
Lyon, ville mystérieuse
D'OMBRES ET DE LUMIERE
La cathédrale St Jean avec ses fortifications médiévales
Lyon... Antique capital des Gaules, et depuis toujours capitale incontestée
de l'ésotérisme.
Ville des brumes, ou l'on se perd dans une ouate épaisse et lourde poussée
par des fleuves d'un autre âge.
Ville des labyrinthes hauts et bas... "Mirelingue la brumeuse" est
la seule ville de France où l'on peut circuler de son cœur à
ses collines sans jamais utiliser une seule rue. L'initié parcourt ainsi
d'obscurs escaliers, d'étouffants couloirs se ramifiant d'une bâtisse
à l'autre, parsemé de loin en loin de puits de lumière
et autres cours intérieurs... On peut y errer, s'égarer, sans
rencontrer d'autres présences que des ombres couleur du passé
pliées sous le poids de l'oubli ou gémissant à la mémoire
d'un lieu digne d'une autre galaxie...
DU LABYRINTHE A St JEAN DE LYON
Et l'insolite se poursuivra sous terre. Lyon est construite sur les entrailles
de la vieille Lugdunum romaine. De l'antiquité restent les labyrinthes
d'assainissement et drains s'arrêtant où commencent les catacombes
chrétiennes, ultimes demeures de ceux qui en attendant l'instant de résurrection,
côtoient ceux qui, déjà morts vivants, fuient les folies
humaines, d'immondes souvenirs ou d'intolérables réalités.
Du fond d'une cour s'ouvre un puits, une porte basse, une cave irrespirable,
une trappe épaisse... nous voilà dans d'autres galeries qui se
répandent sur plusieurs profondeurs, de caves en caves, de dépôt
en dépôt mais aussi d'églises en cathédrale. Ces
galeries innombrables sont pourtant répertoriées par les services
d’assainissement de la ville.
C'est au long de cette
pieuvre de clarté et d'obscurité que nous parcourrons l'espace
et le temps d'une ville qui se refuse encore à révéler
ses secrets...
Exemple de galerie avec puits dans les sous-sols lyonnais
De la colline de Fourvière à la Saône, ramassé contre
sa cathédrale, le quartier St Jean étend les ramifications étroites
et sombres de ses anciennes ruelles. Façades renaissances, gothiques
ou moyenâgeuses, d'anciennes demeures surgissent d'un temps qui n'est
plus le nôtre. Il y a quelques années encore ce quartier se dégradait
inéluctablement. C'est aujourd'hui un véritable retour à
la clarté.
Ce sont quelques résurgences énigmatiques de son histoire ésotérique
et hermétique que nous allons essayer d'approfondir à présent.
LA TIARE QUI ROULE
14 novembre 1305. Bertrand de Got est couronné pape à Lyon sous
le nom de Clément V. Ce qui aurait du être un jour de liesse tourne
au cauchemar et irrémédiablement aux mauvais augures.
Ils sont tous là, ceux qui firent, et surtout défirent la France
du XIVe S. Philippe le Bel et sa cour célèbrent l'évènement
selon un fastueux cérémonial. Les rues sont noires de monde pour
cette manifestation. La procession pontificale avance majestueusement vers ce
qui sera un jour le chemin neuf. Le roi de France, à la main, mène
la monture du pape coiffé de sa tiare pontificale.
Brusquement, c'est le drame. Tout un pan de mur vient de s'écrouler sous
la pression de la foule. Le roi sera blessé légèrement,
Charles de Valois plus grièvement. Des morts aussi dans le peuple et
la cour: Orsini, le duc de Bretagne, Gaillard de Got de la famille du pape.
Ce dernier est tombé lui aussi mais sans gravité, du moins en
apparence. Mais la tiare papale, que l'on retrouve sous les décombres,
aura perdue la plus grosse pierre de sa parure: une escarboucle de 6000 florins,
dit-on...
Le fait, incontestablement, sera perçu comme un très mauvais présage,
et la pierre minutieusement recherchée ne sera jamais retrouvée...
Ceci se passait à quelques dizaine de mètre de la cathédrale.
D'étranges rumeurs circuleront à propos de l'escarboucle perdue
et de l'Ordre du Temple.
SARCOPHAGES ET BAPHOMET
Curieusement, rares sont les écrits à propos de l'ordre du Temple
à Lyon. Pourtant l'enceinte templière de cette ville, dite "Clos
de St Georges" était plus étendu que celle du Temple à
Paris.
Commanderie de Lyon
quartier St Georges
Les vieux écrits relatent que c'était une cité interdite
et très fermée "seulement ouverte d'une porte étroite".
Et, du même texte, d'observer que des notoires de la cité réapparaissaient
hors les remparts sans avoir à en sortir par la porte. Il faudra attendre
le XVIIIe S. pour découvrir que le puits de "l'auberge du soleil"
dans le vieux quartier St Georges était un accès "sec"
à la commanderie et à la cathédrale St Jean.
D'ailleurs le quartier porte encore des noms de rues évocateurs: rue
des Templiers, place Port-du-Temple, rue du Temple.
Le port templier de Lyon était le plus riche port fluvial de l'ordre
en France. De là, l'ordre expédiait beaucoup et recevait encore
plus: marchandises, valeurs, renseignements, responsables étrangers,
juifs.
L'ordre du Temple devait forcément connaître les ramifications
souterraines de la vieille ville. Par ailleurs on peut constater que peu de
Templiers furent arrêtés à Lyon. Ils brillèrent surtout
par leur absence le jour de la rafle de Nogaret.
DECOUVERTES SOUTERRAINES
Dans les années 1960, plusieurs découvertes eurent lieu lors
de travaux de démolitions dans ce secteur et jusqu'au "Quai St Antoine".
On sait que furent remise à jour toute une partie d'immenses locaux souterrains
ayant appartenus à l’ordre des Antonins ainsi que d’autres
frappés de la croix du Temple... Mais aussi des fondations inconnues
sous l'endroit où se trouvait une très ancienne chapelle de l'ordre.
C'est lors des travaux, dans un ancien immeuble du Quai St Georges, que les
ouvriers mirent à jour plusieurs pierres sculptées de croix templières,
qui finirent chez un riche amateur lyonnais. Il en fut de même pour quelques
"médailles" d'un métal très dur, extrêmement
lourd et visiblement imputrescible. Les pièces étaient gravées
de symboles. Avec ces dernières il y avait aussi une matrice à
sceller dont seul le dessin était visible.
Le vieux texte de l'architecte Guerrin, fait aussi mention, à propos
« d'une cave de deuxième profondeur », qu'en 1802 cette dernière
possédait encore un "Cagueux", étrange sculpture de
40 cm de haut montrant une créature hirsute cramponnant une croix pattée
et accroupie sur une petite tête anthropoïde dans une coupe. Les
caractères qui l'accompagnaient, nous dit Marcel Guerrin, étaient
« malpropres »(?), « effacés et incohérents
»(?). Peut être sommes nous passé très près
de la découverte d'un autre baphomet. L'accès de cette cave est
maintenant propriété privée, mais la statuette y est toujours.
Rue
du Boeuf. quartier de St Jean.
Pour mémoire, notons que la rue Port-du-Temple, s'appelait aussi rue
"Ecorcheboeuf" en raison des taureaux, dépecés et distribués
au peuple après avoir été jeté à la Saône
pour célébrer la "fête des merveilles"... et aussi
qu'au n°19 de cette rue était "l'Hôtel de la Monnoye"
(monnaie)... Quel sublime hasard!!!
LE TRESOR DES JUIFS
A l'opposée du vieux quartier St Jean, nous trouvons le quartier St
Paul. Nous n'en retiendrons que la rue dite "de la Juiverie". Rappelons
brièvement que Lyon était la première place financière
d'Europe et devait être la capitale de la France s'il n'y avait eu, en
ce jour d'été 1536, le décès par empoisonnement
du dauphin François fils de François 1er... Ce dernier venait
de succomber pour s'être intéressé, d'un peu trop près,
au "diamant des juifs".
En effet les juifs avaient élu domicile dans ce secteur, et toutes leurs
demeures communiquaient entre elles par des "traboules" ou encore
3 étages de caves et passages souterrains. Les juifs avaient déjà
dans ce quartier, grâce à de puissants appuis, des comptoirs, des
banques et une synagogue. S'ils se réfugient tous dans ce quartier ce
sera surtout en raison de l'insécurité qui règne pour eux
en ville «: ...et c'est pour autant que les juifs aient été
chassés de la demeure de Lyon, l'an 1311, leurs biens et possession ayant
été confisqués 'le jour feste de saincte Marie magdaleine'
» nous dit Severt en 1621.
Rumeurs pour une pierre...
Les rumeurs sont persistantes sur cette colonie juive du Moyen-Age, et sur
les chefs la dirigeant depuis leurs demeures rue de la Juiverie... Il est question
surtout d'un fabuleux joyaux dont l'origine reste mystérieuse pour tous.
On sait seulement, par D. Reju, qu'il s'agissait "d'un mystérieux
et incomparable diamant. Les juifs l'auraient fait venir du Moyen-Orient et
le conserveraient secrètement en le préservant des convoitises
par de multiples précautions. La réputation de cette pierre, unique
par sa grosseur et sa pureté, énigmatique de par ses origines
et son usage". Les princes royaux, surtout, rêvaient de récupérer
le fabuleux dépôt en intriguant avec acharnement pour en atteindre
le secret.
Un passage souterrain
au 3ème niveau
Les de Médicis "savaient" les tenants et aboutissants de
cette histoire... Mais la mort du Dauphin, mise sur le compte d'une intervention
destinée à défendre le diamant, terrorisa toute la cour
et les courtisans. Ce royal décès fit sombrer le joyau maudit
dans l'oubli d'où, plus personne, n'osa jamais le retirer.
Mais la tradition et le mystère demeurent toujours. Un vieux récit
raconte qu'au moment de leur persécution (il y en eut tant) tous les
juifs, de ce secteur, unirent leurs fortunes, la liquidèrent et négocièrent
avec cette somme effarante l'achat d'une pierre qui dépasse notre entendement.
Ils pouvaient ainsi se déplacer sans plus craindre pour leurs biens,
et rester chacun "actionnaire" d'un dépôt qui ne pouvait
que se valoriser avec le temps... Une sorte de compte bloqué à
haut intérêt!
Les têtes de lions
La légende explique aussi que, cernées dans leurs quartiers,
les "têtes pensantes" de la communauté avaient dissimulé
leur trésor dans un périmètre très réduit.
Cette légende fait mention d'un objet fabuleux dissimulé au n°23
rue de la Juiverie. Cette demeure, à ce numéro, fait angle curieusement
avec la rue de la Loge (!!!), et s'appelle "Maison Lantillon".
Elle appartenait aux Dugas au XVIe S. et est dite "Aux têtes de lions".
Ses 2 façades d'angles s'ornent effectivement d'énormes têtes
de lions avec toute une infime différence, paraît-il. La légende
veut qu'un coffret contenant l'énorme diamant soit dissimulé derrière
une seule de ces têtes de lions. Il est ajouté que le système
d'accès est inscrit dans "l'infime" détail d'une des
faces d'animaux. Légende?
Sans autre information, on pourrait l'affirmer. Mais voyons de plus près...
Cette maison Lentillon est depuis le XVIIe S., au moins, une fonderie d'or et
une fabrique d'orfèvreries. Si l'on prend le symbole du lion, sa couleur
est le jaune: l'or. En outre le lion est solaire, représente la puissance
et la souveraineté... donc l'or! Si l'on regarde les rues environnantes
du vieux quartier, les noms sont assez évocateurs: rue Dorée,
de Jérusalem, Esprit, de Josaphat...
Une
rue bien occupée
rue Juiverie
Mais nous savons aussi qu'au n°21 rue Juiverie, la maison (dont la façade
est restée intacte) fut dessinée par Philibert Delorme, ce qui
se passe de commentaire!
Encore, qu'au n°4, l'immeuble s'appelle "Patarin". Faut-il rapprocher
ce nom de Patarin du terme désignant les Cathares et cagots?
Au n°22, soit la maison voisine de l'orfèvrerie, l'hôtel particulier
appartenait aux Baronat. Ces derniers étaient originaires d'Annonay et
propriétaire jusqu'en 1345 de mines d'argent à Argental... mines
contrôlées par l'ordre du Temple et desservie par l’antique
route sous le contrôle des Lupé.
Au n°21, grâce à d'anciens plans conservés aux archives
de la ville de Lyon, nous savons l'existence de 3 niveaux de sous-sols (à
présent condamnés), dont le plus profond ouvre sur des galeries
conduisant sous la Saône d'une part et dans le quartier Templier d'autre
part, puis de là en direction de l'antique église d'Ainay.
Pour en finir avec cette étrange ruelle les sous-sols du n°12 sont
le départ d'un souterrain bloqué par une épaisse porte
de fer. Il est évident qu'il n'en était pas toujours ainsi puisque
au XVIIIe S. les chroniques racontent que Mandrin utilisait régulièrement
ce passage pour échapper, avec succès, à l'Octroi de Pierre
Scize...
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