
L’Opus Dei
Oeuvre de Dieu et de la Sainte Croix
Cet article est le travail de Lucienne Julien qui fut pour nous un des
‘phares’ du savoir. On connaît Lucienne essentiellement
dans la mouvance du catharisme. Institutrice à Arques, puis secrétaire
de Déodat Roché, maire de Arques et président fondateur
de la Société du Souvenir et des Etudes Cathares. On la
connaît beaucoup moins sur d’autres plans en raison de sa
grande discrétion sur ses différentes activités.
Elle fut par exemple membre d’un réseau de Résistance
contre le nazisme et l’envahisseur. Adhérente inconditionnelle
au Droit Humain, elle maintint la Franc-Maçonnerie à son
plus haut niveau. Elle se distinguait dans ce milieu qu’elle éclairait
dans les plus hauts grades. Ses connaissances semblaient illimitées
et n’avaient d’égales que ses tolérance, gentillesse,
ouverture d’esprit et sens épidermique de la justice. Lucienne
s’est encore illustrée pour avoir ‘fondé’
plusieurs loges en Espagne, dans la plus grande clandestinité,
et payé de sa liberté d’avoir ‘forcé’
l’interdit franquiste…Ce qui explique, peut-être, son
attention pour l’Opus Dei. Le présent travail, qu’elle
nous avait donné pour l’exploiter à notre convenance,
sur le thème, se veut historique et sans tendance trop marquée.
Ecrit il y a plus de trente ans, il est pour nous toujours d’actualité
et tient toute sa place dans ce chapitre.
I - Personnalité de son Fondateur
C'est un jeune prêtre
d'Aragon, Jose-Maria ESCRIVA DE BALAGUER Y ALBAS, né le 9 janvier
1902 à Barbastro, province de Huesca, d'une famille catholique
traditionaliste.
C'est à Zaragosa qu’il fait ses études. Elève
au Séminaire de la ville, il jouit de la protection de l'archevêque,
le Cardinal Soldevila (celui-ci fut assassiné en juin 1923 par
un anarchiste). Très réservé, d'un tempérament
à la fois rigide et ardent, il se mêlait très peu
à la vie commune du séminaire.
Tout en poursuivant ses études théologiques, Escriva s'inscrit
à la Faculté de Droit de Zaragosa, l'une des plus célèbres
d'Espagne, où il obtint le diplôme de Docteur en Droit. Il
mène les deux activités, religieuse et de Droit à
la fois. Il commence la conquête des titres et des distinctions
les plus divers ; il sera à la fois prêtre, Docteur en Droit
à l'Université de Madrid, Monseigneur, Docteur Honoris Causa
de l'Université de Latran, Prélat de sa Sainteté,
Docteur en Théologie de l'Université de Zaragoza sans compter
les diverses médailles et autres rubans honorifiques qu'il obtient.
Il va exercer son activité de prêtre, dans divers milieux
: à la campagne, dans les quartiers populaires et chez les étudiants
des Universités. Très vite, parmi ces derniers, se forme
un petit noyau de fidèles autour de lui, où se coudoient
madrilènes et compatriotes aragonais du jeune prêtre.
A cette époque-là, le Père Escriva enseigne également
à l'Ecole du journalisme, qui fonctionne sous les auspices du grand
quotidien catholique "El Debate", un des moyens d'action sur
la jeunesse intellectuelle. Ce journal appartenait à l'importante
ACNDP : ASOCIACION CATOLICA NACIONAL DE PROPAGANDISTAS.
La rencontre et les contacts répétés de Escriva avec
les "Propagandistas" auront une grande influence sur sa vie
et son oeuvre.
L'Association de "Propagandistas" a été fondée
par un Jésuite, le Père Ayala, en 1909. Son but : «
former des minorités choisies, composées d'hommes apostoliques,
appartenant aux professions les plus variées, sans qu'ils aient
besoin de faire un voeu spécial de caractère religieux »
- fin de citation.
C'est en 1911 que l'ACNDP avait acquis le journal "El Debate"
qui deviendra bientôt une tribune particulièrement célèbre.
Ensuite, elle crée la "EDITORIAL CATOLICA" et possède
bientôt une Agence d'information, publie six journaux, une revue
hebdomadaire, etc… Elle est aussi à l'origine d'initiatives
d'ordre politique, telles que la création de la "Confederacion
Espanola de Derechas Autonomas" (CEDA) parti catholique. Gil Robles
en était le chef avant la guerre civile.
L'ACNDP se profile derrière des réalisations importantes
: presse, éditions, apostolat universitaire, opérations
politiques, etc... Et ce n'est qu'une minorité agissante. Vers
1929, les Propagandistas ne sont guère que 400, peut-être
500. Mais derrière eux, il y a la Compagnie de Jésus.
Cependant, la société politique se désagrège.
Alphonse XIII, roi superficiel, commet des fautes graves... C’est
le désastre d'Anual, au Maroc espagnol et la fin du régime
de Primo de Rivera, de Berenguer.
Il nous faut revenir en arrière, en 1875, pour bien comprendre
le rôle de Escriva dans les Universités. La grande époque
des Universités catholiques date du Décret de 1675. Il stipulait
que l'éducation était obligatoirement catholique.
Aussitôt après, de nombreux professeurs libéraux étaient
démis de leurs fonctions. Parmi eux, le prestigieux Francisco Giner
de las Rios. Il était professeur de philosophie et de droit à
l'Université de Madrid. Il réunit quatorze professeurs qui
étaient dans la même situation que lui et ensemble ils fondèrent
un établissement d'éducation et d'instruction : "LA
INSTITUCION LIBRE DE ENSENANZA".
Ce n'est qu'en 1871 qu'un gouvernement libéral, présidé
par SAGASTA, instaura officiellement la "liberté de la chaire"
par le moyen d'une circulaire du ministère du FOMENTO de qui dépendait
alors l'instruction publique. (Voir l'excellent livre de Yvonne Turin,
‘l'éducation et l'Ecole en Espagne de 1874 à 1902’).
Dès lors, on assiste à un double phénomène.
D'une part, l'enseignement supérieur jusque là en demi stagnation,
entre en voie de rajeunissement ; d'autre part, et plus tard, Antonio
Fontan, universitaire et membre de l'Opus Dei, dira que petit à
petit s'impose dans l'Université, une conception "laïcisante,
rénovatrice, européanisante".
Ce courant de pensée est illustré par les intellectuels
prestigieux. A la Faculté de philosophie et lettres, on trouve
un Ortega y Gasset, un Araerico-Castro, un Menendez Pidal, un Besteiro.
A la Faculté de droit, Jimenez de Asua, Sanchez Roman… c'est-à-dire
des "libéraux" de diverses tendances ; parmi eux des
F. M. et des Marxistes.
Le clergé retardataire conserve une grosse influence dans les zones
rurales, mais ne s'aperçoit pas que le monde moderne lui échappe,
et son influence est nulle dans les milieux ouvriers. L'Université
se dégrade. Elle reste officiellement catholique, mais se vide
de sa propre substance, minée par le virus mortel : celui de la
"Institucion libre de ensenanza", selon le jeune Escriva.
Il faut donc faire revivre Escriva dans cette ambiance universitaire qu'il
affectionne particulièrement à partir de 1920.
A Madrid, vers 1928-1929, aux dernières années de la Dictature
de Primo de Rivera, la politisation des étudiants s'accélère
de plus en plus. Le Père Escriva s'inquiète et se scandalise,
voyant les futures élites du pays s'orienter vers des conceptions
tout à fait étrangères à ses idées.
La F.U.E. (Federacion Universitaria Escolar) est gauchisante et nettement
hostile à la Dictature.
Il faut dire que de nombreux établissements avaient été
créés en 1905, notamment "LA JUNTA PARA AMPLIACION
DE ESTUDIES E INVESTIOACIONES CIENTIFICAS" (Institut de Recherches
et Etudes Scientifiques). Cet institut brillamment administré par
Castillejos donna bientôt naissance à plusieurs instituts
d'Histoire, de Physique et Chimie, un Séminaire de Mathématiques,
des Commissions de Paléontologie et de Préhistoire. L'institut
fut aussi à l'origine de la création de la Résidence
étudiante à Madrid, qui devint le lieu de passage et de
rencontre de l'élite intellectuelle espagnole et internationale.
On l'appelait "La Resi".
Bientôt, les hommes de lettres et de sciences importants sortent
de ses rangs et se lient à un mouvement de pensée. Presque
tous ceux qui vont fonder la République, le 14 avril 1931, seront
des institutionalistes.
Après le 14 avril 1931, pour une fraction considérable de
l'opinion conservatrice, toutes ces vicissitudes de l'Histoire politique
espagnole du XIXe siècle s'expliquent par l'action souterraine
de la Franc-Maçonnerie. Tout permet de supposer que le Père
Escriva partage cette opinion.
II- Naissance de l'OPUS DEI
Pour le Père
Escriva, ce jeune prêtre enflammé de zèle et d'ambition
apostolique, cette situation sera déterminante. Dès cette
époque et même avant, en 1928, l'idée germa-t-elle
dans son esprit, de forger un instrument de lutte et de reconquête
spirituelle, qui soit en quelque sorte la "Contra-Institucion"
?
C'est certain, car il est profondément marqué par cette
atmosphère, et particulièrement par l'ambiance qui règne
dans les milieux universitaires d'où sortent les idées les
plus nocives pour la société espagnole : Laïcisme,
Tolérance, Libéralisme...
Le 2 octobre 1928 marque la date officielle de la fondation de l'OPUS
DEI et tout de suite 1'ambiguïté s’installe. Certains
témoins de l'époque estiment que la date réelle n'est
pas 1928 mais 1939. J'affirme, pour ma part, que ce fut en 1928 car c’est
seulement en 1939 qu’on commence à trouver quelques traces
d'une petite organisation structurée. Ces témoins pensent
surtout qu'il y a une préhistoire de l'OPUS DEI, dont on ne sait
rien, ou très peu de chose, jusqu'à la guerre civile espagnole.
En 1936, la guerre civile éclate en Espagne et disperse l'équipe.
Escriva se réfugie d'abord dans une ambassade Sud Américaine
pour fuir ensuite à Barcelone, passer la frontière française,
et revenir enfin en zone "nationaliste" avec des amis. On le
retrouve en 1938, à Burgos, qui à cette époque tient
le statut de "capitale". Franco a formé son gouvernement.
Escriva se trouve parmi des intellectuels et des hommes politiques apeurés
ou ambitieux qui, sachant que les Républicains perdent la guerre
viennent se montrer à Franco. Escriva de Balaguer n'est pas des
moins remuants.
Les exégètes officiels de l'Opus Dei créent toute
une mythologie en bâtissant une légende dorée autour
de sa naissance et de ses premiers balbutiements mystérieux. L'oeuvre
a été une illustration insolite d'un certain Isidoro Zorzano,
ingénieur des chemins de fer espagnols, né en Argentine
en 1902. Mort en Espagne en 1943, avec une réputation de sainteté.
Il fait partie des premiers pionniers de l'Oeuvre, dont il devint membre
en 1930. Mais personne n'a connaissance de l'existence de cet homme.
Ce qui semble sûr, c'est que vers 1927, un groupuscule gravitait
autour de Escriva qui était son animateur. Il se réunissait
chez lui, dans un appartement où il demeurait avec sa mère,
son frère et sa soeur. Les jeunes gens, disciples étudiants,
étaient 12 au départ, et avec Escriva 13, comme les Apôtres.
Certains d'entre eux ont connu la célébrité.
III- ‘Camino’ (Chemin) - Réflexions sur ‘Camino’
C'est un petit livre de 999 maximes, réflexions, conseils, etc.,
plus petit qu'un livre de poche, genre de catéchisme, écrit
par Escriva de Balaguer qui y rassemble des pensées à méditer.
Il a été publié en 11 langues. En outre, 2 éditions
ont été faites en alphabet braille pour les aveugles.
‘Camino’ atteint, en 1970, un tirage de 2 113 925 exemplaires.
On retrouve cet ouvrage un peu partout… En France, par exemple,
il est annoncé dans les placards publicitaires de la presse catholique.
‘Camino’ aurait eu une première édition en 1934,
imprimée à Cuenca, qui aurait été rapidement
épuisée. Ce livre aurait donc été conçu
avant la guerre civile espagnole puisque la première publication
"officielle" eut lieu à Valence en 1939.
Ce sont des phrases simples, familières, spontanées. Mais
le livre manque de profondeur théologique. Cette petite Bible de
l'Opus Dei est structurée de telle manière, avec ses 999
maximes qui comportent 40 chapitres et 136 thèmes, qu'elle permet
de faciliter la tâche de chaque militant de l'Opus Dei, c'est-à-dire
que l'opuscule est destiné aux sociétaires de l'Oeuvre.
« Pourquoi 999 maximes ? Est-ce un nombre cabalistique ?... »
se demande Yvon Le Vaillant dans le "Nouvel Observateur".
Sans aucun doute, ce nombre n'est pas le seul hasard. Dante utilisa avec
profusion le nombre 9 et autres multiples de 3, dans ‘la Divine
Comédie’. Les raisons de Escriva, dans la mesure où
elles sont connues, renforcent cette hypothèse. Dans ‘Camino’
apparaissent 3 plans de sainteté (maxime 387), 3 dimensions de
la vie (maxime 279), etc...
Je cite la maxime 311 : "La guerre ! la guerre a une finalité
surnaturelle. La guerre est l'obstacle maximum du chemin facile. Mais
nous devons finalement l'aimer, comme le religieux doit aimer ses disciples".
Ceci démontre la pensée, l'idéologie cléricale
et autoritaire de l'Opus Dei.
Maxime 308 : "Après la guerre vient la paix. Et qu'est-ce
que la paix ? La paix a une grande relation avec la guerre. La paix est
la conséquence de la victoire".
Maxime 835 : "Dans le terrain professionnel, je n'approuverai ni
n'admettrai jamais la science de laquelle on se sert pour attaquer 1'Eglise".
Maxime 337 : "A celui qui peut être savant, nous ne lui pardonnerons
pas de ne pas l'être".
Maxime 641: "Discrétion n'est ni mystère, ni secret,
c'est seulement quelque chose de naturel".
IV- L’Institut Séculier et le Vatican
Escriva de Balaguer a de hautes protections ecclésiastiques en
Espagne. Ces appuis lui seront précieux pour remplir ses ambitieux
projets d’investigation de Rome et du Vatican. Escriva brigue la
consécration… Après des déceptions dues à
des refus du Vatican, sa ténacité et son orgueil le font
triompher. Le 2 février 1947, le Pape Pie XII promulgue la Constitution
: "Provida Mater Ecclesia" qui définit les Instituts
Séculiers et leur donne un Statut Juridique.
Pour l'instant, l'Opus Dei savoure sa jeune gloire Vaticane. Le Pape Pie
XII est, lui aussi, très heureux dans le secret de son âme.
V - L'Opus Dei et ses membres
Il y a divers degrés
d'appartenance et d'intégration à l'Oeuvre. On en distingue
quatre : Numéraires, Oblats, Surnuméraires et Coopérateurs.
Ces catégories ne datent pas telles quelles de l'origine. Elles
se sont créées, puis elles ont évolué selon
les exigences nouvelles de l'Apostolat et voici ce qui en est actuellement
:
Les Numéraires
Ils sont l'élite de l'Oeuvre. Pour être numéraire,
il est nécessaire d'avoir un bagage universitaire de poids; le
Doctorat par exemple. Il est obligatoire également d'exercer une
profession et pas n'importe laquelle évidemment. Elle doit être
à la mesure de la fonction intellectuelle : professeur, docteur,
avocat, chef d'entreprise, etc...
Obligatoire aussi de faire, par surcroît, des études de philosophie
et de théologie durant 6 ans et qui devront être couronnées
par un nouveau titre universitaire, docteur en théologie par exemple.
Un autre impératif, exprimé en sourdine, survient enfin,
imposant de n'être frappé d’aucune infirmité
physique… ce qui, en fait, sous entend d’être bien tourné
et parfaitement présentable.
Les numéraires prononcent les trois voeux : chasteté, pauvreté
et obéissance. Ce sont des voeux privés. Pour eux, par exemple,
chasteté veut dire: pas de mariage. Ils doivent se tenir prêts
à être éventuellement ordonnés prêtres.
Certains peuvent attendre dix, vingt ans... Ils appartiennent corps et
biens à l'Organisation et reversent l'intégralité
de leurs salaires à l'Opus Dei. Qu'ils soient ministres, directeurs
de banque, journalistes ou professeurs, ils vivent sur "notes de
frais".
Ils forment véritablement le noyau de l'Opus Dei. C'est parmi eux
que se recrutent ceux qui vont parachever leurs études à
Rome et qui fourniront à la fois les missionnaires influents et
discrets de l'Opus Dei à travers les cinq continents, ainsi que
le Haut Etat-Major dont le siège est : 75, viale Bruno Buossi,
dans un des plus beaux quartiers de la Villa Borghese à Rome.
Les Numéraires datent des origines de l'Oeuvre.
Les Oblats
Ils ont été conçus bien plus tard que la première
catégorie et représentent l'incorporation des personnes
n'appartenant pas aux milieux bourgeois. On a commencé semble-t-il
par la domesticité féminine puis, vers 1950, on s'est intéressé
aux milieux ouvriers. Les Oblats peuvent donc venir de toutes classes
et professions. La plupart n'a pas fait et n’est pas obligée
de faire des études supérieures, mais devra acquérir
une formation philosophique et théologique. Ils prononcent aussi
les trois voeux et sont comme les Numéraires entièrement
consacrés à l'Oeuvre. Ils sont obligés de rester
célibataires mais peuvent vivre dans leur famille. Ceux qui sont
ordonnés prêtres ne doivent pas quitter leur emploi d'origine.
C'est ainsi qu'on aura des prêtres-ouvriers.
Les Surnuméraires
Les Surnuméraires peuvent venir de tous les milieux. Ils correspondent
à un nouveau degré d'intégration. Ils font des voeux
moins complets, moins exigeants. Ces voeux sont "formellement"
aussi forts que les autres, mais leur contenu est moindre.
Par exemple : la chasteté. Ils peuvent être mariés
ou non. S'ils sont mariés, la chasteté consiste alors à
respecter scrupuleusement l'enseignement de l’Eglise sur les relations
entre époux...
Ils ne sont pas totalement consacrés à l'Oeuvre. Mais ils
doivent essayer de réaliser dans leur vie professionnelle et familiale
les vertus de l'Evangile et de l'Apostolat.
Les Coopérateurs
Les Coopérateurs ne prononcent aucun voeu. Ils se contentent de
suivre les règles de l'Oeuvre et de lui apporter leur concours.
Ils peuvent ne pas être catholiques. C'est la première fois
qu'une association catholique admet des non catholiques (avec l'approbation
du Saint Siège en 1947). Ils doivent avoir une moralité
indiscutable, participer à l'Apostolat de l'Institution et verser
une cotisation matérielle.
L'Opus Dei met une insistance toute particulière et extrême
à souligner la présence de non chrétiens parmi les
sympathisants.
Les membres de l'Opus Dei se réunissent par petits groupes de 20
au maximum, ce qui mesure la discrétion des contacts privés.
Tandis que l'Oeuvre admet même les non chrétiens dans ses
rangs, elle ne donne mandat à personne pour être représentant
de l'Opus Dei. Les membres sont astreints à une direction spirituelle
constante et extrêmement poussée.
Numéraires, Surnuméraires et Oblats sont tenus de se retrouver
une fois par mois dans les maisons de l'Oeuvre pour y effectuer une recollection.
Pour les Numéraires, il s'agirait "d'une confidence hebdomadaire"
entre deux d’entre eux. Chacun d'eux doit procéder à
une espèce de bilan spirituel, tout en faisant un compte-rendu
détaillé de ses diverses activités.
VI - Demande d'admission à l'Opus Dei
Quand un individu,
jeune surtout, veut solliciter son entrée à l'Oeuvre, le
moyen utilisé est une lettre envoyée au Père de l'Oeuvre,
le Fondateur de l'Opus Dei. Mais avant d'écrire cette lettre, il
a été entouré, on l'a étudié attentivement,
on s'est renseigné sur son instruction, sa position sociale et
financière. Dans cette lettre, il doit spécifier en termes
très humbles, sommairement, son désir, en spécifiant,
et ceci est très important, le degré ou grade qu'il pense
occuper dans la structure de l'Opus. La lettre doit être accompagnée
de 4 photos, genre d’identité, qui doivent "favoriser
physiquement" le solliciteur, c'est-à-dire lui donner un aspect
heureux et souriant.
La lettre, jointe à l'information déjà élaborée
par les responsables directs de la Maison où le néophyte
a demandé son admission, sera envoyée à Rome, au
75 de la viale Bruno Buossi, siège du Conseil Général
et Caserne de l'œuvre, où il existe une archive complète
de toutes les activités générales ainsi que les références
exactes des Sociétaires de l'Oeuvre de Dieu.
Les photos, placées sur des fiches où sont signalés
l'identité et les traits dominants du nouveau membre de l'Opus
Dei, se répartissent entre la Maison où il a été
connu et où il a fait sa demande, le Conseil local, la Délégation
et le Conseil Régional, et le Conseil Général.
A l'Opus Dei, un individu n'entre pas au degré qu'il veut, mais
à celui qu'on lui "a conseillé", c'est-à-dire
qu’avant la rédaction de la lettre dans laquelle il sollicite
l'adhésion, le prêtre membre de l'Oeuvre de Dieu, qui a été
pendant la période préparatoire son Directeur de conscience,
lui "conseille" de prendre un degré en spécifiant
dans la lettre d'information le degré conseillé.
Approximativement six mois après avoir été admis
à faire sa demande, et après avoir vécu pendant cette
période "l'esprit de l'Oeuvre", le candidat fait "la
relation directe juridique" concernant l'Opus Dei. Ce qui en termes
de l'Oeuvre, s'appelle "faire l'admission". La cérémonie
de l'admission, la "relation directe juridique", se réalise
lorsque l'intéressé formule les trois voeux de pauvreté,
de chasteté et d'obéissance.
L'observation que fait Daniel Artigues sur le caractère de ces
voeux est très intéressante et mérite d'être
citée : "Les voeux formulés alors par le postulant
sont égaux à ceux des autres instituts séculiers,
qualifiés par la Provida Mater Ecclesia comme voeux privés,
reconnus et sociaux, c'est-à-dire que sans être publics,
ils sont émis dans le cadre d'une Association religieuse qui prend
acte d'eux. Leur caractère "social" réside précisément
dans le fait que ce ne sont pas des voeux qui émanent d'un fidèle
isolé qui agit dans le cadre de sa vie spirituelle particulière"-
fin de citation.
La cérémonie d'admission est simple. Le néophyte
lit une ‘jaculatoire’ (prière courte et fervente) de
forme brève, devant une croix noire, vide, sans crucifié,
les témoins étant le Directeur de la Maison et le prêtre
qui le dirige.
La croix noire en bois a pour l'Opus Dei une signification très
concrète. Le même Escriva parle d'elle dans "Camino"
: « tu me demandes pourquoi cette croix de bois ? En levant ton
regard tu rencontres la croix noire et vide. Cette croix sans crucifié
est un symbole. Elle a une signification que les autres ne verront pas.
Et celui qui, fatigué et près d'abandonner la tâche,
la reprend et poursuit son travail… parce que la croix solitaire
demande des épaules qui la portent ». (Camino 277).
VII – L’Opus Dei et la Compagnie de Jésus. Leur rivalité
(traduit de l'espagnol du livre de ‘Jésus Ynfante’)
En 1963, le jésuite
belge Père Boone, publia sous le pseudonyme de Hans de Vriese,
une série de 3 articles dans l'hebdomadaire "De Linie",
lesquels lui valurent une aigre réponse de la part des sociétaires
de l'Opus Dei, comme Jose-Luis Goria et le spécialiste des questions
de défense, John Coverdale, qui figura dans les publications de
l'Opus, comme économiste américain ! Selon tous les indices,
c'était tout bonnement un professeur de l'Université de
Navarra, qui se cachait derrière ce pseudonyme.
La polémique entre l'Opus et la Cie de Jésus n'était
pas un fait isolé, et les auteurs des deux parties continuaient
leurs attaques. Les accusations de la Cie de Jésus se sont répétées
par intermittences. Aucun Ordre ou Congrégation religieuse n'a
soutenu de relations plus hostiles et continues que les Jésuites
et l'Opus Dei.
La réalité entre les membres de la Cie de Jésus et
l'Opus Dei n'est pas une simple réalité entre membres d'Organisations
catholiques. Au niveau global d'organisation, la cause de concurrence
si agressive est due fondamentalement aux points communs entre les groupes,
champs d'action et structures d'apostolat. Il semble que l'Opus Dei ait
profité de l'expérience accumulée par la Cie de Jésus
après quatre siècles d'expérience. Cette hypothèse
est admise et affirmerait que l'Opus ait pris la relève de la Cie
de Jésus dans la deuxième moitié du XXe siècle.
Selon Artigues : la Cie de Jésus ne tarde pas à avoir de
graves altercations avec l'Opus Dei en dénonçant comme "traîtres"
les membres des Congrégations Mariales qui avaient adhéré
à l'Oeuvre.
A mesure que les initiatives de l'Oeuvre de Dieu se multipliaient en Espagne,
la Cie de Jésus se rendait compte que l'Opus venait chasser de
plus en plus hardiment sur ses propres terres. Dans le domaine de l'Enseignement
par exemple, et surtout à l'Ëstudio General de Navarra, plus
tard transformé en Université par l'Opus. Cet établissement
représentait, dans les Provinces Basco-Navarraises dépourvues
d'Universités d'Etat, un concurrent direct pour Deusto, l’établissement
dirigé par les Jésuites d'où sont sortis entre autres,
quelques uns des plus influents leaders Propagandistas : Castiella, Ruis-Gimenes,
Martin Artajo, etc… (qui étaient tous de hauts fonctionnaires).
En somme, c'est leur emprise traditionnelle sur les élites, au
sens le plus large du terme, que l'Opus Dei prétendait disputer
aux Jésuites. Et les hommes de l'Oeuvre ont déployé
dans cette tâche des trésors de dynamisme et de ténacité.
173 ont fait preuve aussi d'un assez notable manque de scrupules, dans
le choix des moyens qui faisait dire à un ecclésiastique
catalan, étranger lui-même aux deux camps, que l'on pourrait
appliquer en propres termes à l'Opus Dei en Espagne, la formule
employée au XVIIIe siècle par le bref Clément XIV,
portant dissolution de la Cie de Jésus.
En fin de cours d'Académie, pendant l'été de 1964,
deux Jésuites qui faisaient des études de journalisme furent
expulsés de l'Université de Navarra, accusés d'avoir
calomnié l'Opus Dei. De sources bien informées, on connaît
également la bourrasque que causa l'entrevue qu'eurent à
cette époque Urtega, vice-recteur du "Convictorio Sacerdotal"
de San Miguel de Madrid et la Provincial des Jésuites de Castille
qui se refusait carrément à remettre la copie des Constitutions
de l'Opus Dei qu'il possédait. Pendant l'entrevue, Urtega passa
de la prière à la menace la plus dévergondée.
Le Jésuite se maintint ferme dans son attitude. L'Opus n'a fait
par la suite aucun autre essai pour reprendre le si important document.
Yvon Le Vaillant, dans le Nouvel Observateur et son livre sur la Sainte
Maffia, relate succinctement les procès des relations et l'évolution
de l'Opus Dei vis à vis des Jésuites.
La question fut résolue avec l'audience que Paul VI accepta du
Fondateur de l'Oeuvre de Dieu et de la Sainte Croix. En définitive,
l'Opus Dei semble bien avoir agi sur le comportement de la Cie de Jésus
en Espagne, comme un "révulsif", pour reprendre l'expression
d'un autre interlocuteur ecclésiastique. Si les Jésuites
font souvent preuve aujourd'hui d'une ouverture d'esprit que l'on ne rencontrait
guère chez eux il y a vingt ans, c'est un peu à l'Opus Dei
qu'ils le doivent.
Beaucoup croient encore que l'Opus Dei est une filiale de la Cie de Jésus
et c'est une grande erreur.
VIII - Les relations avec le Vatican
"Pour moi, après
la Très Sainte Trinité et notre Mère la Vierge, dans
la Hiérarchie de l’Amour vient le Pape" reconnut le
fondateur de l'Opus Dei lors d'une entrevue qu'il eut avec Le Figaro.
En la personne du Pape, ne l'oubliez pas, se trouvent tous les pouvoirs
concentrés".
Les relations qu' Escriva affirme avoir maintenu avec le Pape n'ont pas
toujours été cependant très cordiales. La mort de
Pie XII, qui approuvait l'Opus Dei, fut un coup dur pour l'Oeuvre de Dieu
qui trouva en son successeur Jean XXIII une Défiance très
accusée. En échange, le nouveau Pontife reconnut explicitement
la présence d'une telle puissante organisation catholique malgré
que sa situation juridique fût extraordinairement instable.
Selon des informations dignes de foi, de provenance sûre, l'Opus
Dei a réussi "de fait" à acquérir une liberté
de mouvement comme aucune autre organisation n'a pu posséder jusqu'à
présent dans l'Eglise. Selon ces mêmes informations, on peut
dire qu'une dixième partie du personnel de la Curie Romaine suit
aujourd'hui les directives de l'Opus Dei.
Paul VI félicitait, le 10 octobre 1964, l'Institut pour son apostolat
"capillaire et organisé". Si chacune des positions personnelles
est comparable à un fil électrique ou à un cheveu
désordonné, l'ensemble constitue une Centrale remarquablement
bien organisée. Escriva peut profiter de l'occasion de la visite
que lui fit Paul VI à un Centre pour ouvriers, régi par
l'Opus dans les quartiers ouvriers de Rome, pour signaler "la position
qu'observe l'Oeuvre de Dieu dans l'Eglise". L'Opus veut servir l'Eglise
comme l'Eglise veut être servie.
En ce 10 octobre 1964, lorsque Paul VI donne l'accolade à Escriva,
il lui envoie également une lettre manuscrite félicitant
l'Opus Dei d'être ouvert à un Apostolat moderne. Ces propos
du Pape furent aussitôt répercutés aux quatre coins
du monde par les publications, les services de presse et de relations
publiques de l'Opus Dei, flatté d'être ainsi reconnu, fortifié,
célébré à la face de tous.
A ce moment, Escriva réside à Rome, dans une villa d'une
avenue bourgeoise, où le Conseil Général réside
officiellement. Un Organisme analogue réside dans chaque pays,
présidé par le Conseiller de l'Opus Dei. Son adresse est
: Societa SACERDOTALE DELLA SANTA CRUCE (Opus Dei). Direction générale
viale Bruno Buozzi - 73 - Roma - 00197 - Italia.
En mai 1962, Hildefrando Antoniutti cessa d'être le Nonce apostolique
de l'Espagne. Antoniutti, qui fut envoyé en Espagne pendant la
guerre civile, a été le plus haut fonctionnaire de la hiérarchie
de l'Eglise… le "plus compréhensif" que purent
avoir l'Opus Dei et la Dictature de Franco. Ses liens avec l'Opus furent
si étroits qu'on ne peut oublier ce prélat si on veut analyser
l'influence de l'Opus Dei dans la Curie Vaticane.
Le Cardinal Antoniutti fut le Préfet de la Sacrée Congrégation
de Religieux et Instituts Sécularisés. Nombreux sont les
Cardinaux de l'Eglise de diverses Nations qui appuient totalement l'Oeuvre
de Dieu.
Mais avant d'avoir eu pleinement son entrée au Vatican, elle avait
eu de grandes difficultés qu'il serait long d'énumérer.
Par la ténacité de Escriva, le créateur de l'Opus
Dei put obtenir satisfaction au-delà de ses espérances.
Son ambition c'était Rome et le Vatican. Tout lui fut concédé.
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