Le Trésor du Carré Magique de Rochemaure

 

L’étrange grille de Rochemaure

On dit qu’à Rochemaure, à certaines heures de la nuit, le temps s’arrête pour une brève rencontre avec son espace... et que, de cette faille dans ces deux dimensions infinies, on peut avec prudence accéder aux résurgences d’un passé fantastique dont il reste quelques souvenirs effilochés ayant figure de légendes merveilleuses ou impossibles. Alors surgissent personnages oubliés ayant façonné l’histoire de ce pays, créatures et divinités fabuleuses, événements écrits couleur de sang, faits glorieux couleur de l’espoir, actions inavouables et indignes s’accomplissant dans l’horreur monstrueuse des nuits d’épouvante... et la brèche se referme sur un paysage reprenant ses couleurs merveilleuses de Provence finissante.
Rochemaure nous conduit d’un lointain passé à d’étranges connaissances hermétiques trop longtemps occultées. Pour nous l’histoire commence sous la forme d’une étrange grille gravée dans une plaque d’argile sous l’aspect d’une figure carrée subdivisée en 5 en hauteur et largeur présentant ce qu’on appelle un “carré de 5”. Ce dernier donne ainsi 5X5=25 cases contenant chacune une lettre dont l’ensemble de lecture offre un palindrome parfait.

Le jeu du palindrome

Palindrome: “vers, phrases, offrant le même sens quand on les lit de gauche à droite ou de droite à gauche” nous dit l’Encyclopédie Quillet. On peut ajouter laconiquement: “de haut en bas et de bas en haut”.
En effet le lecteur aura compris qu’il s’agit du célèbre carré, dit “magique”, de 5 lettres: “SATOR - AREPO - TENET - OPERA - ROTAS” que l’on voit en illustration. Avant d’aller plus loin précisons qu’il existe peu d’exemplaires répertoriés de ce système “croisé”, on en compte environ une trentaine, connus à ce jour, en Allemagne, Angleterre, Espagne, Hongrie, Italie et en France. Notre pays semble en détenir, à lui seul, environ une dizaine... dont celui de Rochemaure, qui nous intéresse présentement, accompagné d’ailleurs par un texte complémentaire sur sa gauche. Cette gravure fut classée aux Monuments Historiques en 1903 et connut des malheurs: vol, dégradations... et commençât une bataille d’experts dans laquelle nous n’entrerons pas. Nous nous contenterons d’ajouter que certains détails dans la cursive des lettres ferait remonter ce travail à l’époque wisigothique, mais d’autres dates sont proposées selon les scientifiques.

Où intervient Clément V

Ce “carré magique” se trouvait scellé dans le mur de la chapelle St Laurent au pied des ruines du Château de Rochemaure. il ne semble pas que ce soit sa place d’origine. Pour certains il fut trouvé dans un ravin, dit “de Rignas”, pour d’autres dans les vestiges du château, pour d’autres encore il viendrait d’un peu plus loin...
Ce “carré magique” sera considéré de tous temps comme porteur de vertus hermétiques et médicinales soit disant indéniables... ou encore porteur d’un système de lecture contenant un cryptage formidable.
En ce qui nous concerne, l’origine de cette grille codée de Rochemaure aurait une tout autre utilité, une autre origine et nous tenterons d’en remonter la trame et d’en retrouver les témoins.
Cette histoire remonterait, en réalité, à Clément V pape en 1305. Au moment ou ce dernier se réfugie dans les terres, qu’il sait hospitalières, du Comtat Venaissin.
Les transactions concernant la destruction de l’Ordre du Temple se situèrent sur 2 plans. Le premier concernait le déroulement historique qui ira jusqu’à la fin que nous connaissons tous, et un second beaucoup plus souterrain tenant à d’autres enjeux bien plus souterrains dont nous ne soupçonnons que quelques aspects occultes.

La tradition selon Ponton

Il est certain qu’il y eut derrière le procès du Temple bien d’autres intérêts qui dépasseraient encore notre entendement. A ce propos, la tradition, selon Ponton Sallaezo (1713) établit que Clément V aurait, justement depuis Avignon, négocié la prévention d’un nombre de Chevaliers du Temple en échange d’un dépôt d’une extrême importance défendu par l’Ordre. L’emplacement de ce fabuleux secret aurait été confié à une inscription seulement connue d’initiés sévèrement triés pour leur fonction et leur discrétion à toute épreuve. Pour mémoire nous signalerons la lourde instance de Clément V à récupérer, le 15 juillet 1313 tous les biens templiers du Venaissin... et pour cause! Seulement en ces époques troubles il fallait un système de mémorisation simple, efficace, capable de survivre à la disparition des “initiés”. Ce fut une méthode ingénieuse mise au point et retrouvée par Sallaezo dans un mot d’archives manuscrites provenant des anciennes familles de GIRAUD (Giraud VI) et des de Villars (Henri).

La liste “cy son les frères qui sen son fouy...”

C’est ainsi que nous savons, tout d’abord, que Rochemaure appartenait à Guigues, fils de Lambert IV. Celui-ci était Maître de la province templière de Provence. Il cède Rochemaure à son frère le 28 juillet 1296... ainsi dans un premier temps Rochemaure s’éloigne de l’intérêt du Temple... mais reste dans la mouvance de ce dernier par un lien familial sûr. Par ailleurs nous ne pourrions imaginer que Guigues ne connaisse parfaitement ses terres, son château... et ce qu’il peut y avoir dessous!
C’est de ce moment que l’on trouve dans ce secteur géographique quelques chevaliers du Temple... dont les noms figureront sur un document peu connu intitulé :”cy son les frères qui sen son fouy” qui atteste irréfutablement la fuite de templiers qui purent évacuer de France avant même la célèbre rafle orchestrée par Nogaret et Philippe le Bel. D’après la traduction de Sallaezo ces chevaliers commencèrent donc en 1305 le rassemblement en un seul endroit du dépôt éparpillé en différents lieux de la région selon un plan établi et scrupuleusement respecté dont nous allons tenter de suivre le déroulement.

Salvator

Le premier lieu concerné était près de Villeneuve-lès-Avignon. Il s’agissait de Salvator qui deviendra plus tard Sauveterre.
On retrouvera l’information d’un dépôt “trésoraire” à la Révolution qui concernera aussi l’ordre des Chartreux. Lorsque l’on sait les liens étroits liant les deux ordres cartusien et templier il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il ait confusion avec le dépôt du Temple dont était à propos les Chartreux d’Avignon. Il en sera de même avec les Bénédictins sur ce secteur. Leur cache sera découverte sur la commune de Pujault à quelques km de Sauveterre... La légende prétend qu’une partie du message était encore inscrite sur le pilier d’une propriété encore habitée du secteur et dont, sur demande des occupants, nous tairons le nom.

Orange

Le vieux texte précisait qu’à Orange le dépôt se situait à proximité de la commanderie de l’ancienne dépendance templière. Le système de codage était en partie contenu dans le nom patronyme donné à la cathédrale par les templiers: N.D. de Nazareth... qui est une utilisation très rare “d’orientalisme” adapté à une cathédrale occidentale. Le codage était fort simple. Tout d’abord une décoration murale peinte dans la cathédrale donnait les informations locales permettant, à demeure, de trouver l’emplacement. Et le lieu-dit contenant la cache résidait dans l’anagramme de Nazareth: Téhazan... que l’on retrouve dans les terriers et actes jusqu’en 1483... date à laquelle mystérieusement il change radicalement de nom!

Avignon

Le manuscrit traduit par Sallaezo mentionne ensuite le troisième point comme étant Avignon. Clément V semble en ignorer le lieu précis. Mais une fois la cache vidée elle fut réutilisée avantageusement par les papes avignonnais qui en apprécièrent l’ingéniosité. Le dernier pontife à l’utiliser pour quitter en toute hâte l’enceinte pontificale fut Pedro de Luna qui laissa le secret à l’ambassadeur de Venise. Le système codé utilisait, pour désigner l’emplacement, le nom de Ste Marthe pour arriver au lieu dit “du Drago” qu’elle terrasse dans la légende. Sallaezo ajoute que le terme “terrassé” appelle les travaux de terrassement (et non la destruction du monstre) réalisé près de “Chausse-Marthe” au 13e S. par les ouvriers terrassiers du Temple pour accéder à la tanière de la “Wouivre du sol”.

Poët-Laval

Aujourd’hui la chapelle des Templiers est complètement ruinée et il ne reste rien des bâtiments y attenant. C’est de ce lieu que partira le quatrième dépôt selon le vieux texte qui fait état d’un objet fort précieux et des documents qui l’accompagnent. Une légende assure que la chapelle romane était construite sur une ancienne crypte elle-même donnant accès à un réseau souterrain réaménagé permettant de rejoindre l’ancienne maison de Roche St Secret... On notera, à tout hasard, les recherches sur place d’un groupe allemand dans les années 1950 à 1952 sur un emplacement en contre-bas nommé “Tombe-Pleine” sur les vieux terriers. Sallaezo traduit que l’objet précieux aurait pu être identifié comme une réplique du fameux “Ba-phomé” car le mot utilisé est “CAPUT”...

Eyguiers

Le cinquième endroit dépositaire se situe à proximité de cette commune. Le secteur y est très ancien et l’on y retrouve des sites mégalithiques très curieux. Son nom serait dû aux sources de la région. Nous retiendrons seulement 2 lieux pour notre attention: les grottes du Saint cerf et de Sainte Cécile. Pourrait-on y voir une analogie avec la vision annonçant à Philippe le Bel sa fin prochaine... ou St Cerf est-il une déformation de St Chef? Quant à Ste Cécile c’est une tout autre histoire liée elle au château de Roquemartine distant de 3km. Le lieu est bien intriguant. Il contient une gravure identique à celle de “la croix indélébile” de la chartreuse de Ste Croix en Jarez, et une peinture murale de la crucifixion très insolite... dont on trouve les particularités à... la Chartreuse de Ste Croix en Jarez.

Et Sainte Croix en Jarez!

Le seigneur de ce château était au XIIIe S. un certain Pierre de Châteauneuf... même nom que l’époux de la fondatrice de... la Chartreuse de Ste Croix en Jarez! C’est des alentours de Roquemartine que partira la sixième dépôt attendu par Clément V... comme celui qui partira de la commanderie de Marles dans le Pilat pour rejoindre l’abri sûr de la Chartreuse de Ste Croix en Jarez!
On pouvait, il y a encore 50 ans, apercevoir des parties souterraines effondrées vers le lieu “la font blanche”. Peut-être aussi le nom provient-il d’une sorte “d’aiguillère” récipient pour la boisson qui pourrait être comme celle du sire de Beaujeu liée à l’énigme du Temple en Baujolais et qui permettait de voir à son travers si une personne était diabolique ou non.

Thor

Sallaezo, pour le Thor, parle d’une étrange histoire liant le lieu à un mystérieux marteau de justice. Faut-il trouver dans ce fait l’analogie du lieu et de cet objet symbolisant le dieu nordique Thor?
Des grottes sillonnent le sous-sol de la région que les légendes font hanter par d’étranges gardiens aux longs manteaux. Légendes ou mémoire déformée du souvenir de quelques chevaliers ayant séjourné en ces refuges souterrains? C’est en 1900 que furent mis à jour dans la “muraille du diable” la grotte de Thouzon qui accréditera la tradition des réseaux souterrains des récits fabuleux. En 1912 Thomas Farrat, Christophe Garcia et Fabre Boudou mettront à jour un petit trésor, dans ce secteur, de 183 pièces d’argent estimées de 1235, au fond d’une petite cache.

Nyons

Ce serait ici la septième cache comptabilisé par Sallaezo. Il y est question d’une chapelle “Nostre Dame de l’Espine” qui aurait pu être un simple oratoire et dont nous n’avons pas de traces ni en archives ni sur le terrain. Pourtant le document est formel car il prend en compte l’entretien d’un oratoire par la maison templière de Richerenche.
Nous savons qu’un chercheur spécialisé fit une étrange découverte en 1871 allant dans le sens de la traduction de Sallaezo. Il s’agissait de plusieurs fosses funéraires à proximité de bases en pierres de taille. Une des pierre portait une date et N.D. d’Espin. Deux des fosses étaient plus petites que leurs couvercles et l’une d’elles était en vérité une sorte d’avancée donnant sur un réduit plus bas et visiblement avait contenue tout autre chose que des dépouilles mortuaires. Cependant des pièces et menus objets de valeur, dont un taillé dans un cristal de roche assez gros et fumé furent mises à jour. On en retrouve la liste et les descriptions dans un petit livre de l’abbé Boute qui précise avoir conservé un exemplaire qui lui semblait “trop sacré pour être maltraité”...

Un dernier site... pour un jeu de lettres

Il reste un site que nous avons volontairement mis hors de la chronologie car il s’agit justement de Rochemaure... qui nous l’avons vu, n’avait plus aucun rapport direct avec le Temple.
Mais auparavant il nous faut revenir au carré magique.
La formule à Rochemaure est: SATOR - AREPO - TENET - OPERA - ROTAS. Prenons dans ordre chaque lettre sans répétition. Nous obtenons: S - A - T - O - R - P - E - N . Les autres lettres étant les répétitions de ces dernières, nous avons donc 8 lettres de bases.
A présent regardons les noms des 8 dépôts concernés: Salvator - Orange - Avignon - Poët-Laval - Eyguiers - Thor - Nyons. Si l’on accentue la réflexion et que l’on prenne les seuls initiales de ces villes nous obtenons: S-O-A-P-E-T-N auquel nous ajoutons le R de Rochemaure, dernier lieu décrit par Ponton Sallaezo, nous avons: SOAPETNR.
Or, ces initiales sont l’anagramme parfait de S - A - T - O - R - E - P - N!!! et il est pratiquement impossible qu’il s’agisse d’un pur hasard.

Le sens du carré magique

Le chiffre 8, comme les huit lettres de base, était celui de l’infini et du sacré pour l’Ordre du Temple. Le carré magique de 5 dans la totalité des 25 lettres utilisées donne PATER NOSTER dans les deux sens vertical et horizontal avec le “N” pour axe des 2 tracés. Ce qui conforterait encore le choix, par les templiers, de cette grille c’est le fait qu’il n’en sont pas les auteurs car ce jeu de mots est déjà connu à leur époque et utiliser sur des écrits “magiques” et “occultes”. N’oublions pas que les premiers palindrome furent retrouvés à Pompeï.

Le choix et les motifs

Il fallait que le choix de Rochemaure soit motivé par une sécurité d’usage et un sens symbolique. Et là encore le hasard fera si bien les choses... La réutilisation du carré magique, tenu dans une grille de 5, dans la chapelle St Laurent qui fut martyrisé sur la grille... d’un grill!!
Ensuite Ste Marthe intervient au début de la fondation d’Avignon... et dans la légende de Rochemaure.
Les légendes de Rochemaure mentionnent encore une jeune fille emmurée en compagnie d’un trésor fabuleux défendu par quelques défenseurs endormis attendant, toujours en armes, les seuls légitimes propriétaires venus reprendre leurs droits!

Un lieu écrit sur le carré

On pourrait étudier de plus près les carrés magiques, mais ce n’est pas le propos ce jour. Nous proposons, pour celui qui nous intéresse, de donner le texte l’accompagnant à surface égale sur la partie droite de la gravure: GIROA UM BERT MEFECIT.
Ce qui se traduirait par “Je tourne de Oméga à Alpha - C’est Humbert qui m’a fait” On notera, en outre, les différences de tracé des lettre A T O et R qui donneront en phonétique ATOR et inversé ROTA. Pour celui, ou celle, qui comprend le sens subtil de la Langue Oiselée, comme la maîtrisaient certaines personnalités Templières, le sens est simple...et si l’on transcrit ce sens à la topographie alentours de Rochemaure... on obtient la concrétisation du récit de Sallaezo.

Une dernière dérive templière?

Enfin, il n’y eut pas que ce dernier érudit à se pencher sur les manuscrits du XIIIe S. à ce propos. On retrouve, avec profit, d’autres travaux sur ce thème dans la région de Carpentras entre 1830 et 1920, et sous la plume de Mr Mayol de Lupé. Ces derniers se rapprochent très près, à s’y fondre, avec ceux d’un prieur chartreux du XVIIe S.
Quant à Clément V on peut supposer que sa transaction ne lui profita guère puisqu’il décéda peu après, comme le voulait la malédiction de Jacques de Molay.
Le pape Clément V décéda à “Roquemaure” lieu dont le nom est trop proche pour être pure coïncidence...
pour conclure il ne faut pas perdre de vue la théorie de Bregot de Luth qui affirme que l’Ordre du Temple est né pas très loin de Rochemaure et non pas en Champagne...
On serait trop tenté, à cet instant, de dire que c’est une autre histoire... et si pourtant tout ceci n’était qu’une seule et unique histoire de l’Histoire???

André Douzet