
Le menhir du Flat
Visage
menhir du Flat
Le menhir du Flat est un site d’accès aisé, proche
de la route et du village de Colombier. Son état, dans l’ensemble,
est satisfaisant, au point qu’il est encore possible d’imaginer
ce que pouvait être ce lieu à son origine… sans pour
autant, hélas, pouvoir définir sa véritable utilité
primaire. Ce dernier aspect est toujours d’une approche délicate,
tant les théories sont divergentes sur le ‘pourquoi’
mégalithique.
Ce site est également intéressant par le fait qu’il
détient le seul menhir reconnu par les autorités du Pilat,
sans toutefois que ces dernières ne daignent lui accorder l’intérêt
d’une étude plus approfondie.
Peu d’écrits existent, pour ne pas dire aucun, sur ce vestige
mégalithique, de la part des grands auteurs anciens. Il faut attendre
l’arrivée de jean Combe avec, en 1965, son ‘HISTOIRE
DU MONT PILAT - Des temps perdus au XVIIe siècle’, pour commencer
à savoir l’existence du site. Cet auteur, novateur contesté
(comme le veut la tradition) par les ‘ténors’ experts
en « je sais tout … mais je ne sais pas quoi dire»,
consacre quelques lignes et une belle illustration à ce témoin
du passé. Il ajoute aussi sa surprise du fait que messieurs Pierre
Gras et Louis Dugas, alors spécialistes en ‘études
mégalithiques du Pilat’, n’aient pas accordé
la moindre attention à ce site. On trouve plus tard les écrits
de Patrick Berlier, remarquables sur le sujet.
Légendes pour un menhir
Concernant le monolithe, plusieurs légendes en sont nées.
Il y est forcément question d’interventions merveilleuses
ou terrifiantes.
On trouve pêle-mêle le menhir sous la forme d’un caillou
(dans sa chaussure) blessant Gargantua arpentant la région…
Puis le récit d’une créature ébauchée
par le démiurge (lui-même) pour l’un, par un magicien
pour l’autre, et dont les traits frustres n’auraient pas été
acceptés… cette créature semblant guère docile
aux ordres de son créateur… elle finit tristement pétrifiée
sur le lieu de l’ébauche. On nous a également assuré
qu’avec beaucoup d’attention on entend, contre le mégalithe,
son cœur battre ou ses larmes couler (eaux souterraines ?). Sur ce
registre, nous avons également une sentinelle, placée là
pour veiller sur un trésor (une chèvre d’or avec d’immenses
cornes enroulées!), dont les maîtres oublièrent jusqu’à
l’existence et qui, disciplinée à l’extrême,
fut foudroyée et réduite en pierre au lieu de fuir l’orage
du déluge ! Enfin nous avons un récit peut-être plus
proche partiellement de la réalité. Cette aventure se serait
déroulée au début du siècle dernier. Un journalier
agricole, apercevant une sorte de tanière au pied du mégalithe,
lance un caillou à l’intérieur. Ce dernier n’en
finissant plus de tomber en heurtant les parois, l’homme suppose
une profonde cavité que sa curiosité pousse à agrandir.
Il se met d’autant plus à l’œuvre qu’il
connaît la rumeur qui fait du menhir du Flat la fermeture d’une
issue des mines d’or romaines dont les accès étaient
dans le vallon est du site. L’homme, maintenant armé d’une
longue barre, sonde le trou et l’outil semble lui glisser des mains,
happé par l’obscurité souterraine. Il s’en retourne
au village pour conter son aventure à une autorité locale.
Monsieur le maire n’y est pas, l’instituteur et le garde champêtre
non plus… Il reste monsieur le curé à qui l’aventurier
confie l’espoir d’une richesse colossale en minerai d’or.
Le prêtre, après avoir longuement écouté le
récit, sur un ton menaçant réplique : « malheureux…
ce n’est pas l’or que tu vas faire sortir de sous le caillou…
mais le diable et sa ribambelle d’infernaux… ». Le trou
fut aussitôt rebouché… mais depuis, on voit toujours
l’affaissement à l’emplacement de la cavité.
Qui ira réveiller les hordes infernales sous le menhir… ou
en revenir riche de l’or des mines romaines du Flat ?
Une étude inachevée
Vue
d'ensemble de la route du site du Flat, en 1988
L’association Vaisseau de Sable avait proposé, en 1988,
une série de mesures sur le lieu: un nettoyage du site (au bord
d’une décharge publique), une remise en état superficielle
du sol, un relevé topo en plan et altitude ainsi qu’une situation
astronomique universelle, un dossier photographique complet (y compris
infrarouge) et une recherche documentaire étendue également
au domaine des traditions et légendes se rapportant au site. Inutile
de dire, qu’à part l’attention amicale et les encouragements
de Michel Fropier, architecte du Parc Naturel Régional du Pilat,
les efforts de cette association restèrent sans suite. C’est
donc sans appui d’aucune sorte que quelques travaux de repérages
furent toutefois entrepris à titre privé.
Nous joignons pour information les pages 13, 14, 15 et 16 du bulletin
n°1 de l’association VdS, concernant les démarches et
les relevés opérés sur une face du menhir comportant
une gravure de ‘couteau antique’. A l’époque,
un moulage de cette gravure avait été fait et nous le conservons
toujours à toutes fins utiles.
Il faudra attendre le bulletin suivant de 1989 pour trouver la suite et
fin des observations à propos d’une forme de visage ‘dessiné’
sur la face ouest du mégalithe, donc sur le côté opposé
au ‘couteau’. Nous donnons copie des pages 29 et 30 de ce
bulletin n°2 de VdS afin que le lecteur puisse prendre connaissance
de ce qu’il en était peu avant 1990… et ce qu’il
en est s’il visite le lieu aujourd’hui.
Trois enceintes et un mégalithe
Visage au centre du menhir (infra-rouge)
C’est du calvaire, près de la route, que l’on peut
voir le site dans son ensemble : le mégalithe et le tumulus qui
le supporte, ainsi que les restes de la triple enceinte qui l’entourait
à l’origine. Depuis ce calvaire, à aucun moment le
menhir n’échappe à notre regard. Il semble là
pour nous guider et nous attirer vers lui, depuis des temps immémoriaux,
avec une force invisible échappant à la raison.
Dans le dernier méandre du chemin, à gauche, des éboulis
pierreux nous rappellent la présence des légendaires mines
d’or romaines.
Nous entrons rapidement dans ce qui reste de la première enceinte
et qui disparaît sous la végétation… et la déprédation
des hommes. Il y a encore une vingtaine d’années, on trouvait
par endroit, à moindre profondeur, une terre noirâtre témoignant
la présence de foyers ponctuels ou de dépôts de cendre
rituels déposés dans cette première enceinte défensive
ou à but sédentaire. Les vestiges de ce premier périmètre
étaient, il y a encore une trentaine d’années, délimités
de loin en loin par d’étranges amandes rocheuses du même
type que celles encadrant l’antique chemin des Roches de Merlin…
En poursuivant notre progression, on atteint la seconde enceinte, plus
nettement attestée par une structure de roches bien alignées
selon un tracé… du moins si l’on en croyait ce qu’il
restait encore en place… et qui n’existe pratiquement plus
maintenant, plus en raison des pillages incessants que des assauts patients
de l’érosion naturelle.
On accède enfin à la dernière partie du site par
un étroit passage entre plusieurs gros blocs rocheux. Ce périmètre
semble réservé exclusivement au menhir lui-même. Cependant,
en contrebas, du côté ouest, se trouvaient plusieurs ‘tombelles’.
Nous avons pu, vers 1970, en voir une totalement éventrée
lors des labours envahissant de plus en plus le site (débris d’ossements,
dents et éclats de poteries grisâtres).
Le mégalithe est un bloc granitique local, massif et grossièrement
retaillé par endroit. Planté sur son tertre, il domine l’ensemble
du lieu de sa masse imposante. Il est possible également qu’il
ait été érigé de nombreux siècles après
l’édification des enceintes dont il occupe le centre.
Le menhir du Flat est également le point focal de plusieurs ‘glissières’
profondes taillées dans la roche servant de base au tumulus central.
Ces gorges sont remarquables par leurs longueurs inhabituelles et nous
reviendrons bientôt sur une possible interprétation de leurs
fonctions sur ce site.
Côté couteau du menhir - au loin le village de colombier
(infra-rouge)
Quelles croyances pouvaient présider à la mise en place
de ce site et selon quels critères ? Que pouvaient représenter
cet ensemble pour ceux qu’on appelle « les constructeurs de
mégalithes » ? Une première manifestation tangible
du désir de tendre vers les cieux, les étoiles, les astres
sacrés de la nuit et la lumière ? L’usage d’un
réceptacle des forces vives de l’Univers, des puissances
génératrices et vivifiantes de la Terre Mère ? L’espoir
de lancer dans le temps un message confié à la solidité
du granit ? Nul n’en sait rien, mais, faute de connaissances précises,
ne commettons pas l’erreur de nier à ces ancêtres de
l’humanité une certaine culture, ou même la maîtrise
de certaines sciences. Songeons pour cela à la nécessaire
organisation technique et sociale que suppose le phénomène
mégalithique…
André Douzet
Les documents joints sont extraits des bulletins 1 et 2 de l’association
Vaisseau de Sable. Reproduction interdite sans autorisation.






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