
Les Peintures de la Chapelle des Pères
Seconde partie : Des fresques classées oubliées
… et la chronique de leur agonie annoncée
En forme de préambule et en hommage à Raymond
Nous tenons à préciser que ce texte date de 1994. Il est
extrait d’un ouvrage cité en référence en fin
de ce chapitre. Cependant, une fois de plus, ce travail n’aurait
jamais existé sans les recherches de Raymond Grau - à qui
nous dédions amicalement ce chapitre - pionnier de tout l’intérêt
aujourd’hui accordé à Sainte-Croix par tant d’auteurs,
chercheurs, historiens et archéologues amateurs ou officiels, oubliant
soigneusement de le citer, à leur seul bénéfice.
Pour contempler aujourd’hui ces peintures, le visiteur curieux,
nostalgique ou chercheur d’absolu doit suivre une ‘visite
guidée’… et peu importe qu’il ait envie ou non
de subir un commentaire des plus laconiques. Cette ‘immersion’
dans le royaume extraordinaire de ce vénérable lieu ne peut
plus, pour chacun, se faire à son rythme, et il nous semble bien
regrettable d’être interdits de silence durant certains passages
de la visite. Cependant, en raison des obligations ‘payantes’,
il est conseillé de régler sa capitation pour avoir une
part de ce voyage au sein d’un savoir, couleur de poussière
du temps. Encore que, comme nous le verrons au fil de ce petit texte,
cette merveille hermétique (n’en déplaise aux ‘officiels’
qui pourraient en rugir) était de toute beauté lorsque nous
l’avons vue pour la première fois, il y a près de
40 ans. Et ce que l’on en voit maintenant n’en est plus qu’un
pauvre terne reflet usé.
L’homme, ici, s’est dépassé en matière
de mise à mal, comme nous le verrons dans ce travail, et ceci une
fois de plus dans l’indifférence générale de
tous et de chacun ! Cette indifférence est accentuée par
le fait qu’elle soit issue de ceux… tous ceux… qui se
prétendent grands défenseurs de la mémoire de cette
chartreuse. Ces personnes sont autant ‘officiels’ que prétendus
spécialistes éclairés. Ajoutons qu’encore à
ce jour, aucun d’entre eux ne s’insurge, ou au minimum fait
état, de cette situation pour le moins inquiétante, surprenante
et honteuse.
Situation.
Cette œuvre se situe dans ce qui fut la chapelle des Pères
chartreux, qui se trouve, à présent, en annexe à
l’église d’aujourd’hui. Pour y accéder,
il faut, du chœur de l’église, passer dans la sacristie
et, à droite, entrer dans cet ancien sanctuaire abritant les peintures.
L’axe général de ce local se trouve plus nord-sud
que le traditionnel est-ouest… Cette orientation, sans doute, n’est-elle
qu’un hasard de plus… entonneront les ténors.
Petite chronologie sommaire de quelques événements
Reprenons tout d’abord
sommairement quelques événements permettant de situer ce
remarquable vestige dans le temps.
-Thibaud de Vassalieu, mort en 1327, est enseveli à Ste Croix.
On peut sans grand risque estimer ces peintures du milieu du XIVème
; S.N. Rondot les qualifie de « plus anciennes que notre région
possède »...
-Au XVIIème S. les peintures sont recouvertes d’un badigeon
grossier.
-Le Père Ménestrier rappelle l’épitaphe du
tombeau de T. de Vassalieu, transmise par la tradition, dans l’histoire
de l’église de Lyon. Elle fut réutilisée sans
modification par Pierre Gras, en 1868, et Péricaud.
-1696. Probablement les Pères, transformant le choeur de l’ancienne
église en salle capitulaire, badigeonnent les peintures et conservent,
tout de même, le souvenir de T. de Vassalieu en gravant un texte
de rappel sur une dalle résumant les faits et dates. A.Vachez relate
que, alors qu’il visite Ste Croix en juin 1897, le curé lui
montre, dans une des chapelles construites en 1842, un morceau de la ‘pierre
tombale’ que le Père Ménestrier avait vue en entier
dans l’ancienne salle capitulaire et qu’il rapporte ainsi
: ‘HIC JACET VENERABILIS THEUBALDUS DE VERSALIACO QUONDAM LUGDUNENSIS
ET CAMERACENSIS ARCHIDIACONUS,VIENNENSIQUE ET DIENSIS CANONICUS, QUI OBIIT
IV NONAS JUNII, ANNO M.CCC.XXVII’.
-T. Ogier relate une visite de l’ancienne église avant la
démolition de sa toiture: « ... l’ancienne église,
dont on voit encore une partie digne d’intérêt ; le
choeur à fenêtres et roses gothiques du XIVe S., le plafond
est couvert d’assez belles peintures à grand effet, figures
et rinceaux, on y voit les emblèmes des quatre évangélistes
et l’agneau de dieu portant sa croix. Sous le pavé reposent
les restes des deux Béatrix de Roussillon. Il est vivement à
regretter que la fabrique ne puisse pas faire les frais nécessaires
pour soutenir ce beau reste prêt à périr. »
-1842. Agrandissement de l’église par la construction de
deux chapelles latérales... La pierre du XVIIe S. de l’épitaphe
de T. de Vassalieu est cassée et les morceaux utilisés pour
rattraper la différence de sol entre la chapelle et la nef... Le
morceau ayant pour texte ‘ANNO MCCC XXVH’ est utilisé
pour la chapelle de gauche.
-Novembre 1862. La voûte à nervures de l’ancien choeur
commence à s’effondrer. La paroisse, trop pauvre pour financer
les restaurations nécessaires, décide d’abattre radicalement
la toiture...
-3 août 1896. Plusieurs membres de la Diana visitent Ste Croix et
poussent leurs investigations méticuleuses dans ce local qui sert
maintenant de remise à bois... Quelques traces de peintures, encore
visibles en hauteur, les intriguent. Les badigeons laissent deviner par
endroit quelques lettres gothiques... Une grande découverte vient
d’avoir lieu. Un peu plus tard, l’ensemble des peintures resurgit
du passé et de l’oubli...
Répartition de l’ensemble des peintures :
(Voir croquis des peintures murales et numérotations)

-1/ Procession ou chant des moines:
Douze Chartreux et un treizième, le Prieur, qui tient un livre.
Ils chantent un hymne mortuaire. Devant eux, un personnage plus petit
avec une cape noire, donc un novice, porte la croix processionnelle. La
scène est sur fond rouge parsemé d’étoiles
orange à six branches.
-2/ Epitaphe mortuaire de Thibaud de Vassalieu:
+ HIC: JACET: NOBILIS: VIR THEOBALDUS
DE VASSALLIACO
QONDAM: LUGDUNEN: ET: CAMERACEN: ECCLIE
ARCHIDIACONUS VIENNEN:EB:ET:DYEN
CANONICUS: QUI: OBIIT: ANNO: DNI/ M°CCC°XXII
QUARTO: NONAS: JULII: CUI: ANIMA: P. DEI
MIAM: REQUIESTAT: IN: PACE: AMEN.
Ce texte se présente
en lettres gothiques noires sur fond jaune. Sa traduction en est:
+ ici repose Noble Homme Thibaud
de Vassalieu
En son vivant, archidiacre de Lyon et de Cambrai
Chanoine de Vienne Embrun et Di
Qui mourut l’an du seigneur 1327
Le quatre des nones de juillet
Que son âme par la miséricorde de Dieu
Repose en paix - Amen –
-3/ Obsèques de Thibaud de Vassalieu.
Thibaud de Vassalieu repose sur une draperie émaillée d’armoiries
alternées des familles de Vassalieu et de Sure. Il est vêtu
de sa dalmatique et coiffé de la mitre des chanoines.
Au second plan, de la gauche vers la droite, un clerc tient une croix
de procession, un autre encense le défunt tandis qu’un troisième
présente un livre ouvert. Un groupe de personnages importants se
tient à droite. Un archevêque lit les prières, crosse
en main, assisté d’un autre archevêque également
revêtu des habits sacerdotaux: mitre et crosse. Puis, à l’arrière-plan,
quelques prélats assistent aux funérailles et donnent à
cette scène l’éclat et la gravité des honneurs
rendus au défunt. Au-dessus de cette scène, deux anges emportent
une draperie d’où émerge un petit personnage torse
nu, tonsuré, mains jointes, symbolisant l’envol de l’âme
de T. de Vassalieu guidée vers les cieux...L’ensemble de
ce tableau est sur fond bleu et sans aucune étoile.
-4/ Couronnement de
la Vierge.
Sur un trône (à deux places) le Christ et la Vierge occupent
le centre de ce tableau. Le Christ, dans la main gauche, montre un globe
avec une croix. La main droite signe l’autorité d’un
geste de bénédiction. La Vierge, à la droite du Christ,
semble intercéder pour Thibaud. Sortant de la nuée, un ange
dépose une couronne sur la tête de la Vierge. A leurs pieds,
à droite, deux personnages: le plus grand, auréolé,
debout, la main tournée vers le Christ, St Etienne probablement,
semble présenter le plus petit qui, à genoux, est dans une
humble attente...
-5/ Le crucifiement.
La croix semble, dans ce tableau, générer l’ensemble
des détails et répartir harmonieusement les personnages.
Le Christ vient d’expirer sur la croix, sa tête auréolée
retombe sur le thorax. Deux anges au-dessus de la branche horizontale
de la croix, se voilent le visage. Deux autres anges sous la branche de
la croix et un autre plus bas, côté gauche, recueillent dans
des coupes le sang jaillissant des mains et du flanc du Christ. Au pied
de la croix, une coupe sur pied recueille le sang s’écoulant
des pieds du Christ.
Au pied de la croix, à gauche, se trouvent les trois ‘Sainte-Marie’
auréolées. La vierge Marie vient de s’effondrer ;
elle est soutenue par les deux femmes derrière elle: Marie-Magdeleine
et Marie la mère de Jacques. En face, à droite, St Jean
l’Evangéliste, son livre dans la main gauche, se tient la
tête de l’autre main d’un air anéanti. Derrière
lui, le centurion en tenue de guerrier médiéval, la main
sur le pommeau de son épée, l’autre main tendue vers
le Christ, désigne une légende:
VERE : FI
LIUS : DEI
ERAT : ISTE
Ce qui nous donne : « celui-ci était vraiment le fils de
Dieu ».
En dernier plan, des bâtiments crénelés représentent,
peut-être, Jérusalem. Le fond de cette scène est de
couleur bleue avec des étoiles à cinq et six branches pleines
et serties.
La description de cette peinture murale est volontairement faite sans
commentaire personnel d’aucune sorte afin de ne pas ‘teinter’
la lecture de ces tableaux. Les observations sont ainsi dissociées
de la matière même de cette oeuvre. Pas assez qualifiés
pour critiquer l’art et la peinture du XIVe S., il nous semble préférable
de ne pas aborder la controverse de l’école de peinture et
celle de l’identité du maître dont est issue cette
oeuvre magistrale.
Les remarques suivantes sont apportées uniquement sur des détails
précis de cette peinture et les tableaux qui la composent...
-1/La
‘dédicace’.
Les vestiges de la dédicace sont insuffisants pour porter un commentaire
efficace.
-2/ Le ‘chant des moines’.
Il semble que les moines, dans les représentations graphiques habituelles
que nous retrouvons, se déplacent et chantent sans bouger les mains
et les bras. Le peintre, sur cette scène, nous montre les personnages
du premier plan avec des positions de bras et de mains différentes.
Le trait est clair et précis, le nombre des Chartreux est juste,
l’habit est conforme à la réalité... pas de
fantaisie. Face à certains détails de physionomie, on a
tout lieu de supposer être en présence d’une partie
de l’alphabet du langage des oiseaux, si cher à certains
ésotéristes notoires tels Rabelais, Gracet d’Orsset
et le Mantic Ultaïr (nettement moins couru des prétendus connaisseurs
en la matière). Notons encore que les visages ‘chantant’
la bouche ouverte sont essentiellement ceux du deuxième rang, ainsi
que le Prieur. Les moines du premier plan dont on distingue nettement
bras et mains, bien entendu, sont bouches closes...
On peut très bien imaginer, en regardant ces détails, qu’ils
puissent, peut-être, chanter une autre louange, dans une langue
réservée à une autre perception, réservée
à des témoins ‘avertis’?... comme on peut le
lire dans le célèbre ‘Morcel de Percy - Le veyre Sainct
Palay’. Nous ajoutons, sur ce sujet, qu’il existe un ouvrage
du 17e siècle dans lequel est démontré qu’effectivement
une langue des signes était pratiquée au sein de certains
Ordres religieux… dont les chartreux ? Nous reviendrons sur ce thème
dans un chapitre réservé précisément à
la langue des oiseaux et autre parler vert.
-4/ Le ‘couronnement de la vierge’.
Nous continuons à souligner ce hasard merveilleux qui accorde la
voûte céleste avec les personnages distribués sur
cette scène selon les mêmes ordres et dispositions... Et
à ne pas comprendre ce qu’il y a de gênant à
dire « ... ce qui est en haut est en bas... ». Pour nous,
il n’y a rien d’incongru à imaginer qu’un peintre,
ou un commanditaire pratiquant l’observation stellaire, trouve à
ce propos matière à méditer sur la divine providence...
et décide de transcrire sa réflexion au travers de l’art
ou de la maîtrise. Notons encore que le relevé, à
l’époque de la découverte, montre le haut du personnage
à gauche, qui ne se voit plus maintenant...
-5/ Le ‘crucifiement’.
En consultant les ouvrages où l’on trouve des représentations
des peintures de Ste Croix, antérieures à il y a quarante
ans, nous sommes obligés d’observer que les dessins reproduits
dans le livre de A. Vachez, en 1904, s’ils contiennent de très
nombreux détails fidèlement reproduits, comportent également
de nombreuses erreurs. On y constate, par exemple, la position différente
des étoiles, tuiles, différents détails vestimentaires,
absence ‘d’ondulations’ dans le cartouche au bas du
trône du couronnement de la vierge, et surtout un détail
majeur ; le calice au pied de la croix est supprimé. On retrouve
les mêmes manques dans les ouvrages de N. Rondot (1900), ML. Favarcq
et enfin T. Ogier... On suppose, comme explication logique, que tous aient
eu la même source documentaire. Ce qui peut nous laisser perplexes
face à cette évidence flagrante quand on sait que tous ces
auteurs sont venus à Ste Croix voir les fresques, comme leurs ouvrages
l’attestent indiscutablement. A ce constat, on ajoute qu’ils
sont tous d’excellents écrivains, observateurs, historiens,
archéologues, hommes de droit et scientifiques... Ce sont tous
des auteurs minutieux dans leur travail et leurs études, et pas
un seul ne s’aperçoit de ce détail… Ce constat
ressemble à tout sauf à une réflexion rationnelle...
Revenons maintenant à la scène du crucifiement. On y ressent
à la fois un parfait équilibre et une maîtrise totale
du trait et des détails. Chaque chose est à sa place. Le
céleste et le divin: cinq anges, trois à gauche et deux
à droite. Le matériel et l’humain: cinq personnages,
trois femmes à gauche, deux hommes à droite...
Les plaies du Christ: le sang jaillit des mains et du flanc ; trois anges
recueillent le précieux et divin liquide dans des coupelles. Au
pied, le sang... serpente jusqu’à une coupe en forme de calice
dont ni ange ni humain ne semble se soucier, regarder, ou essayer de toucher...
Peut-on penser que cette indifférence soit une seconde partie inscrite
dans un langage hermétique ? Nous avons plusieurs raisons de le
croire ici.
En outre, si l’on ne conserve, sur une feuille transparente, que
le seul tracé du sang et du calice, nous obtenons une épée
flamboyante. L’épée de l’Apocalypse de St Jean,
l’épée du maître de loge en maçonnerie...
Observons encore un autre détail, les clous dessinés pour
crucifier l’homme-Dieu: clous ronds et moyens pour les mains...
un gros clou à facettes et pointu pour les pieds... Des détails
simples que personne ne remarque...
Revenons une dernière fois sur le sang qui s’écoule
des pieds en serpentant. On raconte que le dieu Hermès aurait séparé,
avec un bâton, deux serpents qui s’affrontaient. C’est
la naissance du caducée, symbole de la connaissance mise au service
de l’humanité (médecin, pharmacien, infirmier), mais
aussi une marque de concorde et d’ambassade... De ces réalités,
il ne nous semble pas que le Christ soit si éloigné... L’écoulement
de cette sagesse et de cette paix n’a t’il pas été
consacré à la terre de l’humanité… comme
le rapporterait une peinture chiffrée oubliée dans la ferme
chartreuse, numéro treize, de La Rabarie ? Cette initiation, ce
mystère divin et sacré, Jésus ne l’a t’il
pas porté à la bouche des apôtres à l’aide
d’un Ciboire... qui peut parler d’hérésie en
la circonstance?...
Derniers éléments de chronologie
-18 décembre 1897: Lettre adressée à Monsieur le
Directeur des Beaux-Arts.
« ... Mr le directeur, j’ai l’honneur de vous informer
que des peintures murales du XIV° siècle ont été
récemment découvertes dans l’église de Ste
Croix, arrondissement de St Etienne (Loire).
La présence de ces peintures sous le badigeon qui les recouvrait
avait été reconnue lors d’une excursion de la société
la Diana à Ste Croix en août 1896. Depuis lors, un membre
de cette société a complètement débarrassé
ces peintures de l’enduit qui les cachait. Les épreuves photographiques
que j’ai faites pour les joindre à ce rapport et que j’ai
déposées au bureau des Monuments Historiques lors d’un
récent voyage à Paris me dispensent de décrire largement
les sujets représentés. Mais je dois tout d’abord,
Monsieur le Directeur, vous donner quelques renseignements sur l’église
de Ste Croix, où ces fresques sont conservées. Cette église
aujourd’hui paroisse est l’ancienne chapelle d’un couvent
de Chartreux fondé vers l’an 1280 par Béatrix de Roussillon.
En 1327, un personnage dont le nom est souvent cité dans les annales
du Lyonnais et du Forez, Thibaud de Vassalieu, archidiacre de Lyon et
de Cambrai, fut inhumé conformément à ses dispositions
testamentaires dans la chapelle de la Chartreuse de Ste Croix.
Le testament de T.d.V., conservé aux archives du Rhône,
était connu mais il ne restait aucune trace de son tombeau. C’est
précisément cette sépulture, ou du moins les peintures
de l’épitaphe qui l’accompagnait, qui viennent d’être
retrouvées.
Ces peintures revêtent du haut en bas des murs de la chapelle sur
une largeur totale de plus de quatre grands panneaux divisés chacun
en deux registres soit un total des quatre sujets suivants :
1) En haut à gauche: le couronnement de la Vierge.
2) En haut à droite : le crucifiement.
3) En bas à gauche : la mort de Thibaud de Vassalieu, assisté
de deux évêques.
4) En bas à droite: un groupe de Chartreux qui assistent également
T.d.V. et chantent des psaumes.
En bas de cette dernière scène, on lit l’inscription
qui suit en lettres majuscules gothiques. L’état de conservation
des peintures est satisfaisant. La peinture a été entamée
d’un côté comme on peut le voir sur l’épreuve
photographique jointe à ce mémoire. Les couleurs ont conservé
leurs tons primitifs et le dessin des personnages, accentué d’ailleurs
par un trait noir ou bistre, demeure parfaitement lisible sur toute la
surface peinte. Je n’ai pas besoin d’insister sur l’intérêt
que présentent ces peintures tant au point de vue historique que
par leur valeur documentaire et artistique. Monument à date certaine,
vierges de toute restauration, elles fournissent un point de repère
très précieux pour l’étude de la peinture murale
de l’église du Moyen-âge. Malheureusement, leur conservation
est menacée, sinon immédiatement, du moins dans un avenir
qui pourrait être prochain. En effet, l’ancienne chapelle
qu’elles décoraient est aujourd’hui une annexe de la
sacristie de l’église, servant de lieu de dépôt
et abritant diverses pièces du mobilier de l’église,
telles que des échafaudages, des échelles, etc. De plus,
cette salle a perdu sa voûte primitive et n’est recouverte
que par une toiture en médiocre état.
C’est pourquoi j’estime, Monsieur le Directeur, qu’il
y aurait urgence à mettre les peintures de Ste Croix sous la sauvegarde
d’un classement parmi les monuments historiques et c’est pour
ce motif que j’ai pris l’initiative de vous le signaler.
Je me mets à votre disposition pour vous adresser, si vous le désirez,
des renseignements complémentaires. Veuillez agréer, Monsieur
le Directeur, l’expression de... »
-10 mars 1902. Emission du premier classement. Voir pièce annexe.
-17 mai 1946. Note de l’état des peintures. Voir pièce
annexe.
-23 décembre 1965. Approbation de remise en état de la
chapelle... Voir pièce annexe. Soixante-huit ans pour ‘décider’
d’abriter les peintures murales de Ste Croix!...
Incroyables restaurations
A ce sujet, Gérald
Messadier (alors rédacteur en chef de ‘Sciences et Vie’)
écrivait à propos de ce qui suit un bref texte dont le titre
résumait la situation : « Misère et folie de l’archéologie
française »… Nous ne rajouterons rien à ce constat.
-Juillet, août, septembre, octobre 1979. Restauration des boiseries
de l’église.
A cette occasion, les boiseries sont démontées afin d’être
restaurées ou, par endroit, pratiquement refaites, puis enduites
d’un produit fongicide et insecticide, et enfin teintées
et patinées soigneusement. Il fallait aux ouvriers un emplacement
pour exécuter les travaux, entreposer les pièces de boiserie
et les machines à bois... Ces dernières, dans une glaciale
indifférence, furent installées dans le local des peintures
pourtant classées !...
Il faut imaginer, dès cet instant, des travaux de réfection
avec de l’outillage lourd et surtout des produits acides aux vapeurs
‘agressives’... A ceci, on ajoute que les pièces de
bois, une fois imbibées des produits nocifs, sont posées
à même les peintures. Il en est de même pour l’outillage
stocké sans soin contre les fresques... Impossible, incroyable,
inconcevable, fou… sont les seuls mots qui viennent à l’esprit!...
Fort heureusement, nous pouvons prouver nos dires pour avoir pu tirer
des photographies de cet acte scandaleux de vandalisme qui, sur un plan
pénal, aurait été dénoncé avec véhémence
par les médias. Il va sans dire que les autorités locales
et nationales n’auraient pas manqué d’engager une procédure
conséquente à l’encontre des auteurs d’un tel
massacre! Et bien, contre toute attente, tout s’est très
bien déroulé, sous les ovations, l’admiration et l’approbation
générale... Voir nos photographies qui, en annexe, portaient
le titre : ‘honteux détails sur les fresques de Ste Croix’.
Sur ce lamentable fait divers, connu des autorités, et des grands
ténors en ‘chartreuseries’ diverses, variées
et sans doute avariées, personne, jamais, n’a crié
au scandale, s’en est inquiété ou fait le porte parole
!!!... Faut-il parler de lâcheté, d’incompétence,
d’ignorance, d’obséquiosité ou des quatre à
la fois ?
-1988. Restauration des peintures murales. Ne possédant aucun
élément et information sur ces travaux, il serait imprudent
de les commenter après le constat qui précède.
-16 mars 1992. A la
demande de la mairie de Ste Croix: émission d’un arrêté
communal interdisant au public l’accès du local et la visite
des peintures... Les teintes pâlissent et l’on semble craindre
que la présence de visiteurs n’accélère la
dégradation... Par le même document nous apprenons avec stupéfaction
que les peintures murales sont en vérité de 1820-1830...
On croit rêver! Faut-il supposer que les formidables restaurations
de 1988 s’avèrent inefficaces et sans effet? Tout de même
: depuis près d’un siècle, les peintures ont affronté
sans trop de dommages, sauf ceux des hommes contemporains, l’exposition
à l’atmosphère... aux religieux, aux visiteurs, et
au temps... Et voici que, tout à coup, après une restauration
menée de main de maître par des « spécialistes
chevronnés… en destruction annoncée », la dégradation
des teintes devient alarmante pour la mairie...
-Eté 1993. La tempête de grêle qui s’abat sur
les toitures de Ste Croix est un désastre... Les travaux d’urgence
de réfection du toit de la chapelle mettent les peintures définitivement
à l’abri de l’humidité, des gouttières,
des intempéries...
- A suivre ???...
Retour sur l’ancienneté des lieux
Il reste, maintenant, à aborder quelques derniers détails
qui peuvent nous éclairer sur l’ancienneté des lieux
grâce aux anciennes peintures... Revenons un instant sur la description
de T. Ogier: « ... L’ancienne église, dont on voit
encore une partie digne d’intérêt, le choeur à
fenêtres et roses gothiques du XIV° S., le plafond est couvert
d’assez belles peintures à grand effet, figures et rinceaux,
on y voit les emblèmes des quatre évangélistes et
l’agneau de Dieu portant sa croix… »
Sur le mur percé d’une meurtrière, d’où
la légende fait suivre les offices Chartreux par Béatrix,
nous retrouvons en effet une rosace peinte avec l’agneau en son
centre. Le dessin assez estompé est toutefois toujours visible.
L’agneau auréolé
porte une croix bannière. Il s’inscrit sur un fond bleu dans
une première couronne formée de cercles non bouclés,
de couleur jaune clair. Puis une seconde couronne ferme le tout. Cette
dernière est composée de sections ocre sombre et jaune d’or
alternant une sombre pour deux claires. Bien qu’il manque un important
morceau de la scène, nous pouvons supposer, logiquement, que la
dernière périphérie était de neuf pièces
sombres pour douze claires. Il est évident que cette représentation
est axée sur une ennéade, donc une base de trois. Nous avons
retrouvé l’agneau, mais hélas, des quatre évangélistes,
il ne reste malheureusement plus rien... Pourtant, observons très
attentivement la frise ‘à palmes’ vers la meurtrière.
Dans l’angle à droite, au pied de la base de nervures, apparaît
très nettement, et sans l’ombre d’une erreur, sous
cette peinture... un autre dessin d’une facture de tracé
encore plus ancienne. Un visage serein, barbu, uniquement traité
au ‘serti’ ocre rouge sur fond blanc. Il ne semble pas nimbé.
Aucun texte, à notre connaissance, n’en fait mention. Pourtant,
il est impossible que les experts qui étudièrent les peintures
ne l’aient vu... Ajoutons que l’on retrouve cette représentation
peinte au fronton intérieur de la nef dans l’église
templière de Montsaunès !
Revenons encore une fois aux peintures ‘habituelles’. Le haut
de ces dernières s’achève sur la même frise
à ‘palmes’, les restes de l’ouverture en ‘roses’
dont parle T. Ogier apparaissent.
Il ne reste de la rosace que le périmètre extérieur,
l’intérieur grossièrement rempli est muré d’un
tout-venant maçonné. Si on regarde attentivement la périphérie
de l’ouverture, sous la peinture bleutée apparaît une
large portion de peintures à motifs géométriques
‘terre de sienne’, alternée de parties pleines et d’autres
serties... Le tout semble cerné d’une autre frise de triangles
pleins de cette même couleur brune. On retrouve des motifs identiques
de l’autre côté de la rosace, mais avec en plus une
croix évasée sur des fleurs de lys stylisées. La
facture semble très ancienne, et indiscutablement sous les peintures
répertoriées, du moins en ce qui concerne le haut des ‘tableaux’
et l’ancienne rosace...
S’agirait-il des décorations de cette ‘antique chapelle’
du testament de Thibaud de Vassalieu?
La seule évidence dans ces observations superficielles est que
les experts les ont forcément faites comme nous, bien avant nous,
et dans de meilleures conditions d’observation. Nous avons, à
ce sujet, une preuve que ce sont ces mêmes experts qui mirent à
jour les vestiges de peintures postérieures à celles répertoriées
et classées. Sur les photographies de la ‘restauration’,
les traces apparaissent alors qu’elles sont invisibles sur d’anciennes
prises de vues antérieures aux ‘restaurations’... Voir
photo.
Alors, au moment de très provisoirement clore ce petit chapitre,
revient toujours la même question...: « Pourquoi personne
ne fait jamais mention de ces détails aussi extraordinaires que
particulièrement gênants... Pourquoi toujours cet identique
silence embarrassé, à quelque niveau que l’on se place
parmi nos joyeux spécialistes... Pourquoi ? »
Ce travail est loin d’être une fin en ce qui concerne le chapitre
des peintures de Sainte-Croix en Jarez. Des suites seront présentées
au fil des entrées à venir, car tout est loin d’être
dit sur ce registre.
André Douzet
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