Montségur... citadelle énigmatique

 


“L’Hérétique n’est pas celui qui brûle dans la flamme,
mais celui qui allume le bûcher...” (William SHAKESPEARE)

LA FIN D’UN IDEAL

Il faudra “cent charges de hêtres”, ce 16 mars 1244, pour constituer le bûcher sur lequel 250 personnes trouveront la mort qu’ils choisirent en toute conscience, plutôt que de renier leur foi.
La scène se déroule en un lieu à flanc de versant du Pog de Montségur. Les flammes consument maintenant dans une même fournaise Cathares accomplis et convertis de la dernière heure: soldats, femmes, hommes ayant demandés le “consolament” dans une ultime communion. Le magma de feu et d’horreur, sur fond d’intolérance fanatique, signe l’effondrement de l’Eglise Cathare... et la fin de la cinquième croisade contre les Albigeois.
Et, si le Catharisme prend le chemin de l’ombre, Montségur entre dans l’Histoire et la Tradition.
L’objet, ici, n’est pas de relater les faits historiques qui conduisent au siège de Monségur. Il existe pour cela de très nombreux ouvrages reprenant les différentes approches, hypothèses et affirmations de toutes envergures. Le lecteur fixera, le cas échéant, son propre champs d’investigation. Notre démarche sera, encore une fois, de donner des éléments, des lieux, des faits, des personnages hors du commun et du rationnel... en harmonie avec une région où plus rien n’est d’un entendement anodin.

LE LIEU

Plusieurs découvertes attestent, très tôt, de l’occupation de l’Homme sur ce site à plus de mille mètres d’altitude. L’emplacement offrait deux intérêts non négligeables: un refuge facilement défendable avec une vision à 360° et un aspect, disons, “magique” indéniable par son environnement majestueux, grandiose, propice aux liens avec les domaines divins et les dimensions universelles.
L’écrivain Coincy-St-Palais suppose, dès l’apparition des cultes constitués, un lieu dédié à “Belléssema”, puis avec l’arrivée des légions Romaines, qu’un point stratégique ne pouvait laisser indifférentes, l’implantation d’un temple dédié à Mithra.
Bien plus tard, aux époques Wisigothiques, l’histoire fait du lieu le retranchement du dernier duc Waïfre. En 1930, la tradition mentionnait encore un “Pic d’Hunald” père de Waïfre et maître de la région. Près de là furent mis à jour plusieurs lieux funéraires de ces époques avec un peu de mobilier très riche. Le docteur Morant y trouvait en 1953 des vestiges de métallurgie: moules de haches, des armes et surtout des décors de bronze incrustés.
Rien ici de vraiment extraordinaire. Et ce site n’aurait jamais pu sortir d’un histoire locale sans le déclenchement d’événements très importants drainés par le cours “ordinaire” de l’Histoire. C’est ce qui arrivera avec de multiples tenants et aboutissants que nous tenterons d’étudier.

BREF RAPPEL HISTORIQUE

1209- Ouverture de la croisade contre les Albigeois. Dès cette année-là, la doctrine Cathare est déjà dispensée à Montségur et de nombreuses personnes viennent chercher ici les bases de l’enseignement, le soutient ou la compréhension des Parfaits. On suppose à près de deux cent le nombre d’individus séjournant alors sur le Pog. Cette situation de liberté mouvante durera jusqu’en 1238.
1242- Le 26 mai, Avignonet: Pierre-Roger de Mirepoix, avec quelques chevaliers, massacrent les inquisiteurs du tribunal religieux. Cette action est acclamée par tout le Languedoc... mais signe la destruction de Montségur. Blanche de Castille ordonne de “trancher la tête du dragon!”... Montségur doit être détruit et les hérétiques brûlés!

Les squelettes du pas du Trébuchet.

1243- Mai. Le siège est mis devant le Pog par une armée forte de 10.000 hommes sous le commandement d’Hugues des Arcis. Le château, lui, est défendu par une centaine de soldats soutenus par une vingtaine de chevaliers avec leurs écuyers. Le site abrite alors près de 500 personnes. La citadelle s’avère très vite imprenable. Il faudra tout le poids de la trahison pour installer un trébuchet martelant chaque 1/4 d’heure, les remparts avec des boulets allant jusqu’à 80 kg. Le siège est un enfer.

UNE REDITION INSOLITE

N’en pouvant plus, fin février, la garnison à bout de forces entame les négociations de sa reddition. Cette dernière, en raison des circonstances, est étonnante de souplesse.
- Le château est cédé à la couronne de France.
- La garnison de guerre sort libre avec “armes et bagages”, et subira des peines légères en échange de la reconnaissance des erreurs...
- Ceux qui renieront leur hérésie, et l’attentat d’Avignonet, se réconcilieront avec l’Eglise.
- Les Cathares seront “réconciliés” mais devront subir de lourdes pénitences. Les irréductibles seront brûlés immédiatement sur place.
Mais le plus insolite réside dans le fait que Raimond-Roger obtient un délai de 15 jours pour rendre Montségur. 15 jours sans combats ni intrusions!

CONDITION POUR UN EQUINOXE

Il semble que cette dernière condition ait été souhaitée par les Cathares eux-mêmes. On a la sensation qu’ils attendaient de franchir une date calendaire précise et de grande importance. Ce délai trop facilement accordé, à la demande des Albigeois, restera une interrogation pour les historiens.
En effet, ces 15 jours de rémission s’achèveront le 16 mars. Or le 14 mars 1244 est le jour de l’équinoxe de printemps. Ce jour célèbre aussi pour les Cathares la fête de Mani ou de Bêma. Cette remarque prend toute sa valeur si l’on admet d’une part l’origine zoroastrienne du Catharisme, et d’autre part que ce culte de Bêma invite les croyants à se trouver en accord parfait avec l’univers et les forces cosmiques.

UN LIEU SOLAIRE

Pour des cérémonies de cet ordre, il est certain qu’un site comme Montségur est un temple idéal. Ici peuvent s’interpréter et se compléter admirablement le culte à la fois Universel, Solaire et Lunaire... avec des observations indispensables à l’établissement d’un calendrier dans la paix d’un lieu dont plus rien ne viendra en troubler la sérénité et l’approche hautement spirituelle.
Oui... quelle cérémonie se déroulait vraiment autour du 14 mars peut-être uniquement compréhensible pour un petit groupe d’initiés Cathares? Ces derniers sachant que 2 jours après se déroulerait le sacrifice par le feu de 205 personnes volontaires dans le choix commun de cette fin de lumière, de chaleur et d’énergie libérée.

Levé de soleil pour le solstice d'hiver dans l'archère du château.

Château de Quéribus. Levé de soleil dans la salle gothique du pilier.
LES CITADELLES SOLAIRES

Cette date de l’équinoxe solaire nous conduit à observer logiquement d’autres “moments” calendaires primordiaux tels que les solstices d’été et d’hiver.
Il semble, sur ce thème, exister au moins trois sites solaires liés à l’odyssée du Catharisme: Montségur, Quéribus et l’un des 4 châteaux de Lastours, Cabaret.

Les châteaux de Lastours dont Cabaret est aussi solaire.

- Cabaret. Ce point fortifié possède une pièce d’architecture assez rare. Une tour à 5 côtés. Seulement 4 archères y assurent éclairage et usage défensif. 2 sont orientées au sud, 1 à l’ouest, et la dernière au sud-est. L’axe vertical de l’archère est orienté du 19 au 26 décembre sur le soleil levant. A l’aube du solstice, un rai lumineux longe le mur opposé et atteint très vite l’angle N.E annonçant ainsi la renaissance de l’astre nouveau.
- Quéribus. Dernier site fortifié à tomber pour la cause du Catharisme. Là encore un phénomène solaire se déroule à l’aube du solstice d’hiver dans la “Salle Gothique”.
- Montségur. Là encore on peut déterminer une observation solaire aux matins des solstices. Les archères du donjon laissent passer un faisceau lumineux, à l’aube, qui s’en va marquer de clarté l’angulation du mur opposé.
Et sur ces trois sites formidables ce constat de “lumière” peut encore se vérifier. On notera que ces informations très connues sont retenues au crédit d’une tradition forcément à manifestations solaires.

ENCORE LA LANGUE DES OISEAUX

Pourquoi, alors, ne pas relier l’élément solaire à cette tradition qui veut qu’à la chute du Catharisme une prophétie annonçait: “Dans 600ans, le rameau reverdira!”.
Ceux qui ont eu la chance de contempler le rayon lumineux de Montségur au matin du solstice, souvent le décrive comme “fugitivement vert”. Sans entrer trop loin dans la magie du verbe et de la tradition orale, le rameau pourrait se dire “Râ-Mot”... le Soleil-Verbe”. Qu’il soit alors de couleur verte, ce mot soleil, ferait reverdir le mot, donc le verbe, donc la force créatrice, donc le souffle de l’Esprit et offrirait dans le droit-fil de la grande Tradition une seconde chance à une humanité, qui à cette heure, en aurait le plus grand besoin...

Vue de la grotte d'Ornolac. La cour de Lucifer d'Otto Rahn.

En outre le déplacement de l’axe terrestre se cale suivant l’étoile dite “Polaire”. Il se pourrait bien, alors, qu’Otto Rahn et le groupe de Polaires de Thulé aient été inspirés (encore le souffle) en venant chercher un Graal à Montségur. Ce Graal qui aurait pu être évacué sur le Sabarthès aux Ours symboliques de son blason: Ours-Etoile et à la fois Graal-Vert.

MONTSALVAGE OU MONTSEGUR?

Il est à constater qu’il est difficile de contourner, ou d’ignorer certains détails, et des détails certains, liant la Tradition du Graal et Montségur.
- Le roman de Wolfram d’Eschenbach appelle le château aventureux, où se trouve le Graal, du nom occitan de Montsalvage... qui est très proche de Montségur.
- Nous trouvons aussi le premier roi possesseur du Graal sous le nom de “celui qui tranche bien” et Trencavel est le patronyme de Raymond comte de Foix. Comme Parsifal est errant, Raymond se trouve dans la situation d’un chevalier Faydit.
- Le roi Alphonse le Chaste, au moment de l’affaire Montségur à pour épouse Adelaïde. Et la femme du Castis s’appelle Herzeloïde!
Et il y en a bien d’autres... aussi nous arrêterons là cette énumération sur Raymond de Perella, seigneur de Montségur qui correspond pratiquement au Parilla du roman d’Eschenbach.

UN GRAAL VENU DE SI LOIN
Merlin dictant l'histoire du Graal... -manuscrit de la BN de l'Arsenal.

Si dans notre précédent travail nous retracions le chemin d’évacuation ‘d’un Graal’, il serait intéressant de retrouver d’où le vase sacré pouvait provenir.
Une lettre de St Laurent datée de 258 atteste qu’il transporte la sainte relique vers Huesca en Aragon. En 713 Audebert transporte cet objet dans la grotte de St Juan de la Pena. Jamais les maures ne prirent le rocher du mont Pano défendu par 300 chevaliers. 1134, le vase saint est toujours dans son arche d’ivoire.
La légende veut, qu’afin de protèger Droit et Vertu, le St Graal prit le chemin d’une autre région, dans un castel “sur la roche” au Nord des Pyrénées Aragonnaises. La Tradition raconte que Pierre II, roi d’Aragon, époux de la fille du comte de Montpellier et beau-Père du comte de Toulouse, Raymond VI aurait missionné son vassal, chevalier acquis à la cause Cathare... c’est à dire Trancavel, le Parsifal de Wolfram d’Eschenbach! Le chemin choisi aurait suivi la vallée de la Seyre pour rejoindre le Puymorens. De là il passait Ussat, puis Ornolac, Montréalp de Sos pour enfin, par le chemin de St Barthélemy, arriver à Montségur.
Légende bien sur!!! sauf que l’époque, les personnages et les lieux sont bien réels et... il y a si peu de la Coupe aux lèvres!

LES TRESORS CATHARES

Plusieurs traditions font état du fait que Montségur eut été l’ultime abri des trésors cathares. Mais quels pouvaient être ces trésors qui, encore aujourd’hui, enflamment les espoirs et les imaginations. Il est certain que nous devons considérer deux faits incontestables.
1) Les Cathares avaient forcément rassemblé un volume de valeurs monétaires, ne serait-ce qu’en raison d’une intendance minimum indispensable: nourritures, besoins usuels de chaque jour, matériel et autres dépenses imprévues. Une sorte de trésorerie logique et logistique.
2) D’autre part les Parfaits se devaient d’abriter ce qui pour eux avait une valeur spirituelle unique et primordiale: peut-être un ou plusieurs objets, livres, documents... Nous reviendrons sur ces derniers plus loin.
Une autre rumeur laisse supposer un dépôt mortuaire sacré, sous le château, contenant les dépouilles de notables Cathares. Cette hypothèse affirme alors que le délai demandé lors de la reddition, aurait été nécessaire pour effacer toutes traces d’accès à ce sanctuaire.

Le rituel cathare de la BM de Lyon. Peut-être un vrai trésor pour les hérétiques.

Quand aux trésors, à proprement parler nous en avons deux témoignages admis par tous.
- Début de l’année 1244, la situation de Montségur impose l’évacuation d’une première partie du précieux dépôt. Deux volontaires accompliront, de nuit, un prodige de courage et de force. La déposition d’Imbert de Salles est nette: “Pierre Bonnet et Matheus quittèrent le château avec de l’or, de l’argent et une grande quantité de monnaie”. On sait qu’ils remplirent la mission et mirent en sécurité leur précieux fardeau.
- 16 mars 1244. Les Cathares n’ayant pas renié leur croyance sont conduit au bûcher. Dès les premières flammes, quatre hommes quittent en grand secret le château où la garde est minimum. Ce sont quatre Cathares désignés d’office: Hugo, Poitevin, Amiel Aicard et un quatrième à l’identité incertaine. Arnaud-Roger de Mirepoix affirmera aux inquisiteurs “Cela fut accompli afin que l’Eglise des érétiques ne perde pas son trésor.” Ce baroud d’honneur fut orchestré par Pierre Roger de Mirepoix lui-même et l’expédition, tout aussi périlleuse soit-elle, fut un succès. Il ne pouvait s’agir de la fuite du trésor numéraire déjà évacué 2 mois auparavant. Force est d’admettre quelque chose d’encore plus précieux pour les Albigeois qu’ils conservèrent jusqu’à leur dernier instant.

LES AUTRES TRESORS DE MONTSEGUR

Pourtant, malgré la première évacuation “trésoraire” il restait encore des valeurs dans Montségur.
- C’est ainsi que nous savons que Pierre Roger de Mirepoix, à l’issue des 15 jours de trève, reçoit des Cathares qui “jugeaient qu’il l’avait bien servi, la valeur d’une couverture remplie de deniers”...
- Imbert de Salles, reçoit de Bertran Marti 20 Sous Melgariens en remerciement de son dévouement...
- Plus près de notre époque eut lieu une découverte intriguante. Entre 1930 et 1935, Arthur Caussou, riche notable, s’intéresse fiévreusement au site de Montségur. Il explore chaque recoin du Pog. Il finira par faire une trouvaille dans une petite grotte à flanc de montagne. 2 petites poteries en grès. La première contenait, paraît-il, une petite colombe de pierre blanche. La seconde tenait environ 200 pièces d’or et d’argent du XIIIe S. Glory et Durand en dressèrent la liste et l’expertise. La légende ajoute qu’à cette date Arthur Caussou commença à perdre sa fortune et mourra ruiné. “Il ne laissa en héritage qu’un sol d’argent et la petite colombe de pierre blanche...”
- Enfin écoutons encore la légende nous préciser qu’une part du trésor reste dans les entrailles de la montagne du Thabor. L’accès n’en est permis que durant la messe du dimanche des rameaux. A ce moment la montagne livre passage au précieux dépôt. Mais à l’“ITE MISSA EST” les roches se ressoudent sur l’imprudent attardé par sa cupidité. Le récit assure que le trésor spirituel est toujours sous protection et dangereux à celui qui le brigue sans le mériter.

UN CERTAIN A. NIORT

Une phrase lancée à propos du siège de Montségur résonne encore étrangement:” De l’issue de ce siège dépend la face du monde” On peut en effet se demander, non sans regrets, ce que seraient nos croyances et notre philosophie... si le Catharisme s’était maintenu. Mais ce n’est pas notre propos pour l’instant.
Revenons sur un curieux personnage: A. Niort.
- Noël 1243. Les croisés au prix d’une trahison prennent pied sur le secteur de la Tour de l’Est. La situation des assiégés devient très préoccupante. Pourtant un messager apporte à Pierre Roger une missive de Raymond A. Niort: Un signal lumineux s’éclairera sur un sommet “si le Comte de Toulouse mène bien ses affaires”. Le lendemain, le signal aura lieu... mais que signifiait-il? Le fait est que ce sera le déclenchement pour l’évacuation de la première partie du trésor. Que de réponses à des énigmes si nous connaissions le contenu du message d’A. Niort!
Il semblerait même que ce personnage soit intervenu dans les termes de la reddition qui aura lieu ce début de mars 1244.

ET TROIS ROIS

Nous retrouverons peu de temps après Raymond A. Niort convoqué et reçu, avec tous les honneurs par Louis IX. Il semble qu’à ce propos le roi ait tenu à ménager son hôte comme un personnage de la plus haute importance. Mais que contenait donc le coffret et les 2 “gros registres”, dont plus personne ne retrouvera trace, que Niort remis discrètement à un des familiers du roi??? Y aurait-il un rapport avec la cache et la tradition du monastère d’Usson? C’est ce que semble penser Henry Banemau en 1623... L’hypothèse de H. Banemau suppose l’existence de quelques secrets entretenus au niveau de la famille royale de France.
Cette théorie souligne que dans cette affaire il ne faut pas négliger la conduite et la haine vraiment inexplicable et froide de Nogaret, qui se fera traiter de “Fils et petit-fils de Patarins”, conduisant des actions qui elles... changèrent la face du monde par le biais de Philippe le Bel, un autre roi de France.
Enfin soulignons un troisième geste royal lié au Catharisme. Près de 3 siècles après la chute du Catharisme, Henri de Navarre fait désobstruer les grottes du Sabarthès. Dans celle de Lombrives, il fait ensevelir, avec respect et décence les restes des Cathares emmurés vivants sous les ordres d’un certain Jacques Fournier qui sera connu, plus tard sous le titre papale de Benoit XII!
Henri de Navarre, ajoute la tradition, signa de son nom son passage à la grotte de Lombrives. Henri de Navarre... Henry IV, roi de France est un descendant par Jeanne d’Albret, sa mère, des Comtes de Foix. Donc de la lignée d’Esclarmonde!

“SOUS TERRE... SOUS LE CHATEAU!”

Les scientifiques sont formels: pas de souterrains ni cavités sous le châteaux!!!
- Alors, revenons aux instants tragiques de la reddition de Montségur.
Peut-on imaginer que les assiégeants, dans de pareilles circonstances n’aient passé au peigne fin chaque recoin du château, et même du site entier? Impossible, d’envisager cette éventualité. Pourtant tous les écrits font état que Pierre-Roger de Mirepoix “aurait fait cacher sous terre les 4 volontaires désignés pour évacuer la seconde partie du trésor”. Sous terre!!! D’ailleurs il ne pouvait dissimuler les 4 hommes nulle part ailleurs. Il faut donc admettre, au moins, l’existence d’un petit réduit sous terre.
- La tradition rappelle, aussi, que Raimon de Perelha laisse les “Bons-Hommes” se réunir “Sous les murs du château” afin qu’ils puissent organiser et célébrer leur culte malgré la croisade. Et cette infime précision n’est pas une hypothèse mais l’affirmation de Guillaume Tardieu: “les prédications des diacres se tenaient dans un local sous les murs réservé uniquement à cet usage.”...

... ET DES AVENS!

Peut-être le sous-sol ne prête t’il pas, par sa nature, à des travaux de galerie comme l’affirme M. Popper, mais on peut imaginer l’aménagement d’un aven naturel sous le château... soigneusement dissimulé par la maçonnerie. Et des avens il n’en manque pas autour du château:
- Le plus connu est celui où furent jetés les corps des victimes du dernier assaut contre la catapulte de l’évêque Durand.
- Puis une ou deux autres cavités du nom d’aven dont une comporte 3 marches, encore visibles, s’achevant contre un éboulis.
Si l’on ne veut pas entendre par souterrain un aven, il nous reste des grottes dans les pentes du Pog.

La grotte du Tambour

Certains auteurs voient dans ce nom la déformation de TABOR qui correspondrait au vieux nom de la montagne St Barthélemy. D’autres y verraient TABOUR, TAMBUR mots dérivés de l’arabe et désignant un instrument de musique. Etrange explication. Mais quel serait le rapport entre un tambour et la croix “cathare” gravée dans la paroi de la grotte du tambour, Et s’il fallait plutôt y trouver une information en relation avec la tradition cathare du chemin des cloîtres “musicaux”? mais ceci serait une autre histoire que peu d’auteurs nous relatent.

La grotte du fusil

Celle-ci est moins connue. Faut-il entendre la découverte d’une ancienne arme à feu? Sur ce nom c’est le silence complet. Pourtant il n’est pas bien difficile de supposer deux dérives d’un même mot:
- Fusil: la pierre à affûter une lame de couteaux ou de faux. Cette pierre à une forme de fuseau!

Un étrange croquis sous Montségur...

Fusil: du mot fuselé! retour au fuseau ou à la navette. Qu’ils soient fuseau ou navette ces deux objets font appel à une idée de tissage. Or, les Cathares disaient “tisser leur habit de clarté” et certains étaient bel et bien tisserand. Voici qu’alors la grotte du Fusil prend un tout autre aspect que celui d’une arme à feu. A moins, une fois de plus, qu’il nous faille comprendre en langue des oiseaux ce qu’est une arme à feu... ou à Feu? Enfin une dernière question fut très peu abordée par les scientifiques, peut-être en raison de la réponse qu’elle entraînerait logiquement.

Une logique mortuaire

Si l’on admet, qu’au début de la croisade Montségur est un lieu de vie sédentaire il faut prendre en compte l’événement inéluctable de la vie qu’est la mort. En effet, nous notons que de nombreuses personnes montent au Pog régulièrement et même y vivent. On nous assure aussi que de nombreux malades y trouvaient le réconfort de l’Esprit. Certains forcément y mourraient. Puis vint le siège. Nous savons qu’il y eut de nombreux morts durant les combats.
Si l’on suppose que les habitants en temps de paix et même au début du siège, ensevelissaient leurs morts, il en est tout autre chose durant la fin du siège. On peut aussi exclure que les corps soient descendus à dos d’homme par le même chemin que celui emprunté par le ravitaillement et le courrier en raison du poids d’un corps mort, des risques de chute et de la possibilité d’être repéré.
Où furent ensevelis les corps?

Le pape excommuniant les cathares. Chronique de St Denis.

D’autre part les Cathares ne pratiquaient pas la crémation mais enterraient les corps dans des cercueils de bois. Même si les morts avaient été ensevelis autour du château, l’Eglise les auraient déterrés et probablement jetés au bûcher avec les vivants... ou alors nos archéologues les auraient retrouvés lors des fouilles ou du moins leurs vestiges.

UN PETIT CALCUL MACABRE

Alors? Il reste un petit calcul macabre à faire.
En arrondissant quelques chiffres, même par défaut, nous pouvons savoir combien étaient les occupants du site au début du siège: environ 150 hommes d’arme et 350 autres personnes entre les Cathares et les habitants non combattants (femmes, vieillards, enfants, invalides...). Ce qui nous fait pratiquement 500 personnes. A la fin du siège il nous reste: les 210 Cathares conduits au bûcher, le seigneur et ses proches (20 personnes au plus), le reste de la garnison (40 hommes au maximum), les 6 échappés volontaires des 2 sorties de trésors. Ce qui nous fait 280 personnes. Nous arrondirons par excès à 300 en raison des personnes qui évacuèrent le site lors du siège tel que R. de Caussa et d’autres peu nombreux... Il nous manque au moins 200 personnes. Aucun écrit ne fait état des morts lors du pilonnage des dernières semaines du siège. Seuls 4 cadavres furent retrouvés et encore savons-nous qu’ils provenaient du dernier baroud d’honneur contre la catapulte.
Etrange que nos scientifiques chercheurs ne se soient pas penchés sur cette irritante question. Nous n’oserons pas supposer que la réponse les inquiéteraient par trop... et pourtant, même, en minimisant à l’extrême 50 ou 80 cercueils ne s’entreposent pas sur un mouchoir de poche, n’en déplaise à Monsieur Popper. Il est donc indispensable de supposer, au moins l’existence de cavités naturelles ou artificielles sous le château et que ces dernières furent utilisées comme nécropole (pour éviter les profanations), comme lieu de culte, de dépôt, de silos à provision ou encore d’ultime lieu de replis.

L’ETRANGE SOUTERRAIN DE MONSIEUR “B”

Il reste encore l’étrange récit de 1935. Un certain Monsieur “B”, accompagné de l’abbé Durant, fait une curieuse découverte en contre-bas de la grotte du Tambour: un étrange boyau qu’ils explorent. Ils y cheminent péniblement sur une bonne distance. Cette galerie les conduit dans une salle où ils découvrent d’étranges vestiges et deux ‘couloirs’ montants qu’ils n’auront pas le loisir d’explorer. Canulars? Fantaisie? Rêves fiévreux? L’abbé Durant ne fait ni dans l’un ni dans l’autre!
Monsieur “B” informe le G.R.A.M.E. et Monsieur le Maire de Montségur de sa découverte. Il semble qu’il fut pris pour un doux rêveur. Et une fois encore l’oubli couleur de poussière du temps efface ce détail irritant... Mais heureusement c’est sans compter sur deux courriers faisant état d’un observation similaire sur ce secteur du Pog.

L’ENIGME DE QUELQUES LIVRES

Si ce titre s’inscrit dans la rubrique “souterrains” c’est en raison du fait que quelques ouvrages auraient été découverts, ou prétendu tel, dans des caches ou lieux enterrés... Ces informations sont à prendre avec une prudente réserve, certes, mais avec un intérêt certain.
L’imitation de Jésus Christ.
- Un document important semble avoir été écrit à Montségur aux environs du début de l’installation des Cathares sur le site. Il s’agirait de ces fameuses premières pages de «l’imitation de Jésus Christ » écrites par Jean de Cabanac que la Tradition dit composées dans les “salles romanes de Montségur enfouies sous les murs de Montségur”- Ce qui accréditerait la thèse d’une salle souterraine!
Un texte chinois?
- Il y aurait ensuite un texte retrouvé dans une sorte de petite cavité. cette dernière existe toujours très près du château, au fond d’un roncier. Le document, étrangement, serait écrit en caractères d’origine chinoise du moins dans la forme des signes... Il est très difficile d’en savoir plus.
Des signes d’un trait fin.
- Par contre nous avons eu la possibilité d’accéder à un morceau de feuille de bois, très fine, comportant des signes d’un trait fin et gris... dont nous avons des clichés photographiques. Ce vestige insolite fut retrouvé lors de la consolidation d’une partie des murs du château par un ouvrier dans un petit creux entre des pierres de fondation. L’ouvrier avait, alors, fait remarquer que la fumée de sa cigarette, à cet endroit était “aspirée” vers le bas. <<Aucun intérêt>>... lui fut-il répondu.

Un extrait des feuilles de bois écrites retrouvées dans les ruines de Montségur.

Chiffres et figures géométriques.
- Nous terminerons par cette découverte étrange faite aux environs de 1935 dans le château et relatée en 1967 dans l’édition d’un petit ouvrage: “Un Oracle Kabbalistique”. L’affaissement d’une partie de muraille provoqua la mise à jour d’une cache. Des feuillets reposaient ici visiblement séparés en deux tas distincts. La première partie était à présent illisible sauf un seul mot: Fatalité... La seconde partie était composée “de parchemins plus épais recouverts de chiffres et de figures géométriques”. L’ensemble du texte “traduit” semble assez hermétique.

LE VERITABLE LIEU DU BUCHER

Nous terminerons notre petit “survol” du site de Montségur par le résultat d’un véritable survol du Pog... Sur ce dernier (et sur d’autres sites), pendant l’hiver 1996, des clichés aériens “infra-rouges” furent réalisés. Cette technique reconnue et incontestée est de plus en plus utilisée par les archéologues. Les résultats obtenus demandaient, devant leur ampleur, une confirmation par des clichés “de surface”. Il y eut confirmation des “impacts”. Le résultat atteste:
De l’existence de plusieurs cavités, non encore répertoriées, à flancs de montagne.
De 2 “échos” très nets sous le château, l’une à l’aplomb d’un mur très épais déjà repéré sur le site, l’autre dans le périmètre du “Donjon”.
Enfin, le plus formidable serait la localisation de deux “échos” importants qui pourraient bien s’avérer être les emplacement de deux incendies conséquents. Ces derniers ne se situeraient pas à l’emplacement présumé habituel du bûcher. Une vérification de surface est en cours et confirmerait bien le lieu de 2 incendies s’inscrivant sur des périmètres rectangulaires trop précis pour être un quelconque feu, même de bâtiments. La confirmation de ces indices apporterait des éléments nouveaux et tangibles sur 2 des énigmes de Montségur.

AU MOMENT DE CONCLURE
La stèle dressée par Déodat Roché ... à la mémoire des martyrs du pur amour...

Nous présenterons ultérieurement un petit répertoire des curiosités insolites se trouvant en périphérie de Montségur. Il sera utile au chercheur curieux de Catharisme de consulter le travail de Lucienne Julien et surtout les ouvrages, un peu trop souvent laissés dans l’ombre (on est en droit de se demander pourquoi?) de Déodat Roché. Ce dernier fut un des précurseurs de l’étude au 20e S. de la religion des Cathares méridionaux. Nombreux furent ceux qui puisèrent à sa connaissance tout en omettant de mentionner l’existence de ce chercheur hors du commun. Il est vrai qu’il se tenait loin de la célébrité, de l’orgueil, de la prétention, et du devant de la scène... un peu à l’image de cette religion, et de ses pratiquants, qu’il étudia toute sa vie durant. Il semblait indispensable de le rappeler en conclusion de ce travail.

André Douzet