
Les Peintures de la Chapelle des Pères
Première partie : Des fresques classées
… et la chronique de leur agonie annoncée
Petit constat préliminaire et indispensable
Nous
avions précédemment, en visitant l’ancienne chapelle
des Pères chartreux de Ste Croix en Jarez, aperçu le soupirail
qui relie ce local en rez-de-chaussée avec ce que nous appellerons
arbitrairement une crypte située au-dessous.
Si, lors de cette visite, nous baissions notre regard au sol, nous allons
maintenant l’élever jusqu’aux fresques murales qui
ornent ces vénérables murs.
Rappelons que depuis sa remise à jour cette œuvre n’a
pas toujours été accessible au public, loin s’en faut
! Si nous en retracerons, au fil de ce dossier, les péripéties
dont nous avons connaissance, il faut dire, n’en déplaise
à ceux qui marchent sur nos brisées, que cette partie culturelle,
religieuse et sans doute aussi un peu ésotérique, du passé
de cette chartreuse, était, hormis l’autorité municipale,
parfois totalement inconnue des vieux habitants de Ste Croix.
Il y a trente cinq ans, lorsque nous commencions à nous intéresser
de plus près aux vestiges primitifs rescapés de cette chartreuse,
rien ne signalait au visiteur la présence de ce témoin irremplaçable.
A l’entrée du village, le panneau destiné à
l’activité touristique (si cette appellation avait alors
le moindre sens) ne faisait pas mention de cette peinture. Seuls quelques
spécialistes en avaient connaissance… et encore ! Pour aller
visiter la chapelle des Pères, il fallait aller demander au curé
la clé du local, et le plus souvent il vous accompagnait en grommelant
sur l’inutilité de l’affaire. Ensuite, le parcours
du combattant commençait, à travers des fagots et amoncellements
hétéroclites dignes d’un inventaire à la Prévert,
pour parvenir à voir entièrement cet extraordinaire chef-d’œuvre.
A cette époque, il n’y avait pas foule et nous étions
les seuls à solliciter le brave curé de Ste Croix. Seul
l’ancien maire d’alors, un homme particulièrement cultivé
et intéressé par le passé de sa commune, pouvait
parler de ce vestige de l’art du 13e siècle. Combien de samedis
après-midi avons-nous passé en sa compagnie et celle de
sa documentation, qui nous faisait pâlir d’envie, à
lire toute cette érudition sur la grande table de sa cuisine.
Peu à peu, les choses ont évolué… N’en
déplaise à ceux que nous dérangerons par nos présents
propos, nous avons été les premiers à relever certaines
anomalies sur cette fresque, grâce, une fois de plus, aux connaissances
de Raymond Graü, et ensuite les premiers à en parler en public
et à commencer à amener les premiers chercheurs réellement
intéressés par la question.
Aujourd’hui, il n’en est plus de même, et tous de faire
étalage de leur science sur le sujet, en évitant prudemment,
à leur avantage, de faire référence à Raymond
! Evidemment, il est plus facile et moins dangereux d’enfoncer,
à grands bruits, des portes grandes ouvertes. Nous verrons qu’à
présent il est d’autant plus facile de nous dénigrer
que la fresque a subi une dégradation naturelle notoire et des
modifications pour le moins curieuses… Mais, le plus important réside
dans le fait que chacun peut contempler la chapelle des Pères,
et ses peintures, avec les plus grandes facilités… en payant
évidemment… alors qu’autrefois l’accès,
tout comme celui de l’église, était entièrement
gratuit. Certes, de plus, il est hors de question, depuis près
de 10 ans, de faire mention de nos remarques sur le sujet, sous peine
de réponse aussi ‘sèche’ que brève! Il
ne fait pas bon (mais cela l’a-t-il été un jour ?)
émettre d’autres opinions que celles des mandarins de la
Culture. Et pourtant… oui pourtant… bien des choses sont vérifiables
et nous avons décidé de les porter à la connaissance
de tous sur notre site. Ajoutons que les détails dont il va être
question ici sont connus de tous les ténors en matière de
Ste Croix et de ses petites curiosités… Nous notons simplement,
dans l’ensemble, ce que nous appellerons une certaine réticence
frileuse à exposer et approfondir ces détails. Personnellement,
cette tâche est loin de nous gêner en quoi que ce soit, et
nous tenions à ce que ceci soit clairement exprimé ici.
Présentation du lieu et de la composition de l’œuvre
Pour nos lecteurs
qui ne sont jamais entrés dans le lieu où se trouvent ces
vestiges, il est utile de le situer. Il faut entrer dans l’église
de Ste Croix, puis le guide vous conduit dans la sacristie qui se trouve
derrière le chœur. De là, une porte, à droite,
ouvre sur ce local qui fut la chapelle des Pères ou une partie
d’une église primitive réservée aux Pères
chartreux. Dans ce local, en entrant, les peintures se trouvent légèrement
à gauche. Peu de ‘chercheurs’ ont porté leur
attention sur l’orientation de cet endroit… tout comme sur
celle de l’église actuelle. Pour cette dernière, avec
une certaine surprise, nous constatons que l’axe principal se situe
pratiquement nord – sud, si l’on veut ergoter un peu plus
nous dirons alors : nord est – sud-ouest... De fait, on peut supposer
que la chapelle, telle que nous la voyons maintenant, se tient sur le
même axe… Mais alors, serait-ce à dire que les Chartreux
n’auraient pas fait respecter la déclinaison ‘règlementaire’,
est-ouest, pour leur second sanctuaire et sans doute la chapelle primitive?
Ce serait incroyable… A moins, bien entendu, qu’ils n’aient
pas eu le temps ni les moyens, ni le maître architecte compétent
en la matière, pour s’assurer de la bonne direction. En ce
cas, il faut admettre aussi que tout au long des travaux, pendant les
siècles qui séparent le premier lieu de culte du second,
personne ne se soit montré surpris par cette… erreur. Il
y a tout de même de quoi rester surpris, et songeur, si l’on
admet cette rigueur que tous les ouvrages concernant les Chartreux nous
exposent comme la base de leur vie et de leur règle en tout ce
qui concerne leurs édifices et intendances. On ne peut pas supposer,
comme en d’autres endroits, que cette orientation quelque peu incongrue,
et pas très règlementaire, soit le fait du manque de place
pour construire l’église, ou une raison défensive
imposant cet emplacement. Cette remarque est peu déroutante, car
on nous explique doctement que le premier édifice solide et définitif,
construit sur le site d’une nouvelle chartreuse, est précisément
le sanctuaire. Le reste s’articule depuis ce point éminemment
spirituel et sacré, nous le comprenons bien. Il serait logique
que les Chartreux apportent à leur lieu de prière toute
l’attention voulue et strictement prévue par leur règle,
comme en tout autre point du monastère. Faudrait-il alors supposer
que ce ‘décalage’, vers le nord, des églises
de Ste Croix, ait quelque chose de volontaire et de programmé ?...
un peu comme un autre lieu qui nous intéresse encore plus…
l’église de Périllos, par exemple ?
Donc, il nous faut dire que les peintures se trouvent orientées
dans l’angle nord-est de l’ancienne chapelle. Cette oeuvre
est composée, sommairement, de quatre grandes parties distinctes
ainsi réparties :
-La crucifixion en haut à droite.
-Le chant des moines pour l’enterrement de Thibaut de Vassalieu
en bas à droite.
-L’envol de l’âme de ce dernier sur son lit de mort
en bas à gauche.
-La vierge et le christ en haut à gauche.
On imagine facilement que le ‘volet’ de droite, à l’est,
comprenne la crucifixion et le chant. Quant à l’autre ‘volet’
de gauche, au nord, il se compose de l’envol de l’âme
et de la vierge. Voilà pour la situation.
Ensuite, pour parler
des peintures de Ste Croix et de leur thème général
ou particulier, il nous semble utile de tenter d’en comprendre les
origines et à l’intention ou en l’honneur de qui elles
pouvaient avoir été peintes. Le terme de fresque entend
« une manière de peindre sur des murs enduits de mortier
frais (frais donnera fresque), à l’aide de couleurs délayées
à l’eau », nous explique le dictionnaire, édition
1987, de Hachette. Et ce terme fut le premier indiqué depuis leur
remise à jour, par les spécialistes, pour ce décor.
Cependant, maintenant, il paraîtrait qu’il s’agirait,
selon des ‘spécialistes bien plus spécialistes que
les spécialistes’, de peintures sur un enduit sec, en vérité.
Certes, ce débat est de très haut niveau et pour nous, dans
l’absolu, le sexe de l’ange passe, pourtant, après
l’ange lui-même.
Pour nous, l’ordre des événements remonte, pour l’instant,
à Thibaut de Vassalieu, qui se retrouve directement impliqué
dans les deux scènes du ‘volet’ gauche : en bas, celle
l’envol de l’âme, et au-dessus, l’arrivée
de cette âme (un petit personnage) vers la Vierge et le Christ.
Ensuite, sur le ‘volet’ de droite, on retrouve en bas le chant
des moines pour la mort de cet homme. Enfin, sous ce ‘chant’,
il y avait (encore lisible avant la restauration) une dédicace
à son nom. Seule la scène de la crucifixion peut être
admise comme ‘hors sujet’ et consacrée à l’adoration
du Christ, ce qui semble normal dans une église destinée
à la présence des Chartreux. Pourtant, nous verrons plus
loin que sans doute quelques détails ont de quoi déranger
l’Ordre soigneux que l’on veut nous imposer sans discussion
préalable.
Toutefois, avant d’aller plus loin, nous ajouterons que cette représentation
est à son époque la plus grande œuvre peinte, pour
un seul personnage, de toute la chartreuse de Ste Croix. On peut considérer
ceci comme une sorte de privilège, ou comme une reconnaissance
très particulière, pour un haut dignitaire impliqué
dans l’histoire du monastère. Sans douter une seconde de
la valeur de ce personnage politique, de son importance ou encore de sa
générosité, il nous faut bien reconnaître que
son rôle dans l’histoire… connue et officielle…
de cette chartreuse n’est pas vraiment fondamental. Or, habituellement,
surtout dans une église chartreuse, les honneurs sont accordés
au fondateur de l’Ordre (St Bruno), à Charles Borromée,
aux saints patrons et saintes patronnes que l’Ordre vénère
particulièrement, ainsi qu’aux personnages étant intervenus
dans la fondation ou par des bienveillances très particulières.
Certes, nous voyons que Thibaud teste en faveur des Chartreux. Cependant,
cela suffit-il à le situer honorifiquement en tout premier lieu
et faire oublier la fondatrice, et première bienfaitrice, de cette
nouvelle chartreuse de Ste Croix en Jarez qui, avec ses parents et enfants,
répandit tant de biens financiers et avantages sur ce domaine cartusien.
Mis à part dans tous les ouvrages sur le sujet, aucun vestige sur
le site ne nous parle de cette dernière, sauf le guide lorsqu’on
fait appel à son service. Ici, pourtant, le choix d’honorer
Béatrix de Roussillon, fondatrice de la chartreuse, aurait été
de meilleur ton que celui en faveur de Thibaud de Vassalieu… En
ce cas, il nous faut chercher les raisons profondes qui pouvaient motiver
une telle décision. Ce qu’on sait sur ce personnage de la
fin du 13e siècle peut-il nous apporter plus d’éléments
sur cette question ?
Thibaud et… le véritable sanctuaire du recueillement
Celui-ci est pour
nous le troisième personnage ‘clé’ de Ste Croix,
après Guillaume de Roussillon et son épouse Béatrix
de la Tour.
Thibaud aurait eu une importance inversement proportionnelle à
la discrétion de sa biographie sur Ste Croix et ses origines. Pour
les historiens, Thibaud n'apparaît vraiment qu'avec son testament
en faveur des moines...
La famille de Thibaud de Vassalieu serait de haute origine bressane. Sa
mère était de la maison de Sure. Après des études
importantes couronnées de succès, il accède aux titres
de: Archidiacre de l'Eglise Primatiale de Lyon et de Cambrai et Chanoine
de Vienne et Die.
Il intervient efficacement dans l'affaire du rattachement du Lyonnais
à la France. Philippe le Bel, en 1305, au couronnement du pape
Clément, comprend la situation locale et envisage le bénéfice
politique et financier d'annexer la province du Lyonnais à la couronne
de France. Le roi devait établir déjà en 1293 pour
Lyon un « gardiateur » pour veiller à la défense
des habitants contre les excès de l'église lyonnaise. En
janvier 1306, Thibaud de Vassalieu est choisi comme député
du chapitre et de l'évêché de Lyon. Il entame les
discussions de l'accord de Pontoise en septembre 1307 avec le chancelier
royal. Bonnassieu prétend à cette occasion « que Philippe
chercha à le gagner à sa cause et qu'il n'échoua
qu'à moitié dans sa tentative... ». Les premières
approches n'ayant rien donné de positif, les lyonnais proposent
une deuxième démarche. Thibaud à nouveau est délégué
pour d'autres engagements diplomatiques qui ont lieu le 7 février
1308 avec Nogaret. Cette fois, les conditions sont acceptables...
La tradition rapporte que Ste Croix était pour lui un sujet de
satisfaction intense et de prédilection. Il appréciait de
visiter ce lieu aussi souvent qu'il le pouvait. Peut-être avons-nous,
ici, l'explication de cette passion pour Ste Croix au travers de ce texte:
« ... Ce véritable sanctuaire du recueillement, perdu au
milieu d'une épaisse forêt de chênes, dont les derniers
représentants ne disparurent qu'à la fin du siècle
dernier (Siècle de C. Le Laboureur) avait un charme tout particulier
que des souvenirs d'enfance avaient entretenu. La famille De Vassalieu
était possessionnée à Ste Croix…» - Texte
extrait de ‘Masures de l'Isle Barbe’, C. Le Laboureur-1862
-
Selon ces mots, nous sommes au début du XIVe siècle et,
donc, le monastère est fondé depuis à peine vingt
ans. En ce cas, comment Thibaud peut-il en avoir des souvenirs d'enfance,
et surtout comment sa famille peut-elle y être déjà
possessionnée depuis si peu de temps? La seule réponse logique
et raisonnable est que sa famille possède là une propriété
plus ancienne que la chartreuse… Cette remarque confirmerait, dans
l’indifférence générale des ténors en
‘cartusienneries’ diverses, que ce lieu fut occupé,
et même solidement et secrètement occupé, comme nous
l’avons toujours soupçonné dans nos travaux, depuis
35 ans.
Thibaud, enfant, y a soit été élevé, soit
y est venu régulièrement dans le cadre de visites ‘familiales’.
Cette éventualité n'est absolument pas incongrue puisque
les De Vassalieu sont une très ancienne famille (voir à
ce propos un traité de 1151, entre E. Villars et Gerin sénéchal,
au sujet du château de Rochetaillée). Dans ces conditions,
il est difficile d'envisager une autre explication, et plus encore de
douter du texte de C. Le Laboureur. La suite nous confortera dans l'affirmation
de ce dernier...
Les preuves de l’existence d’une ancienne chapelle
Revenons
sur la lettre de Béatrix adressée à son oncle, prieur
de Valvert. Nous y trouvons de nombreux détails, sauf curieusement
en ce qui concerne le propriétaire du terrain qui lui doit hommage.
Peut-être pouvons-nous supposer qu'ils -Béatrix et Thibaud-
se connaissent de toute évidence, bien que l’une soit au
déclin de sa vie et l’autre au milieu), et que malgré
l'affirmation négative de Béatrix (pieux mensonge que nous
avons démonté dans nos travaux), il ne soit pas utile pour
la bonne réalisation du projet de faire mention nominativement
du propriétaire? N'est-il pas aussi très curieux que dans
l'acte de fondation apparaissent tous les protagonistes, sauf... l'ancien
propriétaire des lieux. Peut-être est-il encore assez connu
pour ne pas apparaître sur le document? Ce ne serait que suppositions
gratuites et non fondées… si le texte suivant n'existait
pas: « ... Dans cette affection des plus naturelles le désir
qu'on voulût bien confier ses dépouilles mortelles à
la Chartreuse de Ste Croix hantait sa pensée. Son testament daté
du 23 mai 1327 exprime parfaitement cette intention et le lieu de sa sépulture
y est même fixé: ante hostium capelle antique, dicti poci.
Cette expression peut surprendre, quand on songe que cette Chartreuse
était de fondation récente et qu'elle datait de cinquante
ans à peine... » -‘Découvertes dans l'ancienne
chapelle de la Chartreuse de Ste Croix’ -1898- MX. Favarcq.
Ceci peut expliquer cela! Thibaud est probablement bien placé pour
connaître l'existence d'une ancienne chapelle sur ce site de Ste
Croix et demander à être enseveli devant l'entrée
de celle-ci. Rien ne prouve qu'un tel édifice n'ait jamais existé
et Thibaud maîtrisant avec aisance l'écriture comme prolongement
de sa pensée... comment supposer qu'il se soit trompé sur
les termes de « capelle antique »? D'autre part la chapelle
des Pères, si elle fut construite au début du chantier de
Ste Croix, ne pouvait raisonnablement pas être entièrement
achevée dans l'année, c’est impossible. Dans ce cas,
45 ans ne peuvent pas justifier le terme « antique »...
Les privilèges discrets de T. de Vassalieu
Ce testament
est une pièce très précieuse sur les conditions de
vie de Thibaud et sur ce qu'il lègue. A. Vachez nous fournit quelques
précisions sur le partage de sa succession entre l'église
de Lyon, Guillaume de Vassalieu et Guillaume de Sure, ces deux derniers
étant désignés comme ses exécuteurs testamentaires.
A. Vachez précise que les Chartreux accédèrent aux
ultimes volontés du défunt du fait que celui-ci s'était
montré très généreux à leur égard:
somme d'argent élevée (300 livres viennoises) pour la nourriture
des religieux et des pains blancs les lundi et vendredi, pour le repos
de son âme et de celles de ses parents, des propriétés
à St Genis Laval, St Andéol et enfin 15 gros tournois par
Chartreux... Il lègue également d’importants ouvrages
‘de bibliothèque’ que nous verrons par ailleurs. Puis,
toujours à Ste Croix, il donne tout le mobilier qu'il y possède:
objets de literie, de repas et affectés au service de la table.
A. Vachez précise encore que Thibaud n'oublie ni son écuyer,
ni son médecin, un certain Pont, moine de St Romain le Puy... Cependant,
nous ajouterons quelques détails qui échappent curieusement
à A. Vachez, tels que des instruments de recherches chimiques et...
son alambic, aussi légués à Ste Croix... Thibaud
se serait-il adonné à quelques expériences alchimiques
?
Thibaud cessant ses activités fin de l'année 1324, il termine
probablement sa vie dans le monastère avec tout son mobilier et
son matériel personnel...
L'importance de ce personnage eut plus d'ampleur que l'on pourrait le
supposer, et les Chartreux ne s'y sont pas trompés. A ce propos,
il y eut tout au long de l'histoire de la chartreuse de Ste Croix de nombreux
bienfaiteurs et généreux donateurs. Pourtant, les Pères
n'accepteront dans le périmètre de la chartreuse, mais pas
forcément dans le cloître, que deux personnes seulement y
finissent leurs jours: Béatrix de la Tour et Thibaud de Vassalieu.
Mais encore ces deux personnages eurent-ils aussi le droit d'être
ensevelis dans l'église des Pères... Pourtant un seul, pas
forcément le plus important, visiblement, aura l'ultime privilège
que sa mise au tombeau soit, par la peinture, liée à la
mémoire de Ste Croix dans l'église des Pères: Thibaud
de Vassalieu...
Chronologie d’une formidable découverte culturelle
- Thibaud de Vassalieu, mort en 1327, est donc enseveli à Ste
Croix.
On peut, par le fait qu’il est impossible qu’elles aient été
réalisées avant cette date, sans grand risque estimer ces
peintures du milieu du XIVème siècle. N. Rondot les qualifie
de « plus anciennes que notre région possède »...
- Le Père Ménestrier rappelle l’épitaphe du
tombeau de T. de Vassalieu, transmise par la tradition, dans l’histoire
de l’église de Lyon. Elle fut réutilisée sans
modification par Pierre Gras, en 1868, et Péricaud.
- 1696. Probablement les Pères chartreux, transformant le choeur
de l’ancienne église en salle capitulaire, font badigeonner
les peintures. Ils conservent, tout de même, le souvenir de Thibaud
de Vassalieu en gravant un texte de rappel sur une dalle résumant
les faits et dates.
A.Vachez relate que, visitant Ste Croix en juin 1897, le curé lui
montre, dans une des chapelles construites en 1842, un morceau de la «
pierre tombale » que le Père Ménestrier avait vu en
entier dans l’ancienne salle capitulaire: « HIC JACET VENERABILIS
THEUBALDUS DE VERSALIACO QUONDAM LUGDUNENSIS ET CAMERACENSIS ARCHIDIACONUS,VIENNENSIQUE
ET DIENSIS CANONICUS, QUI OBIIT IV NONAS JUNII, ANNO M.CCC.XXVH. »
- T. Ogier relate une visite de l’ancienne église avant la
démolition de sa toiture: « ... l’ancienne église,
dont on voit encore une partie digne d’intérêt ; le
choeur à fenêtres et roses gothiques du XlVème S.,
le plafond est couvert d’assez belles peintures à grand effet,
figures et rinceaux, on y voit les emblèmes des quatre évangélistes
et l’agneau de dieu portant sa croix. Sous le pavé reposent
les restes des deux Béatrix de Roussillon. Il est vivement à
regretter que la fabrique ne puisse pas faire les frais nécessaires
pour soutenir ce beau reste prêt à périr. »
-
1842. Agrandissement de l’église par la construction de deux
chapelles latérales... La pierre du XVIIème S. de l’épitaphe
de T. de Vassalieu est cassée et les morceaux utilisés pour
rattraper la différence de sol entre la chapelle et la nef... le
texte du morceau utilisé pour la chapelle de gauche est: «
ANNO MCCC XXVII ».
- Novembre 1862. La voûte à nervures de l’ancien choeur
commence à s’effondrer. La paroisse, trop pauvre pour financer
les restaurations nécessaires, décide d’abattre la
toiture...
-3 août 1896. Ce jour-là, une célèbre société
archéologique de Montbrison, « La Diana », prépare
sur site leur prochaine visite de Ste Croix. Ce local, qui attire la curiosité
du groupe d’érudits, n’est plus qu’une remise
très encombrée. La découverte se fera ensuite de
façon fortuite : « …le 5 août 1896, au cours
de l’excursion annuelle de la Diana, des membres de notre société
grattèrent le mur -avec un parapluie dit-on- et mirent à
jour une inscription… » (C.R. du vicomte Maurice de Meaux,
Bulletin de la Diana – tome XLVII – n°2 – p. 41-1981).
... Quelques traces de peintures, encore visibles en hauteur, les intriguent.
Les badigeons laissent effectivement deviner par endroit quelques lettres
gothiques... Quelques jours plus tard, M. Favarcq enlève l’enduit
qui recouvre la totalité du décor contenu sur les deux murs
formant l’angle nord-est de l’ancienne église des Pères.
Une grande découverte vient d’avoir lieu. Un peu plus tard,
l’ensemble des peintures murales de l’ancienne chapelle des
Pères chartreux de Ste Croix échappait à l’oubli
en ressurgissant du passé…
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