
La Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez
Articles de journaux et autres archives diverses
Nous
voici arrivés au sixième article des journaux de la vallée
du Gier repris et présentés dans nos colonnes consacrées
à la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez.
Nous sommes le 28 février de 1969 lorsque sort l’article
en question ici. Nous l’avons choisi bien entendu car il fait mention
de la Chartreuse mais aussi et surtout parce que nous retrouvons notre
vieil ami Raymond Grau au devant de la scène… Une scène
qui commence à sentir une odeur qui nous est habituelle, celle
de l’oubli des valeurs de celui qui, le premier, a remonté
ses manches pour le seul honneur du site et rien d’autre !
Tout d’abord, une fois encore, on y voit que la ‘cuisine des
pères’ et son immense cheminée sont devenues, à
juste titre, l’un des plus beaux fleurons de la Chartreuse. Mais,
ceci dit, tous prudemment s’efforcent de ne jamais ajouter que ce
que nous voyons aujourd’hui est le fruit de la persévérance
de Raymond, de sa ténacité à avoir, tout d’abord,
acquis le local de ses deniers, ensuite à surtout lui avoir redonné,
sans compter, son aspect d’origine. Ce lieu était dans un
état de saleté repoussant et les vestiges avaient disparu
sous les plâtras et les gravats. Une fois l’endroit remis
en état, les murs devaient abriter un musée…Et ceux,
comme nous, qui connurent Raymond à cette époque savent
qu’il avait de quoi le remplir de bien plus belle manière
que ce qui s’y trouve actuellement. Certes, ce que le visiteur aurait
admiré ne serait pas forcément ‘pasteurisé’,
‘aseptisé’ et admis avec une ‘imprimatur’
des plus sévères et rigides. Ces témoins du passé,
souvent retrouvés sur les lieux même de la Chartreuse, s’avéraient
de véritables richesses que notre homme payait, en cas d’obligation,
de ses propres deniers ! Si on compare ce qu’il pouvait faire à
ce qui est fait, on ne peut que déplorer qu’il ait été
littéralement chassé de là et surtout oublié…
Certes, il faisait les choses gratuitement, et si parfois la conformité
n’était pas entière, la richesse de ses actions valait
largement une petite marge de tolérance. De plus, notre ami était
et est heureusement resté un puriste, sans formation d’Etat
ni bardé d’un monticule, totalement inutile au demeurant
en la circonstance, de diplômes ou recommandations politiques diverses
et passe-droits variés et avariés !!! Il agissait pour la
beauté du geste, ce qui maintenant n’a même plus de
sens commun à ceux qui se gaussent, et de tout savoir sur le passé
de cette Chartreuse, et de s’en réclamer les maîtres
absolus ! Ni les uns ni les autres n’arrivent à la cheville
de notre vieux pionnier…
On raconte même qu’il n’aurait jamais été
en possession des objets qu’il voulait exposer. Pire encore, certains
sales individus n’hésitent pas à sous-entendre qu’il
aurait pu ‘voler’ certains vestiges… Certes, ceux-ci
se gardent bien de le lui dire en face car il leur en cuirait sans doute
encore de la part de Raymond ou de la nôtre !
Le monde des statues féminines
Cet
article prend toute sa place après la présentation de la
statue de Béatrix de Roussillon, fondatrice de la Chartreuse de
Ste Croix. Car en effet nous retrouvons ici notre ami, au moment où
il finit par localiser une statue laissée pour compte dans les
oublis et les sombres replis des rebuts ripagériens. Il s’agit
d’une madone de grande taille, visiblement faite pour être
exposée à l’extérieur. Ce vestige, il l’a
recherché de longs mois avant de le situer ! Mais notre chasseur
ne se contentait pas de cette traque passionnante ; il la doublait d’une
volonté farouche de remettre le fruit de sa quête dans le
meilleur état possible avant de l’exposer aux yeux de tous.
En plus de nous conter les péripéties de cette récupération,
cet article permet aux curieux que nous sommes de connaître les
localisations de locaux disparus depuis longtemps, tels qu’une école
dans le quartier de la Berthelasse, la chapelle des verriers, la Maison
des Jeunes des années 1960. Nous nous rappelons une anecdote concernant
cette statue, racontée par Raymond. Il se souvenait que les enfants
de l’école St Jean, au cours des récréations,
avaient pour jeu favori de lancer des cailloux à la vénérable
madone qui rendait un son mat à chaque ‘coup au but’…
Après ces souvenirs de ‘garagnat’ (nom donné
dans la vallée du Gier aux enfants turbulents), notre ami nous
confiait qu’effectivement il s’était aperçu,
en nettoyant son précieux butin, que vers la tête apparaissait
une sorte de colmatage dont l’inutilité pratique lui laissait
augurer d’une possible cache aménagée dans le bois…
Il ne nous appartient pas de divulguer ici si l’orifice, une fois
dégagé, livra ou non le secret de cette vierge vouée
à l’oubli et la destruction.
Effectivement, les pistes de Raymond Grau l’amenèrent à
retrouver la ‘cloche des Verriers’… mais l’abandon
du projet de son musée dans la cuisine des Pères de la Chartreuse
de Ste Croix le découragea de poursuivre plus loin cette découverte.
Cependant, plusieurs expositions eurent lieu dans ce local qui fait la
gloire de ceux qui se targuent maintenant de l’avoir remis en valeur…
Il est vrai que nous n’en sommes plus à un mensonge près
dans ce superbe périmètre de l’esprit de vérité.
Toujours est-il que le public n’eut guère le temps d’apprécier
cette sculpture que personnellement nous avions eu loisir d’admirer.
En observant la photographie illustrant l’article, on peut voir
Raymond au premier plan. Quant à cet article, dont nous apprécions
toute la saveur, peu après sa parution son auteur dut s’apercevoir
de la trahison de ses espoirs déçus qu’il augurait
pourtant sous ce titre prometteur :
« Le musée de Sainte-Croix-en-Jarez, dont on espère
l’ouverture prochaine, s’enrichira d’une madone du XVIe
siècle »…
« Depuis plusieurs mois, Raymond Grau, qui a deux passions,
l'art et l'archéologie, rêve de faire de Sainte-Croix un
petit Saint-Rambert. Aussi collectionne-t-il avec ferveur tous les objets
antiques pouvant apporter des preuves sur le passé régional,
et son ambition est d'ouvrir à Sainte-Croix, avec quelques-uns
de ses amis qui sont d'ailleurs de sa trempe, un véritable musée.
Durant l'été, Raymond Grau avait déjà effectué
un travail très important dans une salle de l’ancienne Chartreuse
et il avait notamment mis à jour des voûtes murées,
retrouvé des fragments de mosaïque et surtout entièrement
découvert une belle cheminée de plusieurs mètres
avec un écusson des Chartreux.
Parallèlement, la bibliothèque du prieur avait été
réfectionnée.
Depuis, Raymond Grau et ses amis ne cessent d’amasser les pièces
qui figureront au musée ; on décape, on remet en état
les objets les plus divers et tout cela est prêt à prendre
la direction de Sainte-Croix.
Mais, voici quelques jours, Raymond Grau a fait une découverte
qui l'a comblé d'aise : une madone en bois de la fin du XVIe siècle,
et dont l'histoire a pu être reconstituée depuis 1790, est
entrée en sa possession grâce à M. Grataloup.
UNE STATUE DU XVIe
La statue vient de retrouver sa forme originale, mais ce ne fut pas
sans mal puisque celle-ci avait connu bien des déboires, ayant
été successivement recouverte de plâtre puis peinte
avec de superbes tons bleutés avant d'être encore recouverte
de minium, sans parler des dégâts causés par les pigeons.
La statue en avait d'ailleurs tellement vu que personne ne supposait qu'elle
était en bois, d'autant que deux autres semblables, se trouvant
dans le presbytère de Saint-Jean, sont en fer.
La madone ne mesure pas moins de 1m 40 de hauteur pour 0 m 50 de largeur
dans son drapé ; on l’a située de la fin du XVIe en
raison de ses proportions qui dénotent une étude anatomique
poussée de la part de ses créateurs et elle est en bois
fruitier.
Elle est constituée de trois pièces, bien que le corps lui-même
soit d’une seule pièce. La tête est creuse et Raymond
Grau a hâte d'en avoir achevé le décapage car un bouchon
lui fait espérer qu'à l'intérieur il découvrira
un parchemin écrit par ses réalisateurs.
Raymond Grau, aidé dans son entreprise par M. Marino, a pu retrouver
l’histoire de cette madone, à partir de la Révolution.
En 1790, elle se serait trouvée sur l'emplacement d'une des premières
écoles religieuses de la ville, à la Berthelasse. Puis,
en 1815, elle serait passée dans la chapelle des Verriers qui s'élevait
sur l'actuel emplacement de la Maison des jeunes, rue A.-Marrel. De là,
elle gagna le presbytère édifié dans le quartier
du Puits Saint-Jean lorsque la chapelle des Verriers disparut. Enfin,
en 1823, au moment de l'édification de l'église Saint-Jean,
elle regagna l’école Saint-Jean près du canal, où
elle se retrouve en compagnie de deux autres totalement similaires et
qui d’ailleurs auraient pu être moulées sur celle-ci.
Inutile de dire que Raymond Grau est tout heureux de sa découverte
et du don qui lui a été fait grâce à MM. Grataloup
et Faure ; cet objet d'art religieux prendra une place de choix au musée
de Sainte-Croix, peut-être aux côtés de la cloche de
la chapelle des Verriers que l'artiste a déjà en vue. »
Raymond
Grau
A la suite de cet article, nous en ajoutons un plus petit qui, bien que
plus anodin, mérite notre attention en matière de bénévolat
à propos de l’intérêt pour le vieux monastère
cartusien. Nous sommes le 11 septembre 1964 et le journaliste nous entraîne
vers deux personnages arpentant les vénérables bâtiments
et leur environnement immédiat. Il s’agit de deux élèves
de l’école spéciale d’architecture de Paris,
désignés pour établir un relevé des éléments
susceptibles d’être retenus pour un classement des services
des Monuments Historiques de France. L’opération se déroule
sous l’initiative de monsieur L. Lote, architecte en chef des mêmes
services, qui désigne ces deux futurs architectes pour ce travail
d’une utilité incontestable. Ce qui est encore plus incontestable
c’est surtout le fait que ces deux personnes remplissent bénévolement
ce travail minutieux et indispensable. Si nous ne savons rien sur la suite
qui fut donnée à ces prospections, nous aimerions cependant
soulever la question suivante : ces travaux de relevés d’architecture
sont réalisés par des professionnels offrant leur temps
et leur compétence de manière totalement désintéressée
pour le plus grand intérêt de l’étude du monastère…
Aujourd’hui, quarante ans après, nous savons que les relevés
d’état des lieux ont eu lieu et les plans dressés
par des professionnels que nous avons tous vus à l’œuvre.
Cependant, la question est la suivante : qui de ces derniers messieurs
(ou dames) ont travaillé gratuitement pour la beauté du
geste sur ce chantier???? Nous nous souvenons que, personnellement, chaque
fois qu’un relevé nous fut demandé à destination
des archives du Parc Naturel Régional du Pilat, notre intervention
ne pouvait qu’être entièrement gratuite. Cette gratuité,
ce bénévolat, sont également ce que voulait Raymond
Grau, concernant les remises en état qu’il engageait avec
ses amis, sans compter, sur ce site.
Aujourd’hui, il ne reste rien de ces bénévoles…
rien de messieurs J.M. Ponsot et S. Senart… rien de Raymond…
rien sur aucune reconnaissance pour leur désintéressement
qui maintenant n’a plus court en ces milieux où seul sa majesté
financière règne en maître absolu sur l’ombre
stérile de Ste-Croix-en-Jarez… Il nous semblait indispensable
de citer aussi cet article de journal rendant hommage, et ce doit être
le seul, à ces discrets mais indispensables volontaires.
« Deux jeunes Parisiens profitent de leurs vacances pour aider
au sauvetage de la Chartreuse de Sainte-Croix »
« Depuis plusieurs jours déjà, les habitants
et les touristes de Sainte-Croix aperçoivent deux jeunes hommes
qui mesurent avec soin les distances et dessinent habilement sur de larges
cahiers. Il ne s'agit pas d'hôtes de passage montrant aux visiteurs
des talents d'amateurs mais bien d'artistes doués de compréhension
et plus encore de bonne volonté. Avec beaucoup d'urbanité
envers la population et de déférence envers les propriétaires
de Sainte-Croix, ces artistes remplissent sans bruit une mission qui portera
prochainement des fruits éclatants. En effet, L. Lote, architecte
en chef des Monuments Historiques de France, qui connaît Sainte-Croix
et qui apprécie hautement le louable désintéressement
des Amis de la Chartreuse, a guidé vers ce monument de chez nous,
deux élèves de l'Ecole Spéciale d'Architecture de
Paris.
Selon les règles de cette école, les élèves
doivent, pendant les grandes vacances, effectuer un travail personnel
qui, à la rentrée scolaire, sera examiné avec soin
par de hautes personnalités artistiques.
M. Jean-Marc Ponsot et M. Senart viennent donc séjourner douze
jours à la Chartreuse de Sainte-Croix, pour faire un magnifique
travail de la plus incontestable utilité.
Au cours de leurs studieuses journées, MM. Ponsot et Senart rechercheront
tout ce qui dans Sainte-Croix conserve un véritable intérêt
historique. D'après leurs études sur place, leurs esquisses
et leurs suggestions, les Monuments Historiques de France pourront dans
quelques mois effectuer des classements de la plus extrême importance.
Remercions donc chaleureusement M. Lote de sa marque d'estime à
l’égard de notre région, et félicitons les
deux élèves de l'Ecole Spéciale d'Architecture de
Paris de nous faire largement bénéficier de leur compétence.
La rénovation de l'antique Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez
se poursuit donc avec une heureuse méthode. En ces tièdes
et lumineuses journées de septembre, il faut marquer d'une pierre
blanche le passage au pays de Jarez de M. Jean-Marc Ponsot et de son excellent
ami S. Senart. »
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