
Le Diamant des Juifs
Ce texte
de Daniel Réju est un des rares portant sur une énigme particulière
concernant une partie ancienne du quartier de St jean dans le ‘vieux
Lyon’… quasiment oublié des chercheurs intéressés
par ce sujet.
Aujourd’hui, que reste t-il de ce récit que tous considèrent
comme une belle légende sans grand fondement historique ? Ceci
reste la vision des ‘officiels’ et n’engage que leur
seule réflexion qui reste assez restreinte et étroite en
cette matière, il faut bien l’admettre...
Ce qu’on appelle encore ‘la maison Lantillon’ est une
des plus anciennes demeures de l’aristocratie locale. On oublie
toujours qu’elle fut réaménagée, au 16e siècle,
par un architecte que nous connaissons bien : Philibert Delorme. C’est
ce dernier qui redessine et réhabilite le château de Lupé
dans le Pilat. Delorme s’illustre également dans les affaires
de l’observatoire de Paris, et on le retrouve impliqué dans
plusieurs ‘sociétés savantes’ de l’époque…
ainsi qu’au sein d’un groupe ésotérique assez
peu connu de nos chercheurs d’aujourd’hui… pour ne pas
dire carrément oublié! Cet architecte ésotériste
notoire est impliqué dans divers éléments de l’architecture
sacrée et de l’exploration d’un passé aux méandres
encore inexplorés…
Quant à ce quartier de ‘La Juiverie’, il plonge ses
fondations dans les plus obscurs recoins antiques de Mirelingue la Brumeuse…
dite Lugdunum autrefois. Que reste-il aujourd’hui des trois étages
de souterrains parcourant les entrailles de l’antique cité
celtique ? Il y a encore cinquante ans, on pouvait explorer de grandes
portions de ce monde interdit où surgissaient encore plusieurs
mégalithes et ‘sables mous’ capables d’absorber,
en moins de deux heures, un bulldozer…
On dit que le quartier de la Juiverie abritait plusieurs puits sacrés
accédant à une sorte de fleuve souterrain et un monde où
se seraient réfugiés les derniers rescapés d’un
monde à l’agonie. Un temple, une nécropole, un sanctuaire
y seraient enfouis… On note, en cherchant les anciennes galeries
ouvrant çà et là depuis des caves humides et pourries,
que les entrées furent discrètement obstruées par
les services municipaux… mais le plus curieux est que certains de
ces passages, mystérieusement, furent retrouvés réouverts
malgré les matériaux utilisés (béton armé)…
Quant à ‘la maison Lantillon’, elle reste une énigme
jamais élucidée, avec ses énormes têtes de
lion dont une recèlerait la clé d’un secret capable
de modifier la face du monde. Des rois, des tyrans, d’obscurs mages
et peut-être d’autres êtres innommables s’essayèrent
à entrer en possession de ce secret… sans succès.
Des rumeurs racontent qu’encore à certaines périodes
des ‘étrangers’ explorent toujours les entrailles de
ce quartier aujourd’hui des plus ‘nettoyés’ et
modernisés, pendant que d’autres explorent, aux archives
de la Montée de l’Observance, des cartons de documents anciens
sur les propriétés concernées. Puis ils disparaissent
ces étrangers… et d’autres arrivent tout aussi discrètement
que le sont certaines sociétés occultes couleur de poussière
du temps !
Suivons donc Daniel Réju dans les replis de l’histoire d’une
pierre oubliée de tous, sacrée ou peut-être…
maudite.
Le diamant des juifs
Il faisait très chaud à Lyon, ce jour d'été
1536. Le Dauphin François, fils de François 1er, venait
de terminer une partie de paume passionnée, disputée sur
le domaine de l'abbaye d'Ainay.
Couvert de sueur, le Dauphin réclama à boire, et son écuyer,
Montecuculli, lui tendit un verre d'eau glacée qu'il but d'un trait.
Presque aussitôt, l'héritier de la Couronne de France se
sentit pris de malaise.
Il dut s'aliter et, après une brève agonie, rendit son âme
à Dieu. Ce jeune prince athlétique, élégant
et chevaleresque, que l'ensemble de ses contemporains comparait à
son père, n'était âgé que de dix-neuf ans,
et les médecins ne purent se prononcer sur la cause du décès.
Aussi cette mort prématurée glaça-t-elle la Cour
d'effroi : François était mort parce que, tout comme la
plupart des grands seigneurs et nobles dames, il s'était intéressé
de trop près au fameux diamant des Juifs de Lyon...
Le Quartier Saint-Jean
Entre la rive ouest
de la Saône et la colline de Fourvière, groupées autour
d'une cathédrale gothique, s'étendent les ruelles sombres
du quartier Saint-Jean....
Elles sont brodées de vieilles demeures des XVIe ou XVIIe siècles,
aux façades sculptées et ornées d'étroites
fenêtres Renaissance. Passant sous des grilles de fer forgé,
on pénètre dans des couloirs obscurs, qui débouchent
eux-mêmes sur d'autres couloirs, autant de cours, de passages et
d'escaliers divers : les fameuses ‘traboules’ lyonnaises,
qui permettent, par exemple, de parvenir depuis ce quartier jusqu'à
Fourvière, sans passer par aucune rue.
Il y a quelques années encore, Saint-Jean était presque
un ‘coupe-gorge’, le repaire des voyous et des truands de
toutes espèces, une sorte de Pigalle lyonnais. Il faudra le mouvement
de renaissance du vieux Lyon, l'installation des restaurants, cabarets
et galeries d'art, pour que les truands cèdent le pas, que le quartier
perde sa mauvaise réputation.
Pourtant, au XVIe siècle, Saint-Jean était le quartier bourgeois
de la ville. Tous les grands y possédaient de somptueuses demeures,
et les tournois se déroulaient en son plein coeur : rue Juiverie.
A cette époque, Lyon faillit de peu devenir capitale de la France.
La Cour, avec la Régente, s'y était installée en
août 1524, alors que le roi partait prendre Milan : pour quinze
mois, Lyon devenait le siège du gouvernement et, après le
désastre de Pavie, un an plus tard, Louise de Savoie décida
de se maintenir au cloître fortifié de Saint-Just malgré
la proximité des armées impériales.
La cité vivait sa grande époque, plus resplendissante et
plus florissante encore qu'à l'époque gallo-romaine, sa
véritable renaissance.
Première place bancaire d'Europe, Lyon s'épanouissait au
rythme des grandes foires et une nouvelle activité venait encore
l'enfiévrer: l'imprimerie. Implantée à partir de
1476, cette industrie s'y développe à une cadence foudroyante
: environ cent imprimeurs en 1515, plus de 400 en 1548 et qui, contrairement
à leurs confrères parisiens, adjoignent l'édition
à leur activité principale.
Un tel rayonnement séduit les étrangers : les Allemands
arrivent en masse par la Suisse, les Italiens par la Savoie. La Cour demeure
en permanence à Lyon de 1524 à 1540. Naturellement, elle
attire une foule d'artistes et d'écrivains. Le mouvement intellectuel
va de paire avec le développement économique de la cité.
La Réforme se fait sentir et on trouve à Lyon la plupart
des précurseurs : Clément Marot, Bonaventure, Despériers,
alors que Rabelais vient s'installer comme médecin à l'Hôtel-Dieu
en 1531. C'est là qu'il publiera ses célèbres ouvrages.
Et les poètes pullulent: Claude Bellièvre, Guillaume de
Choul, Jean Croies, Barthélémy Aneau, Maurice Scève,
Louise Labbé, dite la ‘Belle Cordière’, et tant
d'autres.... Les salons ne désemplissent pas, les fêtes et
les cérémonies somptueuses se succèdent.
Dans cette ambiance un peu folle, où contrastent violemment l'opulence
des grands et la misère du petit peuple, les intrigues ne manquent
pas, surtout à la Cour. C'est la plus mystérieuse d'entre
elles qui devait coûter la vie au Dauphin François.
Une pierre venue du Moyen-Orient
A
cette époque de la Renaissance, outre les Allemands et Italiens,
une importante colonie juive, puissante aussi bien par le nombre que par
la richesse, s'était installée à Lyon, dans le quartier
Saint-Jean, et sa ‘tête pensante’ avait justement élu
domicile dans l'actuelle rue Juiverie.
D'étranges bruits circulaient au sujet de ces nouveaux venus. On
parlait d'un mystérieux et incomparable diamant, qu'ils auraient
fait venir du Moyen-Orient et conserveraient jalousement, dans le secret,
en le préservant des convoitises par de multiples précautions.
La réputation de cette pierre, unique par sa grosseur et sa pureté,
énigmatique de par ses origines et son usage, était parvenue
jusqu'à la Cour.
Tous étaient fascinés par cette histoire étrange
et rêvaient de s'approprier le précieux diamant. Les divers
clans de courtisans intriguaient en ce sens. Catherine de Médicis,
entre autres, passionnée de bijoux, se montrait acharnée
à percer le secret de la mystérieuse pierre.
Dans ce contexte trouble, amplifié par la présence des astrologues,
des mages et des empoisonneurs florentins, survint l'affaire du Dauphin.
Actuellement, nombre d'historiens s'accordent à penser que cette
mort fut naturelle : François, après un effort qui l'avait
considérablement échauffé, aurait contracté
un refroidissement en absorbant cette eau glacée. D'autres estiment
que l'ambitieuse Catherine aurait fait ajouter à cette eau un quelconque
poison, afin d'ouvrir le chemin du trône à son mari, le futur
Henri II...
Toujours est-il qu'à l'époque les médecins déclarèrent
cette mort inexplicable. Or, il fallait une raison : on estima que le
Dauphin avait bien été empoisonné — mais à
l'instigation de Charles-Quint — et que l'exécutant avait
tout simplement été Montecuculli, l'écuyer de François....
Ce dernier fut écartelé à la satisfaction générale,
rue Grenette, sur l'autre rive de la Saône.
Cela n'empêchait pas les courtisans d'avoir peur. Car eux le savaient,
et certains historiens connaissant bien les dessous de l'affaire le soutiennent
toujours, si le Dauphin avait bien été empoisonné,
le fait en revenait aux Juifs de Lyon qui entendaient protéger
leur énigmatique diamant dont le Dauphin aurait enfin trouvé
la piste.
En tout cas, immédiatement après cette mort, aussi soudainement
que mystérieusement, la ‘pierre venue du Moyen-Orient’
retomba dans l'oubli.
On ne peut s'empêcher de rapprocher ces événements
d'un épisode qui marqua le couronnement du pape Clément
V, à Lyon justement. Au cours de la cérémonie, un
mur s'écroula, tuant plusieurs personnes et désarçonnant
le pape lui-même. Au cours de cette chute, le nouveau pontife devait
perdre la plus belle pierre de sa tiare, qui ne fut jamais retrouvée....
La Maison aux lions
Qu'est devenu depuis
le fabuleux diamant ? Il est difficile d'affirmer, d'autant plus que les
possibilités de cachettes ne manquent pas dans le vieux Lyon et
à Saint-Jean en particulier.
Pourtant, à l'angle des rues de la Loge et Juiverie, au 23 de cette
dernière, une grande bâtisse XVIIe attire l'attention. Mis
à part ses dimensions imposantes, rien ne la distingue des autres
habitations du quartier, sinon une façade sculptée de têtes
de lions, toutes différentes les unes des autres. C'est la ‘maison
Lantillon’, dite des Lions, bâtie en 1617 et qui fait actuellement
office de fonderie d'or.
Une légende, une tradition populaire plutôt, se rapportant
à cette ‘maison des Lions’, a encore cours parmi les
anciens du quartier Saint-Jean : une cassette, contenant une fabuleuse
pierre précieuse, aurait été cachée là,
scellée derrière une des têtes.
L'analogie avec l'histoire du diamant, l'emplacement - rue Juiverie -
en plein quartier juif lors de la Renaissance, laisse à penser
qu'une fois de plus la légende rejoint l'histoire et vient la compléter.
On peut très bien supposer que, de cachette en cachette, depuis
l'empoisonnement du Dauphin François jusqu'à la construction
de la maison Lantillon, le diamant ait finalement échoué
derrière une de ces figures de pierre. L'alerte avait été
chaude et, pour sauvegarder la pierre, ils durent sans doute redoubler
de précautions.
Or, la légende précise que la clef de la cachette réside
justement dans certaines particularités des sculptures....
Cette piste semble la plus logique, mais elle n'est pas unique. Les innombrables
puits et souterrains du quartier Saint-Jean peuvent constituer autant
de cachettes valables.
Au 21, rue Juiverie - édifice voisin de la maison des lions - existent
trois niveaux en sous-sol, comportant des oubliettes, qui n'ont pas encore
été mises à jour : ils sont seulement connus grâce
à des anciens plans et devis conservés aux Archives de la
ville.
Un souterrain, passant sous la Saône, relie l'Antiquaille —
un hôpital situé en dessous de Fourvière — à
l'église d'Ainay. Du 12, rue Juiverie, part un souterrain que l'on
peut suivre sur environ deux cents mètres, au delà desquels
on se heurte à un éboulement. De même à partir
du 16, rue du Boeuf, depuis un jardin en terrasse, un autre souterrain
qui irait jusqu'à Vaise, gardé par deux portes de fer successives
: au delà de la seconde, il n'est plus possible d'avancer. Pourtant,
ce boyau était encore praticable au XVIIIe siècle, puisqu'il
fut utilisé par le célèbre Mandrin, afin d'éviter
les guichets de l'octroi.
Et chaque immeuble, chaque ‘traboule’ possède son puits,
depuis longtemps inutilisé. Il est bien évident que les
Juifs de Lyon n'eurent que l'embarras du choix pour cacher leur diamant.
Lyon est une ville de trésors
En juillet 1966, des ouvriers occupés aux premiers travaux d'un
parc à voitures souterrain, sous la statue équestre de Louis
XIV, place Bellecour, découvraient un coffre contenant des portraits,
médaillons et pièces de monnaie diverses, en or ou en argent,
qui allèrent s'ajouter aux collections déjà impressionnantes
du musée Saint-Pierre. Or une tradition, tenace et d'origine inconnue,
affirmait justement l'existence d'un trésor sous la statue de Louis
XIV.
Peut-être en sera-t-il un jour de même pour le diamant des
Juifs, et la pioche d'un chercheur ou la pelleteuse d'un ouvrier mettra-t-elle
à jour la mystérieuse pierrerie qui valut la vie d'un Dauphin
de France et, le roi y ressentant désormais trop de tristesse,
ôta ainsi à la ville de Lyon toute chance de devenir capitale
?
D. REJU
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