
Napoleon et le Sphinx
«
Après avoir erré pendant quelques temps au hasard à travers
l’immense nécropole, Mortimer peu à peu recouvre son calme…
et malgré l’inquiétude qui le tourmente, s’arrête
pour contempler une fois encore le grand Sphinx Ré-Harmakhis, dieu du
soleil levant… Enfin, après avoir longuement contemplé l’énigmatique
statue, il poursuit sa route… » Dans « Le mystère de
la grande pyramide » (célèbre B.D. des années 60)
Edgar P. Jacobs fait méditer son héros, l’illustre Professeur
Mortimer, face au sphinx, avant de l’entraîner dans la découverte
de la Chambre d’Horus…
D’autres auteurs, moins… populaires, recommandaient aux voyageurs
égarés sur la route de Thèbes, d’éviter la
rencontre avec cette mythique créature toujours interrogatrice et trop
souvent dévoratrice. Œdipe revenant d’exil réglera
la dangereuse rencontre en répondant avec exactitude à la question
classique et l’être imaginaire, furieux, se précipitera dans
un ravin… Mais à notre tour interrogeons, sans trop les dévorer,
les origines de ce mythe.
Si « La Théogonie » hésiodique en fait déjà
mention , il est souvent précisé que ce monstre, fruit des amours
d’Echidna et du chien de Geryon, Orthras, serait le frère du lion
de Némée. Une autre mythologie lui donne Typhon pour père…
Mais une autre tradition plus curieuse encore explique qu’en vérité
cette créature incroyable serait du genre féminin et aurait été
envoyée par Héra pour terroriser Thèbes en raison du crime
de Laïos ayant aimé Chysippas d’un amour coupable ! Quant
au vainqueur de la créature dévoratrice, mal lui en prit car prenant
le pouvoir de Thèbes il se comporta en involontaire criminel au point
de finir par se crever les yeux pour ne plus voir la réalité !
Si nous suivons Mortimer dans sa contemplation nous nous apercevons que la plus
importante concentration de ces représentations aussi mystérieuses
que colossales se situe bien sûr en Egypte : Memphis, Louqsor et naturellement
le plateau de Gizeh.
Sphinx... Mortimer
au pied du Sphinx
Très curieusement il est de coutume d’utiliser le masculin : «
le » Sphinx… en vérité ce mot est du genre féminin
et il serait ‘ académique ‘ d’écrire «
la » Sphinx. L’usage du féminin provenant probablement du
fait que cette créature est présentée, en Grèce,
sous la forme d’une lionne ailée, à visage féminin
et avec une opulente poitrine. On remarquera toutefois qu’il s’agit,
concernant le corps, plus de celui d’un lion que d’une lionne ;
quant aux ailes elles semblent être celles d’un aigle. Les représentations
Egyptiennes, elles, sont essentiellement masculines, sans ailes, avec un corps
de lion. Les visages représentent surtout des hommes, des pharaons certainement
hiératisés à leur avantage. En ce cas ils s’ornent
du serpent Uraeus et de la tête de vautour qui sont les attributs traditionnellement
royaux. Plus rares étaient les Sphinx à tête de femme. La
célèbre allée de Karnak à Louqsor, longue de 2 km,
comprenait 600 sphinx essentiellement à tête de bélier,
animal conducteur et fécondant par excellence qui correspondait à
Amoun-Râ lui même fertilisateur soleil et guide de la vie. Il en
est de même pour Sakkara où Mariette découvre une allée
de 134 de ces créatures minérales.
Peut-être en est – il autrement pour le Sphinx de Gizeh situé
au bord oriental de la terrasse des pyramides. Avec ses 57 m de long, et une
hauteur de 20 m, il est à la mesure magique et énigmatique des
lieux et ne pouvait, sans doute, pas être en meilleure compagnie.
Sur un plan solaire, vu du Sphinx, le soleil passe dans l’axe parfait
des pyramides Khéops et Kéhphren pour le solstice d’été.
Etrangement ce spectacle se schématise parfaitement avec le hiéroglyphe
« horizon » ! ! ! Quant au solstice d’hiver, la tête
du sphinx s’inscrit depuis un des temples voisins, dans l’axe du
soleil couchant qui « glisse » exactement entre elle et le tableau
droit de l’ouverture de ce temple.
On sait, très curieusement, qu’il n’y a aujourd’hui
aucun monticule rocheux sur le plateau de Gizeh. Il n’y en eut qu’un
seul réservé, ou destiné, à l’unique sculpture
du sphinx. Le petit temple situé entre ses pattes avant est lui aussi
dédié au culte solaire. Encore plus étranges sont les origines
de cette sculpture colossale, car en effet, il n’existe aucune information
fiable, ni éléments documentaires ou folkloriques… rien
! Rien que cette sensation qui empêche de se soustraire à
ce regard pétrifié !
L'allée des 600 sphinxs à Louqsor
Le mot sphinx s’adresse, nous l’avons vu, à une créature
mythique d’apparence franchement féminine. Concernant cette œuvre
phénoménale de Gizeh, son nom véritable est Harmakhis,
dérivé hellénique de ‘Harm-Akhe’t, qui signifie
« Horus à l ‘horizon »… et nous avons vu , précédemment,
que du Sphinx on distingue l’alignement sur l’horizon solaire du
solstice d’été entre les 2 pyramides… Peut-on encore
parler de hasard linguistique devant ce constat verbal ?
En 1943 fut mis à jour un coffre daté de 900 avant J.C. Il ne
contenait que des plumes de marabout et un papyrus extrêmement rare, puisqu’il
était le seul document à faire mention, jusque là, des
« sphinx esclaves » ! L’énigme de ces mots devait rester
longtemps sans solution. Ce n’est qu’en 1952 que fortuitement la
solution surgira devant la caravane d’Omar el Hawari dans le sud libyen
et durant une tempête de sable. Le vent de sable vient de dégager
la tête d’un sphinx d’une taille égale à celui
de Gizeh.
Alerté par les caravaniers, le Professeur Taminarouk entame l’étude
du monument. A 15 m de haut il découvre une entrée qui le conduit
dans une grande salle…Il découvre un spectacle macabre et hallucinant
:de nombreux squelettes encore pendus par les pieds ou écrasés
au sol, identifiés comme des esclaves exécutés pour préserver
quelques secrets. Un texte de l’architecte Ephara apportait toutes les
cruelles explications ; une, surtout, mentionnait que ces esclaves avaient eu
la langue coupée afin de ne pas parler de certains secrets liés
aux constructions de cet architecte connu pour sa cruauté. Cependant,
un détail nouveau était mentionné : ces mutilations apportaient
au Sphinx le pouvoir de toutes ces paroles désormais impossibles.

Vue du Sphinx le solstice d'été entre les Pyramides
Ephara était précis :le Sphinx seul pouvait parler quand les
hommes ne le pouvaient plus… Depuis cette épouvantable découverte,
cinq autres Sphinx de ce type furent mis à jour avec les mêmes
caractéristiques, y compris le pouvoir de la parole donné à
l’édifice mythique… En était-il de même pour
le Sphinx de Gizeh ? Nul texte ne le précise. Une petite chambre fut
retrouvée, mais sans sous-entendu de ce genre…bien que le Sphinx
soit légendairement soupçonné d’être relié,
souterrainement, à l’intérieur de Khéops par une
galerie à «32 m de profondeur » comme l’assure la tradition.
Soulignons qu’au IIè siècle le grec Jamblique décrit
minutieusement « une entrée obstruée, réservée
aux postulants accompagnés. Elle est fermée par une porte de bronze
dont le ressort secret n’est connu que des prêtres. Dans le Sphinx
et sous lui se creusaient des couloirs communiquant avec la portion souterraine
de la grande pyramide et s’entrecoupant de telle façon que si l’on
y pénètre sans guide, on est ramené à cette issue…
ou à celle dont on parle plus loin. » L’ennui est que la
suite du texte n’a jamais été retrouvée, pas plus
d’ailleurs que cette porte de bronze ou ces couloirs en labyrinthes !
La plaque commémoratrice entre les pattes du Sphinx
Au niveau des pattes avant du Sphinx, d’une hauteur de 4m pour 2 de large,
figure une plaque de granit rouge avec une longue inscription. Sa découverte,
un instant, laissa espérer qu’on en saurait plus sur le Sphinx.
Déchiffré en premier par Caviglia en 1818, puis diversement interprété,
le texte fut enfin mis au clair par Erman à Berlin. Depuis ce travail,
l’américain Breadsted en donne une version définitive reconnue
par tous.
En résumé il s’agit de l’identification royale de
Thoutmès IV, de sa jeunesse, de la description d’une chasse au
lion en son honneur…puis du repas, à midi, de ce jeune prince qui
cherche une ombre bienfaisante. Il la trouve au pied de la tête gigantesque
d’un sphinx émergeant des sables. Celle-ci s’adresse à
lui au travers de sa bouche de pierre et lui promet qu’en échange
de son désensablement, il sera roi d’Egypte sous le nom de Thouthmosis
IV. Le prince Thoutmès ayant tenu sa promesse, la prédiction se
réalisa. Le roi fit alors graver ce texte commémorant son pacte
avec la parole du Sphinx. Ajoutons que le nom de Thoutmès se trouve aussi
sur le côté sud (Palais Bourbon) de l’obélisque de
la place de la Concorde à Paris. En outre nous comprenons que le Sphinx,
nommé ici Harmakhis, est associé au « soleil neuf »
sous le vocable hiéroglyphique de : « Harmakhis- Amoun- Râ-
Khépri- Atoum » ! Ce qui nous donne tout le parcours solaire figuré
par tous les dieux égyptiens majeurs : Horus le soleil levant, Râ
le soleil au zénith et Atoum le soleil couchant ! Ce tout solaire fait
du grand Sphinx la figuration cachée de l’Unique, du seul Grand,
du Dieu des Dieux égyptiens !
La tradition venait de naître… C’est ainsi que durant l’époque
où le Sphinx était ensablé jusqu’à la tête,
on venait, parfois de très loin, recevoir de ses lèvres vérités,
prophéties et oracles !
Illustration de la légende de Thoutmès écoutant
l'oracle du Sphinx
Napoléon lui-même voulut en vérifier la véracité.
Nous le retrouvons en 1798, accompagné des ingénieurs François
de Varssant, Eugène Fraquis et du baron Dominique Vivant Denom (futur
directeur du musée du Louvre à Paris). Est-ce par bravade, par
superstition ou croyance intime que Bonaparte s’intéresse au Sphinx
? Toujours est-il qu’il fait venir expressément Baptiste Hermons
et qu’en sa présence il se rend, avec une escorte réduite,
durant trois nuits consécutives, jusqu’au Sphinx où il fait
aménager une passerelle au niveau du visage. Le général
a demandé à Hermons s’il était persuadé de
cette légende tenace d’un oracle obtenu de la bouche même
de la statue…Le magicien fut catégorique… Après méditation,
la réponse est affirmative mais sous des conditions que nous ne connaîtrons
jamais entièrement car deux ou trois égyptiens participent au
rite pour l’avoir eux-mêmes étudié puis expérimenté.
Suite à un cérémonial partiellement rapporté par
le commandant Fraquis, Bonaparte passera deux nuits consécutives, l’oreille
collée plusieurs minutes à la bouche de pierre… Si la première
nuit une satisfaction évidente éclaire son visage, la seconde
expérience semble tourner au cauchemar. Bonaparte est livide et ne renouvellera
jamais cette expérience prophétique… Il punira même
sévèrement (cf. Marc-Henri Dacant) plusieurs mamelouks soupçonnés
d’avoir « canonné » le visage du Sphinx… Bonaparte
obtint-il des révélations par le biais de B. Hermons ? Il n’en
dira jamais un mot … sauf peut-être à Marseille, au santonnier
Anatole Rathaud à qui il demandera certaines effigies à son image
et d’autres à l’aspect plus … oriental dont nous avons
obtenu des reproductions d’une grande finesse et remarquables de précisions.
Superstition ! pourront objecter les rationalistes… Il est vrai qu’à
première vue ce genre d’oracle peut laisser l’observateur
pour le moins perplexe. Cependant, un détail peut être versé
au dossier du langage du Sphinx. Le commandant Fraquis rapporte que l’égyptien
qui semble « mettre la pierre en action avant que le général
s’en approche » ne parle pas, mais psalmodie une sorte de mélopée
lente et sourde, en faisant couler, avec sa main, du sable, selon un rythme
égal à celui de son chant… détail magique ? désuet
? superstitieux ? Peut-être si on considère un scénario
rituel à proximité du Sphinx. Sans doute aurons-nous une autre
vision si on imagine cette scène… en Ecosse, où sans intervention
vraiment magique, à la place des confidences murmurées, se produit
un chant ou une musique basse et douce !
Les Mamelouks de Napoléon
au pied du Sphynx
Du plateau de Gizeh nous partons pour une île de la côte ouest
de l’Ecosse, sur la plage d’Eigg. Rien ne la différencie
d’une autre étendue sableuse en bord de mer … ou d’un
désert. Mais ici il suffit d’agiter un peu de sable pour que se
fasse entendre une sorte de son mélodieux. Si, comme le magicien d’Egypte,
nous laissons écouler de nos mains ce sable selon un rythme lent et précis,
ce n’est plus un son harmonieux que l’on entend, mais des notes
de musique, des plus graves aux plus aigües. En gaélique, ce phénomène
étrange s’appelle « camas sgiotaig » ce qui signifie
« sable chantant ». Plusieurs études furent menées
sur cette curiosité insolite et une explication a été proposée
car techniquement reproductible. Il s’agirait de minuscules particules
de quartz poli par la mer et comme enrobé dans une sorte de poche de
poussière impalpable. Le frottement des grains de quartz entre eux produirait
une vibration qui émettrait au rythme de l’écoulement une
forme de murmure musical proche d’un chant très bas. Les moments
de la journée ou de la nuit, les conditions atmosphériques ou
barométriques modifieraient considérablement la tonalité,
qui s’approcherait même des modulations vocales humaines. Détails
mystérieux dans cette observation étonnante : l’expérience
est pratiquement irréalisable en milieu fermé, et à plus
forte raison en laboratoire, en raison d’une pression différente
et du fait que cette poussière impalpable, ne s’envolant plus au
vent, même le plus infime, continue à « coller » au
sable et altère les vibrations… Et plus incroyable encore, ce phénomène,
à ce jour, ne peut se produire que sur cette plage d’Eigg, au large
de l’Ecosse ! Ne serait-il pas possible qu’à proximité
du Sphinx, le sable ait les mêmes caractéristiques que celui d’Ecosse
? De plus, de nombreuses mesures démontrent que ce colosse minéral
dispose d’un champ magnétique nettement supérieur à
la moyenne pouvant favoriser le phénomène.
A ce moment, les forces inconnues et occultes des lieux pouvaient trouver ici
une sorte de fréquence, permettant à un très petit nombre
d’initiés, disposant des facultés psychiques nécessaires,
d’entrer en contact avec des entités ou manifestations obscures
cantonnées dans les pyramides ou le Sphinx lui-même. Car, rappelons-le,
le Sphinx fut de tous temps considéré comme le gardien puissant
des colossales pyramides. Il lui était donc donnée toute une série
de pouvoirs occultes, tous plus efficaces les uns que les autres. Cependant,
il est possible que ce formidable et mystérieux émetteur ne puisse
fonctionner convenablement qu’en étant désensablé,
d’où sa demande pressante au futur Thouthmosis IV.
A moins encore que cette réserve d’énergie pétrifiée
ne soit qu’une sorte de miroir ou de catalyseur permettant au cerveau
et à ses possibilités oubliées de s’ouvrir et de
fonctionner à pleine puissance et ainsi explorer, non seulement le temps,
mais aussi les sphères de l’âme et de l’esprit ! C’est
ce que pensait Hoogle de la Gauguerie en considérant le Sphinx comme
un tremplin vers une ‘quatrième dimension’ dépassant
l’image extérieure des choses et leurs connaissances imaginaires.
Il est possible, depuis cette hypothèse, de supposer que les initiés
de l’Egypte sacrée ‘savaient’, dans quelques très
rares occasions rituelles ‘ouvrir’ les pouvoirs du Sphinx, et accéder
par ce biais au fameux ‘Grand secret du plateau de Gizeh’…
ce dernier ne pouvant être que le formidable maître - mot secret
de la toute puissance, celle qui sommeille en nous, au plus profond de nous
– même. De la Gauguerie, sur ce propos ajoutait avec justesse «
car c’est là seulement que nous avons accès ! » .
Ainsi le grand Sphinx serait détenteur de l’ultime secret de la
vie, donc, en fin de compte, de la destinée humaine et de fait, de la
mort. Ce serait l’énigme de tout ce qui est, car tout ce qui est…
vit et, logiquement, tout ce qui est meurt.
La vie est issue de la mort, qui elle – même, est l’exutoire
de la vie. L’antique énigme du Sphinx est celle du royaume des
morts, de ceux qui ne parlent plus ! Il serait alors envisageable que l’énigmatique
message transmis par la créature minérale à ceux qui, selon
un rite établi et précis venaient l’interroger, soit la
perspective hermétique et symbolique de leur ultime initiation que le
profane appelle la Mort… mais en réalité le passage accédant
à la sphère supérieure. Mais avant de retrouver l’étrange
santonnier de Napoléon accordons-nous un détour par le château
de la Bastie d’Urfé (Loire).
Le
château d'Urfé. La rampe d'accès et son Sphynx
Etrange lieu pour une famille énigmatique s’apparentant totémiquement
tantôt aux Loups, tantôt aux Ours.
Claude d’Urfé, hermétiste notoire, ayant fréquenté
les milieux les plus fermés en la matière séjourna à
la Bastie entre 1546 et 1553. Les initiés de l’époque se
succédèrent régulièrement en ce lieu qui leur était
hospitalier au possible. Claude n’a de cesse d’installer un Sphinx
au pied de la grande rampe (sans marche d’escalier !) accédant
à la galerie supérieure. De là il fera construire une chapelle,
un oratoire et une grotte auxquels on accédait selon un circuit et un
rituel hermétique. La 'grotte’ était érigée
sur des proportions ésotériques de l’Antiquité égyptienne.
Il en est de même pour certains aspects secrets de la chapelle qui serait
établi sur le plan de base d’un temple de Gizeh… Dans les
ornements et décors on trouve des allusions à Isis, mère
du dieu – soleil Horus… et une représentation d’un
autel supporté par des ‘Sphinges’. Des tableaux enrichissaient
l’ensemble. Tous ont un sens profondément hermétique soulignant
le très haut niveau d’initiation des familles d’Urfé.
L’une de ces peintures montre l’Annonciation avec pour meuble central,
un prie – dieu soutenu par des Sphinx. On trouve encore le symbole de
cette créature représenté étroitement lié
au coffre de l’Arche ! D’autres Sphinx occupent les allégories
initiatiques des caissons de plafond de la chapelle. Ce qui, au début,
pour le visiteur profane, ne se voit pas, devient peu à peu une rencontre
inévitable à chaque pas. L’ensemble de cette partie des
bâtiments semble n’être qu’une seule dévotion
au Sphinx éternel… y compris dans la chapelle. Cette remarque prend
ici toute sa place car Claude d’Urfé, étant croyant d’une
foi profonde et inconditionnelle, avait agencé sa chapelle de telle façon
que les différents niveaux de compréhensions ésotériques
pouvaient parfaitement, sans sacrilège aucun, cohabiter avec les principes
religieux de la foi catholique. Si la grotte rappelle fortement les mystères
angoissants des profondeurs souterraines, la chapelle et son oratoire s’emplissent
d’un hermétisme particulièrement remarquable pour un égyptologue.
L’architecte auteur de la construction des murs a œuvré de
manière à établir une harmonie parfaite des nombres…
solaires égyptiens. Mais ce tracé particulier des murailles impose
une sorte de développement des arcs voûtés du plafond destiné
à représenter, au sol, tout un plan schématisant étrangement
les principaux couloirs souterrains pyramidaux… plus un ! En effet si
les principales galeries desservant les pyramides sont maintenant connues il
apparaît pourtant qu’une des circulations n’est actuellement
pas signalée, répertoriée ou peut – être même
simplement connue. Le tout est couronné d’une connaissance symbolique
étonnante pour l’époque de Claude d’Urfé. Les
correspondances occultes s’harmonisent parfaitement avec l’ésotérisme
de la ‘Pierre Cubique’ d’abord, et ensuite avec la déclinaison
de la pierre ‘maçonnique’ succédant à la pierre
‘brute’… rappelant ainsi que le Sphinx issu de la pierre ‘native’
est devenu ‘pierre finie’ en symbolisme de perfection (le Cube !)
surmonté de la pointe pyramidale ! ! !
La devise et le 'coffre'
emblématique des Urfé porté par des 'Sphinges'
Plusieurs problèmes dans cette démonstration : au moment où
Claude d’Urfé fait construire ces aménagements … on
ne connaît officiellement ni la Franc – Maçonnerie, ni les
couloirs des pyramides et encore moins le Sphinx qui est encore ensablé
! Un faible indice pourtant pourrait nous conforter dans le fait qu’il
ne s’agit pas là d’une hasard des plus incroyables. Celui
qui fut le maître d’œuvre de ces travaux énigmatiques
, sous le titre honorifique de ‘maître maçon de la Bastie
d’Urfé’ (Antoine Jonillyon) était assisté d’un
‘Conseil en meysures et valeurs’ du nom de Pancrace Leau de Hermon
(sans S à la fin). Celui – ci âgé de 78 ans au moment
des travaux de la Bastie d’Urfé était réputé
pour avoir étudié, outre–mer, les ‘secrests baptissiers
d’oryent’ … et un peu aussi en Irlande. Or, celui qui assiste
Bonaparte dans son expérience d’oracle aux lèvres du Sphinx
s’appelle Baptiste Hermons (avec un S à la fin !) , et le futur
empereur , à l’image de Touthmès IV, le fait expressément
venir de France pour son savoir en la matière. Se pourrait-il que ces
deux ‘Hermon et Hermons’ soient descendants l’un de l’autre
et qu’il y ait eu alors transmission d’un savoir important et rare
? Pour ce qui est du nom ‘Leau de Hermons’, n’oublions pas
que la conquête napoléonienne de L’Egypte se déroule
peu après la Révolution… époque où il valait
mieux ne pas trop exposer de particule dans son nom de famille… Claude
d’Urfé confiait que sur des conseils éclairés en
sciences d’Hermés, il avait eu l’intention de dédier
ces bâtiments à des connaissances égyptiennes redoutables
et à les transposer en éléments de ‘maçonnerie’
(mais sans dire de quelle ‘maçonnerie’ il pouvait s’agir)
et ensuite dans l’aménagement d’une cave dont on ne saura
ni le lieu ni ce que d’Urfé voulait en faire…
L’étrange château de la Bastie d’Urfé, fut vendu
au siècle de Prosper Mérimée. Celui-ci déplorait
vivement que l’Etat n’ait pas de quoi l’acheter. Les pièces
principales furent cédées à de très riches amateurs.
Ces éléments étaient d’une telle qualité inhabituelle
que les plus belles pièces se répartir ainsi : les vitraux ésotériques
aux Rothschild, les faïences symboliques au Louvre, les boiseries hermétiques
de la chapelle au musée des Arts Décoratifs, et enfin toutes les
marquetteries à chiffres allèrent au Métropolitan Muséum
of Art de New York !
En quittant la Bastie d’Urfé nous aurons un dernier regard pour
le Sphinx et son énigmatique inscription dans un cartouche accompagné
de hiéroglyphes : « Sphingem habe domi », qui pourrait signifier
« garde ton secret chez toi » ou encore « conserve ton secret
dans ton cœur ».
Le Sphynx des Urfé
Revenons maintenant au général Bonaparte encore tout à
sa conquête de l’Egypte. L’entreprise va bon train, mais le
destin, qui a rendez-vous avec le futur empereur, le pousse à revenir
en France où le Directoire va, en 1799, de défaite en défaite.
Le 24 juillet 1799 il confie à un aide de camp d’aller avec Roustan
(le jeune esclave donné par le chekh El-Bekri) pour une tâche,
dont nous n’avons pas le menu détail, sur le plateau de Gizeh.
Le fait est que les deux envoyés reviennent chargés d’objets
antiques provenant du plateau et de trois petites urnes de… sable. Parmi
les pièces archéologiques plusieurs représentations du
Sphinx de différentes tailles.
Bonaparte quitte Alexandrie le 22 août 1799, et arrive à Fréjus
le 9 octobre. Il part d'Egypte un an après (à un jour près)
la création de l’Institut d’Egypte … Tout ira très
vite pour Bonaparte, Napoléon, l’Empereur. La famille du santonnier
marseillais Anatole Rathaud conserve toujours pieusement trois courriers brefs
adressés à leur ancêtre par l’Empereur.
Ces lettres commandent plusieurs petits personnages plus ressemblant à
des figurines que nous utiliserions aujourd’hui pour un ‘jeu de
rôle’ égyptien que pour figurer dans une crèche provençale
! N’oublions pas que le mot ‘santon’ provient de ‘Saint’…
avec ce détail les petits modelages font plus figure de rite magique
que ‘religieux’…
De plus une série de 8 petits Sphinx prendra aussi la direction de Paris.
Rathaud aura l’ordre d’inclure dans son argile, pour chaque petit
modelage, du sable cueilli au pied du Sphinx. Sept de ces reproductions auraient
eu à la place de leur tête d’origine des visages de figurines
ramenées par Roustant. Pour la huitième, elle, devait recevoir
les traits de l’empereur lui – même ! Nul ne sait si le projet
de modelage fut conduit à bonne fin. De plus très peu de chroniqueurs
où historiens font état de cette étrange commande impériale
dont seules, fort heureusement, les lettres reçues par le santonnier
attestent la véracité. Dans l’entourage de Napoléon
le même silence semble régner sur cette curieuse demande, pour
le moins insolite. Cinq de ces petites reproductions ‘santonnales’
auraient disparu sans que nous en ayons la moindre trace écrite. Quant
au trois autres voici ce que nous en savons.
Il semblerait, selon les notes récupérées par Delacroix,
que chacun des personnages ait été utilisé à des
fins rituelles une seule fois à la veille d’événements
notoires, pour celui qui était devenu empereur, puis ils auraient disparu,
détruits probablement.
Foire au santonnier à
Marseille
Le dernier petit modelage du Sphinx au visage de Bonaparte aurait été
rapporté au santonnier marseillais accompagné d’une missive,
le tout dans un ‘emboîtage très ancien à la forme
vague d’un sphinx et empli par moitié de poussière sableuse
».
Toujours selon les écrits de Delacroix un autre modèle aurait
été remis à Hudson Lowe qui était le ‘Geôlier’
de Napoléon sous le titre de ‘Roi de Ste Hélène’
de 1816 à 1825. On ne sait s’il reçut personnellement l’objet,
s’il le refusa ou s’il ne lui parvint jamais. Toujours est - il
que ce colonel anglais ayant servi scrupuleusement à la lettre, fut aussitôt
la proie de multiples ennuis. La monarchie anglaise, ses amis, tous le délaissèrent
étrangement, certains allant même jusqu’à le maltraiter
physiquement. Parti en 1825 pour Ceylan, dans la perspective d’obtenir
le titre de gouverneur de l’île, sa malchance le poursuivra et il
n’obtiendra plus aucun titre.
Il démissionne de l’armée et retourne, en 1830, en Angleterre.
Dès son arrivée sa femme décède, et sa pension de
retraite lui est refusée. Abandonné de tous, sans ressource, gravement
malade, paralysé, le sort s’acharne sur lui jusqu’à
son dernier souffle en 1844…. Sans que rien n’explique jamais cette
incroyable succession de disgrâces, malheurs, et déconfiture. Nul
ne sut jamais si Hudson Lowe fut victime d’une malchance exagérée,
d’une vengeance orchestrée ou d’une malédiction promise
par la parole du Sphinx contre ceux s’acharnant sur Napoléon.
Il manque encore un des petits modelages, aujourd’hui encore actif, en
attente de sortilège ou de bénéfice, sans que plus personne
n’en ait la notion. Ces deux exemples d’un transfert, sur notre
territoire, de l’interprétation hermétique et des mystérieux
pouvoirs du Grand Sphinx ne sont d’abord pas une limite à ce genre
d’observation ni une explication définitive. Sur ce registre, il
est notoire que le Christ, bien que d’origine orientale eut un rôle
et une influence déterminante et remarquable sur l’Occident permettant
de convenir que le véritable territoire Christique est l’Europe,
y compris sous les formes du catholicisme réformé ou orthodoxe
! Le transfert hypothétique de l’ésotérisme du Sphinx
vers une version européenne pourrait être prophétique si
l’on considère que la divinité osirisienne de la Mort a
pour second nom ‘Khent Amontiou’ à savoir ‘ Chef des
Occidentaux’ ! ! !
A
propos d’une possible ‘passation de pouvoir’, ou d’une
forme avancée de malédiction, il faut toujours en ce cas préserver
la part du hasard ou, pire encore, celle du destin contre lequel il est impossible
d’aller! Qu’en fut – il de ce qu’aurait pu ‘entendre’
Bonaparte de la bouche du Sphinx ? Nul ne le saura jamais sans doute. Cependant
il est prudent de ne pas négliger l’information selon laquelle
les pyramides savaient défendre leurs secrets, et le défendre
encore, au prix d’une retentissante malédiction radicale. Pourquoi
l’énigmatique Sphinx, bien plus ancien que ces constructions géométriques,
ne disposerait – il pas d’un système similaire défensif
ou préventif ? Si tel était le cas ces défenses devraient
s’activer à ces époques se déclarant scientifiques
et progressistes et, en vérité, bien plus souvent simplement dévastatrices.
Pour quel nouveau violeur de secret le petit dernier Sphinx ? Pour quel nouveau
profanateur assoiffé du pouvoir de la connaissance absolue ? Mais aussi
ce petit moulage ne pourrait-il pas être destiné à permettre
l’avancée sincère des travaux ésotériques
d’un Claude d’Urfé, d’un chercheur de vérité,
ou pour le plus grand intérêt d’une Humanité toute
entière ? Seul le Sphinx pourrait répondre à ces questions.
Mais sa bouche pétrifiée le peut – elle encore ?
A ce stade il est important de considérer trois derniers points.
-L’humanité, à force de jouer les apprentis sorciers, est
probablement parvenue (et les nombres pyramidaux le confirment) au moment où
elle ne peut plus se sauver par ses seul moyens… et l’Homme, sans
oser se l’avouer, attend maintenant une aide ‘ésotérique’
au sens noble et sacré du terme.
- On note sur les derniers siècles de la fin du second millénaire
le symptôme d’une volonté, et d’un criant besoin, de
conducteurs de l’Homme. Effectivement on observe que les derniers ‘maîtres’
s’étant imposés violemment, l’ont fait sous le titre
de ‘conducteur’ , hélas, avec essentiellement une farouche
volonté de dictature tyrannique : Conducator, Duce, Führer, Caudillo,
etc… et des hommes de les suivre avec l’espoir du désespoir
!
- Concernant le Sphinx, nous le voyons nettement être le ‘chef de
file’ des monuments colossaux du plateau de Gizeh en direction de l’Est.
Tournant ostensiblement le dos au soleil couchant il est orienté au nouveau
soleil levant. Les scientifiques estiment que le grand Sphinx s’est retrouvé
désensablé seulement 6 à 8 fois, à peine, en 6000
ans…et pratiquement chaque fois lors d’une tentative majeure de
renaissance de l’Humanité ! Nous pouvons l’admirer, aujourd’hui,
totalement dégagé de son linceul de sable… et nous demander
si nous ne sommes pas les témoins d’une ultime ‘émergeance’
de l’Esprit ?… si l’on considère qu’il a été
dit que ce nouveau millénaire serait spirituel ou ne serait pas !
- Ces dernières réflexions
indiqueraient, peut - être, que le Sphinx n’interroge pas l’histoire
d’un seul peuple mais l’histoire humaine toute entière, en
raison du fait qu’aucune différence cryptique n’existe, au
fond, entre les allégories évidentes des multiples conducteurs
de peuple… L’initiation ésotérique de toutes les grandes
religions traduit exactement la même Vérité éternelle
!
- Ces énigmes prouveraient, au gré des ‘extériorisations’
révélatrices du Sphinx que nous pourrions avoir atteint le moment
où le secret de la Vie, de son évolution ésotérique,
s’ouvrirait à ceux qui Veulent et Osent ! Peut-être le dernier
petit Sphinx d’argile méridional et de sable d’Egypte, tel
un ultime ‘Golem’, attend d’être le catalyseur de celui,
relevant le défi sacré, qui Voudra et Osera ? Mais… Qui,
vraiment, le voudrait? et qui est, vraiment, prêt à Oser ? ? ?
?
André Douzet
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