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Première partie 'cimetière' de la parcelle. |
Seconde partie de la parcelle. |
Maintenant, prenons de l’altitude avec la lecture du plan de masse
de l’ensemble des bâtiments de Ste Croix. Deux axes généraux
se dessinent incontestablement.
Un premier concerne massivement :
- les bâtiments disposés au long du couloir reliant la première
cour au grand cloître
- la première cellule à l’extrémité
nord du grand cloître (et uniquement celle-ci !)
- l’église actuelle
- le ‘jardin mairie’
- le petit cloître
- la chapelle primitive
- et la ‘sacristie’
Et ce sera tout !!!
L’orientation du ‘noyau primitif’ est précisément
au nord. Dans cette description sommaire, nous entendons par ‘petit
cloître’ son mur extrême au nord et celui au sud formant
la séparation avec le grand couloir.

Le second axe est formé par tout le reste des bâtiments
de la Chartreuse actuelle, sans la moindre exception, y compris et surtout
le grand cloître. Ici, l’orientation est nord-est. On peut
donc dire que le premier étage du cimetière contient une
‘population’ dans l’axe des premières constructions
du monastère, voire des bâtiments composant la forteresse
primitive.
La seconde partie du cimetière n’a sans doute pas servi de
nécropole car le sol rocheux ne montre aucune tombe creusée
dans celui-ci. La minceur de la couche de terre interdirait également,
à priori, l’idée d’une inhumation. La délimitation,
au sud, de ce petit enclos finissait à l’ouest contre l’ancien
clocher et le bâtiment qui pouvait, selon la tradition (et quel
document peut la contredire à ce jour?), abriter l’appartement
dans lequel Béatrix de Roussillon fut séquestrée
-et nous insistons sur ce mot- une fois la fondation accomplie et financée
par cette dernière… Là encore, on peut dire que la
prudence était de mise! Peut-être tout au plus pouvait-elle,
de cette ‘prison’, accéder à cet étroit
espace de plein air pour une promenade ponctuelle si près du royaume
des morts ? L’enclos comporte une curiosité, située
à droite au bout du mur nord. Il s’agit d’une grande
fosse remise à jour lors des fouilles de la campagne 1993. On y
descend, du sud au nord, par neuf marches taillées à même
la roche. Entièrement comblée, elle ne semble pas avoir
servi d’ossuaire. Cette seconde partie, si elle n’a pas servi
de cimetière, reste entière, comme son étrange fosse,
dans l’interrogation de son usage.
Le paragraphe qui suit résume un travail d’observation datant de près de 15 ans dans sa finalité. Nous avions eu plusieurs échanges avec une personne montrant de l’intérêt pour le passé de la Chartreuse de Sainte Croix. Au cours d’un de ces entretiens personnels, certains éléments en notre possession finirent par être superficiellement dévoilés, dont une série de premières observations à propos du petit cloître et surtout de la chapelle primitive. Notre exposé, dans le fil de la conversation, était succinct mais assez précis pour donner une piste de recherche. Puis, la distance s’est installée en raison de notre refus, courtois, de préciser une entrée conduisant, ‘SOUS’ Ste Croix, jusqu’à la pierre dite ‘du sacre’. Quelle surprise, alors, de trouver notre hypothèse reprise dans un ouvrage au compte de quelqu’un d’autre !… Certes, la méthode, sur le sujet de Ste Croix, a fait ses preuves et de nombreux auteurs reprennent, tout en doutant de nos éléments, ce qu’ils ne savent trouver ailleurs. Admettons que ce n’est guère sympa ni gentil !… Pourtant, cette fois, ce qui aurait pu être la reprise pure et simple de notre hypothèse s’est transformé en une erreur… que nous rectifions ici sur nos réelles données.
Vue
'idéale' de Ste Croix. Document de la Grande Chartreuse.Ces éléments, depuis des documents iconographiques plus
anciens, mis en lumière au sein de notre groupe VdS, ont pu être
confrontés puis confortés par les relevés officiels
des scientifiques sur le sujet de Ste Croix. Nous reprenons le plan de
masse général du monastère (1996) et nous allons
en comparer certains points avec trois illustrations du livre d’A.Vachez.
Nous précisons tout de suite que nous utilisons ici seulement des
images prises dans son formidable ouvrage de 1904, ‘La Chartreuse
de Sainte-Croix-en-Jarez’, et non ses textes et avancées
historiques.
Il s’agit tout d’abord d’une vue cavalière, au
trait, du XVIIIe siècle, depuis une peinture conservée à
la Grande Chartreuse. Certes, cette vue est bien connue et souvent contestée
car considérée comme un avant-projet, et donc non réaliste.
Ensuite Vachez lui-même retient cette hypothèse comme plausible
car soutenue par le P. Dom Ildefonse Roguet (1878), prieur de Sélignac.
Il est avancé également qu’il peut s’agir d’un
dessin réalisé sans que l’artiste n’ait jamais
mis les pieds à Ste Croix. En ce cas, il aurait exécuté
son travail depuis de vagues croquis ou témoignages rapportés
par des visiteurs. Le doute serait accentué par le fait que ne
soit pas présentée la ‘tour de l’horloge’…
mais de quand date cette tour ? Cependant, dans l’ensemble du raisonnement,
à ce stade, on pourrait dire « oui… pourquoi pas ?
». Le problème est que s’il s’agit d’un
avant-projet il faudrait savoir depuis quelle commande et sur quel critère.
Ensuite, si le blason est bien celui de cette Chartreuse, la ‘forme’
des fleurs de lys est d’un type bien plus ancien que celui du XVIIIe
siècle. Ensuite, les perspectives intérieures du monastère
sont discutables. Pourtant, les détails du pont, du mur crénelé
et la croix qui veille sur la chartreuse sont bien exacts. Bien que cette
croix n’existe plus depuis longtemps, le socle existe encore dans
un fourré. On aurait donc fait là un mélange de faux
et de vrai… ce qui ne nous semble pas très acceptable en
raison de détails qui eux, toutes proportions gardées, sont
bien dans la réalité du site… à une autre époque
!
Notre théorie serait la suivante : cette représentation serait le fruit d’une sorte de réactualisation de tracé remis à une mode du XVIIIe siècle depuis un plan bien postérieur… Et pourquoi pas ? En ce cas, on aurait effectivement l’arrêt du noyau primitif axé au nord selon le premier tracé défendu par deux tours et un mur d’enceinte… Ensuite, le ‘grand cloître’ est bien présenté avec son préau dessiné en croix dont un mur à l’est le sépare d’un enclos terminé par une ligne de bâtiments abritant un autre enclos avec une croix au milieu. Nous serions là sur l’emplacement du fameux ‘jardin mairie’… Quant au ‘petit cloître’, il est représenté par un jardin d’agrément (qu’il fut peut-être à une autre époque). Si l’église sur ce croquis est disproportionnée, il est possible que son ampleur soit le fait de la foi de celui qui dressa le croquis voulant cet édifice formidablement au-dessus de tous les autres bâtis. Ce dessin pourrait être une sorte d’assemblage de différentes étapes majeures dans la chronologie de Ste Croix. C’était en tous cas l’avis de plusieurs religieux du siècle dernier qui s’étaient penchés sur les différents dessins représentant Ste Croix. En ce cas, certaines ‘importances’ de cette Chartreuse seraient représentées par des détails religieux notoires, rassemblés en un seul dessin idéaliste, mais non conventionnels pour le profane. Par exemple, si le petit jardin derrière l’ancienne mairie était un vulgaire espace potager, pourquoi serait-il souligné par la présence d’un… calvaire ? Certes, rien n’étaie notre théorie… sauf que ce jardin abrite bel et bien un des accès au souterrain, le plus vaste à notre connaissance, qui se dirige précisément vers le puits de la grande cour de la Chartreuse. Ce n’est là sans doute qu’un simple hasard que nous tenons toutefois à souligner.

Vue
et détail pris depuis la peinture de 1789. Côté Est.Ensuite, nous arrivons à la seconde illustration, représentant
une vue de Ste Croix en 1789, soit au moment de la Révolution.
D’abord, si nous n’y trouvons pas la ‘tour de l’horloge’,
en échange, le fin clocher est encore en place à ce moment.
L’absence de la tour ne semble pas émouvoir qui que ce soit,
montrant ainsi que personne ne s’est jamais penché avec attention
sur les détails de cette illustration. Mais il y a bien mieux si
l’on prend soin d’agrandir la partie ‘petit cloître’
de cette vue. On y voit, certes, l’ancienne chapelle des Pères,
avec ses deux ouvertures en ogives à l’est, avant l’effondrement
de sa toiture, mais on peut y distinguer d’autres détails.
En effet, on voit parfaitement un énorme mur fermant le petit enclos,
montrant par là que le cloître n’avait pas de couloir
au nord. Ensuite, on trouve un petit bâtiment prenant appui vers
la chapelle depuis un contreventement de celle-ci. Ce petit bâtiment
se superposant à la fosse, sa longueur occupe toute la largeur
de l’enclos. Il ne reste pour ce dernier qu’un espace réduit
bien insuffisant pour être un cimetière commun. Ceci pose
un autre problème de l’usage de cet endroit qui disparaît
effectivement du plan de masse après la Révolution. Celui-ci
s’est-il effondré ou a-t-il été volontairement
abattu, et en ce cas, pourquoi? Un auteur envisage que nous sommes en
présence d’une chapelle primitive… faisant fi de celle
des Pères qui est la plus ancienne, et nous dirons dans un autre
chapitre pourquoi et comment n’importe qui peut le vérifier,
sans être scientifique ou savant ! Non… en vérité,
il s’agit de ce qu’il reste du lieu où fut ‘cloîtrée’,
bon gré mal gré, Béatrix de Roussillon… sans
doute pour la remercier de ses largesses et… de ce qu’elle
savait !
Vue
du cimetière et 'cloître'. Observer au fond le clocher et
le bâtiment disparu. Enfin, il nous reste une belle gravure, extraite du livre de Vachez,
représentant le « Petit cloître et ancien clocher en
1843 ». Si nous voyons bien l’ancien clocher, nous constatons
en échange que le déambulatoire n’est plus que ruines.
L’auteur représente, fidèlement sans doute, les arasements
de murailles effondrées, les forjets de toitures envahis de broussailles
; il n’y a plus de toiture et des gravats jonchent le sol. Rien,
incendie ou tornade sur ce secteur du monastère, ne peut expliquer
un tel état de dégradation. Tout comme nous sommes étonnés,
qu’en près de 40 ans, cet enclos ait sombré dans une
telle décrépitude. En effet, cet emplacement se trouve au
cœur même du village et il serait surprenant que cette désolation
soit uniquement due à un seul abandon du lieu. Et la cause de notre
surprise n’est pas seulement le délaissement d’un lot
inhabité mais surtout le fait qu’au moment de la Révolution
le cimetière laïc se trouve ici, toujours en activité.
Pourtant, tout ira très vite puisque Vachez confirme que, lors
de ses visites (donc avant 1900), « il ne subsiste plus de ce petit
cloître que quelques arceaux informes ». Alors… comment
expliquer que, tout à coup, même le royaume des morts soit
à jamais abandonné aux friches et à l’oubli.
Bien entendu, lorsque Vachez visite cet enclos, le cimetière actuel,
dont le terrain est acquis en 1815, existe et est entré en fonction.
Cependant, ne négligeons surtout pas le culte populaire de la mémoire
des morts, très actif à cette époque.
Comment peut-on, alors, nous expliquer rationnellement qu’une vingtaine
d’années suffise pour que la population, ou les prêtres
suivants, ait totalement perdu le souvenir, les noms, de ceux ensevelis
dans cet enclos du silence ? Ce n’est guère cohérent
quand on voit, par exemple, au sein de villages complètement abandonnés
(Cévennes, Provence, P.O., Verdon, Alpes) que persiste, parmi les
ruines, un cimetière bien entretenu où des familiers continuent
à venir, parfois de très loin, honorer leurs morts. Ste
Croix faisant exception à ce respect des défunts au bénéfice
d’un étrange mépris est chose impossible… à
notre avis. Mais, peut-être, est-ce autre chose que les morts laïcs
que certaines personnes veulent sans doute oublier. Et, dans cette éventualité,
que veut-on faire sombrer dans les ténèbres et qui se situe
toujours dans un même secteur ?
Si nous n’attendons
pas, de cette image, une réponse aux raisons de délabrement
de ce secteur, nous en espérons surtout d’autres éléments
sur la distribution des bâtiments sans doute primitifs de l’endroit.
On peut, depuis un plan, réaliser une perspective cavalière
; tout naturellement, en sens inverse, il est facile de reconstituer le
plan depuis une perspective même approximative. Et, ce faisant,
on retrouve l’église sans sa chapelle latérale nord,
et le côté ouest du cloître fermé par un contrefort.
D’une part, nous constatons que la déambulation ne pouvait
se faire en circuit fermé… comme le pensaient les scientifiques
et dont ils maintiennent l’affirmation jusqu’en leur compte
rendu. Le comble est que la première de couverture de ce rapport
est illustrée de cette image à propos de laquelle on peut
se demander si ces experts l’ont vraiment décomposée…
Nous pouvons en douter si nous allons encore plus loin.
Et plus loin, il faut regarder une muraille, barrant l’enclos, percée
de quatre ouvertures en arc, dont la dernière présente l’amorce
d’une muraille rasée au sol. Derrière, dans les espaces,
on distingue un mur bahut et encore plus loin un bâtiment derrière
lequel pointe le clocher fléché de l’église
chartreuse. Ce bâtiment qui occupe près du tiers de la perspective
ne correspond à rien de connu ni localisé en substructures.
Et pourtant… à mieux y réfléchir, cette construction
se trouve juste devant le clocher, avant l’amorce du cloître,
et déborde largement vers l’est (au-dessus de la fosse par
exemple). On observe une seule ouverture en ogive qui ne peut correspondre
à la chapelle où on trouve ce genre d’orifice jumelé.
Il s’agit donc d’un bâtiment n’existant plus,
situé exactement où devrait se trouver… l’appartement
de Béatrix en son temps, que nous avons aperçu précédemment.
La construction devenue très vétuste sera entièrement
détruite peut-être au moment de la construction du nouveau
clocher… On observant avec précision la gravure, on trouve
un pan de mur particulièrement épais à hauteur de
la troisième ouverture en arc, et une autre amorce de muraille
plus étroite, à gauche. Entre les deux, une ouverture laisse
l’impression d’un ‘passage’. On a, à cet
endroit, la structure parfaite pour illustrer l’appareillage d’un
rempart coupé à la reprise sur un bâtiment. Pourquoi
ne serions-nous pas sur les restes d’un rempart sur l’extérieur
des défenses primitives de ‘l’avant Chartreuse’
?
Curieusement, tout fut détruit probablement au moment de la démolition
du vieux clocher et lors de la reconstruction du nouveau. L’ancien
clocher non plus n’échappe pas au grand nettoyage par le
vide de la mémoire. Aujourd’hui, le visiteur pense qu’il
se trouvait naturellement là où se dresse le nouveau…
alors que les rares illustrations de l’époque interdisent
cette supposition. Quel plan montre son emplacement ? Quel ouvrage le
situe avec précision ? Quelle entreprise s’est chargée
d’une telle démolition qui ne laissa aucune trace dans les
mémoires ou dans une structure pas très ancienne à
une époque où administrativement on note tout? On a maintenant
la sensation désagréable que plus aucune trace ne doit rester
d’un passé qu’en 1840 on ne souhaite pas voir remonter
à la vue de tous ? Dans un tel cas, le pari a été
tenu et même les scientifiques n’y ont rien vu ! Sans les
illustrations du livre d’A.Vachez, plus aucun détail ne permettrait
de restituer ces indices… Et c’est cet auteur que critiquent
certains chercheurs se prétendant d’avant-garde !
La
croix en pierre du prieur Bruno Fuzeau. trouvée dans l'escalier
du clocher.La gravure montre dans le préau deux croix régulières
perdues dans les herbes folles. Sans doute l’auteur nous montre-t-il
qu’il comprend être sur le vieux cimetière… Mais,
s’il s’agit de croix de pierre, elles illustrent des tombes
de prieurs ou d’insignes notoires, dont la présence dénote
dans un sanctuaire occupé alors par les laïques. Pourtant,
ces croix existent, du moins en avons-nous la preuve pour deux d’entre
elles concernant les prieurs. Mais il y a encore mieux puisque Vachez,
une fois de plus, nous fait part de ses constats qui ont cette fois de
quoi nous étonner lorsqu’il déclare : « Au milieu
du siècle (1850 !!!), les croix de pierre désignant le lieu
de la sépulture des prieurs existaient encore, et l’ancien
clocher ogival si élégant du XIVe siècle dominait
ce lieu de repos ». Il ajoute que rien ne fut respecté lors
de l’édification du nouveau clocher et que les croix des
prieurs furent utilisées comme matériaux de construction
de l’édifice.
En vérité, une croix de pierre -celle de Dom Jean-Baptiste
Faure, 1746- est incluse dans un mur du sanctuaire, et l’autre -pour
Dom Bruno Fuzeau, décédé en 1766- dans la montée
d’escalier du clocher.
Ces remarques anodines sont pourtant à retenir… Effectivement,
nous observons que deux croix retrouvées nous laissent loin de
la cinquantaine attendue en toute logique. De plus, elles sont ostensiblement
disposées, une dans l’appareillage de la maçonnerie
et l’autre posée… négligemment dans l’escalier.
Cette dernière a été récupérée
et déposée alors dans la chapelle aux fresques. On peut
s’étonner que toutes les autres aient disparu, sauf ces deux,
ostensiblement offertes à la vue de tous et de n’importe
qui… et surtout qu’elles aient eu la réputation d’avoir
été récupérées dans le cimetière
où elles n’honorent plus les prieurs… qui, probablement,
n’eurent jamais leurs sépultures dans ce petit préau,
ni dans le grand cloître, comme on aimerait nous le faire croire!
D’ailleurs, la découverte de ces deux croix de prieurs n’a
guère de chance de provenir du petit préau puisque ces deux
dignitaires sont morts en 1746 et 1766. A ce moment, l’enclos est
entièrement occupé, selon les scientifiques, par des laïques…
Il y aurait là une incohérence flagrante, du fait que les
prieurs ne pouvaient pas, sauf peut-être cas d’urgence ou
d’exception, être inhumés dans le cimetière
devenu paroissial! De plus, si ces deux Chartreux avaient été
ensevelis dans un ‘carré’ du grand cloître, leurs
croix de pierre n’auraient pu quitter l’emplacement de leurs
tombes. Ces observations, pour le moins insolites, donnent la sensation
d’évidences qui n’en sont pas, loin s’en faut
!
A
ces étranges croix de pierre dont on ne peut, avec certitude, situer
l’emplacement d’origine, s’ajoute une découverte
faite dans le second périmètre que nous appellerons la demeure
de Béatrix. Il s’agit, en vérité, d’une
mise à jour fortuite, faite lors d’une investigation de repérage
en surface, entreprise dans ce secteur il y a des décennies. Nous
sommes le long de l’épais mur terminant l’enclos au
nord. En observant le sol à la recherche d’indices d’architecture,
nous trouvons derrière des gravats, prise dans la muraille, ce
qui semble une pierre cubique, ou du moins sa section. Une description
précise en est donnée sur les colonnes de ‘France-Secret’,
sous le titre « Les étranges ‘croix reliquaires’
de Ste Croix en Jarez », où il est facile d’en prendre
connaissance. Cette découverte quasiment unique en son genre retient
l’attention de nombreux chercheurs… et des autorités
en ayant eu l’information. Il est vrai que ce genre d’élément
n’est pas courant, voire unique, en ce qui concerne les ornements
funéraires des Pères, prieurs ou dignitaires chartreux.
En résumé, une croix était prise dans la maçonnerie
du gros mur finissant l’enclos au nord et pouvant avoir appartenu
au rez-de-jardin du bâtiment de Béatrix. Cette croix n’ayant
jamais été enlevée de sa gangue, c’est la branche
horizontale de droite qui se présentait à la vue (en cherchant
bien cependant). Cette partie, sous les intempéries et pressions
mécaniques du mur, a dû finir par casser ou fissurer et s’est
détachée de son bloc sans le moindre effort, à la
première sollicitation. Les proportions d’origine de la croix
étant basées sur le déroulement du dé, chaque
branche d’en haut formait un cube. C’est pour cette raison
que nous avions baptisé ce formidable morceau « le cube de
pierre reliquaire ». Le terme reliquaire avait aussi été
choisi en raison d’une cavité astucieusement dissimulée
dans la gravure d’une forme de lettre. L’intérieur,
comme on peut le voir dans le chapitre qui lui est consacré, contenait
une matière brune friable s’étant avérée
être du sang séché. Le bouchon terminé d’un
tampon d’argile comportait un signe similaire à un de ceux
visibles sur un tableau de fenêtre dans le grand passage…
On trouve également le détail de ces gravures sur nos colonnes,
à la rubrique « des gravures dans le grand corridor ».
Si cette découverte est extraordinaire en elle-même, elle
l’est d’autant plus dans le fait qu’elle s’inscrive
dans cet enclos funéraire. L’inscription montre que nous
sommes en présence d’une croix en pierre ayant pu être
attribuée à un ‘Profès’ (qui a fait ses
vœux par lesquels il s’engage dans l’Ordre chartreux
après l’expiration de son noviciat). Cette qualité,
si elle est fort respectable, ne justifie pas pour autant un titre de
dignitaire et encore moins celui de Prieur… De plus, on peut se
demander pourquoi cette croix, quasiment unique à ce jour, termine
sa trajectoire non pas dans la couche ‘chartreuse’ du petit
préau, mais dans la maçonnerie primitive de ce qui fut sans
doute la demeure carcérale de Béatrix de Roussillon !
Cet aspect reliquaire et sanguin, sans pareil dans l’Ordre cartusien,
rattaché au culte d’un mort, aurait de quoi nous étonner
dans un pareil endroit. Effectivement, ce lieu des plus discrets en interdit
systématiquement le culte ouvert, la vénération ou
le simple devoir de mémoire… A moins évidemment que
tout l’aspect, de plus en plus anachronique et insolite de cet endroit
oublié, ne corresponde à la logique destinée d’un
petit groupe de ‘connaisseurs’ voulant autrefois conserver
cet ensemble d’informations à des fins discrètes ou…
secrètes.
Si ce ‘reliquaire’ était seul, isolé dans sa
complexité d’être unique, nous pourrions dire que c’est
une énigme ponctuelle due à un événement dont
nous ne savons rien. Certes… mais l’ennui dans cette affaire
est que nous avons retrouvé une autre croix reliquaire de type
et principe identiques… et dans le même secteur, mais plus
en profondeur. Une croix reliquaire de cette sorte, c’est un hasard…
deux, c’est le début d’un faisceau de convergences
qui n’a pratiquement plus rien d’innocent. L’étude
de cette seconde croix reliquaire sera proposée en temps voulu
ou opportun selon ‘l’hasard’ des événements.
A propos de ‘temps venu’, nous avions eu, à l’époque
des fouilles officielles, un ou deux échanges avec l’autorité
supervisant les recherches dans le ‘cimetière’. Celle-ci
souhaitait précisément en savoir plus sur le sujet et naturellement
voir cette pièce « pour avis et expertise »…
ainsi, pour faire bonne mesure, qu’un petit survol de nos travaux.
Si le principe était correct, en échange, le ton, les sous-entendus
et le non ‘retour d’ascenseur’ nous obligèrent
à rompre le contact, sans le moindre regret ultérieur. La
seule personne en qui nous avions (et avons toujours) confiance était
une autorité du Parc du Pilat. C’est avec lui seul que nous
aurions engagé la rencontre et échangé plusieurs
infos sur nos travaux d’alors. Ajoutons que cette personne savait
suffisamment où nous en étions de nos découvertes,
pour en avoir eu des preuves, que nous ne craignions pas, à ce
moment, d’être sous le coup du doute et des sarcasmes auprès
de certaines personnes.
Avant
d’aller à la troisième partie de ce développement,
et pour éclairer sa direction choisie, il nous semble indispensable
d’apporter les précisions suivantes. A notre avis, nous serions,
depuis ces constats, face à une partie conséquente -en parfait
état de conservation pour avoir été sortie du savoir
commun- d’un culte très particulier peut-être réservé
aux morts ou à la connaissance de leur royaume… tout comme
à Périllos ou à Rennes-le-Château. Ce site
s’ajouterait naturellement à d’autres, dans le massif
du Pilat, comme par exemple : St Sabin, Ste Magdeleine, Châteauneuf,
Lupé, Pélussin, Praroué et quelques autres qu’il
n’est pas encore opportun de préciser et révéler
ici… La chapelle primitive étrangement oubliée du
site cartusien de Ste Croix se superpose à un autre sanctuaire
plus ancien solidement fortifié et occulté. Celui-ci, attaché
au sacre royal d’une dynastie parallèle, serait une des résurgences
naturellement à sa place dans un enclos mortuaire… réservé
à des fins qu’il n’est pas à propos d’exposer
dans ce chapitre. Les rôles des Roussillon et particulièrement
ceux de Béatrix, Guillaume, puis d’un Thibaud, Pierre et
autre Polycarpe seraient alors des plus précis en s’inscrivant
dans un plan qui lui n’a plus rien d’anachronique ! N’oublions
pas qu’au 17e siècle tout doit basculer et échapper
aux éclairages trop violents d’une culture qui s’ouvre
à tous… trop vite et sans discernement… du moins pour
certains initiés ou sociétés se rendant ponctuellement
dans les murs et sous-sols de cette Chartreuse en Pilat.
Tout Etre Humain finit par s’éteindre, comme nous l’avons
vu antérieurement dans cet exposé. Il nous faut, à
présent, tenter de comprendre quel trajet ‘initiatique’
pouvait suivre la dépouille de certains personnages et dignitaires,
et où pouvait se trouver ce trajet vers le royaume des morts dissimulé
dans une partie ‘reflet’ du monastère. Le ‘circuit’,
par lequel la Tradition récupéra improprement l’information
dite de « la planche à cul », n’a vraiment rien
de commun avec l’explication donnée dans un ouvrage récent
sur le sujet anecdotique de la Chartreuse de Ste Croix en Jarez. Le troisième
volet de ce chapitre fera, n’en doutons pas une seconde, grincer
plus d’une dent.
A l’instant de fermer ce second volet, nous ajoutons en forme de bibliographie sommaire que les travaux d’A.Vachez, si souvent mis en doute, figurent au nombre des ouvrages recensés dans la bibliographie des scientifiques… Serait-ce à supposer que ces derniers n’aient pas l’envergure ni le savoir infus des grands ténors attelés besogneusement au passé de Ste Croix en Jarez ?
André Douzet