
L’énigme fascinante de la DIMERESSE
Carte
annotée par Monsieur Le Clerc « la Dimeresse » y est
entourée en rouge
Une propriété un peu secrète, entourée de
grands arbres où s'attardent les corbeaux et ceinte d'un haut mur,
servit de cadre, il y a maintenant presque quinze ans, à la plus
fantastique quête au trésor que l'on puisse imaginer. Pourtant,
le trésor n'a pas été retrouvé, et on a abandonné
les recherches.
Cette affaire a fait la «une» des journaux; ceux-ci, du jour
au lendemain, n'en parlèrent plus: les histoires de trésors
sont ainsi ; on les oublie aussi vite qu'on les a découvertes.
Pourtant, celle-ci ne méritait pas un tel sort: elle présente
une énigme grandiose qui mériterait et justifierait tous
les acharnements. Un vieil officier a passé plus de vingt ans de
sa vie à tenter de retrouver ce trésor ; il s'est usé
à cette tâche et, en mourant, il demandait encore que l'on
«creuse un dernier trou».
Souvenir moins noble à évoquer, le trésor lui-même
a un crime comme appât: un jeune homme, amoureux de la femme de
son ami, avait fixé rendez-vous à ce dernier, de nuit, près
de l'entrée d'un souterrain perdu dans les bois, pour chercher
le trésor, et il le tua d'un coup de poignard avant de prendre
la fuite. En dépit de ce sinistre épisode, qui peut, de
nos jours, dire en quoi consistait ce trésor de La Dimeresse, près
de Messy, dont, en 1954, tous nos grands quotidiens suivaient fiévreusement
les recherches?
Le 13 novembre 1793, la populace en furie envahit l'abbaye royale de Saint
Denis et pille son trésor inestimable, grossi par celui de la Sainte-Chapelle,
que Louis XVI y avait fait transporter par mesure de sécurité.
Blaize de Montesquiou rapporte que le butin fut chargé sur onze
charrettes et dirigé sur la Monnaie où les pièces
du trésor devaient être fondues.
Le trésor de l'abbaye était certainement le plus considérable
de tout l'Occident: sa nomenclature complète couvrait 534 pages
manuscrites. Dans son «Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denys
en France», Dom Michel Félibien, bénédictin
de la congrégation de Saint-Maur, s'est borné à donner
la description de quelques-unes seulement des pièces conservées
à Saint-Denis: «(...) croix d'or couvertes de rubis, de saphirs
et d'émeraudes, entourées de perles orientales, épée
et éperons de Charlemagne, buste de vermeil doré représentant
Saint Benoît, châsse contenant les ossements de Saint Louis
et la couronne de Saint Louis : elle est d'or et enrichie de plusieurs
pierres précieuses, entre lesquelles est un rubis de grand prix.
Dans ce rubis est enchâssée une épine de la couronne
de notre Seigneur». Quelques-unes seulement, répétons-le,
parmi les pièces inestimables qui composaient le trésor.
Or, aucun procès-verbal n'a été dressé à
la Monnaie à l'arrivée du trésor de Saint-Denis,
comme il était de règle avant la fonte. A part les sept
pièces que l'on peut voir au Louvre, le trésor de l’abbaye
royale a mystérieusement disparu. En 1939, le commandant Le Clerc
devenait propriétaire d'un domaine situé à la limite
de Messy, en Seine et Marne, la Dimeresse !
Dans un grenier, il découvre un vieil acte de vente par adjudication
à un citoyen Delacour, daté du 4 Octobre 1792, qui pique
sa curiosité; on pouvait y lire: «Une maison, grange et terre,
sise à Messy, dépendant ci-devant de l'abbaye de Saint-Denis
en France ».
Le commandant Le Clerc, ancien officier de l'état-major de Lyautey,
est aussi un passionné de radiesthésie. Il entreprend des
recherches dans le sous-sol de sa nouvelle propriété et
détecte tout un réseau de souterrains dont il s'emploie
à dresser une carte. Il peut également se procurer le livre
de Dom Félibien qui lui apprend que cette «maison»
de Messy servait aux bénédictins pour prélever la
dîme en or. Par ailleurs, le commandant s'aperçoit que les
radiations émises par les planches du livre représentant
des pièces du trésor de Saint-Denis sont semblables en amplitude
à celles provenant de son sous-sol.
Mme Le Clerc devant
l’un des endroits où fut creusé un puits.
Le commandant Le Clerc sait que cinq fois au cours des siècles,
durant les périodes troublées, les moines de Saint-Denis
ont caché leur trésor hors de l'enceinte de l'abbaye pour
l'y ramener ensuite. Il constate que, des possessions des bénédictins,
celle de Messy est la plus proche de Saint-Denis. Il s'étonne que
les moines, en 1793, n'aient pas jugé utile de mettre, une fois
de plus, le trésor à l'abri. Alors, il se pose une question
à laquelle, durant vingt ans, il essaie vainement d'apporter une
réponse: le trésor de Saint-Denis n'est-il pas caché
à La Dimeresse depuis la Révolution?
Prudent et modeste, le commandant Le Clerc commence par demander l'avis
de radiesthésistes éminents. Plusieurs lui confirment l'existence
de souterrains et la présence d'or et d'argent. Puis, peu à
peu, c'est spontanément que radiesthésistes et magiciens
se présentent à La Dimeresse. Leurs conclusions rejoignent
celles de leurs prédécesseurs. Une magicienne détecte
dans une allée proche de la maison une sépulture: cinq moines
dans leurs cercueils de plomb, dont un n'a plus de tête.
Le cas de La Dimeresse devint célèbre. Nombre de personnalités
départementales s'intéressent à l'affaire. D'autres
personnalités politiques, dont certaines occupent maintenant une
place prépondérante dans l'opposition de l’époque,
sont prêtes à investir des fonds nécessaires à
des fouilles.
Et des fouilles ont lieu effectivement. Le commandant Le Clerc fait creuser
une dizaine de puits en différents endroits : partout, on ne trouve
curieusement que des nappes d'eau. On effectue un sondage jusqu’à
vingt-sept mètres de profondeur, à un endroit ou un radiesthésiste
détecte une salle souterraine circulaire, contenant de l'or et
de l'argent, près du mur d'enceinte de la propriété.
Enfin, en 1954, dans la cour du poulailler, on découvre, en creusant,
des marches qui s'enfoncent dans le sol. Elles conduisent à un
pertuis, lui-même barré par un mur; tous les espoirs sont
permis. Seulement, le pertuis menace de s'écrouler sur les chercheurs
et pour ces mêmes raisons, il est impossible de percer le mur avec
les moyens de l’époque. On rebouche à regret et l'opinion
publique se désintéresse de l'affaire. Solitaire, le commandant
Le Clerc poursuit ses recherches jusqu'en 1961, date à laquelle
il décède sans avoir pu réaliser son rêve:
retrouver l'épée de Charlemagne, la châsse de Saint
Louis et le buste de Saint Benoît.
Dès cette date, sa veuve voyage beaucoup pour oublier sa solitude.
Elle ne se sent pas de taille à poursuivre seule les recherches
que son mari avaient entreprises et se désintéresse, par
la force des choses, du trésor de La Dimeresse. Aussi, l'histoire
est-elle totalement retombée dans l'oubli. Et pourtant, un certain
nombre de points sont autant d'indices permettant de croire que le commandant
Le Clerc était sur la bonne voie. Jouxtant un très vieux
cimetière, pratiquement abandonné, à peu de distance
de La Dimeresse, existe une propriété appelée le
«Trou d'Argent» sans que personne puisse expliquer l'origine
et la raison de ce nom.
A Claye-Souilly, agglomération distante d'environ deux kilomètres
de La Dimeresse, les vieilles gens se souviennent que dans leur jeunesse
déjà, donc bien avant que le commandant achète La
Dimeresse et entreprenne ses recherches, tout le monde parlait de «la
cache des moines où se trouve le trésor de Saint Denis,
près de Messy».
La région
est, par ailleurs, un véritable labyrinthe de souterrains dont
La Dimeresse semble bien être le noeud : l'un d'entre eux débouche
sur le canal de l'Ourcq, à environ mille cinq cents mètres,
un autre part de l'église et se dirige vers La Dimeresse, un autre
encore a été découvert, au siècle dernier,
lors de la construction de la mairie, toujours à proximité
de La Dimeresse. Il existe également un souterrain reliant la propriété
à une autre maison située à Vineuil et où
les bénédictins de Saint-Denis percevaient la dîme
en blé et en avoine, tout comme ils la percevaient en or à
Messy. Tout récemment encore, on aurait découvert une galerie
sous la chaudière de chauffage central de la ferme Bouquin, au
centre du pays : la chaudière s'était enfoncée dans
le sol, il a fallu cimenter pour la soutenir. On peut voir aussi, dans
un champ proche du canal, une surface de terre assez importante qui s'est
affaissée par rapport à l'ensemble.
Enfin, fait troublant, bien avant qu'il entreprenne ses premières
fouilles, alors que l'histoire était encore ignorée de tous,
le commandant Le Clerc reçut la visite de quatre moines bénédictins,
accompagnés d'un radiesthésiste, qui lui proposèrent
pour La Dimeresse des conditions d'achat assez alléchantes.
Avec La Dimeresse, les amateurs de course au trésor ont peut-être
une nouvelle chance de vivre une belle aventure : Mme Le Clerc, comme
nous l'avons dit, aime les voyages. Pour visiter la Suède ou l'Egypte,
elle entend vendre une partie de sa propriété, justement
celle où se trouve situé, près du mur d'enceinte,
l'endroit où les radiesthésistes localisèrent la
salle souterraine circulaire. «Si mon acheteur trouve le trésor,
tant mieux pour lui», expliquait-elle, et la maison est peut-être
une piste. En effet, un autre souterrain passe sous cette maison que vend
Madame Le Clerc. L'orifice en a maintenant été comblé.
«Notre prédécesseur était un entrepreneur en
maçonnerie, il habitait ce bâtiment et non pas celui dans
lequel mon mari et moi sommes installés. Un jour, il s'aperçut
que la gouttière fuyait ; il plaça un tonneau contre le
mur, sous la fuite. Le lendemain, le tonneau avait disparu dans une véritable
excavation: pour la reboucher, notre maçon dut y jeter des tonnes
de terre et de gravats divers». Elément intéressant
si l'on se souvient que le commandant Le Clerc avait détecté
une galerie juste en face de cette maison et qu'à l'autre bout
du parc, juste dans l'axe, d'éminents radiesthésistes situaient
la fameuse salle circulaire.
Daniel REJU
NB. Ajoutons que lorsque Daniel utilise le présent, il le fait
en son temps, c'est-à-dire il y a…20 ans.
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