Le menhir du Flat

 


Des visages énigmatiques
Le Flat. Plan général du site.

Nous en arrivons maintenant à d’autres curiosités sur ce site remarquable. Si l’on regarde le plan général du site, nous dirigeons nos pas en poursuivant le chemin, creux à hauteur des glissières de visées, jusqu’au bout. Nous arrivons devant un amoncellement d’énormes blocs rocheux formant une sorte de petite falaise dominant quelques friches et cultures. On peut supposer qu’à l’époque où ce site fut édifié, il était prévu d’établir une enceinte protectrice, ou symbolique, entièrement fermée. Les constructeurs, arrivés vers la fin du plateau, auraient alors compensé l’absence de protection sacrée d’une manière leur semblant durable et efficace : ils utilisèrent des roches en place et les aménagèrent de telle sorte qu’elles représentent deux énormes visages dont le plus conséquent atteint cinq mètres de haut… Les traits réduits au minimum de détails offrent néanmoins des profils caractéristiques d’une grande expression. Il faut également admettre un empilage de rochers en place, ou un seul énorme morceau ayant fini par se fissurer de manière naturelle. En ce cas, les occupants du site auraient fort bien pu arriver au même résultat en réaménageant et retravaillant très légèrement les morceaux rocheux déjà en place afin de leur donner l’apparence de ‘veilleurs’, ou divinités, attentifs à la sécurité du site sur ce côté.
Semblables à deux sentinelles impassibles, énigmatiques et pourtant attentives, les ‘visages’ surveillent l’un la vallée, la terre, la matière, l’autre les nues et l’étendue stellaire… le monde de l’esprit. Autant le premier a une physionomie tendue, autant le second paraît serein. La pierre sommitale est commune aux deux « têtes », l’horizontale et la verticale ; le concepteur n’aurait-il pas voulu transmettre l’idée selon laquelle : « même si la garde -ou mission- est différente, l’esprit dont tout procède est, lui, d’une nature unique » ?

Les cupules du Flat

De nombreuses cupules parsèment le site du Flat… les plus connues se trouvent sur le périmètre de la dernière enceinte. Nous en avons localisé d’autres autrefois à la base des ‘deux visages’ et aussi sur le versant des antiques mines romaines en bas du site. Nous nous contenterons cette fois de regarder celles, les plus grandes, très proches du menhir et des glissières… Elles sont de grandes capacité, au nombre de trois, nettes, lisses… mais souvent obstruées par du ciment mis là pour qu’un liquide puisse y tenir sans s’écouler. Acte de vandalisme pur car en hiver l’eau ne s’évacuant pas, avec le gel, la cupule risque de se fissurer et d’être fragilisée. L’une d’entre elles, taillée dans la longueur d’une des glissières de visées, est de forme bien circulaire, de vingt centimètres de diamètre pour une dizaine de profondeur. On note que celle-ci est sans aucun déversoir. Les deux autres sont de forme plus rare, ovoïde, en amande plus précisément, d’une longueur de trente centimètres, par vingt pour la plus grande largeur. Ces deux réceptacles sont eux aussi dépourvus de saignée d’écoulement.
Devant ces étranges cuvettes, d’un âge oublié, il est difficile de songer, sur ce site, aux légendaires holocaustes dont nous parlent certaines traditions ne voulant voir dans ces réceptacles seulement quelques appareillages destinés à des rites où le sang coule à flot depuis une large cupule… Près de ces cupules on s’aperçoit qu’il est impossible à deux personnes de se tenir et, de fait, ce constat ne permet pas d’imaginer un sacrifice obligeant au minimum la présence d’une victime et d’un sacrificateur…

L’eau lustrale… où un savoir astronomique

Une explication plus symbolique, mais aussi plus ésotérique, est que ces grands ‘récipients’ pouvaient être destinés à recevoir de l’eau (lustrale ?) et servir de miroirs tournés vers les cieux afin, peut-être, de définir un ‘moment’ stellaire la nuit… Nous serions donc en présence ici d’une possibilité de définir une date ou une heure précise et ponctuelle depuis une constellation choisie. Il reste encore, sur le plan ésotérique et magique que ce ‘miroir’ ait été, avant la lettre, un … miroir noir ! Cependant, ceci signifierait que le site était choisi alors uniquement pour des rituels magiques, encore en usages aujourd’hui dans certains milieux… dont on sait que leurs membres fréquentent encore parfois le site du Flat…

Le menhir et ses glissières de visées

L’endroit était-il, pour nos ancêtres, un véritable observatoire céleste, où la lecture d’un calendrier cyclique devenait possible ? Signalons, sur ce registre, que Patrick Berlier a trouvé qu’un mois avant l’équinoxe de printemps le soleil passe derrière le menhir depuis une des gorges de visée.
Ce site était-il une partie seulement d’un ensemble installé sur cette région toute entière ?... ou était-il unique en son genre et le fruit d’un groupe d’individus isolés au savoir astronomique particulier? C’est ce que nous essaierons de comprendre au fil de nos investigations prochaines car les sites remarquables sont légions dans ce vieux massif. On peut d’ailleurs se demander pourquoi si peu de chercheurs, ou autorités, n’en font quasiment mention ou alors si superficiellement. Le passé leur ferait-il peur ?

D’étranges ‘glissières’ convergent vers le menhir

Pour l’instant, il faut nous pencher sur les étranges ‘glissières’ du site. Il s’agit de canaux assez larges et profonds taillés à même la roche du sol naturel. Ce type de travail est assez rare pour être souligné ici. On remarque ces ‘coulanches’ tant du tumulus central que du chemin creux qui finit vers les visages gigantesques.
Nous découvrons quatre glissières qui indubitablement ont été taillées dans un dessein bien précis. La première réaction est de se placer dans le chemin et de suivre du regard ces visées bien droites et orientées de manière convergente. A leurs prolongements vient correspondre avec exactitude le sommet du menhir du Flat… Mais cet astucieux système de visée était-il seulement destiné à un lien « menhir – glissière » ?.. ou comme un véritable viseur permettant de trouver une cible (ou quatre) très éloignée avec précision ?

Des étoiles, Grand-Œuvre et eau lustrale
Plan depuis la carte d'EM avec le lieudit LE FLAT

Tout d’abord de simples convergences vers le mégalithe principal… une sorte de représentation montrant l’importance d’un axe du monde, d’un ‘gnomon, d’un symbole phallique (complétant les cupules en amande pouvant désigner la féminité ?), la tombe ou le mémorial d’un personnage ou fait capital ?
Ensuite nous supposerons un système de repères calendaires perpétuels désignant des moments propices à des rites ou des indications importantes pour les cultures par exemple, ou encore la commémoration d’un personnage, d’un événement extraordinaire ?...
Encore nous pouvons nous trouver sur un site ‘astronomique’ permettant de suivre le soleil dans sa course ou mieux : celle des étoiles… Au firmament, dans l’obscurité, les constellations nous ouvrent généreusement les portes d’un autre univers de compréhension. A l’approche des dates prépondérantes de l’antique année solaire, les étoiles de certaines constellations pouvaient venir prendre place dans les axes de visées à la mi-nuit. Observation stellaire ? définition précise de datations rituelles ? Les nuits de pleine lune, le flux astral est à son maximum. Nos ancêtres usaient-ils de cette ‘force’ pour capter aux sources cosmiques des énergies génératrices, ou régénératrices, afin de guérison ?
Sur ce registre, il faut ajouter que les glissières de visées se trouvent entourées des cupules pouvant recevoir de l’eau en quantité. Cette utilisation d’une eau ‘chargée’ des forces naturelles émanant à la fois de l’espace et du sol peut nous faire penser à la… « voix humide » de la réalisation d’un grand œuvre avant la lettre, car n’oublions pas à proximité du site la présence des mines d’or romaines qui jamais ne donnèrent la moindre parcelle d’or ! Peut-être le nom de ce précieux métal n’était pas attaché à une extraction minière mais… à une autre forme oubliée du magistère, et pourquoi pas ? N’oublions pas que les anciens possédaient une vaste connaissance empirique élaborée sur les propriétés curatives et purificatrices de l’élément liquide, pouvoir qu’ils attribuaient volontiers aux divinités chtoniennes et aux forces célestes. Ils n’ignoraient pas le pouvoir de l’astre des nuits sur les eaux ; son rôle dans le flux et le reflux des marées ; son influence sur la sève, les cultures, les moissons, les semences selon sa plénitude ; sur la pêche qui se fait plus abondante aux périodes de pleine lune ; et cet éternel renouvellement des menstrues de la femme dont le cycle est lunaire… De la fonction féminine symbolisée, il nous reste peut-être ici le témoignage d’une cupule en amande coupée en long… Prise de conscience primitive du mystère éternel de la vie ?

D’un mégalithe à un autre

Si l’on considère l’état de conservation exceptionnel de ce site, peut-on supposer qu’il fut abandonné précipitamment, pour une raison ignorée, ou laissé volontairement pour être retrouvé dans cet état à toutes fins utiles ?
A ce stade, nous ne saurions répondre à toutes ces questions avec précision…
Enfin il reste une solution que nous a inspirée, à l’époque, Michel Fropier (architecte du PNRP). Il serait possible que d’un site mégalithique on en voit toujours un autre… du moins en ce qui concernerait certaines voies mégalithiques, dont l’exemple le moins discutable est un balisage « à vue » d’une multitude de menhirs sur un des hauts plateaux des Cévennes… Ce cheminement se fait sur des kilomètres de cette façon.
Aucune solution ne semble plus à privilégier qu’une autre, peut-être deux des hypothèses peuvent être admises ensemble… ou une autre totalement inconnue à ce jour. Pourtant nous devons ajouter qu’effectivement depuis le menhir du Flat on en distingue un autre éloigné de plusieurs kilomètres. Ce dernier perdu dans d’inextricables fourrés est quasiment indécelable, même à la jumelle. A l’époque, les membres de l’association VdS avaient utilisé un fumigène pour le situer depuis le Flat de manière incontestable. Ce vestige, aujourd’hui encore est totalement inconnu dans la région.

Un dernier visage pour le Flat
Les grands visages sur le site du Flat

Il reste encore un détail à régler, celui de cette tradition tenace du… « visage du Flat ».
Certes le site contient plusieurs visages : celui sur le menhir lui-même et ceux inscrits en grand sur les hautes roches fermant le site. Pour ces dernières nous en trouvons deux indéniables et notre ami P. Berlier nous en montre un de plus sur cet assemblage.
Nous voudrions revenir sur cette phrase concernant ‘ce’ visage. La mémoire locale mentionnE avec précision « la tête du Flat »... Et tous de chercher sur le site une ‘tête’ et la trouver sculptée sur le menhir. Tout était donc dit une fois pour toute, la « tête du Flat » était sur le menhir! Chaque visiteur, chercheur, curieux, pour ne pas ‘se prendre la tête’, s’en remettait à ce constat… sans se rendre compte que cette phrase, tant de fois rabâchée, pouvait contenir en elle-même un autre élément.
Reprenons notre carte d’Etat-Major et agrandissons l’emplacement où se trouve écrit « Le Flat ». Nous observons que ce ‘lieu-dit’ ne concerne pas du tout le site mégalithique mais bel et bien le petit hameau, près de la route, d’où part le chemin conduisant au menhir. Si l’on considère les actes ‘terriers’ anciens, le nom de ‘Flat’ est bien celui du hameau… Le menhir est cité comme une ‘borne’ pour plusieurs propriétés se rejoignant vers lui, sans pour autant que le moindre nom lui soit donné. Ajoutons que son rôle de borne était toujours d’actualité au moment des travaux de VdS… Alors, pourquoi le mégalithe ne se serait-il pas appelé « menhir du Flat », puisqu’il se trouvait simplement sur l’ancienne propriété du hameau ?... et non pas le hameau qui aurait pris ce nom parce qu’un menhir le portait auparavant ! Les vieux actes terriers en attestent !
Il nous reste, et c’est notre sujet, à nous demander si la phrase « la tête du Flat » découlait d’une raison précise ou si elle fut attribuée à celle du mégalithe parce qu’on la voit effectivement dessus et serait, peu à peu, devenue « une tête sur le menhir du Flat ». A première vue notre raisonnement semble compliquer une phrase ou des mots sans grande importance, en fin de compte. Sans doute…

La tête sur un mur de la ferme du FLAT

Cependant levons les yeux, en passant près du hameau ‘Le Flat’ et regardons le pignon face au vieux calvaire. Nous y trouverons effectivement une tête sombre sculptée et… oubliée. La sculpture est d’une facture frustre, rudimentaire, agréable au regard et visiblement très ancienne. Il s’agit d’une taille sur une pierre indépendante et la tête se détache nettement en relief de son support. Il ne semble pas s’agir de la récupération d’un décor ancien ajouté dans un mur récent. L’appareillage est constant autour de la sculpture, sans différence visible de mortier. Nous pouvons provisoirement penser que la ‘tête’ a été incluse au moment de l’édification du mur pignon. Il restera à définir si cette pierre gravée fut mise à cet endroit dans un but de simple décoration (en ce cas pourquoi dans un recoin peu visible) ou pour une autre destination plus précise et… oubliée comme d’habitude ! Peut-être est-il possible qu’un bâtiment plus ancien, d’origine avec la tête, ait existé, puis ait été démoli et remonté avec la volonté de perpétuer un souvenir… si oui, lequel ? Ce qui nous intéresse surtout est de souligner cette étrange gravure qui s’ajoute par le nom du lieu à l’énigme du menhir du Flat…

André Douzet

Nous demandons à nos lecteurs, en cas de visite du site, de stationner sur le parking « mairie » et non près des propriétés voisines du site, ceci afin de préserver et respecter la tranquillité et les propriétés riveraines. C’est en respectant ces règles élémentaires que nous pourrons poursuivre nos travaux.

On consultera avec profit sur le sujet la brochure de Patrick Berlier: "Le guide du Pilat et du Jarez - fascicule n° 10 Entre Rhône et Pilat -1986".
Les illustrations sont extraites du bulletin n° 3 de "Vaisseau de Sable" et du livre "Mystérieux Pilat mégalithique et médiéval - 1983". Reproduction interdite sans autorisation.