
Joyeux Noël… ou la tradition oubliée
Des anciens temps ne restent rien
Nous voici arrivés
à la période des grasses festivités de fin d’année…
D’ailleurs, comment pourrions-nous l’ignorer puisque qu’à
cette époque, nulle part, nous ne pouvons échapper aux publicités
de toutes sortes qui assaillent le curieux, inondent sa boîte aux
lettres ou submergent le passant, d’un raz de marée d’éclairages
rutilants, de promesses alléchantes de mets pantagruéliques
et présents aussi somptueux que multicolores. Ces réjouissances
sont maintenant entrées dans la tradition et ne semblent plus être
dissociables de cette saison, au point que tout nous porte à croire
que ces moments de plaisir démesuré sont coutumes ancestrales…
Quel enfant se pose, en la circonstance, une autre question que «
vais-je avoir l’avalanche de cadeaux espérés ? »…
Quant aux adultes, leurs soucis sont d’un autre ordre, tout aussi
spirituel, puisque leurs méditations se bornent au casse-tête
de la composition des festins- à faire pâlir de jalousie
tout ogre qui se respecte- qui émailleront les jours de ces célébrations
rituelles de … ‘la bouffe’ ! Tout au plus, un ancien,
un ancêtre égaré dans notre jungle, de temps à
autre, tente d’expliquer que « de son temps… »,
mais de ‘son temps’, on s’en fiche et d’autres
soucis nettement plus importants nous accaparent, tel par exemple le domaine
vital des achats de victuailles et cadeaux qui feront crouler nos tables
sous le poids des mets et cadeaux, tous plus alléchants les uns
que les autres… Oui, certes… une grand’mère explique
tant bien que mal qu’autrefois on allait à la messe à
minuit, souvent à pieds dans la neige et, qu’au retour, la
table semblait tellement conviviale, avec son repas un peu plus abondant
que d’ordinaire, avec sa nappe des jours de fête… et
ce soir là, à ce moment, le ‘bonhomme’ était
passé récompenser les enfants d’une orange, d’une
sucrerie… parfois d’un jouet en bois, ou carton, acheté
‘trois francs, six sous’ -ou fabriqué en grand secret
par un parent- avec de laborieuses économies prises sur l’indispensable
de chaque jour. Grand’mère !… vous nous cassez les
pieds avec vos histoires à faire pleurer un monsieur Madeleine
avant même sa rencontre avec Cosette et son seau immense !!!...
On peut sourire… Mais, à mieux réfléchir, cette
‘image d’Epinal informatisée’ de notre époque
devrait plutôt nous faire pleurer tant elle est devenue banale et
dévoyée.
Quand Noël était vrai
Maintenant, il nous faut
mettre un nom sur ce temps de fête…Nous sommes, en vérité,
au moment de la célébration du solstice d’hiver que
le profane appelle Noël. Mais alors, Noël est-il seulement un
long festin ou le symbole d’un événement exceptionnel
oublié ? Sur le plan populaire, il s’agit de la nuit où
naquit un enfant nommé Jésus, par qui l’Eglise catholique
prit son essor depuis environ deux mille ans. Concernant un aspect astronomique,
cette même nuit est celle la plus longue de l’année…
On dit alors qu’il s’agirait de la nuit la plus longue précédant
la lente victoire du soleil sur les ténèbres. Et ce serait
tout ?
Non, certainement pas car cette nuit est sans doute la plus ‘magique’
de l’année. Certes… mais à ceci nous devons
ajouter que « Noël » provient du latin « natalis
» qui signifierait ‘jour de la naissance’. Pour la Chrétienté,
il s’agit de la venue au monde de Jésus, fixée précisément
au 25 décembre depuis l’an 354, encore qu’aucun évangile
n’en fasse mention précise. Cette date est arrêtée
par le pape Liberus afin d’endiguer les rites païens du calendrier
mitraïque mettant en danger la nouvelle Eglise, et fixer par la même
occasion une fois pour toutes ce moment indéterminé, si
mouvant, qui variait du 6 janvier au 29 mai en passant par le 28 mars
ou encore le 19 avril…
On comprend volontiers que la religion ait cherché à superposer
la venue sur Terre de l’enfant dieu, issu d’une vierge, sur
les rites païens souvent établis sur le culte à Mithra.
Ce dernier est une divinité qui précisément naît
dans une grotte pour sauver l’humanité du chaos annoncé.
Cependant, il est encore l’intermédiaire entre les forces
d’en haut et d’en bas… comme Jésus. Parfois nommé
« Soleil invaincu » (Sol Invinctus) Mithra représente
l’astre solaire opposé aux ténèbres dans la
religion iranienne où il illustre la pureté et la chasteté
combattant les forces obscures… tout comme le principe représentant
Jésus !
Quand le culte païen est une communion
Cette divinité colportée en Gaule par les soldats romains
est également un dieu océanique puisqu’on le dit entouré
de nymphes. A travers lui on adorait aussi le nouveau Chronos, dieu du
temps, car il était censé détenir les clefs du passé
et de l’avenir, et commander aux éléments qu’il
pouvait déchaîner à sa volonté. Le rite de
purification était suivi du partage du sang et de la chair du taureau
sacrifié… à défaut les adeptes partageaient
du pain et du vin en remplacement des deux espèces tauroboliques
d’origine. Cette consommation permettait rituellement « d’ingérer
une partie du principe fécondant de l’animal et par la même
renaître à la vie » (Michel Thiebaut). Nous ajoutons,
à propos de fertilité, qu’il était conseillé,
autrefois, de répandre du sang frais de taureau sur un champ pour
immanquablement le fertiliser. On imagine aisément les peurs, et
les efforts de superposition, de l’Eglise face à une telle
ressemblance entre le « partage » du rite mithraïque
et la représentation symbolique des propos de Jésus au moment
de célébrer la Cène avec ses apôtres. Oui…
mais Mithra est misogyne et se révèle essentiellement aux
guerriers romains en excluant les femmes. Mithra qui justement annonce
qu’il est la porte par laquelle l’homme accédera à
la vie, la lumière, la chaleur et la force, et ceci sur ce principe
depuis la nuit des temps. L’Eglise vaincra en faisant une place
importante à la femme par qui naît Jésus… Cette
femme, à qui la religion ne pardonnera jamais de lui avoir permis
le triomphe, ne se verra attribuer que très tardivement une âme,
accordée du bout d’une bulle par un pape acculé à
cette concession ! Quant à Mithra sacrifiant le taureau, qui deviendra
son symbole, celui-ci sera déchu par l’église qui
s’empressera de le ‘déviriliser’ pour n’en
faire qu’un bœuf docile soufflant laborieusement sur l’enfant
Jésus pour le réchauffer cette nuit de Noël, au fond
d’une crèche des plus sordides… pendant que ses cornes,
contenant toute sa force combative, seront réduites à l’état
d’attribut du diable qui sera ‘cornu’ (depuis le Moyen-Âge
seulement)… Ainsi les deux rites n’en firent plus qu’un
seul, teinté des mœurs chrétiennes, avec par exemple,
l’antique houx piquant qui illustrera la couronne d’épines
et ses boules rouges qui rappelleront les perles de sang des plaies du
Christ... « Malheur au vaincu ! » pour ce pauvre Mithra et
son malheureux taureau.
D’étroits créneaux du temps
Mais Noël, de plus,
ne se limite pas à une seule nuit ou un jour unique… C’est
le point culminant d’une célébration qui dure plusieurs
jours, près de huit semaines, précisément du 4 décembre
au 2 février de l’année suivante. Ce ‘passage’
d’une année à l’autre, des ténèbres
à la lumière, avait pour nom ‘calendales’. Pour
nous, il est intéressant de noter que ces ‘calendales’
s’ouvraient le 4 décembre, le jour célébrant…
Ste Barbe ! Cette Sainte Barbe, patronne des ‘bas’ de Périllos
et plus précisément du secteur minier de ce pays sur lequel
elle veillait du fond de la chapelle qui lui était dédiée.
C’est donc elle, avec pour symboles la foudre et le feu céleste,
qui ouvre officiellement cet espace dans le temps qui se refermera pour
la Chandeleur, le 2 février suivant. Cette dernière fête
sera celle de la purification de la Vierge, pour remplacer une autre fête
païenne, celle de l’Imbolc, qui augurait l’arrivée
prochaine du printemps pour la fête de la déesse irlandaise
Brigit qui se rapproche au plus près des Lupercales romaines célébrant
les fêtes lustrales de la fécondité. Dans cet étroit
créneau du temps se déroule un autre événement,
celui des Saturnales, qui à l’origine étaient dédiées
à Saturne (‘severe’ en latin signifie ‘semer’),
dieu romain maître de l’agriculture. Cette fête se situait
entre le 25 décembre, jour de Noël, et le 6 janvier. Ce 6
janvier que l’Eglise placera sous l’égide des ‘Rois’,
pendant que l’Eglise d’Orient considère cette date
comme celle de la vraie nativité, en remplacement de… la
résurrection d’Osiris dont le temple de Pompéi de
son épouse Isis était précisément orné
de taureaux! Ces onze jours résultent du manque entre les douze
lunaisons du calendrier celtique donnant 354 jours et celui solaire qui
en aligne 365. C’est ce ‘raccord’ soli-lunaire qui s’inscrit
entre Noël et l’Epiphanie comme un ‘moment de déphasage’
hors du temps où tout devient possible autant que… redouté.
A ceci, il est intéressant d’ajouter que « l’Avant
», et son calendrier de 28 jours (4 semaines), représente
précisément un cycle lunaire complet et parfait… inclus
en ouverture de Noël qui n’est autre que le solstice solaire
d’hiver ! Rappelons que cette rupture dans le temps est celle où
peut se réaliser la ‘fusion des contraires’, des morts
et des vivants, où ‘durant ces douze nuits toutes rencontres
deviennent possibles’, ainsi que bien des dérives comme celle,
par exemple, de la transmutation du plomb saturnien en or solaire…
qui est le vieux rêve des alchimistes. Aussi, le rite de la fève
extraite de la galette (qui n’est autre que l’embryon naissant
de la masse fécondante solaire) fut-il contesté en 1664
par le théologien Jean Deslions en même temps que la célébration
des images du ‘Roy boit’. En échange, Nicolas de Barthélemy
prétend qu’il ne faut pas, dans le « Fabae Domine »
(la fève à Dieu) psalmodier au moment de la distribution
des parts de galette par une innocente désignation cachée,
entendre « Phoboe Domine »… qui signifie le ‘soleil
– roi’ !!! Depuis toutes ces constatations, ne peut-on pas
comme Michel Thiebaut (‘Dans le sillage des sirènes‘)
nous demander s’il n’est pas juste de faire « la part
trop belle aux anciennes superstitions comme si l’Eglise avait été
incapable de maîtriser le processus d’assimilation voulu par
elle : la christianisation de l’espace, du temps et des fêtes,
n’aurait-elle eu pour seul effet que d’offrir un déguisement
aux anciennes croyances sans en changer le fond ».
Le vieux symbolisme rituel
Pourtant, Noël garda
longtemps son aspect hautement sacré, au point d’être
un moment privilégié pour de nombreux monarques ou religieux…
ainsi Charlemagne couronné empereur par le pape, en l’an
800, un jour de Noël ! Quant à cette date inscrite sous ce
titre au calendrier, elle fut à l’origine celle fêtant
Eve et Adam le 24 décembre dont la nuit est celle de la Nativité…
Peut-être est-ce la raison pour laquelle le sapin de Noël,
arbre à l’aspect immortel, puisque vert en hiver, était
décoré depuis le début de cette tradition, avec des…
pommes rouges représentant le Paradis et le fruit de son arbre
du Savoir interdit par Dieu? Ces pommes rouges qui, lors d’un hiver
si terriblement sibérien, finirent par geler avant cette fête
et durent être remplacées rapidement par des boules de verre
soufflé de couleur rouge qui furent les premières ancêtres
de nos modernes décorations en verre de Noël !
Pour cette célébration, tout est symbolique et aucun ancien
n’aurait osé transgresser les moindres détails de
ces règles sacrées. C’est ainsi que, maintenant, au
moment de se ruer sur les mets copieux et surabondants, qui se souvient
de ce que représentaient les modestes treize desserts du repas
de la nuit de Noël pris au retour de la messe de minuit ? Là
encore, tout était soigneusement orchestré dans le sens
du rite. Sur la table étaient posées 3 nappes blanches représentant
la trinité supportant le repas de cette nuit exceptionnelle. Ensuite,
3 bougies blanches accentuaient le rappel de ce nombre trois qui était
aussi celui des coupes contenant du blé mis sous une gaze tenue
humide depuis le jour de la Sainte Barbe (4 décembre) et dont les
grains devaient germer et ‘lever’ droit… si ce n’était
pas le cas, de grands malheurs s’abattraient immanquablement sur
la maison durant l’année nouvelle.
Ensuite commençait le repas de la nuit. Il était composé
de 7 « plats maigres » représentant les 7 douleurs
de Marie ou de Notre-Dame des sept douleurs. Ces plats se composent essentiellement
de 4 légumes verts du potager, bouillis ou frits à l’huile
d’olive uniquement, entrecoupés de morue, omelette et escargots,
à l’exclusion de la moindre viande rouge ou blanche! Le pain
accompagnant le repas se présentait sous la forme de 13 petits
pains dont les restes étaient laissés sur la table jusqu’au
27 décembre, soit 3 jours sans y toucher. La tradition dit que
cette part laissée sur la table, « n’ayant pas de maître
», était destinée aux esprits familiers venant se
consoler durant la nuit de cette nourriture représentant symboliquement
la sainte trinité.
Enfin, ce sont les 13 fameux desserts… Il y avait tout d’abord
les quatre fruits secs de l’hiver : figues, amandes, noix et raisins.
Les figues représentaient l’Ordre Franciscain… les
amandes illustraient (évidemment en raison de la forme héraldique
du fruit) les Carmélites… Les raisins secs représentaient
l’Ordre de St Dominique… et enfin les noix figuraient les
Augustins.
Les dattes représentaient évidemment le Christ venu d’Orient
avec ce fruit (serait-ce à dire qu’il soit venu vivant en
Gaule ???).
Ensuite arrivent les deux nougats blanc et noir. Le blanc tendre et doux
représentait l’aspect bénéfique et la vertu.
Quant au noir, par sa texture cassante, il donnait un avant-goût
de dureté et de légère amertume augurant les péchés
et leurs punitions…
Après ces douceurs suivait la célèbre ‘Fougasse’,
ou ‘pompe à huile’, dont la forme ronde et la couleur
dorée illustraient le soleil, et l’huile la saveur du saint
chrême… Avec cette pâtisserie simple arrivaient les
oreillettes annonçant la fragilité légère
de la vie.
Enfin, quatre fruits de saison du verger complétaient ces treize
représentations aux symboles sacrés.
Bien entendu, Noël ne serait pas une fête complète sans
la présence du Bonhomme Noël. Mais que serait-il lui-même
sans ses précieux auxiliaires, les rennes, tirant vaillamment le
traîneau du vieil homme immortel. Le plus curieux, ce sont les noms
attribués à ces huit fidèles cervidés : Cupidon,
Comète, Danseur, Eclair, Fringant, Fougueux, Mégère
et Tonnerre. Sur l’origine de ces noms, nous ne savons rien.
Barbara,
Nicolas… et les autres
Une fois l’aspect populaire du Père Noël survolé,
il nous faut regarder que, le plus souvent, il a pour nom Saint Nicolas
et est célébré le 6 décembre, au moment de
la fête de sainte Barbe. Il s’agit d’un personnage ayant
vécu à la fin du 3ème siècle en Lycie, aujourd’hui
la Turquie. Très tôt ‘inspiré’ par la
foi, il est ordonné à 19 ans. Nous nous arrêtons un
instant sur ce religieux. Nous le trouvons dès lors nommé
supérieur du monastère de SION, près de Myre. Ensuite,
il combat le paganisme vers Patara qui fut un des plus importants centres
du culte d’Artémis et d’Apollon… ce qui nous
rappelle curieusement le mot Patarin, attribué aux cathares et
lancé comme une insulte à Nogaret, traité de «
fils et petit fils de patarin » lors du procès des Templiers.
On trouve Nicolas au concile de Nicée puis très vite, il
voyage beaucoup. C’est au cours d’un de ces périples,
qu’après un naufrage, il ressuscite un marin noyé.
Ce miracle lui vaut de devenir le patron des navigateurs ou… nautoniers
! Et Nicolas ne se contente pas de ce ‘geste’ car il prend
seul la barre des navires, ordonne aux vents contraires et détourne
les tempêtes … Il décède à Myre en 350.
On note que toute sa vie ‘miraculeuse’ n’est qu’une
longue litanie basée sur le chiffre 3. Depuis le jour de sa naissance,
où il tient debout durant 3 heures, dit la légende, à
sa fameuse action sur les 3 enfants, tués (de là naissent
probablement les termes ‘petit salé’ et ‘lardons’,
qui désigne un enfant) et mis en salaison par un boucher monstrueux,
qu’il ressuscite formidablement en imposant trois doigts sur les
chairs en salaison. On dénombre au moins 22 actions qu’il
orchestre dans sa vie sur le nombre 3. On le trouve, une fois son rôle
de ‘Père Noël’ accompli un jour par an, patron
de corporations des plus intéressantes : marins, navigateurs, prisonniers,
pêcheurs, constructeurs de ponts… qui relèvent toutes
de ce qu’on appelle « la troisième fonction ».
Retour à la case orthodoxe… ou à celle de la Gorgone
?
La suppression du nom Nicolas du calendrier ecclésiastique universel
eut lieu en 1970 à la grande stupéfaction des croyants…
Ses reliques sont transférées aux Etats-Unis en 1972 sur
avis du pape Paul VI, ce qui est aussi pour le moins surprenant…
Depuis cette date, ce pourtant sympathique patron est relégué
à la seule dévotion locale. Le 5 décembre de 1972,
les reliques sont reçues solennellement en l’église
saint-Nicolas de New York… par l’archevêque orthodoxe
Iakovos !... ce qui nous fait penser rapidement à la bonne sainte
Angelina.
Nicolas est fortement cité dans le légendaire de Saint-Nicolas-de-port,
près de Lunéville en Lorraine. On doit ce culte aux moines
de Gorze qui, en 1095, établissent une église dédiée
au saint patron dont un des doigts miraculeux est offert à la vénération
des fidèles. Les moines de Gorze occupent le monastère bénédictin
de St Gorgon… Puis s’émaillent plusieurs dérives
qui conduiront à d’étranges légendes frôlant
des jeux de mots qui immanquablement nous conduisent à l’épouvantable
Gorgone… puis à St Michel et le dragon. Ce nom de Gorgon
aurait-il aussi donné naissance à celui de Gargantua ? C’est
en tous cas ce que suggère Alain Debenoist. Gargantua… le
‘géant à la pierre’, est-il celui qui inspira
la fameuse pierre du ‘perron’ de Périllos ? Le saurons-nous
jamais. Mais en ce cas, il n’y aurait qu’un pas pour aller
à l’image d’un Babaos – Gorgone à celle
d’un Grand chevalier de Périllos à celle d’un
géant ou d’un St Michel terrassant la bête.
Procession de Noël à Périllos
Mais il nous faut revenir à la célébration de Noël
et à l’énigme qui nous intéresse. Notons alors
l’étrange accumulation qui fait qu’en moins de deux
jours sont célébrés plusieurs saints personnages
proches de l’énigme : Ste Barbe, Ste Angélina et l’illustration
de St Nicolas dérivant vers le St Michel, la Gorgone et le patronage
des nautoniers naviguant dans une barque de Pierre. A ceci, nous ajoutons
que souvent Ste Cécile est associée à la fête
de Ste Barbe. Or, il est utile de préciser que sur les anciennes
terres des Périllos se trouvait un couvent… Ste Cécile.
Cependant, à ce stade, il ne s’agit là que d’une
série de purs hasards. Pourtant, nous ajoutons un autre détail
qui prend ici toute son importance. En relisant le bref texte écrit
dans le registre de l’église de Périllos (abbé
Laborie, XVIIe siècle) nous constatons qu’aucune date n’est
donnée pour le pèlerinage vers une grotte du nom d’Oursv
(oursu ?) contenant une gravure représentant un calice d’où
s’échappe une constellation formant la « Grande
Ourse ». S’agirait-il d’un oubli, d’une erreur
? ou simplement d’un fait devant rester sans plus d’information
ou inscrit dans la logique chronologique de cette église dédiée
à St Michel ? Nous opterons pour la seconde solution par le fait
que la brève et laconique signalisation de la procession est placée
dans le registre au tout début du mois de décembre et qu’elle
est précédée et suivie d’événements
rituels religieux ordinaires (naissance, messes, faits notoires liés
à l’édifice des anciens seigneurs). Ce serait donc
au moment de la fête de Ste Barbe (patronne des terres basses de
Périllos) que se déroulait le pèlerinage hivernal…
peu avant la célébration de la Nativité ! Etait-ce
là un rite propre à Périllos avant le solstice d’hiver
? Mais pourquoi pas ?
L’ombre des morts et des trésors enfouis
Il nous faut revenir
à ce moment privilégié dans le temps qu’est
celui de Noël… Nous manquerons de place, cette fois, pour résumer
toutes les particularités notoires. Cependant, même si nous
revenons sur ce sujet merveilleux, l’année prochaine par
exemple, nous ne passerons pas aujourd’hui sous silence la fête
des lumières de la sainte Lucile, célébrée
le 13 décembre qui est le jour le plus court de l’année.
Ce jour, autrefois, il était de coutume d’arrêter toutes
activités. On ne filait plus le lin ni tournait le rouet, on ne
cousait plus les tissus, et on s’abstenait de cuire le pain ou d’enterrer
un mort… à ce titre, on recommandait de bien veiller à
ne pas s’endormir avant la minuit de cette date. Il était
également de bon ton de laisser une place vide à la table
du repas de cette nuit là pour que puissent se restaurer les ancêtres
décédés ou… l’inconnu de passage auquel
on ne posait aucune question, de crainte, comme le relatent certaines
traditions, que le Christ, fatigué ce soir là, ne s’arrête
pour se restaurer… sous les traits d’un énigmatique
étranger. Ce rite de l’absent - présent s’est
ensuite déplacé à la nuit de Noël… Lucie
est la patronne de la lumière et ce titre ne peut que se situer
avec les rites de la Nativité… tout comme se retrouver dans
l’Enfer de Dante où elle est ‘porteuse de lumière’
! D’ailleurs, Lucie nous conduit tout droit vers les feux follets,
qu’elle est réputée allumer et maîtriser pour
la plus grande peur des vivants… tout comme elle se trouve réputée
présente également vers les grands mégalithes chargés
de pivoter sur eux mêmes et s’ouvrir sur d’étranges
lumières souterraines éclairant des trésors enfouis.
Ces trésors s’offrent à la vue du téméraire
qui s’aventurerait sur ces sites magiques et païens la nuit
de Noël. Il faut, à ce courageux ou inconscient candidat,
se trouver devant le mégalithe au moment de la lecture, durant
la messe de minuit, de la généalogie du Christ… Ce
temps réservé à la litanie de l’homme-dieu
permet l’ouverture de la roche qui laisse voir des monceaux de richesses
dans lesquelles on peut puiser, sous réserve de vite ressortir
avant la fin de cette lecture… faute de quoi on se trouve à
jamais prisonnier du trésor. C’est à ce moment que
l’aventureux postulant à ces fortunes faciles et rapides
invoquait le secours des saintes Lucie et Barbara (patronne des mines…
de trésors ?). Périllos contient à la fois le culte
à Ste Barbe, des mines, des mégalithes et de fabuleux trésors
dont un sans doute lié au secret généalogique de
Jésus !!! A ce propos, dirons-nous qu’un ou plusieurs prêtres
sont des personnes parfaitement bien placées pour ce genre d’approche
religieuse ? Nous ajouterons pour conclure que, souvent, le ‘couple’
Barbara – St Nicolas est indissociable à cette époque
où « tout est permis ». En effet, nous les retrouvons
dans une comptine populaire qui, sur le sujet, nous dit :
« Saint Nicolas, Barbara, Marchand d’allumettes,
Qui a vendu sa femme, pour une poire blette »
On appréciera dans ce curieux, et amusant texte, la présence
des deux personnages, de la lumière de Lucie, et… d’une
poire !!!! C’est pour le moins insolite comme réflexion mais
bien proche des énigmes ‘périllossiennes’.
La
mortelle prophétie du bœuf
Mais ce n’est pas encore tout à propos des phénomènes
étranges ‘permis’ cette nuit de Nativité. Le
bœuf, pauvre taureau dévirilisé, en raison de son attention
à réchauffer de son souffle le frêle enfant divin,
n’était pas laissé pour compte à cette nocturne
occasion ‘saturnale’. On dit que, cette nuit là, le
bœuf parle, et qu’en échange du savoir de la divine
naissance, il est en mesure de prophétiser la mort des maîtres
de la maison. Il est alors déconseiller de chercher à entendre
les propos du bœuf, car les percevoir rend la prophétie immanquablement
opérative et le maître du domaine meurt dans l’année
! Certes, il s’agit d’une légende… mais le souffle
n’est pas le moyen de transport de l’air véhiculant
la parole... cette parole émise cette nuit sous forme de sentence
mortelle par l’animal de Mithra. Le maître des lieux avait
une solution pour parer à ce redoutable langage ; il lui suffisait
d’apporter au bœuf un présent sous la forme d’un
morceau de pain trempé dans du vin. Il y avait ensuite lieu d’imaginer
qu’un état d’ivresse installait le doute sur la véracité
de la sentence et le tour semblait jouer. Si la solution est apaisante,
nous pourrions surtout y voir que l’animal communie aux deux espèces
à ce moment de la Nativité… Mais ceci ne semble pas
avoir, un instant, effleuré les folkloristes de service.
… et la tragique ‘chasse maligne’
C’est enfin durant cette nuit merveilleuse que sont prétendus
d’autres événements nettement moins merveilleux et
bien plus effarants. On dit dans de nombreuses régions (ce qui
sous-entend une similitude frappante) que le seigneur local, son épouse,
son enfant, un de ses proches, épris de chasse, ont été
tués par l’animal au cours de la traque… Seule la vengeance
n’a de prise sur la volonté de l’esprit enfiévré
du maître des lieux. Rongé par l’envie de tuer la bête,
l’homme n’a que cette idée en tête et ne peut
se concentrer sur cette nuit de paix. C’est souvent au cours de
la messe, précisément à l’instant de la généalogie
du Christ, qu’il se lève et s’apprête pour la
chasse vengeresse. Il emmène avec lui son chien le plus fidèle
ou son serviteur ou son enfant et s’en va poursuivre la bête
dans la tempête et le froid… Evidemment, les témoins
entendent hurler autant le vent que l’homme et au matin on ne retrouve
que le témoin transi et terrorisé, mais rien du seigneur
et de sa monture. Les nuits de Noël, de nombreuses personnes diront
avoir entendu dans les tempêtes le ‘grand’ chasseur
hurlant en perdant son âme pour ne pas avoir suivi la messe jusqu’au
bout par soif de sang ou folie meurtrière et n’ayant abouti
qu’à sa propre prise dans les filets du malin. Ces récits
ont souvent pour nom « la chasse maligne de Noël »…
Ne doutons pas de l’existence du malin… mais soyons persuadés
que derrière ces récits à glacer le sang se dissimulent
d’autres symboles nettement plus évocateurs.
Noël et la vision de Ramon d’un ‘autre monde’
Les mégalithes, qui tournent et virent à l’instant
de pointe des messes de Noël, en livrant la vision d’incroyables
trésors, sont cités dans les traditions des régions
qui nous intéressent plus précisément : Massif du
Pilat (avec une variante d’un accès ouvert vers une contrée
fabuleusement belle), Languedoc, Beaujolais, Razès, Roussillon,
Catalogne, Pyrénées, Ardèche… Il est à
peu près certain que les mêmes récits illustrent quasiment
toutes les autres provinces de France. Nous retiendrons particulièrement
un dernier détail à propos de l’ouverture vers ces
visions idylliques. En effet, nous pouvons nous demander s’il ne
pourrait pas y avoir un lien entre ces pays fabuleux et accessibles durant
un laps de temps si court, et le récit de Ramon de Périllos
revenant de son odyssée vers l’Irlande qui affirme y avoir
acquis la certitude d’une ouverture vers… l’autre monde
? Cet autre monde doit être très accueillant puisque personne
n’a jamais tenté d’en ressortir l’an suivant
au moment de cette trop courte ouverture vers d’inimaginables autres
dimensions… Peut-être tout simplement est-ce ceci la dimension
du temps de Noël ?
«
… de mon temps… »
A l’énoncée de toutes ces étranges traditions
éclairant aussi brillamment qu’étrangement, nous constatons
être bien loin, aux antipodes, de ce qu’est devenue cette
fête qui est sans doute une des plus importantes, pour ne pas dire
la plus conséquente, de nos calendriers, des plus obscurs et anciens
jusqu’aux plus officiels de notre temps… Et n’en doutons
pas, nous n’avons pourtant fait qu’un bref survol au-dessus
de tous ces éléments épars, oubliés et pourtant
porteurs de nos plus profondes racines plongées au cœur des
traditions de la race humaine…
Au moment d’aller célébrer ces festivités sans
retenue, ni respect pour ce que fut notre passé mythique, qui d’entre
nous aura une pensée pour ces visions d’un autre temps, comme
l’évoquait avec un superstitieux respect notre ancêtre
du début, en nous disant à voix basse : « de mon temps…
la fête de Noël c’était autre chose… »
??? Oui… cet aïeul avait raison… mais cette ‘chose’
dont il voulait nous parler, nous nous en approcherons au plus près
au fil de nos recherches. Nous finirons notre petit périple dans
ce ‘temps oublié’ avec Harald Krieger qui écrivait
si justement:
« Les treize Nuits sacrées ! Un rêve est enfoui au
plus profond de l’âme.
Le rêve des puissants de la vie réunie autour du grand arbre.
Et dans nos propres cœurs se réveillent nos dieux !
Il se penche doucement vers nous, instant sacré du grand cycle
de l’année.
Et c’est ainsi qu’ils reviennent, comme il y a longtemps nos
pères les virent revenir. Et pour eux nous chantons comme nous
avons chanté toujours.
Nuits sacrées, heures immortelles, repli silencieux à l’intérieur
de l’Etre
Laissez se régénérer les temps anciens. Les dieux
redeviendront miens ! »
André Douzet
En référence :
- « Dans le sillage des Sirènes » Michel Thiebaut.
Casterman -1992.
- « Les Traditions d’Europe » Alain Debenoist. Le labyrinthe
-1982.
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