
Madame la Mort… un étrange bas-relief dans le grand cloître
Le
cloître disparu des Pères Chartreux
Nous
franchissons le corridor séparant la première cour des laïcs
de la partie exclusivement réservée aux Chartreux. Nous
voici maintenant dans la seconde cour du monastère, occupée
par des habitations, toutes situées, depuis la révolution,
dans les anciennes cellules des moines. Ces dernières étaient
rassemblées autour d’un espace formant un ‘carré
long’. Un cloître périphérique permettait aux
chartreux de circuler en étant toujours à l’abri.
Cette construction fut détruite lorsque les cellules devinrent
des demeures paysannes vers lesquelles devaient pouvoir circuler aisément
les outillages agricoles mobiles… à moins également
que ce vestige, rappelant la présence des chartreux, dut parfois
faire les frais de quelques gestes d’emportement à ces heures
violentes d’un nouveau régime… ou encore servir de
carrière de belles pierres de taille, cédées à
bas prix par décision révolutionnaire. Cette dernière
explication est fort plausible en raison d’un document de 1802,
contenant des croquis des arcades du cloître, cataloguées
sans doute pour être démontées et remontées
dans le même ordre, peut-être selon les commandes. Il reste
également la possibilité que les tombes des moines, ou du
moins une certaine partie de celles-ci, se soient trouvées dans
un emplacement de cet espace central laissé libre. Ajoutons que
cette ‘cour’ des chartreux disposait d’une rampe d’accès
donnant sur la face nord sous les jardins des pères.
Aux
généreux bienfaiteurs …
Nous
dirigeons nos pas vers le côté sud de la cour. Les entrées
des anciennes cellules sont habituellement surmontées d’armoiries.
Ces dernières sont le plus souvent celles de donateurs ou de familles
aisées particulièrement généreuses et attentives
à la chartreuse de Sainte Croix. Il est dit qu’à l’origine
il y avait un numéro de cellule, et une simple forme de blason
sans armes gravée au-dessous du linteau de l’entrée.
Au fil des bienfaiteurs leur héraldisme était peint dans
la forme du blason… puis effacé dès que cessaient
les dons… et enfin remplacé par celui du nouveau donateur.
Quant aux largesses, une partie en était réservée
pour l’entretien de la cellule, une autre pour les besoins du chartreux
vivant dans celle-ci. En échange de tant de générosité,
les prières du Père Chartreux étaient adressées
plus particulièrement à l’intention de la famille
‘blasonnée’ veillant sur l’hébergement
du moine. Il semble que peu à peu les armoiries aient été
gravées et non peintes, comme on peut le voir encore en place sur
les bâtiments… A moins que certaines familles, particulièrement
bienveillantes, aient eu droit à la reconnaissance perpétuelle
des religieux se remplaçant dans la cellule concernée.
Saint
Bruno, madame la Mort et… un discret ésotérisme

Nous
arrêtons nos pas au fond de la cour à gauche. Au-dessus d’une
cellule, il ne s’agit plus de numéro ou de blason mais d’une
autre représentation nettement plus ‘parlante’ : un
bas-relief dont la lecture permet d’accéder à un symbolisme
d’une richesse étonnante… à l’ésotérisme
discret dont les fines nuances n’échapperont pas à
l’initié averti. Ce décor, remarquable par son esthétique
et son exceptionnelle conservation, comprend tout de même les identités
des commanditaires, ainsi que de petits blasons les illustrant indiscutablement.
Le thème de cette gravure représenterait simplement St Bruno,
fondateur de l’ordre des Chartreux, méditant sur la mort…


Si
le sujet est religieusement bien illustré, nous allons voir que
l’on peut trouver, dans ce bas-relief, d’autres éléments
nettement plus axés sur un ésotérisme d’excellent
niveau. Nous pourrons, accessoirement, nous demander si tous les pères
chartreux étaient en mesure de lire de tels éléments
et sinon… à qui pouvait s’adresser la teneur d’un
tel message ? A ce jour, pour toute réponse, il nous est dit laconiquement
qu’il s’agit, simplement, de St Bruno méditant ou contemplant
la mort.






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