
La croix indélébile
Le
four et la croix
Après
notre petite visite aux étranges gravures dans le grand couloir,
nous revenons sur nos pas. Nous sortons de la chartreuse de Ste Croix
et nous nous présentons dans le local d’accueil et de tourisme.
De celui-ci on peut suivre des visites guidées, acquérir
des ouvrages et des ‘souvenirs chartreux’.
Si aujourd’hui cet endroit est culturel, touristique et commercial,
il n’en a pas toujours été de même autrefois.
A l’époque où fut écrit le texte manuscrit
(ci-dessous) sur ce lieu, on se trouvait dans une auberge, fort agréable
au demeurant. Selon les écrits d’A. Vacher (La Chartreuse
de Ste Croix en Jarez –1904) il s’agirait, à l’origine,
des locaux abritant la boulangerie des Chartreux. Au centre de la pièce,
un seul pilier cylindrique reprend admirablement l’effort de toute
la voûte. A gauche, une immense cheminée occupe tout le pan
de mur en trois ouvertures sur deux piliers. Nous retrouvons ce type de
cheminée, d’une finition plus élaborée, dans
la cuisine des Pères Chartreux que nous visiterons un peu plus
tard.
Regardons attentivement l’appareillage du mur formant le cœur
sous le manteau de la cheminée. Nous y distinguons nettement les
traces de l’ouverture d’un four colmaté. Le reste du
four se trouvait dans les locaux derrière cette pièce. Il
semble certain que ce four était antérieur à la cheminée,
en raison d’une évacuation des fumées qui ne pouvait
se faire directement dans le manteau… sans dispersion dans la pièce.
Probablement l’appareillage du four fut-il condamné au moment
des modifications et réaménagements du local avec une immense
cheminée. Nous reviendrons plus loin sur cette fameuse ‘boulangerie’
de la chartreuse, car pour l’instant nous allons voir une curieuse
représentation cruciforme.
Une
croix gênante ?
En
entrant nous trouvons, débordant du mur face à nous, entre
deux fenêtres, un pilier à pans droits. C’est sur ce
pan qu’une étrange croix ‘peinte’ s’offre
à la vue de celui qui sait où regarder. En effet, très
curieusement, aucun commentaire n’est fait sur ce détail
aussi insolite que rare dans son origine et sa confection… et elle
n’est signalée nulle part hormis dans nos ouvrages et ceux
de Patrick Berlier ! De plus, hélas, à présent, une
‘ravissante’ applique d’éclairage la recouvre
en la dissimulant à la vue du public, ce qui est bien regrettable.
Une fois cette applique déplacée, on découvre une
croix de couleur sombre peinte à même la pierre du pilier :
une croix légèrement pattée sur un socle triangulaire.
La branche verticale haute semble se finir avec un tracé courbé,
tandis que le triangle de base se poursuit par une droite descendant jusqu’à
une tache de même couleur se répandant sur la droite en entourant
une sorte de ‘D’ gravé en profondeur.
Légende,
réalités techniques et… catharisme ?
La
cheminée de l'ancienne boulangerie. Remarquez le vestige du four
au fond
La
légende raconte qu’il s’agirait d’une croix tracée
avec le sang de deux parfaits Cathares venus à Ste Croix. Capturés
à leur arrivée, ils auraient été ‘questionnés’
par la sainte inquisition, puis brûlés dans la même
journée. Avec le sang de ces malheureux, les dominicains auraient
tracé une croix sur ce pilier, bien à la vue de tous, en
guise d’avertissement de ne plus accueillir d’hérétiques
albigeois. Cette croix de sang serait restée indélébile.
Nous savons que le sang animal (donc aussi humain) chauffé prend
des propriétés le rendant indélébile. Il aurait
été utilisé dans l’Antiquité pour marquer
les pierres de constructions pour les assemblages sous intempéries.
Est-ce dans un but technique que ce système fut utilisé…
ou à d’autres fins ? Jusqu’à ce jour plusieurs
tentatives furent faites pour effacer ce signe étrange …
sans le moindre succès ! Est-ce un détail à la fois
technique et insolite qui fait que personne ne souhaite aborder le sujet
de cette croix de sang ? Toujours est-il qu’elle veille encore sur
son énigme avec la même ténacité. S’agit-il
vraiment d’une marque faite en raison de la présence de Cathares
dans la région ? Au départ rien ne permet de l’affirmer,
encore que certains lieux gardent une toponymie pouvant être en
raison d’un souvenir ‘catharisant’. Nous prendrons pour
exemple des anciens lieudits « les blancs » ou « bonshommes
»…
En ce qui nous concerne, nous retiendrons seulement que nous sommes, dans
ce local, en présence d’une croix tracée avec du sang,
rappelant les deux principes sang et croix du ‘cube reliquaire’
et de la croix cylindrique de même fonction… et le vampirisme
combattu par un rite chartreux à Ste Croix. Nous verrons bientôt
un autre détail de considérables dimensions offert à
la vue des visiteurs sans, évidemment, qu’en soient donnés
les détails à retenir en matière insolite de sang
et de croix ! Un autre regrettable oubli, sans doute !
Mais écoutons ce que raconte la légende à Sainte-Croix-en-Jarez
à propos de cette marque mystérieuse :



Quand
boulangerie et Gouliards font bon ménage
Maintenant
retenons également la fonction de boulangerie indiquée par
A. Vacher pour ce local. Si l’on entend boulangerie, on comprend
aussitôt ‘four à pain’. Cette réflexion
est logique, mais peut également déboucher sur une autre
vision du problème. Si nous retenons un aspect pratique d’une
base de nourriture qu’est le pain, depuis qu’il existe pour
l’homme, nous pouvons également faire une autre approche
plus symbolique ou hermétique : celle de la langue oiselée
ou verte, en reprenant cet étonnant passage des écrits de
Grasset d’Orcet en la matière:
« …Et ces golliards héritiers des Templiers nous
ramènent à leur signe de croix à hauteur de la bouche
: la croix de gueule, la croix rouge, la croix de sang (c’est
nous qui soulignons) !Ils l’appelaient « tombeau du pain gaufré
». Ainsi ils nommaient ce que nous appelons encore traditionnellement
le pain à chanter ou pain enchanté. Le pain azyme des anciens.
L’objet correspondant est la poêle à frire …
Le peuple de Palestine lui vouait un culte et une vénération
sous la forme d’une pierre plate, idem en Limousin qui lui donna
en premier son nom de « poêle à frire »…
peut-être peut-elle servir à tester ceux qui « savent
» ? Lorsque la poêle n’était qu’une pierre
plate elle était posée sur deux autres pierres debout, du
feu dessous et l’on cuisait sur le dessus… Si l’on ferme
l’arrière on obtient le four… qui cuit… le pain
! et si l’on ajoute que les gouliards entre-eux s’appellent
les « four-maçons » connaisseurs de l’antique
tradition du « pain qui chante » et s’il fallait aller
plus avant nous pourrions ajouter que les maçons savaient construire
les voûtes en latin « fornix », en français «
four ». Encore, ne donne t’on pas le nom de four ou frise
à la pierre plate appelée architrave et qui réunit
en linteau deux piles ou colonnes… d’un temple ? En outre
les églises chrétiennes ne se terminent-elles pas en un
ou trois fours appelés « absides » ce qui revient à
four en grec… »
Là encore, dans ce local de Ste Croix, la légende et la
tradition ont pris le pas sur la réalité symbolique. La
mémoire a intimement mélangé les éléments
et en a conservé un récit horrible et macabre, seul capable
d’impressionner le souvenir à long terme. Supposons simplement
que l’on ait mémorisé ces affluences périodiques
de « fort-maçons » dont on a retenu que ce sont des
limaçons ou coquillards… des escargots ! Ces escargots pris
au sens de « Cagots », tout d’abord, étayent
et justifient cette croix indélébile dans le récit
« fabuleux ». Au second degré, cette croix faite avec
du sang devient la croix de gueule, croix rouge, signe des Gouliards héritant
du Temple une certaine tradition.
Un
lieu où l’on pratique le pain qui chante… et le repos
Ces
mêmes gouliards se réunissent comme « four-maçons
» dans le lieu de leur second symbole où il y a le four,
qui lui, enfin, fournit le pain qui chante !
Une autre légende tenace pourrait bien se rattacher à ce
récit : celle des pèlerins de Compostelle qui font un large
détour pour aller se recueillir à Ste Croix. Geste pieux,
certes, mais inhabituel sur ce chemin St Jacques qui traverse Rive-de-gier,
où la chartreuse de Ste Croix possède une maison d’hospitalité.
Ce détour n’est mentionné sur aucun itinéraire
habituel… Quelques légendes persistantes relatent que ces
pèlerins venaient ici de très loin et certains, épuisés,
malades, seraient morts à Ste croix (on a retrouvé les restes
d’un homme enterré avec des coquilles ‘St Jacques’
près de lui dans le cimetière du « petit cloître)…
Légendes, récits sans fondement, contes pour crédules…
Et si, là aussi, il y avait confusion ? Confusion entre les pèlerins
revenant de St Jacques avec leur coquille et les… coquillards ?
Coquillards s’arrêtant pour se chauffer, épuisés,
près du four… et se réconforter l’âme
en consommant le pain qui chante ?
Pourtant sur ce chapitre nous avons un élément quant à
l’usage primitif de cette boulangerie. Nous pensons que le lieu
pouvait avoir la fonction d’hébergement des visiteurs masculin.
En effet nous sommes là dans le premier local acceptable à
gauche de l’entrée principale de la chartreuse. Ce local
fait le pendant avec celui de droite (là où se trouve à
présent un grand restaurant) qui était l’hébergement
des dames… Un lieu hospitalier ne pouvait-il pas correspondre à
l’idée d’une étape essentielle et reposante
pour les fameux… « four-maçons » ?
La
pierre qui chante… et enchante?
Le pilier circulaire central
Bien
entendu tout ceci ce serait une hypothèse bien fragile et sans
véritable fondement… Si Polycarpe de la Rivière n’avait
laissé deux lettres écrites par des frères gouliards
et adressées à Ste croix, Chartreuse. En ajouter plus est
inutile. Nous retiendrons à propos des pierres supportant une troisième
qu’elles pourraient bien illustrer une sorte de dolmen… comme
celui des « Pierres de Marlin » (ne surtout pas confondre
avec le pseudonyme d’un individu n’ayant rigoureusement rien
à voir avec ce site) au dessus de la Chartreuse et de la fameuse
chapelle de Jurieu (dite « des fous ») déjà
signalée dans notre travail sur la légende de fondation
de la chartreuse de Ste Croix. La pierre principale de ce site exceptionnel
à pour nom « la Pierre qui chante ». Nous verrons,
lorsque nous l’étudierons, qu’elle ‘enchante’
plus qu’elle ne chante… La similitude entre les toponymes
des lieux environnants Ste croix, et les liens avec le savoir des gouliards,
est effectivement à retenir sérieusement. Enfin nous ajouterons
que l’itinéraire suivi par Béatrix de Roussillon pour
parvenir à Ste Croix depuis Châteauneuf passait obligatoirement
par ces deux sites de Jurieu et « les Roches »…
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