d’une tradition fermée
dont seuls quelques initiés peuvent encore en comprendre le secret
enfoui sous les murs de Ste Croix ?.. cette étrange chartreuse
justement teintée de légendes gastéropodes ! Ne peut-on
pas, en la matière, parler de "cause à effet"
en place de... "hasard et légendes"?
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