
Papes et livres maudits
Les sciences maudites
Très tôt, la religion s’évertua à sanctionner
et interdire l’usage des sciences dites occultes et toutes leurs
dérives: alchimie, magie, prophéties et autres prédictions...
L’usage des arts majeurs, tels que la médecine, les mathématiques,
la géométrie, l’astronomie, subit une censure discriminatoire
tout aussi sévère en se trouvant sous très haute
surveillance de l’Eglise.
Cette dernière préconisait un usage restreint et méfiant
des connaissances tirées de l’ombre, qu’elles soient
universelles ou cosmiques (étude des luminaires célestes
et leurs mouvements), telluriques (minéralogie, métallurgie,
chimie), animal et surtout humaine (biologie et morphologie) et enfin
approches de l’obscurité de l’abstrait (mathématiques,
arithmétique, géométrie, chiffres et nombres). Cette
somme, non exhaustive, était considérée, certes création
divine à n’en pas douter, mais lieux où peuvent s’engendrer
dans leur ombre propice, les forces tentatrices, destructives, et négatives
de la démonologie.
La perspective du bien
Il est de fait que ces maîtrises ne pouvaient se pratiquer qu’au
sein de la quiétude, de la sérénité ou de
l’isolement du laboratoire, de l’observatoire, des grottes
et autres lieux d’études éloignés de l’agitation
habituelle du profane. Alors furent inexorablement jugés, emprisonnés,
bannis les pionniers sincères pour avoir osé apprendre et
pire encore, dévoiler les secrets de la nature créative.
Il y eut, certes, des dérives, parfois obscurément dangereuses,
faisant appel résolument aux forces du mal... Mais, après
réflexion, pouvons-nous affirmer qu’aujourd’hui nos
chercheurs scientifiques oeuvrent seulement dans la perspective du bien?...
ce n’est pas vraiment certain… Cependant, ce n’est pas
pour autant qu’il nous faut abandonner tous travaux s’ils
s’avèrent prudents et positifs.
La raison de Bergson
De l’étude des phénomènes et conséquences
naturelles devait naître la magie sous de multiples formes. Même
l’aspect rituel trouvait sa fonction. Enfin s’engendrait en
toute logique les innombrables supports destinés à perdurer
et concrétiser l’ensemble d’un occultisme issu d’observations
liant la matière à l’esprit qui lui sera indispensable
pour être admise. La religion, c’est évident, est une
application spirituelle d’un schéma inévitable généré
par la création essentielle.
Bergson était sans doute dans la vérité en supposant
une analogie certaine entre religion et magie parce qu’ «
il subsiste quelque magie dans la religion et surtout quelque religion
dans la magie »...
Sciences et diableries
C’est peu dire, alors, qu’existent profondément des
liens entre les sciences flagrantes et l’inexplicable finalité
d’applications de ces mêmes sciences et Arts de la matière.
Est-ce ridicule de préciser que si, au Xe siècle, on avait
affirmé qu’en appuyant sur un bouton on obtiendrait images,
lumière, mouvement et destruction par une force réelle mais
invisible, le « démonstrateur » se serait immédiatement
retrouvé sur un bûcher pour commerce avec le démon?
Combien de malheureux mais sincères pionniers eurent cette fin?
Pourtant, aujourd’hui, qui croirait pratiquer des rites sataniques
en allumant une lampe ou son récepteur de télévision?
Hors de l’Eglise point de salut!
L’Eglise, autorité incontestée à ces époques,
sanctionnait toutes hypothèses « sulfureuses » et trop
en avance pour être issues de la sagesse divine!
En regardant de plus près, nous observons que ceux en charge de
la censure, de la sanction, et d’endiguer les recherches qualifiées
« d’obscures », se livraient à leur tour sans
retenues aux même travaux et expérimentations. On peut dire
aussi que plus on s’élevait dans la hiérarchie religieuse
de l’époque, plus l’intérêt pour «
l’ésotérisme scientifique » y était grandissant
et digne du divin intérêt... et surtout bien à l’abri
des sinistres tribunaux inquisiteurs et autres « bras » répressifs!!!
De petits livres
secrets
Dès le XIe S. déjà circulent de petits recueils
manuscrits contenant les « secrets » et formules utiles pour
combattre tous les maux de l’Humanité, mais aussi pour ennuyer
au possible ses semblables... On retiendra, parmi ces fascicules, les
plus célèbres: « La Clavicule à Salomon »,
« Le Grand Albert », « La Chouette Noire », «
Le Vieillard des Pyramides », « Le vrai dragon noir »,
« Le dragon rouge », « La Poule Noire », «
Le rituel de Haute magie d’Agrippa »... Ensuite, notre attention
se portera sur: « Le Livre des Conjurations du Pape Honorius »,
« L’Enchiridion du Pape Léon », et d’autres
de même signature sur l’alchimie...
Le Grand Albert
Le plus connu est sans doute le célèbre « Grand
Albert » qui, depuis le XIVe S., ne cesse d’être réédité,
toujours avec la prétention de conformité à l’original...
ce qui est totalement faux, puisque les premiers ouvrages sont en latin,
de petit format, avec moins de 200 pages selon l’imprimeur.
Les multiples rééditions, estimées à plus
d’une centaine, varient, malgré leurs affirmations d’authenticité,
de 140 à plus de 620 pages, quand elles ne sont pas reproduites
en 2 tomes.
Le livre doit son nom à son auteur, Albert de Lauringen, dit Albert
le Grand, né en 1193. Il entre à 37 ans dans l’ordre
des Dominicains. Il enseigne à Cologne et parmi ses élèves
se distinguent Thomas d’Aquin et Ulrich Engelbert. Il prêche
la croisade en Terre Sainte en 1263, en Allemagne, Bavière et Franconie.
Il décèdera le 15 novembre 1280 à Cologne.
Déclaré « Bienheureux » en 1637, Pie XI le canonise
en 1931. 10 ans plus tard, Pie XII le déclare patron des Sciences...
ce qui est assez cocasse pour cette circonstance.
La méthode dominicaine
On connaît les méthodes dominicaines contre les hérétiques,
sorciers et leurs œuvres. Il ne semble pas nécessaire, ici,
de revenir sur ce propos. Albert, le dominicain, deviendra « Le
Grand » en étudiant ces mêmes oeuvres hérétiques,
puis en les publiant au plus grand nombre de lecteurs... qui sont le plus
souvent des notables reconnus. Thomas d’Aquin, l’abbé
Trithème, l’évêque d’Avilla, Roger Bacon
(capable de faire la poudre à canon, notable alchimiste, mathématicien,
astronome...), le dominicain Ferrare, et tant d’autres religieux,
suivront la même destinée avec le même succès,
la même notoriété... et la même impunité!
En outre, comment ces prêtres, moines, et religieux pourraient-ils
être inquiétés quand leur autorité suprême,
le pape, en fait autant et souvent plus? Faut-il admettre que ce dernier,
à toutes les époques, étudiait et pratiquait quelques
sciences obscures et sulfureuses en l’interdisant violemment aux
plus petits laïques? Que craignaient ces grands de la religion ?...
Peut-être d’être dépassés dans l’art
subtil de ces sciences qu’ils déclaraient maudites et où
ils excellaient ?
L’Enchiridion du pape Léon
La liste est longue concernant les papes dont on retrouve les écrits
édités et signés de leur main, aussi nous retiendrons
les plus marquants:
Le plus connu serait Léon le Grand et son célèbre
« Enchiridion du pape Léon ». Le livret fut retrouvé
dans les réserves du Vatican par un capucin, le père Angelo
(?) et fut authentifié le 14 décembre 1843 et encore en
1847. Ce précieux grimoire aurait été offert à
Charlemagne par Léon vers 795. D’ailleurs, la bibliothèque
vaticane conserve le courrier de remerciement de l’empereur. On
retrouve dans cet opuscule des oraisons, des invocations, des conjurations
pour tous les maux et les circonstances, des textes de rois antiques et
une lettre de Jésus à Athanas... puis des formules pour
déclencher les forces sacrées, et d’autres moins avouables,
ainsi que des armes pentaculaires pour attaquer et se défendre
en appelant les grands archanges... par d’étranges, inquiétantes
mais efficaces prières!!!
Le pape Sylvestre
II
Sylvestre II, dit Gerbert, élu pape en 999, est le premier des
15 pontifes français. Né à Aurillac, l’histoire
veut qu’il ait hérité d’un savoir issu du celtisme
et des traditions ancestrales de l’Auvergne. Le fait est qu’il
était initié à la Kabbale ainsi qu’à
des sciences orientales incontestables. La tradition rapporte qu’il
avait une méthode numérique permettant d’explorer
l’avenir des hommes. Ce système s’accompagnait, comme
le relate Marius Melotin, d’un mécanisme insolite, réagissant
à la seule main de Gerbert, basé sur le calcul binaire.
Mais on dit aussi, et c’est plus troublant, qu’il fut le disciple
attentif de Benoit IX, connu sous le nom de Théophilate, qui lui
aurait enseigné le culte des démons. A ce propos, il serait
intéressant de considérer le mot « démons »
pouvant être, en vérité, le mot « Daïmons
»... ce qui expliquerait bien des choses dans la vie de Gerbert.
Les écrits de ce pape pourraient représenter plus de 90
ouvrages dont certains se subdiviseraient en différents volumes...
un travail impossible pour un seul homme. Alors qui aidait Sylvestre II
dans ses recherches?
Le livre des conjurations
Ce serait l’œuvre d’Honorius III, pape en 1216, ou
d’Honorius IV, élu en 1285. Quoiqu’il en soit, il s’agit
encore d’un ancien dominicain. Mais cette fois le grimoire, en place
d’invoquer les forces angéliques et divines par la prière,
fait appel à Lucifer et ses puissances... ce qui ouvre une perspective
formidable quant à la vision papale des forces lucifériennes,
somme toutes sollicitées largement pour desservir les exigences
de l’Homme, jusqu’aux conjurations de Satan, Belzébuth,
Astaroth et les autres!
L’ouvrage très religieux contient toutes sortes de maléfices,
charmes et actions kabbalistiques, dont le fameux « AGLA »,
célèbre pour la puissance qu’il libère lorsqu’on
en connaît la clé d’ouverture.
La tradition rapporte que le pape Honorius portait lui-même un pentacle
cerclé faisant pacte avec les forces les plus obscures de la magie
cérémonielle. On dit aussi que ce talisman, à la
mort du St Père, s’incrusta profondément dans son
thorax.
Et
d’autres papes innocents
Par ailleurs, d’autres pontifes s’adonnèrent aussi
aux sciences de l’ombre. Citons rapidement Benoît IX, pratiquant,
outre les écrits magiques, des messes noires (rapport du dominicain
H. Cassana)... Puis les pratiques toutes aussi douteuses de Jean XX, Jean
XXI et Grégoire VII... tous sans en être nullement gênés
ou inquiétés. Deux poids et deux mesures? ! ?
- Jean XXII (1316-1334). Son nom est à lui seul une énigme
; il était maître en médecine et théologie.
Jean XXII, 22 comme les lames du tarot et le total des maîtres du
Temple... Il aurait écrit les célèbres: « L’Elixir
des Philosophes » et « L’Art Transmutatoire »,
oeuvres d’alchimie notoires.
Jacques Fournier
- Jacques Fournier. Pape sous le nom de Benoît XII (1334-1342)
il devra son trône et sa fortune à sa rencontre étrange
avec la tradition juive. Les opposés s’attirent lorsqu’il
s’agit d’intérêt de haut niveau. Ses écrits
restent une énigme quant à leur contenu magique et Kabbalistique.
- Benoît XIII (1394-1422) dont le nom nous laisse perplexe: Pedro
de Luna! Il constitua, sous une impulsion inexpliquée, la plus
importante bibliothèque hermétique de son temps, en liaison
avec les Chartreux d’Avignon!
Papes, gouvernants et falsifications
Les pontifes pouvaient facilement accéder impunément à
toutes les archives, des plus obscures et interdites... aux plus sacrées.
Sans doute toutes celles-ci contenaient-elles des éléments
précieux sur les connaissances universelles.
Sinon pourquoi, par exemple, les papes Innocents III et Grégoire
VII trafiquèrent-ils les évangiles? Et d’autres papes
en ce qui concerne les Saintes Ecritures et la Vulgate sous l’impulsion
de Damas I et de l’empereur Constantin au concile de Nicée!
Idem pour « l’évangile des Hébreux » de
St Mathieu... Et encore des modifications et suppressions sous la gouverne
du pape Anasthase II!
Charlemagne avec « ses papes » s’en donna à cœur
joie dans ce qu’il restait à édulcorer de certains
textes... et l’œuvre de falsification s’achèvera
sous le pontificat du pape Sixte Quint (1585-1590)...
Les mystères de Jean XXIII
Plus près de
nous, en 1961, Jean XXIII se pencha sur l’étude de l’énigme
Naundorff et faillit mettre en lumière un des plus obscurs mystères
de notre Histoire. Jean XXIII, étrange pape qui écrit d’aussi
étranges prophéties concernant notre époque jusqu’en
2033!!! Jean XXIII, Angelo Roncalli de son nom, d’après la
tradition, aurait subi d’étranges initiations. Il aurait
encore appartenu à de bien obscures sociétés secrètes
avant d’être élevé au rang de pape. Mais quels
sont l’effet et la cause dans la vie de ce pape bien insolite ouvrant
une ultime fenêtre cryptée sur notre avenir?
Le Livre des Révélations
Les étranges écrits de certains Saints Pères contiendraient
sans doute une grande part de la connaissance ésotérique.
Quelle est la clé d’accès permettant d’en convertir
le langage « magique et puéril » en une force claire
et opérationnelle?
Peut-être alors reste t’il, comme ultime solution, le système
de correspondance tenu dans l’énigmatique manuscrit «
Livre des Révélations de l’écriture sacrée
». En effet, ce livre aurait été écrit par
un cardinal, sous la dictée d’un pape qui eut la prudence
de ne pas souhaiter être nommé en signant sous le nom de
M. Lucci... La lecture de ce manuscrit « ouvrirait » tous
les autres écrits, pour notre plus grand bénéfice.
S’il n’est pas trop tard, il est grand temps d’en saisir
la clé!
Mais en lisant ces étranges grimoires, gardons toujours en mémoire
la prévention d’Albert le Grand: « cependant je dois
te prévenir que, passée la première griserie à
te sentir le dictateur de quelques vices ou merveilles, tu constateras
très vite qu’à notre époque de connaissance
universelle tu ne sais pas grand-chose puisque tu en ignores les plus
subtiles. »
André Douzet
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