
Loup y es-tu ?
Sorcellerie ou démonologie ?
• la " liaison magique ", transformation d'homme en animal
d'espèce diverse, produite par la malveillance d'une sorcière.
Celle-ci s'attaquant à tout ce qui concerne procréation, reproduction,
il ne s'agit là que d'un moyen parmi d'autres pour infester l'acte vénérien.
Le sujet " saisi " peut alors être considéré comme
possédé, puisqu'il subit malgré lui.
• le transport au Sabbat ne se fait pas seulement sur un balai ; la métamorphose,
souvent en chat, est un jeu que la sorcière se permet avec son propre
corps.
Le loup-garou est d'un autre registre.
•
Membre de la milice diabolique, classé parfois au même rang que
les incubes et les succubes, donc inhumain, il a des caractéristiques
du sorcier : la marque, point insensible et ne saignant pas, que les juges chercheront
avec diligence. Généralement masculin, contrairement aux sorcières,
sa fonction n'est pas semblable à la leur ; entièrement voué
au mal, sans la brisure interne que provoque une possession, il s'attaque directement
et oralement au corps de l'autre ; il est " le dévorateur "
; Loup puisqu'il est opposé à l'agneau divin.
À l'époque, la transmutation homme/loup est un élément
d'un questionnement plus vaste. S'appuyant sur les textes anciens, les Ecritures
saintes, Augustin et Thomas d'Aquin, l'un des pivots de cette recherche est
le diable : comment le situer par rapport à Dieu ? Il le hait et, ne
pouvant s'attaquer directement à lui, sa hargne se porte sur sa créature
et image : l'être humain. Mais quelles sont ses limites ? Les théoriciens
distinguent quatre types de métamorphoses : divines, physiques ou naturelles,
imaginaires et démoniaques. Comment s'opèrent-elles ? Certains
optent pour une transformation du corps lui-même; mais, le plus souvent,
elle est considérée comme une illusion provoquée par le
démon : soit il accomplit les méfaits, celui-ci restant coupable
puisqu'il ne fait que suivre ses désirs ; soit il l'environne d'air épaissi
en forme de peau ; soit, dernière possibilité ingénieuse,
le diable joue sur deux niveaux : sur le sujet atteint pour faire qu'il se sente
tel qu'il n'est pas, mais aussi et surtout sur autrui pour qu'il le voie tel
qu'il n'existe pas, ce regard séparant radicalement, dans l'esprit des
juges, maladie et sorcellerie. Mais comme le diable ne peut contrefaire la perfection
divine, l'illusion " loup " toujours, à un détail près
: queue en moins, patte humaine, peau trop grande.
Métaphore du cannibalisme, représentation imaginaire de la violence
du pulsionnel, expression du désir de détruire un sujet, de préférence
enfant, incorporation, meurtre et morcellement se trouvent ainsi exprimés.
Ceci peut expliquer que le loup-garou soit nommé comme le plus grand
des sorciers et qu'en conséquence il doive être brûlé
sans étranglement préalable. Le danger qu'il représente
est extrême.
Les origines du mythe du loup-garou, n'ont jamais été clairement
démontrées : elles sont pourtant de toute évidence fort
anciennes et communes à de nombreux peuples.
L'antiquité comme le moyen âge, a cru avec une bonne foi singulière
à la lycanthropie. Hérodote en parle comme d'un fait avéré
; Virgile en parle également, et dans sa huitième églogue,
il fait dire à Alphésibée : « J'ai vu Moeris se faire
loup et s'enfoncer dans les bois. »
L'un des démonologues les plus connus, Boguet, raconte que, dans les
montagnes de l'auvergne, un chasseur fut un jour attaqué par un loup
énorme, auquel, en se défendant, il coupa les patte droite. L'animal
ainsi mutilé s'enfuit en boitant sur trois pattes, et le chasseur se
rendit dans un château voisin pour demander l'hospitalité au gentilhomme
qui l'habitait ; celui ci, en l'apercevant, s'enquit s'il avait fait bonne chasse.
Pour répondre à cette question, il voulut tirer de sa gibecière
la patte qu'il venait de couper au loup qui l'avait attaqué, mais quelle
ne fut pas sa surprise, en trouvant au lieu d'une patte , une
main et à l'un des doigts un anneau que le gentilhomme reconnût
pour être celui de sa femme.
Il se rendit immédiatement auprès d'elle, et la trouva blessée
et cachant son avant bras droit. Ce bras n'avait plus de main, on y rajusta
celle que le chasseur avait rapportée, et force fut à cette malheureuse
d'avouer que c'était bien elle qui sous la forme d'un loup avait attaquée
le chasseur. Le gentilhomme qui ne se souciait pas de garder une telle compagne
la livra à la justice, et elle fut brûlée ...
Selon Collin de Plancy dans son dictionnaire infernal, les loups garous étaient
fort communs dans le Poitou ; on les y appelait la bête bigourne qui court
la galipode.
Quand les bonnes gens entendent, dans les rues, les hurlements épouvantables
du loup garou, ce qui n'arrive qu'au milieu de la nuit, ils se gardent bien
de mettre la tête à la fenêtre, parce que s'ils avaient cette
témérité, ils ne manqueraient pas d'avoir le cou tordu.
On assure dans cette province qu'on peut forcer le loup garou à quitter
sa forme d'emprunt, en lui donnant un coup de fourche entre les deux yeux.
Delancre assure qu'ils étranglent les chiens et les enfants ; qu'ils
mangent de bon appétit ; qu'ils marchent à quatre pattes, et qu'ils
hurlent comme de vrais loups, avec de grandes gueules, des yeux étincelants
et des dents crochues.
Bodin raconte qu'on vit en 1542, 150 loups garous sur une place publique à
Constantinople.
Histoires de loups-Garous
Les histoires de varouages ou garouages sont innombrables .
Nous sommes en Pologne, vers le milieu du XIX ème siècle, dans
un petit village des bord de la Vistule. Jeunes et vieux, rassemblés
sur la grand-place, fêtent la fin des moissons à grand renfort
de chants et de danses. La récolte a été bonne, et le festin
est abondant. La boisson coule à flot et chacun s'abandonne à
la joie. Soudain, alors que les réjouissances battent leur plein, un
hurlement terrifiant, propre à vous glacer le sang, retentit dans la
vallée. Les danseurs s'immobilisent. Tous se précipitent, cherchant
d'où peut provenir ce cri terrible. Ils voient alors un loup gigantesque
emporter l'une des plus jolies filles du village, dont on vient de célébrer
les fiançailles. Du fiancé, pas de trace...
Les plus courageux parmi les paysans se lancent à la poursuite du loup
et tente de lui faire lâcher prise. Mais le monstre, la gueule écumante
de rage, dépose alors son fardeau humain et leur fait face, prêt
à combattre. Quelques jeunes gens courent au village chercher des fusils
et des haches. Pendant ce temps, voyant que ceux qui restaient devant lui étaient
trop effrayés pour bouger, se saisit à nouveau de sa proie et
s'enfonce dans la forêt proche, où il disparaît.
Bien des années ont passé. Dans le même village, sur la
même place, c'est encore la fête de la moisson. Un vieillard s'approche
des convives, qui l'invitent à se joindre à eux et à participer
aux réjouissances. Mais le vieil homme, sombre et taciturne, préfère
s'asseoir à l'écart. Il boit en silence. C'est alors qu'un paysan
âgé s'approche de lui et l'examine avec attention. Au bout d'un
moment, il lui demande d'une voix étranglée par l'émotion
: " Est-ce toi, Jean ?"
Le vieil homme acquiesce en silence. Tous reconnaissent alors en lui le frère
aîné du vieux villageois et le fiancé disparu depuis tant
d'années. On fait cercle autour de lui et on attend le récit de
ses aventures en frissonnant d'une étrange terreur.
Il
leur raconte alors comment il fut changé en loup par une sorcière
et comment, voilà bien longtemps, il emporta sa fiancée dans la
forêt, au cours d'une autre fête de la moisson. Là, il vécut
avec elle pendant près d'une année, puis elle mourut. " A
partir de ce moment, dit-il, je suis devenu fou de douleur. J'ai attaqué
quiconque, homme, femme, enfant ou animal, se trouvait sur mon chemin. Et j'ai
laissé derrière moi une piste sanglante qui ne pourra jamais s'effacer.
" Et, ce disant, il montra ses mains, sur lesquelles on voyait des tâches
de sang. " Depuis quatre ans, j'ai retrouvé ma forme humaine et
j'erre dans la campagne. Mais je voulais vous revoir une dernière fois.
Voir le village et la maison où je suis né et où j'ai grandit.
Ensuite, eh bien ! Je redeviendrai un loup. "
Il n'a pas fini de prononcer ces paroles que déjà il fait place
à un énorme loup qui saute par dessus les convives stupéfiés
et disparaît dans la forêt. On ne l'a plus jamais revu depuis...
COUPABLE OU NON COUPABLE
En un peu plus de cent ans, on a enregistré, en France, 30000 procès
de loups-garous. Les minutes en ont étés conservées dans
les archives locales.
En 1573, dans la ville de Dole, le loup-garou Gilles Garnier est accusé
d'avoir ravagé les campagnes avoisinantes et d'avoir dévoré
de jeunes enfants. Après avoir confessé ses crimes, il périt
sur le bûcher.
Quelques années plus tard, dans une autre localité, des paysans
découvrirent le corps sanglant et horriblement mutilé d'un jeune
garçon de quinze ans. Deux loups, qui s'acharnaient sur le cadavre, s'enfuirent
dans les taillis quand les hommes s'approchèrent. En poursuivant les
bêtes sauvages, ils tombèrent presque aussitôt sur un homme
à demi nu accroupi dans les buissons. La créature avait un aspect
bestial, avec sa barbe, ses cheveux longs et emmêlés, et ses ongles
immenses, acérés comme des griffes, auxquels étaient encore
accrochés des lambeaux de chair sanguinolents.
L'homme s'appelait Jacques Rollet. C'était un simple d'esprit obéissant
à son appétit cannibale. Il était en train de déchiqueter
le corps du jeune garçon, lorsqu'il fut interrompu par l'arrivée
des hommes. Il fut condamné à mort. Mais le parlement de Paris
commua la sentence et le fit enfermé dans un asile de fous.
L'histoire vraie de Peter Stumb qui sous cette forme tua et dévora treize
enfants. Le tribunal de Cologne le condamna en 1591 au supplice des tenailles
et de la roue, à la décapitation et au bûcher.
Autre cas typique de lycanthropie, celui de Jean Grenier, au début du
XVII ème siècle. Ce garçon de treize ans, à demi
idiot, présentait un faciès canin fortement accusé . Il
se prenait pour un loup-garou. Un soir, il se complut à terrifier un
groupe de fillettes de son âge en leur affirmant qu'à la tombée
de la nuit il se transformerait en loup et les dévorerait. A quelques
jours de là, une fillette, qui était sortie à la nuit pour
rentrer ses moutons, fut attaquée par une créature que, dans son
affolement, elle prit pour un loup, mais dans laquelle elle reconnut par la
suite Jean Grenier. Elle se défendit vigoureusement à coup de
houlette et réussit à s'enfuir en courant jusqu'à sa demeure.
Comme plusieurs enfants avaient auparavant disparu dans des circonstances mystérieuses,
on soupçonna Grenier. L'affaire fut portée devant le parlement
de Bordeaux . Le jeune garçon confessa qu'une nuit, deux ans plus tôt,
il avait vu apparaître le diable. Il avait, dit-il, signé un pacte
avec le maître des ténèbres, qui lui avait fait cadeau d'une
peau de loup. A partir de ce moment, il avait pris chaque nuit l'apparence de
cette bête sauvage et avait écumé les campagnes, retrouvant
sa forme humaine au lever du jour. Il avait ainsi tué et dévoré
plusieurs enfants qu'il avait rencontrés à travers champs. Il
raconta même qu'une fois, profitant de l'absence des parents, il était
entré dans une chaumière et avait emporté un enfant au
berceau. Dans les rêves, les loups-garous ont toujours des yeux incandescents...
Après enquête minutieuse, tous les forfaits avoués par Jean
Grenier se révélèrent exacts - du moins en ce qui concerne
le cannibalisme. Aucun doute ne subsiste : les enfants disparus avaient bien
étés tués et en partie dévorés par l'adolescent.
A notre époque, la lycanthropie ne fait plus l'objet de superstitions
religieuses et est entrée dans le domaine de la pathologie, mais, de
temps à autre, des loups-garous continuent à semer la terreur.
C'est ainsi que trois d'entre eux, disait-on, hantaient les Ardennes belges
juste avant la première Guerre mondiale. A le même époque,
en Écosse, la rumeur publique accusait un berger des environs d'Inverness
d'être un loup-garou. En 1925, la même accusation fut proférée
à l'encontre d'un jeune garçon d'un petit village alsacien proche
de Strasbourg.
En 1930, un loup-garou terrorisa la banlieue parisienne, à Bourg-la-Reine.
En 1946, une bête mystérieuse présentant toutes les caractéristiques
d'un loup-garou terrorisa une réserve Navajo, en Amérique du Nord
(le loup-garou est un thème fréquent dans le folklore navajo).
A Rome, en 1949, la police eut à enquêter sur un étrange
cas de lycanthropie : tous les mois, à la Pleine Lune, un des citoyens
de cette ville était en proie à d'inquiétantes hallucinations
et poussait des hurlements à faire dresser les cheveux sur la tête.
A Singapour, en 1957, une série d'agressions mystérieuses posa
une énigme aux autorités anglaises : des loups-garous, murmurait-on,
s'attaquaient aux pensionnaires malaises d'un foyer d'infirmière situé
sur l'île principale. Une cuit, l'une des infirmières s'était
réveillée en sursaut pour apercevoir " une horrible face
bestiale, aux cheveux plantés si bas sur le front qu'ils atteignaient
la racine du nez et dont la bouche laissait dépassé des crocs
acérés ". Ce mystère ne fut jamais éclairci.
Pas plus que celui de la jeune Rosario do Sul dans le Sud du Brésil,
en 1978 : cette collégienne de seize ans était en proie à
des visions
démoniaques et prétendait que l'esprit d'un loup féroce
s'était emparé d'elle.
En 1975, les journaux anglais rapportaient la tragique histoire d'un jeune homme
de dix-sept ans, originaire du village d'Eccles hall, qui se croyait sur le
point de se muer en loup- garou. Pour mettre un terme à ses souffrances
morales, il se plongea un couteau à cran d'arrêt dans le cœur.
Une enquête fur ouverte après sa mort et l'un de ses compagnons
de travail révéla que le malheureux lui avait téléphoné
avant son geste fatal : " Il m'a dit, déclara le témoin,
que son visage et ses mains changeaient de couleurs et qu'il était en
train de devenir un loup-garou . Puis il s'est tu, et j'ai alors entendu des
grognements. "
L'imagerie populaire représente le loup-garou comme une créature
bestiale et velue, dressée sur ses deux jambes et s'exprimant par des
grognements gutturaux, tandis que sa bouche écumante laisse apparaître
des crocs sinistres. Si l'on consulte en effet les récits mythologiques
ou historiques, on voit que les loups-garous n'apparaissent guère différents
des véritables loups - encore qu'ils soient généralement
plus grands.
Une autre erreur largement répandue est celle qui conduit à assimiler
les loups-garous aux lycanthropes. Le loup-garou relève en revanche de
la tradition fantastique. Il s'agit d'un homme qui, grâce à des
pouvoirs particuliers - qu'ils soient ou non magiques -, se métamorphose
en loup et qui, de ce fait assume tous les caractères que l'on attribue
à cet animal : puissance musculaire, agilité, ruse et férocité,
et ce au grand dam de ceux qui croisent son chemin. Cette forma animale peut
être temporaire ou définitive. Lorsque Peter Stump, loup-garou
notoire, fut supplicié à Cologne en, 1589, il avait auparavant
révélé au tribunal, dans les moindres détails, les
épisodes de sa métamorphose. Nous serions enclins aujourd'hui
à la considérer comme un illuminé et à juger excessive
la crédulité de ses juges. Il n'en demeure pas moins qu'il avait
de la sorte tué, dépecé et dévoré des centaines
de victimes, tant animales qu'humaines - bien qu'en ce qui concerne ces dernières,
il n'en ait jamais avoué que seize....
Les
différentes sortes de Loups-Garous
Le lupo manaro n'hésite pas à voyager de par notre pays.
Le loup noir lui, est un garou qui est la monture favorite des sorcières.
Le lubin, est le garou des cimetières.
Le croque mitaines ou Croquemitaine est bien le garou des enfants, et non un
monstre non apparenté aux garous.
L' empuse ou l' empouse est une louve-garou sensuelle, anthropophage, mais adorablement
belle.
Le loubelin, à l'image de son frère et confrère, le lubin,
est un garou de cimetières.
Le lupeux est le garou des voyageurs solitaires imprudents.
La marchocias est une louve-garou à la queue de serpent et aux ailes
de griffon.
Parfois les meneux ou meneurs de loups se nomment des sarreux. Ils se changent
épisodiquement en garous, eux aussi, quand ils en ont le pouvoir. Il
ne faut point mélanger torchons et serviettes, les loutiers qu'on a parfois
brûlés comme garous, préparaient seulement des philtres
à base de loups préalablement égorgés et n'avaient
pas la faculté de transformation. Ce n'était que des assassins
de loups...
Des escrocs aux pharmacopées souvent criminelles qui ne savaient même
pas recueillir les simples.
Quant au Versipelle, nom utilisé à tort et à travers, il
n'est que le terme érudit et raffiné pour désigner les
garous en général. PETRONE s'en servit dans le SATIRICON et bien
des lettrés le reprirent par la suite.
Le Barbocu est le nom sarde du garou.
La Bigorne n'était point un loup-garou, c'était un lion-garou
que les scribes ont cité à tort comme loup. On dit qu'elle mangeait
sans trêve et semblait toujours satisfaite.
Donnons dans l'exotisme avec le garou Kumacanga du Brésil.
Le Barbau lui, est de Gènes. Quant aux Djinns et au Chatrap, ils hantent
de préférence les cimetières de l'Arabie dite heureuse.
Fenrir était une des terreurs de la mythologie nordique. Il était
en guerre permanente contre les dieux. Lorsque TYR réussit à le
couvrir de chaînes, il lui sectionna la main. Il était tellement
énorme que sa machoîre supérieure atteignait le ciel et
que l'inférieure touchait le sol.
Le loup-garou des scandinaves, se nommait Ulfhednar, quant à la femme
louve c'était Vargynjur.
Dans la mythologie scandinave ainsi que dans la grecque, parmi les multiples
mutations des dieux et des déesses, Zeus, Odin, Hecate et bien d'autres
se transformaient en garous.
La Chicheface ne trouvait à se nourrir que tous les deux siècles,
ce qui est bien peu pour un garou affamé. Il faut dire qu'elle ne voulait
dévorer que de belles et grasses donzelles ! Ce qui explique son aspect
déplorable de louve amaigrie, aux côtes saillantes.
Enfin, Leu, Garoul, Garou, Garoui, Gerulf, Leu-warrou, Wareul, Varol, viendraient
tous du Francique retranscrit en latin médiéval, soit le Lupum
Geroulphum... Dans son Lai de Bisclaveret, Marie de FRANCE, périe au
bûcher, transforma le Lupum en Garwalf.
Nul doute que la France, au moins pour les garous, était la Terre Promise,
car jamais ailleurs on en trouva autant !
Mormôlycé, était une louve célébrissime de
la Grèce des temps anciens. Elle remplissait auprès des enfants,
le rôle de Croquemitaine.
Nous terminons très provisoirement notre tour d'horizon avec Tipule qui
était le garou des romains, et avec le Neure qui était un garou
fils naturel des Scythes et des Amazones.
ET LA PSYCHANALYSE ?
Selon les exemples cités, le processus de la métamorphose varie
notablement : parfois, la transformation est aussi soudaine qu'incontrôlable.
Quelquefois, il suffit à celui qui veut changer de forme de revêtir
la dépouille d'un animal pour prendre son aspect (c'est cette tradition
que l'on retrouve dans les mythologies norvégiennes et irlandaises).
Bien souvent encore, le loup-garou apparaît comme tel aux yeux de ses
contemporains grâce à un charme secret : ils le voient sous l'aspect
d'une bête sauvage, alors qu'en réalité il n'a pas changé.
Cette croyance était si profondément enracinée en Europe
à le fin du Moyen Ages et pendant la Renaissance que les loups-garous
étaient considérés à l'égal des sorciers
et des magiciens. Quiconque était soupçonné de se transformer
en loup - ou dénoncé comme tel- était impitoyablement brûlé
ou pendu (et ce, plus particulièrement encore en France et en Allemagne).
Dans son ouvrage The psychoses (1970), Elton Mc Neil décrit ainsi cette
époque d'hystérie traversée par les hallucinations collectives
et les délires mystiques : " Ce type de comportement a son origine,
en partie dans la croyance que " Dieu commence par apporter à la
folie à ceux qu'il veut punir ". La folie, en tant que manifestation
de la volonté divine, devient contagieuse. La persécution religieuse
dont sont victimes les déments et les psychotiques contribue à
raffermir la foi des âmes pures et innocentes : ceux qui dénoncent
les suppôts du diable s'attirent la clémence divine. La chasse
aux sorcières est ainsi l'un des moyens du salut. "
Cette analyse peut aussi bien s'appliquer aux procès de loups-garous,
qui présentent beaucoup de points communs avec les procès de sorcellerie.
C'est en France que cette obsession démoniaque a pris le plus d'ampleur.
D'innombrables procès en témoignent. Et les confessions arrachées
aux malheureux accusés sont hallucinantes...
En France, ce phénomène a connu une ampleur hors du commun. Aux
XV ème et XVI ème siècles, une véritable psychose
a régné dans toutes les campagnes françaises ? Plus de
30000 individus ont alors été jugés par des tribunaux et
près d'une centaine exécutés parce qu'ils auraient commis
des crimes sous l'apparence d'un loup-garou .
L’homme en devenant loup, révélerait selon certains psychologues,
son double .
es Certains parlent de sa « fylgia » animale, double psychique,
en quelques sortes équivalent du DAIMÔN grec .
Il y aurait aussi le double physique ou « hamr », plus apte à
la métamorphose .
Enfin le « hugr » ou composante de l’âme, correspondant
au latin « animus » et « spiritus ».
Claude Lecouteux explique ces trois états dans son ouvrage intitulé
:
« Fées, sorcières et loups-garous au Moyen-Age » (Editions
IMAGO)
Et la médecine ?
En fait, le mythique loup-garou semble présenter tous les symptômes
d'une maladie: la porphyrie de Gunter. Cette étrange maladie provoque
l'accumulation des toxines pourpres dans le sang, la peau et le foie. Le résultat
est abominable. De longs poils couvrent le visage. Les yeux se teintent de jaune
et la posture devient anormale à cause de troubles neurologiques. En
cassant les fibres de la peau, la porphyrie déforme progressivement le
visage, les oreilles et les mains. Ne supportant plus la lumière, l'épiderme
se crevasse, croulant sous les éruptions et les cicatrices. Jadis, des
combats nocturnes avec une proie étaient censés expliquer les
cicatrices du loup-garou et sa frayeur du soleil. Jusqu'à un certain
point, ces explications faisaient sens, car les malades souffraient parfois
de délires et d'agressivité - en plus d'exhiber de longues dents
pourpres sous des gencives atrophiées.
Des experts intrigués par les bizarreries médicales croient que
les pseudo-vampires du Moyen Âge étaient, eux aussi, atteints de
porphyrie. Le biochimiste canadien David Dolphin a déjà émis
l'hypothèse que ces personnes suçaient le sang d'autrui pour s'approprier
un enzyme que leur propre sang ne parvenait pas à produire. La terreur
du vampire face à l'ail viendrait d'une substance qui aggrave les symptômes
de la porphyrie dans les odorantes gousses.
Bien que présente dans la famille royale des Stuart, la porphyrie est
de tout temps demeurée une affection héréditaire exceptionnelle.
Hormis une épidémie due à un empoisonnement chimique en
Turquie, en 1957, seuls quelques cas ont été présentés
dans des magazines spécialisés ou lors de colloques dermatologiques.
De la porphyrie, on peut donc conclure qu'elle dévore surtout l'imaginaire
et les clips de Michael Jackson, où elle est présentée
comme un envoûtement. Cette maladie se traite désormais à
l'aide de médicaments antimalariens et... de transfusions sanguines,
évidemment!
Dans tous les cas, il est fascinant de voir comment des réalités
médicales ont parfois trouvé une niche dans le bestiaire. Qu'il
s'agisse d'homme-éléphant ou de simple bec-de-lièvre, ces
appellations évoquent le violent rejet social qu'engendrent toutes les
différences visibles.
En effet, si le lépreux est le prototype du malade rejeté, pour
les grands brûlés, pour ceux qui souffrent du Bean syndrome (qui
répand des traînées de bosses sur le visage) ou du syndrome
Treacher-Collins (dont les victimes naissent sans oreilles et sans pommettes),
voire pour les nombreuses personnes présentant tache de vin, acné,
rosacée ou psoriasis, le regard d'autrui reste trop souvent empreint
d'intolérance. Des groupes d'entraide, comme About Face, soutiennent
ceux qui ont à vivre avec de graves malformations physiques, congénitales
ou acquises.
Un très bon ami, écrivain connu et compositeur m’écrivait
en 1998 :
« Les loups sont entrés dans l'imaginaire des humains pour les
charger de ce que les humains s'imaginent avoir à s'interdire.
Les hommes s'imaginent qu'ils ne peuvent pas tuer, ni boire le sang ni être
violents, en somme ils « s'interdisent », sans raison évidente
et ils transfèrent ces pulsions sur ce qui "leur" fait peur
: les loups qui représentent, en fait, LEUR peur d'eux-mêmes !
Un Loup est très sociable. Il ne fait pas la guerre, LUI, il protège
les petits (d'où qu'ils viennent), LUI, il défend les femelles,
LUI; il ne tue jamais un autre Loup, LUI; il est donc plus intelligent et civilisé
que les humains, en réalité.
Mais le truc c'est que les humains le sont aussi (sans le savoir).
Ils "croient" avoir à maîtriser leurs pulsions (alors
qu'elles sont imaginaires).
Les Loups, quand ils se battent, s'arrêtent au premier sang de l'un d'eux
qui se soumet ...... Les humains, c'est tout l'inverse : le premier sang est
le début de la guerre ..... Ils
sont stupides les humains ...... puisqu'ils se mangent entre eux !
Il y a aussi une notion que je déteste : les Hommes et les Animaux ...
C'est complètement faux. Ils y a les espèces d'êtres vivants
et SEUL l'homme est le prédateur de l'homme (les autres ne tuent que
ceux d'une AUTRE espèce sauf exception, comme toujours) Mais c'est à
garder en mémoire. »
Il n’est plus là ce « Loup d’Argent » mais sa
mémoire se perpétue et il me semble avoir reçu une tâche
: défendre le LOUP et donc aussi le LOUP-GAROU, pour démystifier
cette notion de PEUR et faire accepter la dualité de l’Homme qui
selon certains philosophes serait un « Loup pour l’homme »
!
Filmographie
Le loup-garou de Londres
Le loup-garou de Paris : Anthony Waller
Miracle des loups : Jean Marais
Pacte des loups : Christophe Gans avec : Samuel Le Bihan, Mark Dacascos, Emilie
Dequenne, Vincent Cassel, Monica Bellucci, Jean Yanne. 2001.
Rock ‘n roll wolf (comédie musicale)
Princess Mononoke
Wolfen, avec Jack Nicholson
WOLF : Mike Nichols
Danse avec les loups : Kevin Costner
LOUP-GAROUS & CREATURES DE LA NUIT.Histoire du Perigord
LA COMPAGNIE DES LOUPS Neil Jordan WARNER HOME VIDEO - 1984 –
LOUPS ET RAPACES D'ESTREMADURE Julia et Richard Kemp
BIBLIOGRAPHIE
Bruno Bettelheim : Psychanalyse des contes de fées
Claude lecouteux : Fées, sorcières et loups-garous au Moyen-Age
(Imago)
Anny Bloch : Les êtres la brume et de la nuit : peurs, revenants, loups-garous
et sorcières d'hier et d'aujourd'hui
Sigmund Freud :L’Homme aux Loups Paperback
Joan Finnigan :Witches, Ghosts & Loups-Garous : Scary Tales from Canada's
Ottawa Valley
Paul-Emile Victor : L'empire des loups. Les loups.
Gilles Ragache : Le retour des loups
Jean-Luc Dejean : Les loups de la croisade : roman
Françoise Chandernagor : L'enfant aux loups : roman
Claude Michelet :Des grives aux loups : roman
Jacqueline Bruller :Le soleil des loups : roman
Jacques Kober :Bram van Velde et ses loups
Nicolas Abraham Cryptonymie : le verbier de l'Homme aux loups
Christophe Levalois :LE LOUP : MYTHES ET TRADITIONS
Gérard Menatory :La vie des loups : du mythe á la réalité
Claude Seignolle :Le conteur de loups
Louis de La Bouillerie :Entre hommes et loups : contes de la forêt des
Garde-Loups
Michel Louis : La bête du Gévaudan : l'innocence des loups
Geneviève Carbone : LA PEUR DU LOUP.Gallimard - Découvertes -
Histoires Naturelles.
Catherine Escarras
© Catherine Escarras 2005
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