
La Pierre qui chante
En mémoire de Jean-Louis Brechet et Ado Bedoin…
Un mégalithe
très peu commun
Le mégalithe le plus insolite de l’ensemble des ‘Roches
de Marlin’ est pour nous celui qui a pour nom ‘La Pierre qui chante’.
Cette ‘pierre’ était sans doute la plus importante du site.
Il semblerait qu’avant nous, il y a plus de trente ans, personne n’ait
jamais fait mention de cette roche et encore moins de son nom. Il est vrai,
qu’à cette époque, nous étions les premiers à
nous intéresser sérieusement à cet endroit qui ne fut connu
du public que bien plus tard.
Ce bloc rocheux se trouve en alignement avec le hameau de Jurieu, quasiment
au bout du chemin (et à droite) en arrivant de Marlin que nous avons
déjà vu précédemment.
Il s’agit là d’une sorte d’énorme amande rocheuse,
tournée vers l’ouest et inclinée (montante) par rapport
au sol ambiant. C’est un mégalithe peu commun, qui n’est
pas vraiment un dolmen, puisque posé directement au sol, ni un menhir
en raison du fait qu’il n’est pas dressé complètement.
De forme grossièrement ovale, elle mesure plus de trois mètres
cinquante de long, pour une largeur d’un mètre vingt et quatre-vingts
centimètres à sa plus importante épaisseur. Inclinée
à près de vingt degrés sur le terrain, et ce dernier étant
lui-même en déclivité, la pierre pointe résolument
aux alentours de quarante degrés de l’horizon réel. Dire
qu’elle repose sur sa partie basse est une erreur. Une arrête rocheuse
naturelle la supporte en une sorte d’équilibre très stable
renforcé par le blocage de petites cales de roches. L’amande repose
ainsi sur ses 3/5ème, et cette position lui donne une apparente légèreté.
Elle se trouve à la fois surélevée du sol et solidement
ancrée sur ce dernier par l’action de son propre poids; l’impression
de ‘porte-à-faux’ s’estompe si l’on songe que
ce bloc fut posé ainsi il y a des millénaires… et que visiblement
il n’a subi depuis aucun glissement ou tassement sur sa base. Mais il
y a encore mieux : à l’observation du sol, le sentiment que la
pierre fut ‘posée’ sur son calage est renforcé par
la conviction que les minces plaques rocheuses qui la bloquent auraient été
immanquablement écrasées si une telle masse avait été
poussée ou tirée à cette place. Non… cette pierre
est à la juste place où des hommes l’ont voulue… avec
une précision qui dépasse encore notre entendement, vu ce dont
ils disposaient pour un tel travail !
Témoin de rites monstrueux ou de chants lancinants ?
Le
bloc se trouve percé de deux grosses cupules sur sa face exposée
au sud. Elles sont reliées entre elles par une mince et étroite
gorge… Ainsi si l’on verse du liquide dans la cupule haute,
ce dernier s’écoule vers la cavité basse. De cette
évidence est sans doute née l’idée de monstrueux
sacrifices avec écoulement de sang tout au long de la roche. Or,
un quelconque liquide doit d’abord remplir la première cupule
à ras bord pour commencer à s’écouler, ce qui
impliquerait beaucoup de sang… sans oublier que ce dernier coagulerait
trop vite pour permettre un tel spectacle sur une longue durée
!
Mais il faut maintenant apporter une série d’éléments
pour tenter de trouver ce à quoi ce mégalithe doit un tel
nom : « La Pierre qui chante ».
Bien entendu, cette énigme nous a intéressés depuis
le début de nos recherches. Il fallait exclure évidemment
le moindre espoir de l’entendre… chanter au sens général
du mot. Il restait les possibilités pratiques, en tenant compte
de ce qu’avaient nos ancêtres à leur disposition, afin
de rester dans les limites du ‘réalisable’ avant de
plonger dans l’imaginaire et l’irréel. Nous pouvions
songer à produire des sons en tapant avec de la pierre, du bois
ou une barre de bronze sur le mégalithe… Tout au plus avons-nous
obtenu effectivement des bruits qui, selon un rythme, pouvaient devenir
une sorte de litanie… peu harmonieuse mais qui, même avec
une très bonne volonté, n’avaient rien à voir
avec un chant ! Il restait bien sûr le bruit du vent (quasiment
perpétuel à cet endroit) dans les cupules et qui pouvait
sembler une plainte… rien non plus dans ce sens, car on entend simplement
les sifflements du vent et rien d’autre !
Des yeux pour les étoiles
Une fois ces hypothétiques essais avérés sans succès,
nous avons abordé une autre série de constats.
A bien regarder l’amande rocheuse, on s’aperçoit que ceux
qui l’ont voulue ainsi ont utilisé au maximum les formes naturelles
du bloc. Nous sommes donc assez proches de l’esprit des druides qui voulaient
qu’une roche servant à leur culte soit la plus naturelle possible.
Il faut, dans ce cadre, prendre un peu de distance et regarder cette roche dans
son ensemble, sans la fixer trop du regard et si possible en matinée
ou fin de journée pour avoir un éclairage arasant.
C’est à ce moment qu’apparaît un grand visage se dessinant
sur la pierre depuis la forme naturelle du minéral formant l’arête
d’un nez aquilin encadré vers le haut par les deux cupules disposées
à la place des yeux… Ces détails amplifiés par le
jeu des ombres dessinent des traits surprenants, austères, graves…
ceux d’un visage qui crie ou… chante ! L’expression fugitive
est empreinte d’une certaine noblesse; on n’y décèle
aucune cruauté ni effroi…
Lorsque le soleil s’apprête
à disparaître à l’horizon, les traits s’intensifient
encore, se durcissent, puis se fondent dans l’ombre… le visage est
redevenu pierre inerte. Le cliché entrevu inspire le respect et prédispose
à une méditation interrogative. Le regard sombre et attentif interroge
le ciel, la nuit… les étoiles. Ici, comme au menhir du Flat (dont
nous parlerons bientôt), des yeux observent à jamais le firmament.
Une autre roche du même type devait se trouver très près
de celle-ci… mais, brisée sans doute en cours de transport, elle
n’eut pas le temps d’être mise en place ou activée…
Un chant que les oreilles ne pouvaient écouter
Ainsi, nous avons, semble t-il, trouver une explication à ce nom : un
visage criant ou chantant… Mais était-ce seulement cette expression
qui en justifiait l’appellation ? Nous sommes allés un peu plus
loin, car un autre détail nous surprenait dans la construction de ce
visage. Nous admettons que les maîtres d’œuvre de ce mégalithe
aient été capables d’édifier une telle roche agrémentée
d’un visage comme nous le voyons… ce qui exclut radicalement l’intervention
naturelle d’un pur hasard. Peut-on croire qu’un détail important
dans le dessin d’un visage ait pu leur échapper ?... car, en effet,
il manque pour compléter cette morphologie… les oreilles ! En échange,
un front très long, effilé, quasiment aussi grand que le bas de
la figure depuis les yeux… ne manque pas de nous étonner !
Doit-on en conclure que les oreilles ont été ‘oubliées’
volontairement ?... tout aussi volontairement que le front est représenté
démesurément long ?
En ce cas nous avons cette possibilité :
Nous sommes devant une figure avec :
- une bouche grande ouverte qui chante ‘fort’…
- sans oreilles pour ‘entendre’ ce son…
- mais pourvu d’un front anormalement prolongé pouvant simuler
une grande capacité cérébrale…
Tous ces ‘détails’ veulent, peut-être, signifier que
le chant de cette Pierre unique en son genre n’est pas une mélopée
audible par des oreilles… mais par un cerveau capable de la percevoir
! En quelque sorte un son, un message, un savoir ( ?) à destination d’une
intelligence capable d’entendre cérébralement ce que des
oreilles ne peuvent entendre… Ou peut-être est-ce là un avertissement
que ce ‘chant’ n’est pas pour le commun des mortels attendant
simplement d’entendre ce qui ne lui est pas réservé ?
Mais alors… de quel son ou ‘chant’ peut-il s’agir ?
Et comment l’activer… et le percevoir ? C’est ce que longtemps
nous nous sommes demandés. Un détail nous surprenait également
: il était difficile de faire tenir un animal (expérience faite
avec plusieurs chiens et chats) sur la roche... ce dernier ne semblait avoir
qu’une idée … en descendre le plus vite possible en gémissant
!
L’extraordinaire chant inaudible
Il a fallu attendre plusieurs années l’arrivée d’un
chercheur, maintenant totalement oublié, Jean-Louis Brechet. Il s’agissait
d’un ingénieur de très haut niveau dans une technologie
qui commençait à prendre de l’importance : l’informatique.
A ce savoir, Jean-Louis ajoutait des compétences supérieures en
électronique. Il s’est très vite intéressé
à ce problème du « chant de la pierre que l’on ne
pouvait pas entendre ». Plusieurs fois, il s’est rendu, avec d’autres
scientifiques, sur les lieux. Pour lui, la réaction des animaux signifiait
qu’un son en ‘infra’ ou ‘ultra’ fusait de cette
roche… sans pour autant en supposer l’émission. La pierre
bardée de capteurs finit, après de longues séances, par
se laisser ‘deviner’. Et c’est en explorant des fréquences
inaudibles à l’oreille humaine… qu’une veille de Noël,
J.L. Brechet finit par ‘entendre’ ce que nulle oreille humaine n’avait
entendu : le chant de la Pierre… comme une sorte de suite de 5 tonalités
répétitives à l’infini ! Mais l’origine de
ce son, sa transmission, sa réception et surtout son but final sont toujours
restés une énigme. Une autre série de questions reste,
pour nous, extraordinaire, mais sans réponse et inquiétante: Peut-il
s’agir d’un hasard minéral du type ‘poste à
galène’ ? ‘Ceux’ (ou celles) qui implantèrent
une telle pierre savaient-ils ce qu’elle pouvait produire ? Si oui, pouvaient-ils
à volonté reproduire et cette forme et ces résultats ?
Qui étaient ces ‘créateurs’ et de quel peuple étaient-ils
les maîtres ou les prêtres ?

Des roches à la chapelle des… fous
A l’époque de nos recherches, nous avions poursuivi nos enquêtes
avec l’aide d’un autre chercheur : le père Ado Bedoin ! C’est
lui, par exemple, qui nous avait fait remarquer que la pierre se trouvait dans
le périmètre de promenade des chartreux de Ste Croix… et
que, de fait, ils ne pouvaient en ignorer la présence… mais surtout,
que jamais cette roche n’avait été christianisée,
détruite, déplacée. En effet, une paire de bœufs ou
un bon et long levier aurait alors suffi à renverser cette pierre ‘maléfique’…
pour d’autres que ces moines ! Mais ce n’est pas tout. Ado avait
continué sa petite enquête et s’était aperçu
que certaines personnes de Ste Croix et ses environs avaient eu de l’intérêt
pour ce lieu énigmatique et cette pierre. Plusieurs avaient tenté
d’en savoir plus sur ce mégalithe qui, par un certain aspect, invitait
ses visiteurs à s’étendre sur lui.
Nous avons pu alors recenser formellement quatre personnes qui, en moins de
cinquante ans, avaient essayé de ‘violer’ le secret, sur
place, de ce fascinant rocher… Ces quatre personnes en sont toutes redescendues
avec de graves problèmes cérébraux. Grâce aux relations
d’Ado, nous avons pu rencontrer quelques instants une de ces… victimes.
Plus aucune discussion n’était possible avec nous… tout au
plus quelques mots incompréhensibles. Seul Ado, en sa qualité
de religieux, avait pu patiemment établir un faible lien, au cours duquel
il avait fini par reconstituer le processus.
Certes, l’émotion, la crainte, ou certains exercices d’extases
mal vécus ou poussés au paroxysme peuvent déstabiliser
un esprit fragile… Mais saurons-nous un jour ce qui se passe vraiment,
dans certaines conditions, sur ces lieux ?
Ce rite ‘d’enchantement’ subi sur la roche était-il
seulement destiné à ‘rendre fou’ le patient, le néophyte,
le profane ou le postulant ? Rien n’est moins certain… Celui qui
‘savait’ pouvait sans doute user de cet exercice et s’ouvrir
à ce secret sans grand risque. Mais le ‘non-initié’
y laissait toute sa lucidité et, ne pouvant rapporter le moindre souvenir
de son voyage… enchanteur, il devenait … fou et le secret restait,
lui, inaccessible! Mais qu’y a-t-il de plus mince que l’espace séparant
la sagesse de la folie ? A ce propos, ajoutons à ces étranges
faits que l’antique chemin conduisant au site des roches de Marlin partait
de Jurieu (derrière la chapelle) et arrivait devant la ‘Pierre
qui chante’… et que l’ancien nom de cette vénérable
chapelle était : « la chapelle des fous » ! Encore un dernier
hasard sans doute…
L’enchantement d’une roche et la présence des fées
La
pierre des fées
‘Pierre qui chante’ est un nom qui ne pouvait être
donné par hasard ou caprice. Il faut admettre qu’il a donc
été octroyé en fonction d’un rôle précis
et connu, qu’elle assure avec justesse. Ceux qui ont fait ce choix,
il y a bien longtemps, savaient peut-être le contenu du message
et les modes d’emploi pour ce genre de ‘réception’,
pouvant être extrêmement dangereuse sans le savoir nécessaire.
Cette procédure et le but de ce ‘contact’ sont-il toujours
en possession de quelques personnes ? A qui étaient réservés
cette roche et ce chant oublié ? à quelle élite ou
quel condamné ?...
Chanter… certes, nous fait penser à une mélodie, une
harmonie de sons… un chant, une chanson peut-être ? Si ce
nom est très ancien, ne pourrait-il pas s’apparenter au terme
‘chanson’ dans le sens d’un récit merveilleux
tel par exemple… « La chanson de Girard de Roussillon »
??? Ce message alors serait un récit, une saga, un savoir merveilleux
?...
Patrick Berlier, avec justesse, sur le sujet, supposait que le mot «
chanter » en vieux français signifiait aussi « enchanter
»… faire des enchantements… et des ensorcellements.
Il ajoute que si la pierre « enchante », elle prend alors
toute sa place dans le site des roches de Marlin ou Merlin… puisque
ce magicien, cher au roi Artus, était sans doute le plus connu
des … enchanteurs de son époque !
Les seules découvertes faites près de cette roche sont quelques
pierres de rivière. Elles furent donc apportées ici par
des hommes. Etait-ce un culte, une offrande, un rite oublié, une
marque de respect, de crainte, d’inféodation ? Il s’agit
de galets recouverts de petites cupules… sur une seule face, celle
qui se trouvait tournée vers la terre. Ces galets étaient
tous rassemblés en un seul lieu (du moins à notre connaissance)
à quelques mètres de la Pierre qui chante. Montrés
à un vieil habitant de Marlin, à l’époque de
notre découverte, celui-ci s’était rapidement ‘signé’
et avait très vite prononcé le mot « une pierre de
fée ». Certaines cheminées du hameau en étaient
quasiment ‘religieusement’ parées. Nous n’avons
jamais su où les ‘anciens’ les avaient trouvés,
ni le pouvoir visiblement immense, qu’ils leur accordaient…
Sans doute un autre mystère de la Pierre enchanteresse?
A suivre…
André Douzet
NB : On consultera avec bénéfice le fascicule
de Patrick Berlier qui reprend divers autres aspects de ce site :
Le guide du Pilat et du Jarez - n° 8 (1986)
LES ROCHES DE MERLIN
Editeur : action graphique – St Etienne
|