
Enigme d’une ancienne ville royale
Dourdan se
blottit sur les rives de l'Orge, au centre d'une campagne agréable,
aux cultures variées, semée de bois et de prairies. Au hasard
des rues tranquilles, il ne paraît plus aujourd'hui que l'ancienne
capitale du Hurepoix se souvienne vraiment de sa vocation politique et
économique de tout premier plan au Moyen Age.
Au centre de la ville, sur plus de trois mille mètres carrés,
s'étend l'ancien château, flanqué de neuf tours, et
ayant gardé son enceinte intacte.
Jeanne de Bourgogne, Jean, Duc du Berry, la Hire, Louis XI, l'amiral de
Graville, Montgoméry, la duchesse d'Etampes, les Guises, le capitaine
Jacques, autant de noms célèbres qui attachent leur souvenir
à l'illustre passé de cette citadelle qui vécut des
heures terribles lors des guerres de Cent ans et de Religion.
Réunions initiatiques
Mais si l'édifice actuel, bâti par Philippe Auguste, date
seulement de 1222, il repose sur un site jadis occupé par un autre
château beaucoup plus ancien, peut-être édifié
au VIe siècle.
Dans ce château primitif, Hugues, surnommé Capet, fils de
Hugues le Grand, Duc des Francs, naquit en 941.
C'est là qu'il prépara, avec l'appui d'illustres personnages,
les évêques de Laon et de Reims, Gerbert surtout, le futur
Sylvestre II, l'avènement de la troisième race.
La tradition assure que s'y tinrent des réunions initiatiques à
l'usage de la famille de France, à l'époque des premiers
Capétiens et qu'elles se poursuivirent tout au long de la monarchie
: les souverains venaient à Dourdan pour des entrevues avec de
mystérieux émissaires chargés de leur révéler
certains secrets relatifs aux sources de leur pouvoir...
Et de fait, après Hugues Capet, le château devenu le rendez-vous
de chasse des premiers monarques fut à partir de 1137 la retraite
favorite de Louis VI. Il échut -après avoir été
reconstruit par Philippe Auguste- au douaire de Blanche de Castille. Habité
par saint Louis il redevint en 1260 la propriété de sa femme
Marguerite. En 1307 il fut l'apanage de Louis d'Evreux, frère de
Philippe le Bel.
Et, après l'extinction des Capétiens directs, parmi les
membres des familles royales qui l'affectionnèrent tout particulièrement,
on compte Marie de Médicis, Louis XIII et Anne d'Autriche, Philippe
Ier d'Orléans....
Si on connaît la singulière personnalité de Gerbert,
qui vint donc à Dourdan « préparer »
les Capétiens, les origines de la dynastie se parent en effet d'une
mystérieuse atmosphère.
Gerbert était-il le descendant d'une antique famille occitane ou
le fils de simples paysans ? Nul ne le sait. Toujours est-il que, dès
son plus jeune âge, il fut recueilli, élevé et éduqué
par les moines d'Aurillac. Mais le savoir, pourtant étendu, des
religieux, ne lui suffit bientôt plus. Le jeune homme s'échappe
pour l'Espagne où il fréquente les maîtres arabes
de l'enseignement desquels il semble avoir tiré le plus riche profit.
Naturellement, les légendes relatives à celle époque
de sa vie ne manquent pas. On raconte qu'il acquit ses connaissances grâce
à un livre que détenait un alchimiste arabe. Gerbert se
serait procuré celui-ci grâce à la fille du chercheur
qu'il aurait séduite. D'autres prétendirent que le jeune
moine avait tout simplement assassiné le détenteur du livre
pour s'en emparer.
Livre ou pas, Gerbert semble avoir tiré de son séjour en
Espagne maure le plus riche profit, à tel point qu'il repartit
de Cordoue, dit-on, plus savant que les maîtres qu'il avait fréquentés.
Gerbert introduisit alors dans l'ordre bénédictin une somme
de connaissances mathématiques impressionnantes, touchant aussi
bien la géométrie que les poids et mesures ou le jeu d'échecs.
Mais, surtout, on lui doit l'introduction dans le monde chrétien
du système métrique arabe.
Il ne s'en tint néanmoins pas là et, se découvrant
des talents d'inventeur, il mit au point un astrolabe, une horloge à
balancier, des orgues hydrauliques, ainsi qu'une mystérieuse tête
de cuivre répondant aux questions qu'il lui posait. Et cela tout
en rédigeant force traités mathématiques et philosophiques.
Parallèlement, à date de son retour en France, son ascension
dans la carrière ecclésiastique est foudroyante : elle ne
s'achèvera qu'en 999, sur le trône de Saint-Pierre...
Devenu pape, l'ancien élève des moines d'Aurillac poursuivit
dans une tour du palais - et avec succès, semble-t-il - des travaux
d'alchimie particulièrement poussés.
Naturellement, il défrayait la chronique en cette époque
de peur mortelle de l'An Mil, et ses contemporains lui prêtaient
une quantité incalculable de prodiges démoniaques, attribuant
ses réalisations et ses succès à un pacte signé
avec Satan. « Il éclipsa même la magie des siècles
passés », écrivait à son propos Guillaume de
Malmesbury.
Tel est l'homme, sommairement dépeint, qu’on retrouve au
cœur des énigmes de Dourdan.
Le puits et le croissant
Il y a un certain
nombre d'années, au cours d'une campagne de fouilles archéologiques,
fui mis à jour un puits dont l'utilité ne paraissait pas
évidente.
Des vestiges qui l'entourent permettent de supposer qu'une quelconque
construction le surmontait. Certains ont cru bon d'émettre l'hypothèse
d'une porte pivotante à trois battants, ce qui aurait fait du puits
un piège à eau.
Il est curieux, en effet, de noter la corrélation possible avec
une vieux proverbe local : « Qui touche à la pierre de Dourdan
périt par l'eau. »
Par contre, aucun souterrain n'a été découvert.
Pourtant, à l'époque révolutionnaire, un officier
de police nommé Gaumer, écrivait dans un manuscrit intitulé
« Histoire de Dourdan » : « Nous sommes allés
de tour en tour par un souterrain blanc comme neige et sommes passés
devant des portes bardées de fer. » Il est rare, admettons-le
de trouver des souterrains « blancs comme neige ».
De plus, puisque Gaumer affirme ainsi être allé de tour en
tour, il semble logique de déduire que le souterrain suit le tracé
de l'enceinte, et le retrouver devrait être chose relativement simple.
Par ailleurs, notre curiosité est piquée par ces «
portes bardées de fer »… que pouvaient-elles bien protéger
?
Et Gaumer, bien placé pour le faire puisque officier de police,
en a-t-il percé le secret ? Dans l'affirmative, pourquoi n'aurait-il
pas révélé la nature de sa découverte? Il
est vrai qu’en ces époques troubles de la Révolution
il était facile en quelques instants de voir son statut basculer
de commissaire à suspect bon pour ‘les bois de justice’…
Sans doute son silence était-il la marque d’une découverte
dont la révélation pouvait comporter quelques dangers…
ou avantages ?
Quelques-uns, on le voit, des mystères de l'ancienne forteresse
capétienne...
Il en est un autre beaucoup plus général.
Le passé extrêmement riche de Dourdan aurait dû tenter
nombre d'historiens, ou, tout au moins, susciter des vocations d'historiens
locaux. Or, on ne connaît qu'un ouvrage consacré à
la ville : celui de Joseph Guyot : « Chronique d'une ancienne ville
royale : Dourdan », publié en 1869. Il est impossible aujourd'hui
de se procurer un exemplaire de l'édition originale, même
chez les libraires spécialisés (l’ouvrage a été
cependant réédité et se trouvait en vente au musée
du château de Dourdan).
Manuscrits escamotés
De
plus, à la mort de Guyot, toutes ses archives semblent s'être
mystérieusement volatilisées.
Naturellement, avec l'énigme de Dourdan, on ne peut manquer d'évoquer
l'action occulte des Templiers.
Ceux-ci possédaient plusieurs commanderies et granges aux alentours
de Dourdan, et l'utilisation de l'eau en général, par système
d'écluses en particulier, leur était familière.
Toutefois, on imagine mal des Chevaliers du Temple, détruits exotériquement
en 1307 par Philippe le Bel, initier les successeurs, même indirects
de ce monarque...
Malgré cela, juste en face du château, se tient néanmoins
un « Hôtel du Croissant ». L'origine de celle appellation
est oubliée, mais on sait que l'auberge existait déjà
au XVIIIe siècle, pour le moins, et qu'elle portait déjà
ce nom. Or, les Templiers, d'une quelconque manière, parfois la
plus inattendue, ont toujours marqué les hauts lieux du symbole
du « croissant »...
Contradiction, coïncidence ou équation à résoudre
?
NB de France Secret
Ce texte de Daniel Réju nous a été donné
par lui vers 1970… C’est ensuite qu’il nous fit part
de plusieurs remarques annexes arrivées après la rédaction.
Par exemple, Daniel faisait part de sa perplexité face à
cet étrange souterrain de Gaumer (commissaire officier de police
de la Révolution). Il soulignait la similitude d’un milieu
souterrain entièrement blanc avec un autre itinéraire, disposant
d’une autre sortie, en sous-sol emprunter par un certain ‘Charlot’
dans le secteur et l’histoire de l’énigme de RLC…
Notre ami expliquait qu’à ce constat il ajoutait cette étrange
atmosphère imprégnée des secrets détenus par
les familles royales et de nombreux personnages qui nous sont bien connus
dans les énigmes nous intéressant de plus près.
Dans ce texte manquent les événements fatals au surintendant
des finances du royaume, Nicolas Fouquet, et également deux personnages
fascinants qui sont Jean Cocteau et un certain ministre de la Culture
: André Malraux. Ces éléments, Daniel nous les donna
peu avant de décéder dans des conditions pour le moins dérangeantes…
Nous concernant, nous ne saurions que conseiller aux curieux et chercheurs
d’insolites ‘de terrain’ de suivre les travaux de Yannick
Laurent sur cette région. Travaux écrits qui, et c’est
pour le moins curieux, nous semblant les plus complets, sont plongés
dans l’indifférence générale des chercheurs
et des bouquinistes depuis leur parution vers 1995. Cette région
de l’Essonne peu approchée dans les domaines ésotériques
mérite toute une attention particulière que nous ne manquerons
pas de développer prochainement.
|