Chemin de ténèbres, le labyrinthe

 

Si le jeu de l'oie implique une démarche de groupe que parcourent les ‘joueurs’ par le truchement des dés, liant la numérologie à leur destin sur une surface réduite de l'imaginaire, le labyrinthe procède d'une autre démarche. Il s'agit là véritablement d'un déplacement du corps et de l'esprit dans, ou le plus souvent, sur une surface réduite. Nous voulons rappeler plus précisément que des labyrinthes existent sous terre, méandres aménagés commencés par une érosion naturelle due aux infiltrations d'eaux pluviales ou à des résurgences antérieures. Galeries d'exploration puis d'exploitation de terre à foulon sous la ville de Provins, de pierres de construction sous la ville de Paris, de Laon, de Naours, de Rome, etc. Les galeries de la plupart des mines forment des labyrinthes inextricables sans pour autant qu'il s'agisse là d'une volonté délibérée d'établir un parcours initiatique. Ce sont des nécessités spirituelles ou plus prosaïquement des nécessités d'existence devant les invasions et leurs corollaires, vols, viols, meurtres, perpétrés en toute impunité, qui ont changé l'objet de l'utilisation de ces lieux. C'est pour une sauvegarde des biens temporels et intemporels que se sont organisés, codifiés les labyrinthes ; ils sont réalités symboliques, magiques, mythiques, stratégiques, tout à la fois ou non.
Pline (23-79) fait mention de quatre labyrinthes : un en Egypte, un en Crète, un dans l'île de Lesbos, un en Italie. Hérodote (484-420) donne une description du labyrinthe d'Egypte : « Ce monument fut construit par les douze Rois qui régnèrent en Egypte. Ils firent le labyrinthe un peu au-dessus du lac Moeris, près de la ville des crocodiles. Je l'ai vu et je l'ai trouvé plus merveilleux que je ne puis l'exprimer. Les plus beaux ouvrages des Grecs, y compris les temples de Samos et d'Éphèse, sont inférieurs à ce labyrinthe. Il y a dans ce merveilleux ouvrage douze grandes salles couvertes dont les parties sont opposées les unes aux autres. Six salles sont disposées au midi sur le même rang, six autres sont disposées au septentrion. Le même mur les environne par l'intérieur. Il y a trois mille chambres dont la moitié se trouve hors de terre et l'autre en dessous. Dans cette dernière se trouvaient les sépultures des Rois bâtisseurs et celles des crocodiles sacrés. Personne ne pouvait ni ne devait les voir. Pour les chambres situées sur terre, elles surpassent toutes les œuvres accomplies de la main de l'homme. Il y a des issues par les toits, des contours et circuits différents pratiqués dans les salles avec tant d'art que nous étions pris d'admiration. On passe des salles dans les chambres et de celles-ci dans les appartements. Les toits sont en pierre et les murs sont ornés d'ouvrages en sculptures. Chaque salle est bordée d'une colonnade en pierre blanche ».

Pomponius Mêla (PS. avant J-C.) a laissé une description qui s'ajoute à celle d'Hérodote : « Le labyrinthe, ouvrage de Psammétion, contient trois mille appartements et douze palais dans une seule enceinte de muraille, il est couvert de marbre. Il n'y a qu'une seule descente mais, au dedans, il y a une infinité de routes par où l'on passe et repasse en faisant mille détours, et qui jette dans l'incertitude, parce que l'on revient souvent aux mêmes endroits après avoir tournoyé. On se retrouve au lieu d'où l'on était parti, sans savoir comment quitter les lieux ». On croit que cet immense édifice existait encore du temps d'Auguste. Strabon (58 av.-25 ap.) assure avoir vu ce fameux édifice dans son entier.
Bien qu'Hérodote ne cite pas le labyrinthe de Crète et que Pline écrive que Dédale fit une copie en Crète du labyrinthe d'Egypte, il est vraisemblable que ce mot ‘labyrinthe’ ait été employé pour désigner les excavations de Cnossos et qu'il fût donné par la suite à l'édifice égyptien.
C'est au village d'Howara que se situe la pyramide qui borde le premier labyrinthe connu dont les côtés font à peu près 333 mètres chacun. Plans, vues, profils des ruines ont été publiés à Berlin en 1849 (voir les monuments d'Egypte et d'Ethiopie de Lepsius).
Il semblerait que ce labyrinthe date de 2100 av. J.-C. Il aurait été construit sous le règne du roi Amenehme III. Le Moeris ou Mares des Grecs ; à quelle fin ?
Mythique, mystique, voie initiatique ‘prédédalienne’ ou système antivol de sépulture ? Peu d’éléments autorisent d'affirmer ou d'infirmer une hypothèse plutôt qu'une autre y compris celle qui s'appuierait sur une volonté de réplique anatomique. N'oublions cependant pas que les Égyptiens ont édifié, à Louxor, le temple selon le corps humain. Ce n'était pas « Tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » ; c'était « Tu es homme, tu es temple à l'intérieur duquel je suis ». Et, bien avant que cela ait été prononcé, l'initié pouvait-il penser « Je suis celui qui est car je n'existe que par Lui » ?
Le cerveau présente également des circonvolutions labyrinthiques. L'entrée pourrait être offerte par la sensibilité, le ressenti des différents organes et la sortie pourrait être assimilée à l'aérienne pensée symbolisée par Dédale sous son aspect naturellement évolutif et par Icare sous son aspect anti-naturel involutif. Le premier symbolisant la maîtrise des sens et de la pensée dans le respect du Divin, le second symbolisant l'inconscience, l'impatience brouillonne qui le conduit à une anti initiation. Le feu solaire, auquel son esprit, feu lui aussi, ne peut résister ; où son mental, air, sa philosophie, air également, ne peuvent lui être d'aucun appui et où son âme, eau, sa religion, eau elle aussi, vont assurer sa perte, vont l'absorber dans l'indifférenciation au lieu de l'acheminer vers les régions élyséennes.
Pour en finir avec les possibles similitudes anatomiques, le labyrinthe pouvait être pris comme une transposition de l'oreille.
L'oreille est un labyrinthe conduisant à la connaissance et par là même à son expression. Premier organe, avec l'œil, à percevoir le Verbe dans sa manifestation, par son souffle préfigurant le cri et l'articulation du mot puis autorisant la formation évolutive de l'Esprit.
Ainsi que pour la vue, s'il y a un œil directeur, il y a une oreille directrice. Le tracé et le relief de l'oreille sont exclusifs - la composition chromatique de l'œil est également propre à chacun. La déformation de la régularité de l'iris permet à certains spécialistes d'établir un diagnostic - et indiquent par conséquent cette capacité particulière, personnelle d'appréhender le message et partant d'engendrer la réponse. Nous avons dans cette personnalisation de l'oreille le pendant de la digitalisation du tactile.
L'oreille est à l'image de ces failles sacrées caractéristiques du site de la Pythie de Delphes. Relief oraculaire où siège la connaissance indissociable du trépied magique : La vue, l'odorat, l'ouïe sont liés à l'Esprit alors que le tactile et le gustatif le sont à la matière ; l'ensemble étant voué à l'accomplissement de l’homme-prêtre de sa divine originalité. L'oreille indique la réalité de l'homme mage-pythie-acteur de son propre destin s'interrogeant et se répondant sur sa propre essence.
Une certaine médecine chinoise place dans l’oreille l’image du fœtus humain et traite à son emplacement, par acupuncture, les troubles dont l'adulte est atteint. L'oreille représente bien pour une partie de l'humanité le siège de la vie, de ses bienfaits comme de ses maux.
Nous rappellerons l'importance du son aussi bien pour une civilisation que pour une autre ; nous connaissons la valeur que lui accordaient les religions tant de l'Inde, d'Egypte que de Grèce et des pays celtes ainsi que des peuples d'Amérique et d'Afrique.
Le souffle ou Atmâ est l'esprit universel ; c'est sur cette notion que Pères de l'Église et théologiens ont structuré la théologie du verbe. Souffle ou Atmâ, logos ou verbe, cri, psalmodie, chant, parole, mot, formulation humaine de la vie. Ainsi la maîtrise de la parole sous-tend la maîtrise de la pensée et forme la manifestation du caractère divin auquel peut prétendre l'homme dans son intégralité. L'Évangile selon Jean donne à propos du verbe suffisamment à réfléchir. Le son primordial ayant toujours été reconnu comme le lien entre créateur et créatures, il semble possible que l'oreille ait pu inspirer quelques labyrinthes à vocation oraculaire où elle pouvait figurer l'écho de la pensée tout comme les graphismes dans les lieux où la parole avait tout son sens.
Sur bien des mégalithes, dont on s'avère incapable de donner une date certaine d'érection, de lointains ancêtres ont gravé des labyrinthes ; de quel cheminement s'agit-il ?

Était-ce déjà partie intégrante, matérialisation d'un inconscient collectif? Interrogation sur la manifestation de la vie à la recherche de son initialisé ? Immanence, transcendance formaient-elles déjà une telle interrogation qu'il y avait nécessité de l'illustrer, de la conjurer afin de parvenir à la résoudre ? Était-ce un message aux hommes de demain que nous sommes, un message à propos d'une démarche commencée à poursuivre ou un avertissement de l'inanité d'une démarche vouée à une auto destruction ? Y a-t-il correspondance cosmique? Peut-être un peu de tout cela, plus une image du développement d'un raisonnement en but à toutes les chausse-trappes de la logique humaine, des acquis, de l'immodestie qui nous caractérisent.
Ces gravures ressemblent également à des spirales. Nous avons vu que la partie interne du labyrinthe égyptien contenait les rois fondateurs et les crocodiles sacrés, les uns gardant les autres. Les crocodiles avaient plusieurs fonctions psycho statiques et de gardiens des mondes inférieurs. Ils étaient ceux dont on connaît la vigilance et l'appétit et l'aspect ourobourien. Maître des mystères, de la mort et de la vie, ils étaient le symbole des sciences occultes, les rois fondateurs ! Nous retrouvons l'idée de mémoire, de crypte, la nécessité de sauvegarder l'image de ceux qui assureraient la cohésion même de la cité, au sens strict du terme, ceux qui formaient la base de la structure moléculaire édificatrice de la cité qu'ils avaient fondée avec leurs particularismes.

Porter atteinte à leur mémoire, profaner leur sépulture, c'est briser le fixe, élément fondamental de l'œuvre, partie intégrante du Grand Œuvre. C'est rendre épars ce qui avait été un. Les vivants par la mort ont la possibilité selon leur action d'augmenter la mémoire des cités, des peuples ; ils en forment l'acquis indispensable à toute évolution. Devant l'importance vitale de garder ses fondateurs, il paraît naturel de tout mettre en œuvre afin d'en garder l'intégrité. Cela suffit à expliquer tout système de protection. Le labyrinthe en constitue un. On a trouvé des gravures de labyrinthe à côté d'entrées d'habitations, sur des pierres dressées à proximité ; peut-être est-ce le sens véritable qu'il faut donner à ces gravures ornant certains mégalithes en Occident. Certains verront là une identification possible entre deux éléments différents. (a)
Le labyrinthe construit pour établir, circonscrire un centre tout en le protégeant par les entrelacs qui le forment. Lieu privilégié de communication non émergé et omphalos ou ombilic du monde érigé comme centre du monde. Lui aussi lieu de prédilection de la communication, mais émergé.

Cependant, nous rejoignons là une autre notion, celle de l'axe du monde avec l'étoile polaire comme correspondant cosmique. Nous pensons en donner quelques explications plus loin.

Le labyrinthe n'a pas fini d'étonner. Les mythes ont véhiculé jusqu'à nous une partie à peine intelligible de la tradition alourdie de symboles contradictoires, de légendes obscurcies de morale démagogique. Il convient, au travers d'un fatras, de redécouvrir le sens des actes, les pensées qui les ont motivés.

Après des raisons défensives, nous avons vu les utilisations initiatiques ; celles-ci se sont perpétuées dans le monde chrétien.
Le labyrinthe a décoré bien des églises et des cathédrales remplaçant le pèlerinage extra-muros pour certains, figurant le chemin de la passion pour d'autres. Il prit un aspect sacrificiel, mortifiant et dériva loin des intentions premières. On en vint à prétendre qu'il renfermait la clef des connaissances des bâtisseurs compagnons et que chaque labyrinthe avait dans sa forme la somme des chiffres ayant présidé à l'édification des ‘Temples’ à l'intérieur desquels il se trouvait. C'est là une résonance des motifs édificateurs de Chéops tels qu'ils ont pu être imaginés sans qu'un faisceau de preuves concordantes autorise une certitude à cet égard. Le symbolisme constitue lui-même un labyrinthe inextricable pour qui s'y adonne, oublieux de ce que les symboles sont à la vérité ce que les couleurs sont à la lumière, ce qu'est l'imaginaire à la pensée, les religions à la Tradition, les états aux Nations. Ce sont des éléments relationnels, non l'élément essentiel au sens précis du terme.

L'intellect doit promouvoir la spiritualité, non en distraire. Tout comme les couleurs doivent stimuler les sens et l'esprit lumière non en être la distraction jusqu'à déplacer le centre de l'intérêt, et bientôt à occulter cette lumière-vérité à leur profit. Dans les deux cas, il faudrait voir là œuvre luciférienne.
Pour nous, le labyrinthe a pu avoir une fonction stratégique mais très vite s'est superposée la nécessité du chemin initiatique adapté aux impératifs de vie au sein de la cité, tout un chacun ne pouvant arrêter là sa ou ses fonctions pour son salut au risque de déstabiliser cette cité. Il nous paraît certain que le cheminement proposé par le labyrinthe, quelle que soit sa position dans le ‘Temple’, relève bien d'une volonté de décantation de la conscience et que l'ego pouvait au terme de l'aller être dévoré par le minotaure-soleil.
Commencer le périple d'un labyrinthe, c'est aller à la découverte de soi et abandonner en cours de cheminement, corps, sentiments, idées et raisonnements pour ne plus voir que le soi, reflet de la lumière, puis revenir en témoigner parmi les profanes. C'est une mystique certaine qui incite à cette démarche, la foi qui assure le pèlerin et la grâce enfin rend possible non seulement la révélation mais le retour.

Il y a là le ballet entre le taureau, la force brutale noire des ténèbres primaires, la dansante flamme solaire qui, dardant son épée, blanc rayon, fécondera la primairialité domptée lui révélant la vie, le rouge, en même temps qu'elle la répandra sur le monde dans un flot géniteur. Ainsi se manifestent les 3 couleurs symboles de l'alliance entre le créateur, le créant et le créé. Les alchimistes diraient entre la putréfaction, la mort, la naissance, la pureté, l'accomplissement, le sacré.
Le noir et la putréfaction, le blanc et la pureté, le rouge du grand oeuvre.
Autre symbolisme qui motive une étude des mythologies comparées.
Wotan décide la construction d'un palais des dieux, l'Asgard, et fait appel aux géants, forces élémentaires. Ceux-ci demandent et obtiennent comme salaire que leur soit livrée Freia, gardienne du verger d’où viennent les pommes d'or indispensables à l'éternelle jeunesse des dieux. Voilà qui rappelle le jardin des Hespérides.
Jason est obligé de dompter deux taureaux et de les mettre sous le joug tout comme Odin-Wotan doit dompter les deux géants.
Les forces obscures, les instincts les plus inspirés du mal sont à dompter au profit de la spiritualité. Là encore, il faut tuer le taureau symbole de la violence brutale, de l'animalité encore trop présente dans la représentation de l’homme, géant dans sa forme au détriment de son esprit. Il y a dans le gigantesque une volonté de représentation de la masse animale plus près de la masse matière que de l'invisible esprit.

La religion de Mithra... Le drame du Minotaure a une résurgence dans le rite de Mithra. Les impétrants étaient conduits par des voies obscures à un carrefour situé sous un plancher à claire-voie sur lequel l'officiant poignardait un taureau au terme d'un rituel mal connu. Le sang de l'animal sacrifié ruisselait sur le corps des nouveaux initiés symbolisant l'eau et le feu, dispensateurs d'une nouvelle vie.
Il a été dit que la grâce était le fil d'Ariane, le lien confié à Thésée. Nous croyons utile d'aborder ce qui forme un symbole très particulier relatif au lien : le nœud, avec une parenthèse pour le lacs d'amour ; celui-ci est constitué d'une boucle large que les deux extrémités du lien qui la forme traversent au centre en se croisant en dépassant de part et d'autre sous la boucle du bas.
Le lacs d'amour forme un gamma libre aux extrémités puisant les courants positifs et négatifs. Il forme une boucle et non un nœud serré, car l'amour authentique ne saurait retenir par la matérialité d'une contrainte. Le lacs d'amour décore les temples maçonniques comme il orne les clefs papales.
Le nœud a plus d'une signification ; nous ne retiendrons que celle qui présente un intérêt de rapport avec le labyrinthe et la démarche initiatique du pèlerin.

Le nœud gordien : ‘Gordios’ était roi de Phrygie. Il avait promis l'Empire d'Asie à qui déferait le nœud qui retenait son char. Alexandre, au cours de sa queste, se trouva confronté à ce problème. Il le résolut en le tranchant de son épée et conquit l'Asie mais partiellement et, contraint de revenir, mourut en cours de chemin avant d'avoir pu rentrer dans sa patrie.

Nous voyons là un échec de l'initiation proposée à Alexandre. Défaire le nœud c'est atteindre à l'immortalité (upanischad). Le noeud doit être défait uniquement dans l'ordre inverse duquel il a été fait ; cela exige patience et maîtrise et mérite l'initiation. La brutalité n'est qu'incompréhension et celui qui en fait montre régresse au lieu de progresser.

Nous pouvons assimiler à cela un mythe, celui de Thésée ; celui-ci, profitant du fil d'Ariane et assommant le Minotaure, ne résout en effet pas son problème. Il refuse également l'initiation par manque de confiance en lui. Il ne se départit pas de la massue de Périphètes, géant qu'il avait tué ; la massue est symbole de force aveugle, les géants représentent la primairialité ; il n'est pas certain que Thésée n'ait pas emprunté, outre la massue, tout ou partie de la ‘qualité’ de son adversaire ; quoi qu'il en soit, il ressort, grâce à un artifice du labyrinthe, sans avoir compris et admis l'épreuve véritable symbolisée par le Minotaure : sa victoire manquée lui fait commettre un meurtre qui équivaut à sa propre mort. En effet, il perd tout acquis, toute conscience, il oublie Ariane sur l'île de Naxos où Dionysos viendra l'enlever, il oublie de changer de voile, provoquant ainsi le suicide de son père Egée qui se précipite dans la mer qui portera ainsi son nom. Il tue son père c'est-à-dire qu'il se coupe de ses racines, de sa mémoire et de toute vie évolutive.

Il forme, avec Alexandre le Grand, l'exemple de l'incapacité à l'initiation. Icare complète cette trilogie malheureuse.

On ne saurait penser à la mythologie sans une dernière pensée pour Homère prenant l'Odyssée comme pèlerinage. Ulysse subit une initiation dont les épreuves sont à la mesure de l’ego qui est le sien comme il pourrait être celui de certains d'entre nous.

On ne sait plus la réelle différence entre la spirale, le labyrinthe et le jeu de l'oie témoin :
En Bretagne, la tradition du château en spirale survécut dans la danse pascale du labyrinthe des villages de la campagne. Les déambulations en sont appelées la ‘ville de Troie’ en Angleterre et ‘Caer Droia’ au pays de Galles.

Les Romains leur donnèrent probablement le nom d'après le jeu de Troie, une danse labyrinthiforme d'Asie mineure, dansée par les jeunes gens nobles à Rome, au début de l'Empire, en mémoire de leur origine troyenne. Mais Pline rapporte que les enfants latins provinciaux la dansaient aussi. A Délos, on l'appelait la danse de la grue et on disait qu'elle représentait la sortie de Thésée du labyrinthe. La danse du labyrinthe semble être arrivée en Bretagne à partir de la Méditerranée orientale avec les envahisseurs de l'âge de pierre le plus récent, au IIIe millénaire avant notre ère, car d'anciens et grossiers dessins d'un labyrinthe, semblables à l'anglais, ont été trouvés en Scandinavie et en Russie du nord-est. Sur une table de pierre près de Boisney, en Cornouailles, sont gravés deux labyrinthes. Un autre encore est gravé sur un bloc massif de granit des Wicklow Hills qui se trouve à présent au musée national de Dublin. Ces labyrinthes ont le même graphisme comme, du reste, le labyrinthe de Dédale représenté sur les monnaies Crétoises.
Le Labyrinthe, comme le jeu de l'oie, est constitué d'épreuves qui sont autant de prises de conscience, d'efforts, de répits dans la progression que ce soit vers le centre, l'intériorité ou l'extériorité. Il n'en est pas de même pour le nœud qui exige une parfaite maîtrise de soi et une compréhension à la fois visionnaire et identificatrice de la nature dans sa complexité et son unité.

(a) La cathédrale d'Amiens revêt une importance très particulière de par l'emploi de symboles chinois, hindous, dans son expression mystique. Cela est dû plus à des contacts commerciaux avec ces civilisations qu'à une volonté de syncrétisme, Un yin yang décore la façade tandis qu'à l'intérieur se déploie un svastika. Un labyrinthe, étant donné ses dimensions et sa situation au milieu de la nef, interdit aux esprits mauvais d'aller plus avant semer le tohu-bohu et profaner l'espace sacré formé par la pierre dressée, le dolmen qu'est l'autel. Deux autres petits labyrinthes semblent avoir les mêmes fonctions de part et d'autre du chœur en avant des entrées de la crypte. Ils forment à n'en pas douter des obstacles majeurs aux sept états alourdissant le pneuma des fidèles venant se ressourcer dans la crypte-mémoire de la cité, là où les meilleurs d'entre nous reposent en paix. « Les archontes du destin forcent l'homme à pêcher » répond Jésus à Marie-Madeleine. Les archontes créent avec leur souffle une anti-âme, l'anti-mimon, esprit de contre-vérité qui se manifeste plus clairement parfois dans le sommeil, d'où probablement cette expression ‘songes mensonges’.

Gérard Bourgue