
« THRESORS »… Du plan de ‘Kasari’ au savoir
de Polycarpe de la Rivière
L'étrange
anonymat de Polycarpe
Voici
maintenant la seconde partie de notre chapitre « THRESORS ».
Le premier sujet de notre présentation concernait un document retrouvé
dans la couverture d’un ouvrage ‘oublié’. L’auteur
de ce ‘message’ est resté anonyme… apparemment
sans nous laisser l’espoir d’en savoir davantage. Bien que
visiblement le tracé date au moins de 1788, donc pas très
éloigné dans le temps, il reste difficile d’apporter
plus de lumière dans son contexte et jusqu’à plus
amples informations.
Pour ce second volet, nous allons remonter le temps jusqu’au 17ème
siècle, pour retrouver un personnage qui nous est bien connu :
Polycarpe de la Rivière.
Cette fois, il s’agit aussi de documents retrouvés dans différentes
archives. La personnalité de Polycarpe de la Rivière mérite
un petit détour. Cependant, c’est un travail difficile, car
dès son entrée dans l’ordre des Chartreux, très
curieusement, il prend l’anonymat en utilisant un pseudonyme complet
sur son prénom et son nom de famille. S’il est vrai que l’usage
d’abandonner son identité en devenant religieux est envisageable,
il n’en demeure pas moins que le fait est peu fréquent et
qu’il reste des possibilités de retrouver les origines du
postulant à l’humilité extrême. Ici, visiblement,
il demeure très difficile de retrouver le moindre détail
en la matière. Polycarpe a bien fait les choses en ne laissant
que très peu d’indices qui permettraient de l’identifier.
On peut se demander quels pouvaient être les impératifs motivant
ce choix, leur gravité, et surtout si ces derniers sont uniquement
ceux de Polycarpe ou… d’une autre volonté ( et en ce
cas laquelle )? Car, comme pour l’abbé Bérenger Saunière
de Rennes-le-Château, il est tout à fait admissible que cet
homme ait été manœuvré avec tant de discrétion
que jamais les raisons n’en puissent être établies.
Près de trois cents ans plus tard, le mystère reste quasiment
entier, et Polycarpe continue de soulever interrogations et polémiques.
En effet, certains érudits du 19ème siècle, sans
doute un peu amers de ne pas avoir fait eux-mêmes les découvertes
de ce prieur, n’hésitèrent pas à salir sa mémoire
en le traitant de faussaire et falsificateur… L’histoire ne
serait-elle qu’un éternel recommencement ?
Les
découvertes de Polycarpe
A
notre connaissance, il y aurait plus d’une vingtaine d’ouvrages
recensés de ce prieur et sans doute autant de livres restés
au stade de manuscrits non édités. Plusieurs de ces derniers
auraient été interdits par la plus haute autorité
de l’Eglise à Rome ! A cette somme colossale d’écrits
on ajoute plusieurs centaines de pages de manuscrits oubliés dans
quelques bibliothèques et archives départementales du sud
de la France…
Nous allons maintenant approcher de la découverte faite par Polycarpe
de la Rivière, d’abord à la chartreuse de Ste Croix,
puis sans doute dans quelques autres lieux de Provence. Par chance pour
nous, il eut la prudence de consigner, par écrit, les conditions
de ses travaux et de ses découvertes.
Il s'agit de textes écrits de sa main. Les extraits de textes qui
suivent, bien que retrouvés dans une Bibliothèque Municipale,
n'ont jamais été réédités ou signalés
dans aucun ouvrage, à notre connaissance... Ces textes seront intégralement
proposés dans un ouvrage en préparation, où toutes
les sources bibliographiques seront fournies méticuleusement. Ce
sera une autre "facette" de la personnalité ambiguë,
mais inconnue de Polycarpe de la Rivière, Prieur de Ste Croix...
dont nous avons au moins retrouvé la sépulture.
DOCUMENT
N° 1.
sous-titre : DION BOUCHE D'OR.
"...
Lequel ayant leu au pied d'une grande statue cete inscriptîo, 'quad
aux Kalendes d'avril le soleil battant fur ma tf/te m'aura entourée
de fa lumière, j'avray la tfte d'or',& veu qu'a ce fujet la
plufpart de fes voifins y accouroient au jour nône, l'un avec des
marteaux, l'autre avec des haches, frappas à dos & a vêtue
cette povre ftatue, & lui defpeçàs la tefte dâs
laquelle ils croyaiêt ce riche théfor eftre caché,
lui don jugement beaucoup plus raffis & solide, accôpagné
d'un autre philosophe sô femblable s'y trâfporta l'année
après, & ayant diligêmment obfervé les rayos du
soleil, qui battoiêt fus la tefle de la ftatue, & l'ombre qu'elle
formoit fur une pierre proche de là, fit lever cette pierre, &.
trouva incontinent fous icelle, ce que les autres attendaient du cerveau
de la tefte de l'image. Dot fe tournant au même instant vers fon
compagnon, le voyez vous? Ô richeffes et quel autre lieu vous pouvait
eftre plus convenable? l'ombre la pierre vous conurêt de cemmêt...
"
Ce
texte est suivi de:
DOCUMENT N°2
Sans sous-titre: Le texte est transcrit tel qu'il est sur l'original.
Sans retrait, rajout ou modification d'aucune sorte.
AB
OE H X 7 lettres
124
Abscedens C'est a dire
Gradus Vous reculant, creusez 4 degrés
Quatuor ou marches et vous trouverez un
Sodiens threfor d'or.
Inuenies
Thefaurum Ces 7 lettres grecs trouvée écrite dans une
colonne de marbre.
.Rendez.au.Roy .Denys.le.Thresor.d'or.que.vous
avez trové.
On
notera que la dernière phrase comprend une ponctuation serrée
entre quasiment chaque mot (Rendez.au.roy.Denys.le.Thresor.d’or.que.vous
avez trové ) sauf pour les trois derniers. Cette remarque est nécessaire
afin de relater le texte dans son intégralité, car en cas
de ‘chiffrage’ chaque détail peut compter ou empêcher
d’en retrouver le sens propre.
Polycarpe
et la loi du « Qui ne sait pas conteste ! »
Revenons,
maintenant, brièvement à Polycarpe et à ses notes.
Etranges notes en vérité. Elles ont soulevé d'innombrables
protestations et batailles d'érudits, d’archéologues
et d’historiens, aussi bien à la fin du XVIIème S.
qu'au début du XIXème S. ...
En effet, il est très probable que ce Prieur put découvrir
une somme colossale de documents, extrêmement anciens, sur les origines
de l'Eglise Romane, ses implants dans nos contrées et certains
dépôts "prévisionnels" dispersés
en Provence, Narbonnais, Roussillon et dans la région du Forez
et Jarez . En outre, ces notes font apparaître des transactions,
au niveau des Rois ou plutôt "chefs de guerre" d'époques
très reculées. Puis, établissement sous contrôle
de seigneurs en mesure, potentiellement, de prendre ou favoriser, un pouvoir
autre à une époque plus éloignée. Polycarpe
fait étrangement allusion à "...La deuxième
année du règne du seigneur Chîldebert Roi, cinquième
indiction... "
NB. Le terme ‘indiction’ peut avoir plusieurs significations.
A l’époque de ce prieur, il pouvait s’agir d’une
convocation à un concile ou synode. Egalement ce terme s’employait
comme indication de durée. Exemple : ‘l’indiction’
romaine signifiait une période de 15 ans qui ponctuait les levées
extraordinaires d’impôts et aussi la réduction à
un chiffre d’une date à plusieurs chiffres.
La
dernière levée de boucliers, contre les écrits de
Polycarpe, n'est pas très ancienne (19ème S.). Elle permet
de constater que, sous la cendre, des braises luisent encore et les passions
couvent, toujours prêtes à embraser à nouveau la polémique...
L'église ne semble pas avoir pardonné à Polycarpe
de disparaître avec ses précieux documents. En 1875, l'abbé
André, et son collègue historien Canron, attaquent violemment,
une ultime fois, les documents qu'ils prétendent hypothétiques...
courageusement défendus avec autant de vigueur par Le Blanc et
Albanès !
Les
documents inédits de Polycarpe
Que
sont ces documents? Il s'agit en premier lieu de quatre manuscrits historiques.
Duprat les décrit assez sommairement et en atteste formellement
l'existence. Le premier document est celui d'un certain "Savaron".
Les trois autres appartiennent dès lors, selon ses dires, au Prieur
Polycarpe de la Rivière, qui dit les tenir des Bénédictins…
et de la Chartreuse! A propos de ces documents, voyons ce qu'en disent
les historiens:
Annales de la Société d'Etudes Provençales. 1908.
"...On a l'acte de fondation de l'église du lieu. D. Polycarpe
de qui on la tient, dit l'avoir extraite des archives d'une abbaye où
on a été la chercher inutilement. Les livres de St Denys,
pape et d'un certain Accace, sur lesquels ce chartreux s'appuie -dans
un siècle où les livres se sont bien plutôt multipliés
que perdus- sont tombés dans un anéantissement total. Des
quatre manuscrits, bien comptés, qui, outre le fragment de St Amat,
ont servi à D. Polycarpe pour composer notre histoire, il n'en
est pas un qui existe pour notre consolation; avouons qu'un malheur aussi
constant, qui en suppose tant d'autres, est bien propre à faire
adorer les jugements de dieu, et à confondre ceux des hommes! Or,
c'est de ces manuscrits que sont sortis l'étonnant discours de
St Amat, martyrisé par Crocus, et l'incroyable épisode des
"cendres des martyrs de Lyon, jetés au Rhône et recueillis
par les Avignonais", le sermon qu'Asterius tint en 257, à
ses ouailles, pour être enterré à St André,
les inscriptions antiques à Diane, à Jupiter, etc? I.'épithaphe
du patrice Dynamius, celle de Remegisus, les diplômes de Charles
Martel et de Charlemagne et nombres de pièces qu'il serait même
trop long d'énumérer... "
Polycarpe
et un trésor de documents historiques dangereux?
Polycarpe,
lorsqu'il s'entretient de ses documents les intitule: "Bonus et vere
aureus codex", "Codex optimae notae et indubitatae fidei",
"Codex bene vetustus", "Antiquus et probus noster codex"
et à propos d'une épitaphe: "...quam cum alûs
qinbusdam fideliter nobis représentât vetuslissimus codex
toties a nobis jam supra laitdatus..." Polycarpe travaillant sur
ces fabuleux documents s'exprime ainsi: « ...ce qu'il faut descrire
de notre thrésor... »
Toujours à propos de ces documents, Mazaugues écrit le 28
août 1717 : « … j’ay lu avec plaisir ce que vous
m'écrivez sur D. Polycarpe de la Rivière. Ce que M. Raybaud
a de ce Chartreux n'est qu'une très petite partie de ses collections,
qui sont aussi inconnues que le sort de son auteur... » Et Léon
Ménard le 28 mars 1764: « ...on m'a assuré que feu
M Raybaud offrit de vendre aux Chartreux une charretée de titres
et de monuments qu'avait laissés Dom Polycarpe, mais que ces religieux
n'en voulurent pas... »
Tout ceci semble étayer le fait que Polycarpe découvre,
ou retrouve, après "l'avoir extraite des archives d'une abbaye"
une somme d'archives et de documents très précieux et uniques.
De ces derniers, il exploite et explore plusieurs filières historiques,
qu'à sa disparition, plusieurs archivistes et historiens, dont
ceux de Rome, cherchent activement à récupérer...
Supposons que Polycarpe ait eu accès à des informations
concernant un ou plusieurs "dépôts"... Absolument
rien ne laisse entendre que le terme de "trésor" s'identifie
à des richesses monétaires ; il peut s'agir de tout autre
chose, véritable trésor pour un érudit tel que Polycarpe,
alors Prieur de Ste Croix, mais sans réelle valeur pour le commun
de cette époque... archives, documents ou toutes autres notes et
informations historiques...
Deux
sources pour une seule origine ?
Il
est probable que les deux sources d'informations, ou filières,
n'en fassent plus qu'une seule unique... comme nous allons le voir maintenant.
Polycarpe, dans ses "annales" donne une étude sur l'inscription
funéraire d'une pierre tombale datant de l'année 587. Avec
cette information exclusive il ouvre, sans le savoir, des hostilités
qui durent encore aujourd’hui. En effet, il est le seul à
pouvoir fournir le texte complet de cette épitaphe. Les auteurs
qui se pencheront, après lui, sur cette énigme, n'en auront
jamais le fin mot, d'où une certaine virulence à l'égard
de Polycarpe qui décidera de ne pas livrer toutes ses sources d'information...
ou surtout ses documents.
Ainsi Polycarpe déclenche les passions en détenant l'intégralité
de l'inscription mortuaire de... Ste CASARIE! Et il donne cette épitaphe,
apportant, de ce fait, la preuve qu'il connaît, ou du moins détient,
des éléments uniques sur ce propos.
Polycarpe connaît donc, tout ou partie, de l’énigme
dite de ‘CASARIE’ et visiblement il ne semble pas particulièrement
tenir à la partager. En la matière rien n’a vraiment
changé, et dès lors, ceux qui ne pourront faire autant,
ou mieux, que Polycarpe de la Rivière, le traiteront de faussaire
et de mythomane… rien de bien nouveau sous le soleil des énigmes
non résolues!
Reproduction
de la page 332 du bulletin de la Société d'Etudes Provençales.
L'article intitulé "L'inscrption de CASARIE et Polycarpe de
la Rivière" relate les découvertes historiques et insolites
de ce Prieur Chartreux a propos d'une pierre tombale fort curieuse...
recherchée par les historiens et aujourd'hui disparue.
Polycarpe
et le… « trésor des Pères »
Revenons
à notre carte "du trésor des Pères" restée
bien mystérieuse pour ne pas révéler plus d’éléments
tangibles. Sous le texte de ‘sentence’, et plus bas sous le
« chemin de Seyou », nous retrouvons le nom KASARI inscrit
dans une sorte de parcelle. La phonétique de ce mot est la même
que le fameux ‘CASARIE’ de Polycarpe ! Et l’on entend
crier au faussaire de toutes parts ! Pourtant, il ne peut s'agir d'une
supercherie, car en 1788, les écrits de Polycarpe ne sont pas encore
remontés à la connaissance des érudits. Un détail
encore échappe à ceux qui se sont penchés sur cet
étrange carte : la portion du ‘chemin de Seyou’ qui
borde la parcelle Kasari est la seule, rigoureusement droite, visiblement
tracée à l’aide d’une règle. Cette rectitude
est-elle une information supplémentaire et peu visible indiquant,
peut-être, qu’ici l’information est droite… donc
certaine, complète ? Mais plus encore: le chemin de Seyou conduit
jusqu'à la ferme chartreuse de la Rabary qui portait le numéro
treize sur le registre de Ste Croix... La Rabary en vieux dialecte local
signifierait "rançon du roi ou du soleil"!
Polycarpe
et la « rançon d’un roi »
De
quoi racheter un roi ou un soleil, voilà qui devrait représenter
une somme importante. Mais au fait…Où a été
retrouvée la fameuse vieille bible dans laquelle le message fut
caché? Monsieur ‘B’, de Rive-de-Gier, l'a retrouvée,
paraît-il, dans une petite cache: une poutre maîtresse de
charpente creusée, contenait, sous un bouchon de bois pourri, une
petite bible… Oubliée des hommes, couverte de poussière,
dégradée par les intempéries, les sauts de température,
la bible rongée, abîmée, échoue chez Monsieur
‘B’. Ce dernier la propose à un amateur d'ouvrages
anciens que nous connaissons bien et grâce à qui nous avons
pu avoir connaissance de cette carte énigmatique. Un dernier détail
encore: la poutre de charpente qui abritait la cache, provenait des ruines
de... la Rabary!
Polycarpe
et le secret de la Rabary…
Une
vue de la ferme de la Rabary
La
phrase du "plan" mérite une autre observation. On y lit
qu’il est question de: ..."Les Trésors"... Il s’agit
bien de l’usage du pluriel. S'il s'agissait d'un "seul"
dépôt de valeur, tel que nous l'entendons habituellement,
on supposerait que le singulier eût été utilisé
de préférence, sous la forme : ‘ Le trésor’.
Il est probable que dans le cas présent le pluriel ne soit pas
le fruit du hasard mais d’un détail supplémentaire.
On peut, alors, supposer que plusieurs pièces, ou parties, importantes,
composent ces fameux "trésors" mentionnés si soigneusement.
Nous pouvons également envisager que la valeur ‘trésoraire’
ne le soit uniquement que pour les Pères Chartreux, ou ceux qui
en"connaissent" la composition ou éventuellement la valeur
spirituelle et sans doute sacrée... Cependant ne doutons pas que
cette ‘valeur’ doit être immense, si elle s’avérait
capable de racheter un roi… ou, par exemple, de le réaccréditer
par sa véritable généalogie d'origine !
Mais ceci n'est qu'une suggestion de notre part, que rien, hélas
plus rien vraiment, ne permet de soutenir... En effet, rien ne prouve
que ce dépôt, s'il a jamais existé, soit toujours
en place, et à sa place... La Rabary est bien une ferme Chartreuse,
c'est indéniable. Avec prudence, et réserves, nous pouvons
reprendre un détail, un événement relaté par
A.Vachez: "...Ces documents se trouvaient sans doute, parmi ceux
que les P.P. Chartreux avaient cachés, avant leur expulsion dans
une maison d'un hameau, voisin du couvent, et qui ont été
malheureusement livrés aux flammes, il y a cinq ans seulement..."
Soit en 1888, au moment où, le 24 mars, Ste Croix devient une commune.
La monarchie tente de reprendre son pouvoir et ses droits. De grands désordres
s'annoncent dans une fiévreuse séparation de l'église
et de l'état... Hasard des événements et des faits
? Ne rêvons pas! Rien dans les écrits de A.Vachez ne permet
d'identifier la Rabary comme le lieu où fut brûlée
cette somme de documents. Mais il est peut-être utile de signaler
ces "détails" qui, en apparences, peuvent n'avoir aucun
lien commun... comme être une suite logique et dispersée
au fil des écrits et des mémoires éteintes…
Nous reviendrons une autre fois sur cette étrange ferme de la Rabary
et ne doutons pas que d’autres surprises nous y attendent.
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