
Ordres initiatiques ou mouvements néo-nazis ?
Serge Hutin
Serge
Hutin : né le 2 avril 1927, décédé le 1er
novembre 1997 à la maison de retraite de Prades (Pyrénées
Orientales).
Docteur ès Lettres, diplômé de l'Ecole pratique des
Hautes Etudes, ex-attaché de recherche au CNRS, franc-maçon,
ses engagements sont des plus nombreux.
Auteur de nombreux ouvrages sur l’ésotérisme et les
sciences occultes. Il a beaucoup écrit sur l’alchimie, les
sociétés secrètes et les Rose-Croix.
Sa vie avait été détruite le 27 octobre 1972 à
la mort de Marie-Rose Baleron, celle qui devait devenir sa femme, dans
un curieux accident d’avion. Elle était Commissaire de la
DST à Nice et enquêtait sur les rapports existant entre la
CIA, la loge P2, la mafia corse, le SAC et certains Ordres soi-disant
initiatiques…
Serge Hutin
Le 27 octobre 1972
Que s’est-il donc passé ce jour là ?
Un avion appartenant à la compagnie Air-Inter s'écrase contre
une petite montagne, près de Noirétable (Loire). L'appareil
est un Viscount de la ligne Paris-Lyon-Clermont-Ferrand. Dans cette catastrophe
aérienne, beaucoup de morts, dont l'ensemble de l’équipage,
et seulement quelques survivants.
Ce Viscount avait à bord Marie-Rose Baleron de Brauwer, commissaire
à la DST à Nice, qui ramenait un rapport d'enquête
sur des mouvements d'extrême-droite. Elle enquêtait sur le
S.A.C., l'AMORC et l'ORT.
Elle portait au poignet une valise fermée par une menotte contenant
ce fameux rapport. Quand on l'a retrouvée, son poignet était
sectionné… et la valise introuvable.
Le Viscount avait à bord un autre passager "brûlant"
: un grand savant atomiste indien, venu en France établir les bases
d'une collaboration nucléaire entre son pays et le nôtre.
Pourtant, le plus surprenant reste que cet homme, le professeur Babah,
était officiellement mort depuis quelques années...
Qu'allait faire le commissaire Baleron à Clermont-Ferrand le 27
octobre 1972, puisqu’elle était commissaire à Nice
?...
Dans son dernier roman -qui est plutôt une nouvelle- : « La
seconde vie du commissaire Marie-Ange Sauneron » (édité
en 1998 par Alpha International dont il était Président
d’honneur), Serge Hutin nous donne un précieux indice : «
Elle venait d’établir un rapport détaillé sur
les redoutables infiltrations néo-nazies, en France principalement
mais en d’autres pays aussi, dont en tout premier lieu l’Italie,
sous le couvert d’une organisation fraternelle apparemment anodine
se présentant comme l’authentique Ordre du Temple resurgi
miraculeusement de ses cendres et appelé à régénérer
l’Occident. » S’agirait-il de l’Ordre Rénové
du Temple créé en 1968 par Raymond Bernard ? Tout porte
à le croire…
Raymond
Bernard
Les 28 et 29 octobre se tenait à Clermont une grande réunion
de l'AMORC (Grand Conseil et Séminaire Magistral) dont elle faisait
partie... Marie-Rose Baleron était en effet grand délégué
aux relations extérieures pour l’Ardèche, l’Aveyron,
les Bouches du Rhône, le Cantal, l’Hérault, le Gard,
la Haute Loire, la Lozère et le Puy de Dôme ! Elle occupait
la vénérable charge de Soeur Marie-Rose Baleron, habitant
12 avenue Félix Faure à Nice. Il semble qu'à cette
exceptionnelle réunion elle allait parler de la création
de l'O.R.T. impliquant Raymond Bernard... Grand-Maître de l'AMORC...
Création à laquelle elle s'opposait (en tant que membre
de l'AMORC), et sur laquelle elle enquêtait (en tant que commissaire
de la DST en liaison avec les Renseignements Généraux).
Si Marie-Rose Baleron avait été présente le 28 octobre
1972, à Clermont-Ferrand, on peut à juste titre se demander
: R. Bernard aurait-il osé affirmer, comme il l’a fait officiellement
: « Je ne suis personnellement ni le dirigeant secret, ni le dirigeant
officiel, d’une autre organisation que l’Ordre rosicrucien
AMORC et que l’Ordre Martiniste Traditionnel » ? Elle lui
aurait demandé d’expliquer à tous les rosicruciens
pourquoi il avait créé l’Ordre Rénové
du Temple en 1968 avec un extrémiste de droite, Julien Origas !
Le fanatisme politique implacable de ce dernier l’incitera à
s’allier avec des personnages suspects ne reculant devant rien pour
faire triompher leur idéologie d’extrême droite.
Marie-Rose Baleron disposait de preuves attestant que certains néo-nazis
camouflaient leurs activités derrière le masque de l’ORT.
Il n’est pas inutile, ici, de rappeler que Julien Origas avait été
condamné à quatre ans de prison ferme, en 1945, pour avoir
appartenu par le passé à la gestapo française.
L’Ordre du Temple Solaire, créé quelques années
plus tard, serait une scission de l’ORT. Il s’illustra tristement
auprès du public par un étrange suicide rituel collectif
de ses membres, ces derniers se répartissant entre la France, la
Suisse et le Québec.
A notre connaissance, Serge Hutin était aussi membre de l’AMORC
et, plus curieusement, peut-être aussi membre de l’ORT ! (voir
ci-dessous). Avait-il tenté de l’infiltrer pour en connaître
les dessous ? Avait-il poussé Marie-Rose Baleron à enquêter
sur cette déviation de Raymond Bernard ? Aurait-il ainsi été
involontairement responsable de la mort de celle qu’il aimait tant
? Il sera difficile de répondre à ces questions sans continuer
notre enquête. Il faudrait pour cela interroger des responsables
politiques actuels « au-dessus de tout soupçon » ou
peut-être un ex-écrivain (car interdit de publication aujourd’hui)
devenu le Monsieur sectes des RG de nos jours… et qui a parfois
une attitude plus que curieuse, voire menaçante, vis-à-vis
de certaines personnes qui souhaitent révéler la vérité
sur l’Ordre du Temple Solaire, émanation de l’ORT.
Quelques explications
S.A.C. : Service
d’Action Civique
Fondée en 1959 dans le but d'apporter un «soutien
inconditionnel à la poursuite des objectifs définis par
le Général», cette officine devint, au fil des années,
une nébuleuse mêlant malfrats, policiers, hommes politiques
(le «monsieur Afrique» de Charles De Gaulle) et futurs élus
(Charles Pasqua).
C’était une organisation paramilitaire spécialisée
dans l’assassinat, le chantage, la corruption, le trafic d’armes
et de drogue, le blanchiment d’argent “sale”, bref,
la criminalité sous toutes ses formes, et par ailleurs dévouée
corps et âme au Général de Gaulle.
François Mitterrand
Le SAC sera dissous en 1982, suite à l’affaire dite «
d’Auriol ». A quelques jours du 10 mai 1981, François
Mitterrand n'est pas encore président, et les membres du SAC de
Marseille, réunis avec leurs patrons de Paris, se déchirent
autour du très contesté chef local, le policier Jacques
Massié. L'heure est grave. Les membres du SAC pensent souhaitable
une victoire de la gauche contre Giscard. Ils imaginent que dans ce cas,
le chaos qui s’ensuivra permettra le retour au pouvoir des gaullistes
!... La suite sera horrible et pitoyable : Massié et les siens,
y compris son fils de 8 ans, sont assassinés dans leur maison d'Auriol,
près de Marseille, en juillet 1981. Qui a donné l'ordre
? L'Inspection générale de la police mènera l’enquête.
C’est ainsi que le SAC sera dissous l’année suivante.
AMORC : Ancien et Mystique Ordre Rosae-Crucis (Ordre rosicrucien
AMORC)
L’AMORC est une fraternité internationale composée
de 16 juridictions couvrant tous les pays de même langue. Chaque
juridiction a pour siège une « Grande Loge » dirigée
par un Grand Maître élu pour un mandat renouvelable de 5
ans. L’ensemble des Grands Maîtres compose un Conseil Suprême
à la tête duquel l’Impérator est élu
pour 5 ans pour un mandat lui aussi renouvelable.
L’Ordre a connu sa résurgence en Europe au XXème siècle
sous l’impulsion de l’ésotériste américain
Harvey Spencer Lewis, décédé en 1939. C’est
après la deuxième guerre mondiale que l’AMORC s’est
progressivement développé.
La juridiction francophone a d’abord rayonné en Belgique
et en Suisse, puis au Québec, aux DOM-TOM et en Afrique francophone.
Le Grand Maître en a longtemps été Raymond Bernard
(19 mai 1923 – 10 janvier 2006). Son fils Christian Bernard lui
succéda (élu, rappelons-le…) quand lui-même
devint Impérator. Les éditions rosicruciennes sont dirigées
par son épouse. Christian Bernard succéda plus tard à
son père comme Impérator de l’Ordre.
Depuis 1956, Raymond Bernard a successivement pris la responsabilité
de l’Ordre de la Rose-Croix AMORC, créé l’Ordre
Rénové du Temple, réactivé en France l’Ordre
Martiniste Traditionnel, fondé le CIRCES et l’Ordre Souverain
du Temple Initiatique.
« Puis il développe l’OMT en marge de l’AMORC,
avec enseignement par correspondance et groupes locaux. Après avoir
rencontré les cadres de la « résurgence »
templière d'Arginy, il publie ‘Rendez-vous secret à
Rome’ (1969), un récit allégorique que beaucoup entendront
littéralement, et fonde l'Ordre rénové du Temple
(ORT), dont il devient le grand maître secret (octobre 1970 - 16
octobre 1972) et dont il rédige l’enseignement par correspondance,
avant de s’en retirer en lui laissant prendre sa complète
indépendance sous la direction de Julien Origas. »
OSTS
Jouret s’est introduit dans l’ORT, communauté
templière du château d’Auty (82), dont Julien Origas
est alors le grand commandeur. De son vrai nom Julien Humbert, il est
né en Alsace en 1920. Il a créé PORT en 1970 en compagnie
de l’écrivain ésotériste Jacques Breyer. On
prétend, sans doute à tort, que ce dernier aurait créé
l’OSTS (Ordre Souverain du Temple Solaire) en 1952 au château
d’… dans le Rhône.
Certains éléments pourraient laisser penser que l’OTS
aurait été calqué sur l’OSTS.
OTS
Luc Jouret
Fondé en 1984 par Luc Jouret à Genève sous le premier
nom d’OICTS (Ordre international chevaleresque de tradition solaire)
avant de prendre celui d’Ordre du Temple Solaire. Il disparaît
en 1994 après avoir fait 53 morts : 5 près de Montréal
les 4 et 6 octobre (poignardés puis carbonisés) et 48 en
Suisse dans deux chalets incendiés. Dans un de ces chalets, les
victimes avaient d’abord été tuées par balles,
dans l’autre elles avaient été empoisonnées
au curare. Les principaux dirigeants en étaient Joseph Di Mambro,
un Suisse ayant fonction de cerveau et responsable financier. Il avait
été condamné en 1974 à six mois de prison
pour escroquerie, abus de confiance et émission de chèques
sans provision. Il a fait partie de l’AMORC. Il rencontre un Belge,
Luc Jouret, en 1976 et lui fait infiltrer l’ORT. Il en deviendra
le Grand Maître en août 1983 jusqu’à sa démission
en 1984. C’est cette année-là qu’il crée
l’OTS. Il voyage beaucoup, seul ou avec Di Mambro. Il sera condamné
pour achat d’armes prohibées au Québec en juillet
1993. Il est possible qu’il ait fait du trafic d’armes du
Canada vers l’Australie à cette époque.
Serge Hutin : Aussi curieux que cela puisse paraître, S.H. semblait
bien connaître l’Ordre Rénové du Temple…
Le 30 avril 1972, il a donné à Lille une conférence
sur l’ORT. La commanderie du Nord de l’ORT annonce cette conférence
en avril 1972 en ces termes : « Conférence Templière
donnée par notre frère Serge Hutin : les Chevaliers du Temple,
autrefois et aujourd’hui : l’Ordre Rénové du
Temple et le Monde Moderne »
Maurice Monnot
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