
Symboles et mystères des labyrinthes
« Le labyrinthe a décoré bien
des églises et des cathédrales, remplaçant le pèlerinage
extra-muros pour certains,
figurant le chemin de la passion pour d’autres. Il prit un aspect
sacrificiel, mortifiant et dériva loin des intentions premières.
»
Au début était le Dédale…
Pline (23-79), à son époque, recense quatre labyrinthes,
un en Italie, un autre dans l’île de Lesbos, un troisième
en Egypte et le dernier en Crète. On dispose de très peu
d’éléments concernant les labyrinthes d’Italie
et de Lesbos. Par contre, celui d’Egypte nous est décrit,
par Hérodote (484-425), comme l’enchevêtrement de trois
mille chambres reliées entre elles par d’étroites
circulations, le tout formant un ensemble d’où il était
impossible de retrouver son chemin et de ressortir vivant. Classé
parmi les 7 merveilles du monde, ce prodigieux piège architectural,
conçu par Psammétrion, n’avait d’autre but que
de protéger la sépulture du roi Amenemhat III et les dépouilles
des crocodiles sacrés.
Ce réseau inextricable et mortel servira de modèle à
Dédale pour édifier le labyrinthe de Crète qui restera
le plus connu. Dédale, habile inventeur et maître en toutes
sciences, édifiera ce piège redoutable pour enfermer le
Minotaure. Ce monstre mythologique, moitié homme et moitié
taureau, était le fruit des amoures de Pasiphaé (épouse
de Minos) et d’un taureau blanc. Tous les 9 ans, les crètois
alimentaient l’abominable créature avec 7 jeunes garçons
et autant de jeunes filles, tous d’origine grecque et livrés
en tribut de guerre. Lassé de cette terrible transaction, le prince
grec Thésée détruira la sanguinaire créature.
A cette fin, il s’introduira dans l’édifice et en ressortira
grâce à un fil donné par Ariane, la fille même
de Minos, sur les conseils de Dédale… Dès cet instant,
nous observons toute la nuance entre ce qu’il est commun d’appeler
un ‘dédale’ (lieu où l’on s’égare
et se perd sans rémission ni espoir de sortir), et un ‘labyrinthe’
(autre lieu où l’on suit un trajet complexe avec un but et
un retour assuré).
Le labyrinthe universel ?
Ces
tracés, aux circonvolutions infinies, se retrouvent partout sur
le globe où nos ancêtres laissèrent la trace de leurs
interrogations géométriques. Retenons, par exemple, plusieurs
milliers de gravures labyrinthiques sur le seul site de la Cerra, au Mexique,
remontant au néolithique… et de facture identique aux pétroglyphes
de la ‘Vallée des Merveilles’ et de Sos. Encore, combien
de mégalithes, particulièrement en Bretagne, s’ornent
de cheminements sinueux dont on ignore toujours le sens final. D’autres
réseaux labyrinthiques se retrouvent sur des landes, en Grande-Bretagne,
et sur les vestiges d’anciennes citadelles celtes puis romaines.
On prétend que ces vestiges seraient les restes de sortes de ‘parcours
du combattant’ destinés aux antiques guerriers. Est-ce bien
raisonnable? Nous retiendrons que ces périmètres mystérieux
deviendront des zones de danses rituelles depuis des temps immémoriaux.
Il en est de même pour des sites en Baltique où, de nos jours
encore, se déroulent d’étranges ‘Trojaborgs’,
sortes de danses symboliques autour de figures compliquées formées
par de longs cordages. Souvenir ombilical, cheminement serpentaire, épreuve
initiatique parsemée de nœuds énigmatiques à
défaire et refaire… dont notre mémoire a perdu le
sens primitif profond? Dans nos contrées méditerranéennes
perdurent encore d’étranges danses, définies dans
un périmètre méandreux, connues, sur l’île
de Délos, sous le nom de ‘pas de grue’.
Cette tradition commémorerait Thésée accomplissant
un rite circumambulatoire pour célébrer sa victoire sur
le Minotaure. Mais alors, comment expliquer, en Chine, un cérémoniel
identique du nom de ‘pas du Yu’… ou ‘danse des
oiseaux’ (dans ces 2 cas, afin d’appréhender tout le
sens hermétique et symbolique de ces cérémonies,
ne serait-il pas judicieux de comprendre leur langue… aux oiseaux
?).
Mais, si ces tracés minutieux se trouvent sur la pierre, on en
rencontre d’autres jusqu’au XVIe S., époque où
naissent des ‘jardins-labyrinthes’, tels ceux du célèbre
Le Nôtre, dont le plus connu est celui de Versailles, axé
sur le thème des fables d’Esope réparti en 39 groupes
statuaires au symbolisme déconcertant. Passion passagère
et capricieuse d’un roi? Pas certain, car à l’étude,
on pourrait supposer que chaque site labyrinthique disposait d’un
culte ‘serpentin’ chorégraphique précis lié
au sens de la raison même de l’existence du lieu déambulatoire.
De
la danse au subliminal… le voyage du blanc au noir
N. Kazantzakis ne tentait-il pas d’y faire une allusion symbolique
dans son célèbre ‘Zorba le Grec’ ?... Si tel
était le cas, le culte du labyrinthe survivrait dans le temps,
sans même que nous en ayons conscience, au travers de certaines
œuvres de Van Gogh, M.C. Escher, Jorge Luis Borges, Charles Perrault
(forêts et ronces inextricables), Mircea Eliade et autres Picasso
(Minotaure), Fritz Lang (Métropolis), Piranèse (Prisons),
etc. Présentement, il pourrait être question de ‘labyrinthes
subliminaux’ s’adressant, par ‘impressions de clichés
psychiques’, à quelques initiés, à des parties
de notre subconscient, ou inconscient, en influant ‘souterrainement’
sur nos réflexions les plus profondes?
De plus, il ne faut pas négliger tous ces réseaux souterrains
(ou végétaux) qui, depuis les âges les plus obscurs
de l’Humanité, furent considérés comme un cheminement
initiatique du blanc (clarté) au noir (obscurité)…
et retour, symbolisant avant la lettre l’itinéraire de pérégrination,
allant de la mort indispensable à la renaissance d’un être
nouveau, tel que nous le connaîtrons bien plus tard avec les labyrinthes
des cathédrales.
Un mot pour le dire et un dessin pour le lire
A présent, tentons de comprendre le terme ‘labyrinthe’.
D’après les dictionnaires étymologiques (Larousse
1971), ce mot ainsi orthographié apparaît seulement en 1480
(Caumont) et, curieusement, l’origine proviendrait du latin ancien
‘labyrinthus’ venant du grec ‘labyrinthos’ : ‘Palais
des Haches’. Les linguistiques lui donneraient ses origines en Asie
Mineure, il y aurait 4000 ans, de ‘Labra’ (mine ou caverne),
et d’ ‘inthos’ (jeux pour enfant), ce qui donnerait
‘petit jeu de caverne’. Faut-il également accepter
une déformation ésotérique ancienne des ‘petits
mystères souterrains’, ce qui expliquerait la mémoire
restée fidèlement ancrée rituellement à des
sites profondément magiques. Mémoire de reconnaissance aussi
puisque le labyrinthe, sur un plan défensif, était protection
guerrière et donnera son sens au mot ‘chicane’ : système
orchestré pour causer du retard et des difficultés dans
la progression de l’ennemi. Même en ce cas, le terme ‘défensif’
suggère qu’il y a ‘quelque chose de précieux’
à protéger, que ce soit matériellement, spirituellement,
contre toutes formes d’attaques… y compris les plus maléfiques.
Quoi qu’il en soit, le système de tracés du labyrinthe
fait forcément appel à un niveau d’intelligence, de
réflexions métaphysiques indéniables. Albertin Fonsbatel,
dans ses travaux (1875), supposait que nos ancêtres connaissaient
les ‘dessins’ du cerveau, ne serait-ce qu’à l’occasion
d’accidents ou trépanations rituelles. Fonsbatel ajoute que
l’homme, admettant très tôt la tête comme siège
de la pensée, pouvait souhaiter donner à des supports chtoniens
un ‘esprit’, sous forme de tracés méandreux,
s’apparentant au sien… avec lequel il pourrait entrer en communication,
et au delà avec les divinités de la terre et de l’univers
visible et invisible. On ne fera pas mieux avec les labyrinthes des cathédrales!
L’étrange rumeur ‘sonnante’ du labyrinthe
Cette communication pourrait être amplifiée par une similitude
anatomique avec l’oreille. Ce serait une hypothèse retenue
par certains chercheurs scientifiques reconnus, tels Matheus Corre et
Dan Seper, qui identifièrent une ‘tonalité’
particulière du sol des labyrinthes médiévaux existants.
Ils observèrent que le dallage du circuit rendait d’abord
un son différent du pavage environnant, ensuite la ‘résonance’
se modifiait en se déplaçant vers le centre. Au cœur
même du parcours la fréquence passe en ‘infra’
et ‘ultra’. Enfin le plus curieux: le retour du périple,
pourtant sur le même cheminement, déclenche une fréquence
sonore différente de celle de ‘l’aller’!…
On note que leurs travaux, d’un registre purement scientifique,
feront l’objet de commentaires laconiques et très embarrassés,
car aucune explication rationnelle ne pourra expliquer le résultat
analytique des sondes enregistreuses fournies par des laboratoires excluant
toute approche fantaisiste. Le rapport restera au stade d’une étude
sans diffusion, ce qui est regrettable. Sur un plan plus symbolique, on
retient l’importance, accordée par toutes les civilisations,
au son, à la parole et au chant. Le son primordial fut reconnu
comme lien ‘essentiel’ entre le créateur et sa créature.
Si le labyrinthe symbolisait une ‘intelligence divine’, il
devenait indispensable que quelques uns soient à vocation oraculaire,
figurant l’écho de la pensée à l’identique
des graphismes dans les lieux sacrés où la parole prend
tout son sens divin.
Le
chemin de Jérusalem et la ‘Lieu’
Le labyrinthe évoluant avec le temps, il disparaît du registre
magico - symbolique dès la fin de l’empire romain. L’art
roman ne lui fera pratiquement pas de place, comme tracé au sol,
dans les constructions religieuses, sauf exception remarquable à
l’époque mérovingienne. Avec la naissance des cathédrales
gothiques, l’Eglise réinstaure le mythe labyrinthien de Dédale,
et du trajet spirituel à la seule clarté des dogmes religieux.
Plusieurs cathédrales, en France, s’orneront du célèbre
tracé géométrique régulier, utilisant la plus
grande longueur déroulée dans l’espace le plus restreint
possible s’achevant toujours en son centre parfait.
Il est admis que ce circuit ait été, pour les profanes,
une sorte de pèlerinage abrégé, destiné à
ceux ne pouvant parcourir de longues distances. Pour cette raison, le
labyrinthe, au Moyen-Âge, s’appelait ‘Chemin de Jérusalem’
et ‘la Lieu’, du moins en ce qui concerne Chartres, Amiens,
et St Quentin. L’Eglise, pour ces périples, parfois accomplis
à genoux, accordait le salut de l’âme, des ‘indulgences’,
des ‘pardons’, égaux à ceux obtenus au retour
des pèlerinages de Compostelle ou Jérusalem. Le terme ‘La
Lieu’ ne vient pas de la distance, environ 4 km, mais du temps égal
à parcourir le labyrinthe à genoux et franchir à
pieds ‘une lieue’ à vitesse normale, soit une heure
environ.
L’ombre des maîtres et de la Rose!
L’emplacement de ces parcours n’était jamais le fruit
du hasard, mais le résultat évident d’une volonté
spirituelle hermétique de très haut niveau, celui des Maîtres
constructeurs bâtisseurs de cathédrales.
Le volume d’une cathédrale se définit dans l’horizontale
(résumée aux 2 dimensions utiles à l’existence
de la verticale: la concrétisation de l’Espace et du Temps)
et dans la verticale (répartie en 3 niveaux élémentaires
- le Ciel = l’Esprit, la Terre = l’Âme, le Sous-Sol
= le Corps). Le seul point possible où peuvent se croiser à
la fois l’Espace, le Temps et les directions cardinales se situe
au centre du transept, véritable axe symbolique de l’édifice.
Ce point ‘Crucial’ est défini de manière solaire
(donc universellement) lors de l’implantation des fondations par
les ombres portées d’un bâton vertical, appelé
‘colonne de soleil’, dessinant au sol un ‘cercle de
lumière’ dans lequel on inscrit un carré orienté,
engendrant les 4 premières colonnes limitant les travées
de la nef et du transept. Cette ordonnance donne, sur le sol, l’âme
de la cathédrale au point précis de son épicentre…
emplacement idéal du labyrinthe. On retrouve ce ‘Tracé
parfait’ dans l’implantation des loges maçonniques
pionnières du 17è S...
Aujourd’hui il est heureusement possible d’observer, et parcourir,
l’un des plus intéressants labyrinthes de France, celui de
Chartres. Nous ne reviendrons pas en détails sur ce dernier. A
cet effet, le visiteur consultera sur ce site notre dossier ‘Chartres’,
dans lequel nous consacrons une étude complète et précise
sur‘Le labyrinthe de Chartres et le nom de la Rose’. Nous
retiendrons plutôt quelques observations insolites.
Dans la mesure où l’on dispose de documents fiables, on peut
dire que les labyrinthes sont de forme ronde (Chartres), octogonale (Amiens)
ou carrée (Lyon). Malgré ces différences périphériques,
ils disposent, en général, de 11 lignes parallèles
avec une entrée à la cinquième ligne et tournant
à gauche… Pourtant les époques de constructions sont
différentes et les maîtres maçons constructeurs ne
sont jamais les mêmes! Volonté délibérée
de détails déambulatoires, contraintes de tracés
parfaits… ou impositions ésotériques, hermétiques,
initiatiques???
Le tracé de Chartres est le plus grand de France (161,50m) et à
11 millimètres près, il mesure 13 mètres de côté.
11 lignes moins 5 pour l’entrée = 6, et la rose centrale
est à 6 pétales! Face à ces ‘détails’,
peut-on avancer le mot ‘hasard’ sans craindre le ridicule?
Chartres encore puisqu’il est question de rose et rosace: le plan
de la façade occidentale dessiné sur le sol ferait coïncider
le Christ dans la rosace avec l’emplacement exact de la rose centrale.
Celle-ci, jusqu’à la Révolution Française,
était entièrement recouverte d’un disque de cuivre
(solaire) illustrant Thésée terrassant le Minotaure (Charles
Challine XVIIe S.). Ce combat peut être interprété
comme celui contre la Bête.
La
victoire et la défaite de Thésée…et le voile
des aveugles
Mais on peut se demander pourquoi l’Eglise n’illustra pas
le centre du périple par une scène religieuse ou sentencieuse
puisée dans ses propres dogmes. La queste du labyrinthe se résumerait
donc au seul combat, fort louable au demeurant, contre la Bête mythique?
Réponse peu crédible pour l’époque de la construction.
Et s’il s’agissait d’une notion, ou d’une leçon
plus profondément initiatique: Thésée revient du
Dédale, après avoir tué le Minotaure, grâce
au fil d’Ariane noué à l’entrée du circuit.
Mais cette victoire n’est qu’apparente, car Thésée
n’a pas compris que la lumière aurait dû éclairer
son retour. Ce dernier ne se fait qu’en raison de l’artifice
du fil. Il n’a pas assez foi en sa mission, ni en son retour, et
n’admet surtout pas l’épreuve symbolique de la mort…
Mort qui devient, de fait, un meurtre! Il en oublie même celle à
qui il doit la vie, Ariane, et l’abandonne sur l’île
Naxos. Le retour de Thésée se fait sans changer la couleur
de la voile de son bateau (il ne ‘lève pas le voile’),
ce qui tue son père Egée! En vérité, Thésée
a tout perdu dans cette histoire aux aspects rutilants et victorieux:
son honneur de roi-chevalier (en usant d’un subterfuge), ses racines
(son père), sa mémoire (la -le- voile) et ainsi toute sa
vie évolutive. Sous cet éclairage, le symbole de Thésée
donne toute son importance au parcours du labyrinthe. Pour la cathédrale
de Lyon (St Jean) il en ira du même principe. D’après
la tradition, à la Révolution, 3 commissaires décidèrent
d’effacer le labyrinthe. Leur vue baissa à l’allure
où le dallage sinueux était emporté puis jeté
dans la Saône toute proche. A la dernière pierre, les 3 hommes
n’y voyaient plus rien. Pris de terreur, les témoins de ce
‘miracle’ s’écartèrent des 3 aveugles,
qui avancèrent, en cahotant, vers la rive du fleuve et se noyèrent
là où les dalles avaient été précipitées.
Peut-être venaient-ils à leur manière de revivre la
défaite du Roi Thésée…
La promenade des Dames du Labyrinthe
En effet, le trajet énigmatique de cette serpente de pierre ne
saurait être autre chose qu’un voyage initiatique idéal
et merveilleux: la naissance au bord extérieur de la circonférence,
puis l’entrée droite dans la queste par un étroit
et tortueux chemin blanc à suivre avec attention car il est l’itinéraire
de clarté garant de l’arrivée au but. Le moindre faux
pas, une déviation, et l’on passe dans le noir, dédale
sans aucune issue, ne conduisant qu’à des culs-de-sac sans
espoir de retour. Et l’initié parvient au centre. Il ne peut
mourir durant cette déambulation car, régénéré,
il sait à présent le chemin du retour, de sa renaissance.
Parcours formidable allant de l’extérieur vide à l’intérieur
plein… du cercle au point central, retour à la notion du
rapport entre la créature et son créateur. A ce propos,
on se souviendra qu’une fois l’an, jusqu’au 17e S.,
les vierges noires étaient portées afin de parcourir, elles
aussi, l’itinéraire fabuleux. Le choix des porteurs se déroulait
selon des critères strictement hermétiques, car les postulants
ne manquaient pas pour le privilège de ‘la déambulation
des dames du Labyrinthe’ (Placy de Cours –1654).
Le jeu de l’Oie et le nom de Dieu
Sur
un autre registre, il nous faut encore retenir qu’avant leurs destructions,
certains labyrinthes comportaient une petite gravure en spirale ou escargot,
sur 3 tours seulement. D’une part, ceci accréditerait la
signature de maçons ‘revenus’ affranchis d’Ecosse
au 13e S… D’autre part, il s’agirait d’un lien,
peu connu, avec une connaissance initiatique Gouliarde, pratiquement oubliée,
que l’on retrouvera dans les valeurs numériques d’un
jeu d’enfant remarquable, tombé lui aussi en désuétude:
le jeu de l’oie. Jeu qui, justement, était déjà
connu en Grèce, ainsi que, depuis fort longtemps, en France et
remis en lumière par un certain Charles Perrault.
Sur ce jeu, visiblement initiatique, à la case 42, on retrouve…
le labyrinthe. Celui qui y arrive retourne, d’office, à la
case 30, à côté de celle du puits. On pourrait juger
hasardeux de dire que 42 a pour valeur numérique 6, et 30 celle
de 3, puis d’avancer que 3 est la moitié de 6. Oui…
mais 42 peut signifier que le nom réel de Dieu se compose de 42
lettres hébraïques. La découverte du sens pour chacune
d’elles conduit à la connaissance de l’unité
totalisé dans sa gloire au terme de bien des pérégrinations,
des recherches, des errements parfaitement imagés par le dessin
des labyrinthes. Ce passage oublié mais direct vers le divin pourrait,
selon un rite précis, être retrouvé et utilisé
avec profit au long du sentier méandreux. C’est en tout cas
ce qu’il résulte d’une étude faite au 18eS.
(collection des frères Rocte) par le chanoine Chardau… et
vertement interdite de publication par le Vatican!
Le dernier lieu de liberté totale de l’Homme
Enfin,
les alchimistes classiques identifient le labyrinthe comme un résumé
des connaissances hermétiques et chimiques du roi Salomon, sur
le plan symbolique, bien entendu. Fulcanelli voit dans le tracé
des cercles concentriques interrompus le ‘travail entier de l’œuvre,
avec ses difficultés majeures: celle de la voie qu’il convient
de suivre, pour atteindre le centre, où se livre le combat des
deux natures ; celle du chemin que l’artiste doit tenir pour en
sortir.’
Mais nous ne sommes plus à l’époque de monsieur Fulcanelli
et il serait à propos de se demander s’il reste UN ‘artiste’
pour cheminer, sincèrement et honnêtement, vers le savoir
et le démiurge… au long d’un labyrinthe comme celui
de Chartres sans prétendre, comme c’est un peu trop souvent
le cas, y vivre des visions et sensations fantasmagoriques ? Car, commencer
le périple d’un labyrinthe c’est, surtout, aller à
la découverte de soi et abandonner en cours de cheminement, corps,
sentiments, idées et raisonnement, pour ne plus voir que le soi,
reflet de lumière, puis revenir en témoigner parmi les profanes.
C’est une mystique certaine qui incite à cette démarche,
mais c’est la foi qui assure le pèlerin et la grâce,
et qui, enfin, rend possible non seulement la révélation,
mais le retour.
En conclusion de ce travail, nous pourrions nous demander ce que voulaient
lancer dans le temps les initiateurs de ces énigmatiques cheminements
qu’étaient les labyrinthes. Etait-ce la partie intégrante,
ou la matérialisation, d’un inconscient collectif ? Une interrogation
sur la manifestation de la vie à la recherche de son initialité?
Une interrogation telle qu’il y avait nécessité de
la conjurer afin de parvenir à la résoudre ? Peut-être
un message aux hommes de demain, que nous sommes, concernant une démarche
à poursuivre ou un avertissement de l’inanité d’une
approche vouée à une auto-destruction. Est-ce la mise en
action d’une correspondance cosmique ou universelle?... Ou tout
à la fois ?!
Le labyrinthe n’en finira pas d’être un lieu interrogateur
ou ‘dévorateur’. Il est indéniable que ses mythes
véhiculèrent jusqu’à nous une partie, ténue,
de la Tradition, alourdie de symboles contradictoires, de légendes
obscurcies par une morale démagogique.
Enfin, il conviendra, pour notre plus grand bénéfice, de
redécouvrir le sens des actes, des pensées qui motivèrent
création et projection dans le temps du labyrinthe éternel…
car cette aire de déambulation énigmatique est peut-être,
tout simplement, le dernier espace de liberté totale qu’il
nous reste!
André Douzet
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