Montsaunès

 

A Villandraut (Gironde), nait en 1264 un certain Bertrand de Got. Enfant des vicomtes de Lomagne, une très ancienne, mais peu fortunée, famille de Gascogne.
Ce n'est pourtant pas Bertrand de Got qui sera à l'origine du toponyme de St Bertrand, mais Bertrand de l'Isle Jourdain, auteur de nombreux miracles extraordinaires. En visitant le trésor de St Bertrand le visiteur y admire, en particulier, un objet peu banale : une 'corne de licorne'. Bertrand de Got vouait une véritable fascination pour ce vestige formidable d'environ 1,60m (en vérité une dent de narval: monodon monocéros), au point de s'en être fait sa crosse d'évêque… qu'il lèguera sous condition exprès au Comminges. Objet insolite que la superstition rendra peu à peu doté de pouvoirs magiques formidables. Par ailleurs de Got prendra le pseudonyme d' « évêque à la Licorne ».


St Bertrand de Comminges

Le 'Document RUBANT' précise encore que Bertrand ait exigé, au moment de faire don de son 'alicorne' que trésor soit mis sous la garde, et la responsabilité, de trois chevaliers de la commanderie de Montsaunès. Ce texte (18e S.) précise que celui devenu, enfin, Clément V conservera toujours vif le souvenir de cet objet précieux, et s'en inquiétera régulièrement. Il semblerait surtout qu'à la chute du Temple, en 1314, Clément V se soit assuré que les trois hommes du Temple ne soient ni interceptés, ni même inquiétés… à charge, pour eux, en échange de cette mesure de clémence, de poursuivre leur veille sur le précieux vestige même, et surtout, après le procès de l'ordre, et qu'il leur sera exigé de choisir et prévoir 'sagement' les successeurs de cette mission insolite. Clément V ira ensuite vers le destin que nous lui connaissons…

Sur l'implantation de l'Ordre, à Montsaunès, les documents manquent curieusement, alors qu'ils abondent formidablement dès la seconde moitié du 12e S. (soit quelques années après la fondation) et jusqu'au 18e S.! Absence regrettable car les avis divergent déjà en deux hypothèses (pour les plus tangibles) :
1) L'Ordre s'installe en un lieu ou existe alors une église 'Bénédictine' avec une communauté laïque.


Plan commanderie

2) Selon Higounet, le Temple serait à l'origine d'une structure humaine autours de sa maison aux environs de 1140. Quoiqu'il en soit de nombreux vestiges, du néolithique aux époques romaines seront retrouvés dans ce secteur… Ce qui n'exclut pas que le site eut été abandonné des romains, puis réoccupé au 12e S pour plus d'une raison logique !
Viennent ensuite deux variantes historiques:
1) L. Dutil fait état d'un acte de 1142 par lequel le premier commandeur templier serait un 'De Pins' qui s'illustra au coté de Hugues de Payens en Palestine. La mère de ce Pèlerin de Pins était fille du comte de Comminges et épouse De Pins… d'où l'hypothèse de Dutil. 'On' dit que l'acte de 1142 aurait disparu des archives, ce qui suffira pour d'autres chercheurs de mettre en doute son existence.
2) 2) M. Mondon constate, par le 'Cartulaire des Templiers' (A.D. de la Hte Garonne), que ce serait les mêmes templiers qui installèrent Montsaunès et La Nougarede en raison des graves ennuis de frontière à ce moment. La Nougarede assurant le contrôle du bassin de l' Ariège et Montsaunès des Pyrénées Occidentales (rien que ça !).

L'église

L'église, aurait été construite vers 1180. Dans son ensemble peu de modifications notoires, dans ses structures de base, semblent avoir affectées l'édifice et on peu supposer que nous la voyons, à quelques détails mineurs près telle quelle se présentait à l'époque du Temple.


Le plan de base est rigoureux et Mme F . Laborde le résume parfaitement : une nef constituée d'un rectangle, sans bas-côtés, ni chapelles ; elle est divisée en quatre travées. Le chœur est à peine plus étroit que la nef, de forme hémicirculaire à l'intérieur, à onze pans coupés à l'extérieur. Une tour placée au nord, à la jonction entre le chevet et la nef, sert d'accès aux combles. » L'édifice est quasiment construit en briques rouges, hors mis des chaînages, assises et adjonctions nombreuses dans le chevet et appareillages de tableaux d'ouvertures.

L'extérieur de l'église de Montsaunès mériterait notre attention à plus d'un titre, nous y reviendrons prochainement. Entrons à présent dans l'église.
En regardant la voûte de l'édifice, la vue ne peut tout retenir tant le décor est varié précis et surprenant. Sur fond blanc de voûte étoilée se dessinent des symboles chers à l'Ordre: frises de motifs à damiers, séries de rouelles et rosaces à conjugaisons géométriques multiples, d'étranges fleurs de lys, représentations solaire et lunaire.

L'église de Montsaunès détenait ce qu'il y a lieu d'appeler une 'Porte des Morts'… D'autres détails sculpturaux extérieurs, et intérieurs, bien spécifiques à une vision 'religieuse', 'philosophique', 'spirituelle' hors du commun et propre à l'Ordre du Temple. Nous y reviendrons certainement plus tard, et actuellement un travail de 'catalogue ' est pratiquement achevé. La commanderie de Montsaunès était une partie seulement d'un ensemble local bien plus important, c'est un aspect qui échappe trop souvent aux chercheurs et visiteurs…

Qui nous parlera encore de cette corne de Licorne, illustrée dans les peintures de l'église, et qui semble reprendre la légende de Bertrand de Got… sinon pourquoi l'avoir peinte justement ici? On peut encore se demander quelle pouvait être la véritable mission des 3 chevaliers de Montsaunès choisis par l'un des principaux responsables de la chute même du Temple? Pourquoi ce flou dans l'histoire de l'implantation de l'Ordre en ce lieu… et pourquoi ne jamais préciser qu'à l'origine un très ancienne chapelle (avec crypte) se situait à cet emplacement… sous le vocable de Saint Andrew? Etonnant que ce qui fut sans doute le premier édifice religieux du lieux ne soit jamais cité par nos historiens et chercheurs scientifique en la matière… Certes ce nom sent fortement l'Ecosse ou un autre passé oublié dont la commanderie devait, pourquoi pas, en conserver des éléments, ou un souvenir certain, mais très discret. De plus on constate que les combles de l'église était en vérité un ultime retranchement avec meurtrières et autres vestiges de systèmes défensif redoutables… faisant de l'édifice un véritable donjon capable de résister sérieusement en ce lieu… alors que d'autres défenses existaient par ailleurs?