
Une ancienne forteresse?
Où
il est encore question de Raymond Graü
A
l’époque où nous présentions notre ouvrage
‘Eléments du passé de Ste-Croix-en-Jarez’, nous
avancions l’hypothèse que la chartreuse était édifiée
sur une ancienne forteresse. Cette affirmation, comme d’autres de
notre part, laissait poliment sceptiques les plus courtois de nos antagonistes
et déclenchait un tir de barrage nourri de sarcasme par d’autres.
Que dire alors de l’époque où Raymond Graü apportait
20 ans plus tôt les mêmes arguments… C’est sur
certains de ses travaux que nous pouvions appuyer les nôtres. A
son arrivée à Ste Croix, à part un ou deux érudits
locaux, personne n’avait réellement notion du passé
de ce village ou de l’importance de certains vestiges encore visibles
dans quelques caves ou autres lieux. Il en était de même
pour des documents ou archives anciennes. C’est ainsi que nous avions
récupéré plusieurs carnets écrits par un instituteur,
en fonction à Ste Croix au 19ème siècle.
Du
plumier nostalgique à la ‘flambée du soir’
Cet
amateur d’histoire, et du passé de sa région, avait
dressé un répertoire d’écrits récupérés
ça et là auprès d’habitants illettrés
allumant leur feu avec de ‘vieilles paperasses’ d’une
valeur inestimable pour un chercheur. Plusieurs ‘plumiers’
nécessaires à l’écriture autrefois (longues
boîtes de bois chevillées, fermées par une planche
coulissante, contenant les grosses plumes métalliques rongées
par le temps, une lame canif et un encrier de fer) étaient ainsi
passés dans la cheminée pour allumer la ‘flambée’
du soir… Nous avons pu en sauver deux dont le couvercle s’ornait
des armoiries cartusiennes. Souvent le premier niveau du plumier contenait
des rouleaux de documents représentant le plus souvent des actes
registrés ou des comptabilités privées ou notariées.
C’est souvent avec ces vestiges de l’écriture passée
qu’était enroulé un épais paquet de feuilles
manuscrites tenues par des filets en boyaux de chats… Lorsque les
vers ou la moisissure n’étaient pas venus à bout de
ces témoignages du passé, ils terminaient tristement leur
existence de mémoire écrite en forme d’allume-feu.
Plusieurs de ces ‘rouleaux’ furent sauvés par le vieil
instituteur et nous en avons retrouvés encore d’autres.
Les
étoiles de midi de Ste Croix
Sous
cette forme de cahier se trouvaient les "Notes sur le païs Pavezinest
et alentors" du Père Guy Coquillat, et un autre petit format
de 1792 du "Journal des amis de littérature". Nous donnerons
une reproduction de ces documents au chapitre ‘archives de Ste Croix’
le moment venu.
Sainte
Croix en 1789
Ainsi resurgissaient quelques preuves oubliées attestant que sous
la chartreuse dormaient encore des vestiges, très anciens, d’une
forteresse, qui probablement avait appartenue aux Roussillon, ou en tous
cas dont ils avaient eu connaissance. C’est ce que nous retrouvons
dans le récit de Béatrix à propos du miracle à
l’origine de la fondation de Ste Croix… Evidemment, à
l’époque où nous parlions de ces écrits le
chœur des grincheux entonnait le traditionnel refrain des ‘étoiles
de midi’ : « nous ne voyons pas les documents, donc ils n’existent
pas… ». Ce refrain changera sans doute avec la présentation
de ces documents dans un de nos prochains écrits sur le sujet.
Tout comme nous reviendrons, peu à peu et ici, sur des éléments
retrouvés dans le monastère… et en dessous…
attestant de l’importance et de l’attention soigneuse apportée
à la construction de ces bâtiments fortifiés. En attendant
nous nous contenterons de citer quelques textes consacrés à
ce sujet dans leur ordre chronologique sans autre forme de commentaire.
"...
Et en effet les titres du païs favorise si fort cette conjecture
qu'on en trouve un très vieux où ce lien est appelé
d'un nom latin et français tout ensemble "Villa Russeolus"
et il semble bien que ce soit ces deux Urseolus, Père et fils qui
ont laissé leur nom à cet ancien castel. C'est pourquoi
dans les plus vieux titres qui regardent ce fief on a vérifié
qu'il s'écrit Russeolus et de Même l'autre C. de Verius selon
que la prononciation du vulgaire l'a retenu du nom Verepi.
Il est certain que la mémoire et renom semble encor a présent
se renouveller par le soin qu'ils ont eu de perpétuer leurs noms
de toutes parts en les imposans aux forts qu'ils avaient bâtis et
même encor a des simples territoires qu'ils auraient possédés,
veu que, comme remarque le même autheur, lorsqu'ils estoient Seigneurs
du monde, estoient telle de tenir toûjous bonne garnison de soldats
dans les païs qu'ils avoient soumis à leur obéissance,
et pour leur donner courage de les bien servier il assignoient certains
villages et terres de ce païs mesme aux vieux gens-d'armes, lesquels
biens estoient déclarez propres à eux et à leurs
enfants, pourvu que ces enfants fussent gens de guerre et ne s'aliénassent
point à des gens privés et d'une autre profession. D'où
cet auteur qui a puisé cela dans les anciennes recherches du fameux
Denis d'Halicarnoffe, tire la source et l'origine des fiefs et terres
nobles héréditaires que les seuls Gentilshomes auxquels
proprement appartient l'exercice de l'art militaire tiennent de droit
sous la charge de leur service dans les guerres lors de leurs convocation
en l'arrièreban..."
"...L'usage du droit écrit commence de ce lieu du Castel
Crux qui est en ce païs, vers le septentrion gui est coutumier contre
le mydi qui est droit écrit, à une croix qui est prez de
là, venant du Bourbonois duque là mesmes est faite séparation
d'avec le fores en fa pierre de celle croix y avait plusieurs mots gravez.
Je' ay souvent visité pour essayer de connoistre et lire le reste.
Les religionnaires lorsqu'ils commencèrent de courir les champs,
l'abhatirent et brisèrent. Paul en la dernière loÿ
nomme trois provinces en France du droit écrit Lugdunenses Galli,
item et Viennenses Galli et Narbonenses Galli, c'est à dire les
Gaulois Lyonnais, Viennois et Narbonnois, le surplus des provins Françaises
à retenu la coutume dont la source n'a esté que l'ignorance
du droit et de la jurisprudence. "
Relevé manuscrit des notes du Père Guy Coquillat. "
Notes sur le païs Pavezinest et alentors"- non daté.
"...Dieu
a voulu conserver en ce Chatel de la Croix dezs preuves sans reproche
afin que la fay qui y est si ferme n'y manque pas de ce plus fort et de
ce plus illustre de tous les témoignages. Dieu vouloit qu'on scent
que non seulement, elle y avoit esté annoncée mais encore
soutenue aux dépens d'un très saint précieux sacre
et que sa présentation miraculeuse dans ce tertre nous soyent demeurez
cachez est inconnus par l'oubly es obscurité dont le temps couvre
toute chose. En ce sacré manuscrit en velain qui est en mon pouvoir
par libéralité d'un personnage illustre de ce Païs.
L'an mille cinq cent soixante deux."
Notes du livre premier des Annales. Deuxième chapitre. Monseigneur
BelleForest
-"...Sur
le ruisseau du Couzon on trouve dans la vallée les restes de l'ancienne
Chartreuse reconstruite il y a cinq siècles par les moines de cet
ordre. Le titre de Ste Croix est celui que les Pères ont laissé
de l'ancien couvent. Depuis on ne trouve plus rien des anciens débris
ruinés des défenses du premier mur, sauf les bassins et
le tunnel d'eau du vieux Castrum romain... "
Rapport des ressources minières. Volume XI Mr de Vandart.
Pour rappel: "... Pons de la Sablière, premier Prieur,
s'engage pour lui et son ordre à n'accepter aucun autre gardien
ou défenseur qu'Artaud de Roussillon .... Ajoutons que par précaution
fort utile à cette époque le nouveau monastère fut
entouré comme un château-fort de hautes murailles et de tours
crénelées, c'est là un exemple que l'on retrouve
fréquemment ailleurs..."
-"...Ste
Croix fut considérée comme "une sorte de place forte
" au mois de mai 1590 pendant les guerres de la ligue "entourée
d'un mur d'enceinte flanqué de tours, dont plusieurs subsistent
encore... "
La Chartreuse de Ste Croix. A. Vachez.
-"
...Un fossé alimenté par les ruisseaux de Nuzière
et Pavezin, défendait d'une façon supplémentaire
les abords du monastère. Un pont-levis donnait accès à
cette porte monumentale ouverte depuis le Xl^Ilème S. dans la partie
orientale de la Chartreuse... "
Promenade et Excursions Historiques. Baron A, Raverat
L'ancien
cloître des pères
-"
... Les dits biens comprennent la maison forte dans laquelle fut construite
la dite Chartreuse située au milieu de la paroisse de Pavezin fondée
en 1280 ..."
Aveu de dénombrement du 29 juillet 1676.
-"
...Qu'on a signalé de î'amphibolite massive à grain
fin, dans l'un des puits creusés par la confection de /a galerie
et Mr Fournet a trouvé des grenats à cassures résineuses
dans les sables de cette percée... "
Mulsant. 1870.
-"
... Humbert donnant à Isabelle d'Harcourt, pour le cas où
il décéderait ses terres et seigneurie d'Annonay et de Boulieu
et tout ce qu'il pouvait avoir dans le baillage du Vivarais et la sénéchaussée
de Beaiicaire, les seigneuries de Riverie, de l'Aubépin, de Châteauneuf
avec la forteresse de Ste Croix de l'ordre des Chartreux... "
Testament d'Humbert IV de Villars 1415.
-"
... Mais si le monastère a conservé son enceinte flanquée
de tours qui lui donnent encore de loin l'apparence d'une forteresse féodale,
les faibles restes de ses fossés n'opposent plus aucun obstacle
à l'accès de ses deux portes défendues par des ponts-levis...
"
Revue du Lyonnais . XXX
-"
... Un plateau présentant la forme d'un quadrilatère irrégulier
supporté presque de tous les côtés par une masse d'énormes
rochers, remparts naturels qui doublaient la force de ce point de défense
et dont la hauteur, du côté de l'orient s'élève
de six hauteurs d'homme. Autour du plateau qui a conservé tontes
ses aspérités primitives, régnent de larges fosses
que les siècles ont pu combler entièrement. Des remparts,
il ne reste plus que des débris informes dont la traînée
permet de reconnaître fidèlement l'enceinte, les tours, ces
dernières au nombre de huit, et les portes du vieux caste/.. C'est
par ces deux issues que passait le chemin... "
Document obligeamment prêté pour copie. Notes manuscrites
d'anciens documents personnels.
-"...
Une pièce voûtée que l'on présente comme ayant
été l'ancienne cuisine, dont (a voûte est soutenue
par de curieuses colonnes trappues et les murs ornés de têtes
grossièrement sculptées que l'on prendrait volontiers pour
une oeuvre antérieure au XIIIème S., si l'on ne connaissait
d'une manière bien certaine la date de construction de l'ancienne
Chartreuse... "
La Chartreuse de Ste Croix. A. Vachez.
(Les
illustrations sont extraites du livre de A. VACHEZ 'La Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez'
-1904)
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