Enquête sur la Croix de Lorraine


En juillet 1982, je publiais aux Ed. du Rocher (1) un livre intitulé « Enigme de la Croix de Lorraine ». L'origine de celui-ci : une longue méditation sur la personnalité de Charles de Gaulle. J'avais acquis progressivement — et quasi inconsciemment — l'intime conviction que, derrière le héros historique, chef de guerre, homme politique et écrivain dont l'œuvre procédait à la fois de l'histoire et de la philosophie, se profilait un second personnage, occulte celui-là, ignoré des masses, soupçonné seulement par quelques-uns, réellement connu par un nombre encore plus restreint de Compagnons.
Peu à peu, au hasard des rencontres et des lectures, par le jeu de mes réflexions animé par la loi des correspondances, mon intuition se trouva étayée par une multitude d'informations concrètes, le plus souvent puisées aux sources les plus sûres, même si elles ne pouvaient toujours être citées.
Peut-être y avait-il là matière à un essai.
En fait, après une succession de coïncidences pour le moins étrangement imbriquées, je fus informé qu'il n'était pas du tout d'actualité de dévoiler le sujet, ni même de l'approfondir davantage
J'abandonnai donc ce projet avec l'espoir que, le temps passant, il me serait un jour loisible de rouvrir le dossier, et ce en pleine harmonie avec ce que nous pourrions définir comme le Plan Supérieur, mais en aucune autre matière.
Mais, toujours intrigué par ce mystère, je me pris à songer à la Croix de Lorraine en elle-même, prise en tant que symbole inséparable de la personnalité et de l'épopée du Général de Gaulle: des millions et des millions de Français connaissaient cette croix au graphisme si particulier que de Gaulle avait par ailleurs révélée au monde entier à la faveur de ses voyages — Québec, Brésil, Cambodge, Mexique, Iran etc... — lors du cycle « politique » de sa destinée. Paradoxe : parmi tous ces peuples, à la rencontre desquels il se rendit, et au sein même du peuple français, au premier chef, combien en connaissaient exactement l'histoire, le symbolisme et pouvaient expliquer les raisons de son choix et de son origine en tant qu'emblème de la France Libre durant la seconde guerre mondiale?

Le 24 septembre 1983, je donnais une conférence au Centre Culturel de l'A.M.O.R.C. à Paris, sur le thème « Mystères de la Croix de Lorraine ».
Depuis cette dernière date, j'ai pu rassembler un certain nombre de données nouvelles concernant cette troublante affaire : certaines étaient le fruit de mes recherches, d'autres m'étaient parvenues «spontanément».
Eléments permettant, en tout cas, de cerner davantage le sujet tout en élargissant le champ d'investigations, jouant à la fois sur des claviers de l'histoire occulte et du symbolisme profond. Sans oublier les personnages peu communs ayant entretenu des rapports privilégiés avec cette fascinante croix à double traverse.
Mais tout d'abord, résumons brièvement l'historique de cette croix double qui servit de modèle aux Français Libres et que l'on peut toujours admirer en la sacristie des Incurables de Baugé, dans le Maine-et-Loire.
En 327, parvenant à Jérusalem, l'impératrice Hélène, veuve de Constantin, fit effectuer des fouilles, sur le Golgotha, qui aboutirent à la découverte des trois croix, celle du Christ, celles des deux larrons, comme l'attestent saint Ambroise et saint Chrysostome.
C'est dans le bois de la Passion que fut sculptée la croix à double traverse de Baugé. Longtemps, les Comnène manifestèrent envers elle un étrange attachement ; ainsi l'empereur Emmanuel la portait-il avec lui en 1175, lorsqu'il entreprit sa campagne contre Azeddin, sultan d'Iconium.
Préparée en 1199, la IVème croisade aboutira à la prise et au pillage de Constantinople, le 12 avril 1204, ainsi qu'au partage de l'empire grec entre barons francs et marchands vénitiens.
Au premier patriarche latin de Constantinople, Thomas Morosini, succédera en 1215 un Toscan, Gervais, nommé par Innocent III durant le concile de Latran.
Entre-temps la Crète était devenue colonie vénitienne. L'autorité latine, entre 1215 et 1219, était représentée dans l'île par un dénommé Thomas, évêque itinérant et missionnaire, dont le siège à Candie n'était que symbolique et purement représentatif.
C'est ce personnage effacé qui reçut en dépôt la croix à double traverse qui nous intéresse, par l'intermédiaire de Gervais, ainsi que divers objets sanctifiés et reliques, épargnés par la mise à sac du 12 avril, et sans doute conservés jusqu'alors à Sainte-Sophie ou dans le Trésor patriarcal.
Or, en 1239, un seigneur angevin partait pour la Terre avec d'autres barons francs conduits par Thibaut IV de Champagne, dit le «chansonnier». Mais nous perdons bien vite la trace de ce personnage pour ne la retrouver qu'en 1241, en Crète justement. Nous ignorons tout de son séjour en Orient, de sa participation éventuelle à la croisade et des événements auxquels il put se trouver mêlé.
Mais le peu que nous sachions, en revanche, s'avère d'un intérêt capital : c'est à lui que Thomas remit la croix double des Comnène.
Les archives des Incurables de Baugé conservent l'acte original de cette donation, rédigé sur un parchemin sous la cote VR CR AI.
En 1244, notre seigneur de Saint-Christophe et de Châteaux, Jean II d'Alluye, est de retour en Anjou : le 3 mai, il cède la relique aux Cisterciens de la Boissière, abbaye construite en 1131 et dédiée à Notre-Dame en 1226, contre 550 livres tournois dont il n'avait nul besoin.
Aux XIVe et XVe siècles, les membres de la famille d'Anjou manifestèrent un attachement pour le moins très prononcé envers la croix de la Boissière, de Louis Ier à Jeanne de Laval.
Ainsi, Louis Ier ira jusqu'à fonder un « Ordre de la Croix » dont le but officiel était la reconquête militaire de la Terre Sainte. Fondé entre 1359 et 1377, l'Ordre de la Croix, ouvert aux seuls Chevaliers, avait naturellement la croix à double traverse « de sable ourlée d'or » pour emblème. Et le testament de Louis Ier comporte, au bas du parchemin, en regard de la signature, l'emblème vénéré.
Et, le Vendredi Saint de l'an 1400, Louis II se fit amener spécialement la Croix de la Boissière en la chapelle de son château d'Angers pour lui faire ses dévotions.
Parallèlement, celle-ci, peu à peu, avait été adoptée par l'ensemble de la province : emblème officieux de la Maison ducale, insensiblement elle devint la « Croix d'Anjou » sans jamais toutefois figurer sur les armes de celle-ci.
Le même phénomène devait se reproduire en Lorraine où elle apparut pour la première fois en 1435, par le biais de René d'Anjou, le fameux « bon Roy René »... La Croix d'Anjou deviendra définitivement la « Croix de Lorraine » avec son petit-fils René II, à l'occasion de la victoire qu'il remporta sur Charles le Téméraire, devant Nancy, le 5 janvier 1477.
Dans cette bataille, le Grand Duc d'Occident trouva la mort.
A l'emplacement exact où gisait sa dépouille, seulement retrouvée tardivement dans la soirée du 6, couverte de blessures, à demi déchiquetée par les loups, masse sanglante dans cette plaine de neige et de glace, René II fit élever une croix à double traverse fichée sur un socle de bois, encore visible au début du XVIIe siècle.
Il s'avérait amplement justifié qu'elle signe ainsi la victoire des Lorrains. En effet, la double croix, au cours de cette décisive bataille de Nancy qui, indirectement, sauva sans aucun doute la nation française, était pour la première fois officiellement arborée sur la bannière d'un puissant seigneur, arrière arrière petit-neveu du roi Charles V.
René II l'avait effectivement choisie comme emblème et signe de ralliement à la veille du combat, pour lui-même et l'ensemble de ses troupes, comme il le rapporta par la suite : « Et avoy sur mon harnois, une robe de drap d'or et une bande aussi couverte de drap d'or, et, sur lesdictes robe et bande trois doubles croix blanches. »
A la suite de cette victoire, René II adopta la croix à double traverse en son blason. Mais curieusement, le duc qui, et pour cause, n'était pas sans ignorer l'origine exacte, c'est-à-dire angevine, de l'emblème, abandonna pour celui-ci le noir au profit de l'or. Noire en Anjou, blanche sur le champ de bataille de Nancy, la double croix reconnue et adoptée par le petit-fils de René II atteignait le stade de l'or... Symboliquement, on révélait ainsi son aspect lumineux et sa nature solaire.
A partir de 1481 - s'il fallait retenir une date précise - la double croix se répandra progressivement un peu partout dans le duché, le seul des anciens fiefs du Roi René à être demeuré indépendant.
A la mort de René II, survenue en 1508, principal emblème de la Maison ducale et du duché, elle était définitivement et pour tous devenue la « Croix de Lorraine ».
Celle-ci, déjà attribut des Guise, fut adoptée par la ligue en 1576.
Son but officiel était la défense du catholicisme contre la montée du calvinisme et les menées de ses partisans.
Mais en effet, l'objectif occulte de la Ligue, sa raison d'être profonde et réelle était le renversement d'Henri III permettant ainsi l'avènement d'un Guise sur le trône de France.
Et encore, cette accession d'une nouvelle dynastie monarchiste ne constituait-elle qu'une première étape s'inscrivant dans un plan d'une portée autrement importante : l'instauration, avant la lettre, de ce l'on appellera plus tard la Synarchie d'Empire, soit la restauration authentique du double pouvoir, temporel et spirituel.
Toujours est-il que, la Ligue ayant été dissoute en 1595, toutes ces visées ne purent être réalisées, et que, par voie de conséquence, la Croix de Lorraine prise en tant que signe de ralliement ne jouera plus un rôle historique apparent avant la défaite de 1870, la victoire de 1910 et surtout, le second conflit mondial.
Il serait prématuré, présentement, de nous étendre davantage sur l'importance de la double croix dans notre destinée spécifiquement nationale.
Dans «Enigme de la Croix de Lorraine », nous avions démontré, avec de nombreux exemples à l'appui, le caractère à la fois universel et multidimensionnel du symbole de la double croix ou « Croix de Lorraine ». Nous y renvoyons le lecteur soucieux de plus ample information.
De même, nous exposions dans ce livre les différentes versions relatives au choix de cet insigne par les Français Libres, hypothèses le plus souvent contradictoires, tout en laissant néanmoins présager que la paternité de ce choix revenait au général de Gaulle lui-même.
Mieux, nous supposions déjà que celui-ci avait adopté la Croix de Lorraine comme emblème personnel bien avant le déclanchement du second conflit mondial.
L'intuition, autant que le raisonnement, nous poussaient à déduire qu'à travers l'imbroglio apparent, il avait suscité la « résurgence » de la Croix de Lorraine à la faveur des événements dramatiques qui se déroulaient. Demeurant dans l'ombre, pour des raisons personnelles, graves sans aucun doute, il rendait ainsi à l'emblème qu'il avait adopté à titre privé sa véritable dimension sacrée.
Geste indispensable compte tenu de la libération des forces occultes et cosmiques qui se produisit à la fin des années vingt et qui atteint son paroxysme avec la seconde guerre mondiale. Pour ces mêmes raisons, il préféra refuser toute paternité officielle — et même officieuse — de ce transfert. Toujours dans ce même esprit, suivant cette « idée-force » il s'employa à semer volontairement l'incertitude quant à l'identité exacte de l'auteur du choix de la Croix de Lorraine.
Récemment, nous lisions dans un bulletin confidentiel : «Le 20 juin 1940, le général de Gaulle, demanda à l'Amiral Thierry d'Argenlieu : « que pourrait-on trouver comme emblème sur nos pavillons tricolores, pour ne pas les confondre avec ceux de Vichy ? Ce dernier pensa tout de suite à Jeanne la Lorraine et à la croix à double traverse, emblème de la victoire depuis des décennies dans cette région de France. » (Nous respectons intégralement la citation en sa forme et sur son fond).
Sur ce second plan, nous avouerons n'avoir jamais eu connaissance d'une question de cet ordre posée par le Général à 1' « Amiral » Thierry d'Argenlieu... Mais il ne s'agit sans doute que d'un détail sans trop d'importance. Par contre nous noterons avec intérêt l'association « Jeanne d'Arc - Croix de Lorraine », suscitée, dans l'esprit de ce texte, par de Gaulle lui-même...
Le général était-il passé maître en maïeutique, cet « art de faire accoucher les esprits », fondement de la philosophie socratienne? Et l'aurait-il appliquée avec une infinie subtilité à l'égard de certains de ses compagnons, afin de leur faire redécouvrir les profondes vérités symboliques qu'ils portaient en eux-mêmes?
Pour nous, quoi qu'il en soit, notre opinion est désormais solidement établie en la matière : la Croix de Lorraine était effectivement emblème personnel du général de Gaulle bien avant la guerre et il parvint à la hausser à un taux de vibration tel qu'elle s'imposa, d'elle-même, mais à l'initiative du chef des Français Libres et ce à TOUT son entourage.
Il ne l'avait pas choisie, mais provoquée, mise en mouvement: plusieurs, autour de lui, s'étaient inconsciemment, puis plus ou moins consciemment, tournés vers elle, chacun persuadé de l'avoir retrouvée le premier... D'où l'extrême fusion entre les différentes versions, savamment entretenue par le Général, soit par son silence, soit par ses allusions aussi discrètes que nuancées, voire orientées...
Dans mon livre, après avoir étudié les différentes hypothèses de ce choix — d'Argenlieu, Muselier, Chicoteau, de Gaulle directement etc… — je citais des sources selon lesquelles le Général aurait arboré la Croix de Lorraine sur son fanion personnel lors de ses diverses commandements (19° B.C. P., 507° R.C.C., 4° D.C.R.).
Ces sources sont désormais vérifiées. Particulièrement en ce qui concerne le 507° R.C.C.: il est maintenant indéniable que, non seulement la Croix de Lorraine figure bien sur le blason de ce Régiment, mais aussi d'une manière frappante... Cet écu peut être vu par tout un chacun à la Boisserie où il figure en bonne place.
La Boisserie, achetée en 1934 par le général, «à la lecture d'une petite annonce », qui forme avec l'abbaye de la BOISSIERE, une anagramme parfait...
On peut lire dans « Le nombre d'or » de Don Néroman, réédité récemment (2), un passage particulièrement édifiant qui, se suffisant en lui-même, ne mérite aucun commentaire : « Composée de trois lignes par construction même de la Croix de Lorraine », elle contient les trois lignes qui résument à elles seules les mystérieux pouvoirs du Nombre d'Or, elle est bien « croix d'or » au maximum des possibilités.
Il est curieux de remarquer, en passant, le magique pouvoir des insignes : nous avons déjà vu (par. 29) que la guerre cosmique avait dressé, contre la croix gammée, le «Pentagramme de vie » des pythagoriciens, l'étoile à cinq branches; dédoublée en deux mâchoires d'un irrésistible étau: la rouge de Staline et la blanche de Roosevelt ; or à ce double visage du symbole pythagoricien s'est jointe la croix de Lorraine de Charles de Gaulle, et nous voyons qu'elle est bien liée, dans la secrète structure cosmique des éléments, aux polygones d'or.
Certains sceptiques pourraient penser qu'il est toujours possible de trouver post éventa des applications de symbolisme de cette nature ; car j'écris ces lignes le 19 avril 1945. Mais je ne voudrais pas qu'ils puissent me soupçonner de pareils enfantillages ; j'apporte donc un justificatif: j'ai donné ce schéma, liant la croix de Lorraine en décagone, dans le n° 27 de la revue ‘Sous le ciel’, en septembre 1938, alors que de Gaulle n'était en relief que pour quelques personnes au courant de la chose militaire et en particulier pour l'Etat-Major allemand ; »
Et plus loin : « Mon seul but ici est de montrer que les symboles jouent et s'associent selon les régies cosmiques et j'aime à croire que, pour ce qui concerne les deux étoiles à cinq branches et la croix d'or de Lorraine, le lecteur en sera convaincu. »

Selon Idries Shah, Charles de Gaulle fut initié au Soufisme, ce que confirment les soufis contemporains.
Et l'on peut trouver, dans les «Les Sociétés Secrètes», d'Arkon Daraul, une version peu répandue relatant la fondation « historique » du soufisme : « Quarante-cinq personnes, se donnant le nom de «Chercheurs», se réunirent pendant la première année de la mission du Prophète à la Mecque ; ils prirent le nom de « Compagnons du Tombeau ». »
Cette dénomination de «Compagnons du Tombeau» nous intrigue, bien évidemment. Pas autant toutefois que le nombre de ces «Compagnons», 45... On songe naturellement au roman d'Alexandre Durits, ‘Les Quarante-Cinq’, se déroulant sous le règne de Henri III, dont la garde particulière était composée de 45 gentilshommes. Et l'ombre de la Ligue plane à nouveau... Mais, détail important, ce sont les « Quarante-Cinq » qui assassinèrent, le 23 décembre 1588 à Blois, Henri Ier de Lorraine, dit le «Balafré», troisième duc de Guise, «...encore plus grand mort que vivant : »...
Or, en mars 1982, paraissait aux Ed. du Rocher, un ouvrage qui semble ne pas avoir énormément retenu l'attention du grand public: « Le Livre des Compagnons Secrets » avec en sous-titre « L'enseignement Secret du Général de Gaulle» (4) signé par le R.P. Martin. Sans nous étendre davantage sur la teneur de cette étude complexe mais de grande valeur, somme considérable d'informations étayant la richesse des thèses, nous nous bornerons à extraire l'une des idées maîtresses de ce livre. De Gaulle dispensait un enseignement occulte à un groupe de Compagnons Secrets, auquel il lui arrivait parfois de soumettre des thèmes de réflexion sur des sujets bien précis. Le groupe prenait alors figure de «conseil». Or, tout au long du livre, le R.P. Martin ne désigne pas autrement ce cénacle occulte que par ce terme: «Les Quarante-Cinq»... Nombre limite, fixé par le Général lui-même...
Dans «Enigme de la Croix de Lorraine » (5), nous avions démontré l'extrême importance que les Chevaliers du Temple témoignaient envers la croix à double traverse, à partir de l'étude de certains sceaux, médailles, reliquaires et traditions orales associant Templiers et Croix de Lorraine. Notons pour mémoire la double croix de la commanderie de Carentoir, la médaille de la Massénie d'hermé, l'église de la Vera Cruz de Segovia, le reliquaire de la Vraie-Croix de Sulniac, le sceau du Temple de Valence etc.
Différents témoignages à l'appui, nous en étions arrivés à conclure que la croix à double traverse était réservée aux seuls grands Dignitaires et, qu'à une époque indéterminée de son histoire ésotérique, l'Ordre occulta délibérément la Croix de Lorraine, les Templiers allant jusqu'à effacer soigneusement toute trace de celle-ci au sein de leur Maison.
Une nouvelle preuve concrète de l'intérêt profond des chevaliers à l'égard de la Croix de Lorraine nous vient des U.S.A.
Le « Cleveland Museum of Art » possède en ses collections une pièce unique en son genre. Il s'agit d'une plaque rectangulaire au centre de laquelle se trouve une niche en forme de Croix de Lorraine du XIIIe siècle. Trente croix templières inscrites dans un cercle l'entourent — croix templières également de haut niveau — disposées en cinq rangées de six.
Une inscription court tout au long du rebord entourant la plaque-reliquaire, commençant par ces mots : « Si vous voulez des informations sur cette Croix, lisez ceci »... Du texte il ressort que le reliquaire fut constitué par des parcelles du bois de la Vraie Croix en février 1213, qu'il fut volé par un prêtre, « un véritable descendant de Judas » qui s'embarqua avec l'objet de son larcin sur un bateau de pèlerins à destination de Brindisi. Au cours de la traversée, il fut saisit d'une crise de folie furieuse, allant jusqu'à « se dévorer les mains ».
La Vierge lui apparut alors, et dit : « Vous recouvrerez immédiatement vos facultés si vous acceptez de rapporter ce que vous avez volé ».
Le prêtre se prit alors à répéter sans cesse : « Aussi longtemps que je respirerai les vagues feront d'horribles remous. Si je me précipite dans la mer, tout redeviendra calme. »
Il donna la croix double aux pèlerins, à charge pour eux de la transmettre aux Templiers auxquels il entendait la léguer.
Puis il fut projeté par dessus bord.
Aussitôt débarqués les pèlerins s'empressèrent de remettre la relique aux Chevaliers du Temple.
Tel est l'essentiel de l'inscription relatant les différentes péripéties de la relique.
Les frères Templiers enchâssèrent celle-ci et un chapelain de l'Ordre grava le texte mentionné sur le rebord de la plaque (6).
Publié en 1975 à Monaco par les Editions de la Pensée Solaire (7), sous la seule signature de Peronnik, «Pourquoi la Résurgence de l'Ordre du Temple ? » est en effet un ouvrage collectif. Il constituait alors l'essentiel de l'enseignement public de la « Résurgence templière ». Bien que largement dépassé en de nombreux points, il demeure toujours un élément valable de cette expression.
A la page 151 de cet ouvrage, on peut lire : « Ne l'oublions pas, c'est sur notre terre hexagonale qu'a lieu ce second Golgotha du Martyre de nos frères, holocauste qui aimanta et féconda la nation de Jeanne la Lorraine, de Jeanne de Gaule. »
Et, au tout début de la page 153 : « De Dante à Charles de Gaulle, l’énumération serait longue de tous les noms de ceux qui, par leur foi, leur attitude en face des problèmes graves de la vie, publique ou privée, par leurs sacrifices aussi, ont maintenu individuellement la notion de chevalerie templière ».
Une nouvelle fois on trouve associés Jeanne d'Arc et le général de Gaulle, et ces deux personnages — sur lesquels plane l'ombre de la Croix de Lorraine — aux Templiers.
Le général de Gaulle dont une personne parfaitement au fait des arcanes de cette famille spirituelle que constitue la Résurgence nous confiait récemment : « On peut dire de lui deux choses avec certitude : il disposait d'un « chapitre secret » et était investi d'une mission de type templier...»
Pour conclure, nous attirerons votre attention sur une nouvelle coïncidence :

Charles de Gaulle, l'homme de Notre Dame la France, a attendu 1941 pour immortaliser la Croix de Lorraine par la méditation de l'Ordre de la libération.
Soit exactement 7 siècles après la donation de Thomas, évêque de Jerapetra, en Crète, à Jean II d'Alluye qui devait remettre l'illustre croix double aux Cisterciens de la Boissière.

Daniel Réju

(1) - Collection « Document ».
(2) - Dervy-Livres.
(3) - Arkon Daraul : « Les Sociétés Secrètes » J'ai Lu - L'Aventure Mystérieuse n° 283.
(4) - Collection « Document ».
(5) - Chapitres X à XV.
(6) - Nous publierons ultérieurement une étude exclusivement consacrée à ce reliquaire de Cleveland abordant certains points demeurés obscurs.
(7) - 20, bd Princesse Charlotte Monte-Carlo — Principauté de Monaco.