Saint-Jacques de Compostelle
Marche à l'ouest et fin des terres

 


Les "additions au Martyrologue" de Fleurus (Lyon) informe, dès le 9ème siècle que "Les os sacrés du bienheureux apôtre St Jacques, transportés en Espagne, sont révérés à l'extrémité du Pays, face à la mer de Bretagne, et sont l'objet d'une vénération extraordinaire des habitants"...

Parmi les grands pèlerinages du Moyen-Age qui alimentèrent la ferveur religieuse du christianisme florissant, il en est au moins un qui puise ses origines dès l'aube de l'humanité: le chemin de Compostelle ou chemin des étoiles. Depuis ces temps, des hommes quittèrent leur foyer pour parcourir les routes, dangereuses à cette époque, pour accomplir le grand voyage dans un but de purification.
A ce pèlerinage, fort en mérite pour l'évolution de l'occident, nous devons aussi l'ouverture de l'Art des bâtisseurs. Ce périple formidable fut, semble t'il, la plus grande université du Moyen-Age. Il a d'attachant qu'il puise son essence dans les grands thèmes des traditions millénaires... et nous ramène, ainsi, à nos origines et à notre finalité en étant une représentation terrestre du parcours céleste de l'accomplissement de l'âme.

LE PELERINAGE CHRETIEN

La légende de l'apôtre St Jacques semble dater du IXeS. Le pèlerinage, lui-même ne deviendra organisé qu'à partir du XIIeS. Des routes "pèlerines" vont de basiliques en abbayes, de reliques en tombeaux... Apparaissent hospices et refuges. Les ordres se font hospitaliers pour les pèlerins. Enfin c'est entre le XIIe S. et le XIIIe S. que le cheminement pour St Jacques prend toute son ampleur, et certaines chroniques font état de plus de mille pèlerins chaque jour allant à Compostelle.

Les attributs du Jacquaire

L'habit traditionnel, à l'origine, est simple et comprend une sorte de cape appelée écharpe ou encore panetière.
Puis des objets indispensables mais aussi symboliques:
- Une gourde, pour emporter une réserve d'eau potable suffisante d'une étape à l'autre. Mais cette gourde avait aussi un usage dans d'autres circonstances. En effet, attachée au bout d'un cordage ou d'une ceinture, si le pèlerin la faisait tournoyer rapidement le flacon émettait une sorte de ronflement tel celui de la "Vrombre" (contre les loups) qui pouvait impressionner des animaux sauvages ou à plus grande vitesse produire une sorte d'aboiement plus sec pour d'autres préventions plus... domestiques. En un mot la gourde est la vie ou la survie pour le Jacquaire.
- Le bâton ou Bourdon. Il est le compagnon de marche sur lequel le pèlerin compte en cas de fatigue, ou pour scander son rythme. Il est aussi l'allier fidèle, et présent, en cas de rixe ou d'attaque de rôdeurs. Il peut être creux aussi pour dissimuler papiers ou petites valeurs... ou encore pour servir d'instrument de musique léger et inattendu. Le Bourdon est le troisième pied qui relie et appuie le pèlerin sur la sphère invisible. On peut schématiser son image comme une antenne allant du sol (tellurique, minéral) au ciel (cosmique, universel) en passant dans les deux sens par la main de celui qui le tient. Il est le haut et le bas pour le plus grand profit de l'être qui en le "média"!
A son retour le pèlerin arbore la coquille St Jacques. Nous reviendrons sur le sujet plus loin.

Une marche initiatique

Si le pèlerinage institué par les pères de l'église avait comme motif la purification et parfois la pénitence. Mais pour le pèlerin la voie à parcourir a la même importance que le but à atteindre. En effet, pour la Tradition, le chemin à accomplir sous-entend efforts, embûches, sortes d'épreuves de passages difficiles, puis progrès qui permettent tous au postulant d'être en harmonie pour percevoir ce que renferme vraiment le lieu saint!
"L'essentiel est la façon dont est affrontée l'épreuve"!!!

A LA QUETE DE SES ORIGINES LOINTAINES

Ce que l'on peut retrouver de ce pèlerinage permet d'avoir la certitude qu'il prend ses racines bien au-delà des époques chrétiennes. Le chemin de Compostelle semble être déjà connu par un peuple obéissant à des informations indéterminées pour nous, et entretenues au fil des générations par des légendes et des récits traditionnels. Ce que cette civilisation allait quérir sur ces sites reste pour nous un mystère dont nous pouvons retrouver quelques bribes au début de l'ère chrétienne encore que sous une forme nouvelle et adaptée.
Il est certain que l'Eglise n'a fait que sanctifier à sa religion une pérégrination qui existait de tous temps. La religion a fait sienne la légende puisqu'elle ne pouvait l'éteindre. Elle lui donna alors les teintes bibliques, mais en sauvegardant précieusement l'équilibre avec d'autres faits plus anciens concernant le lieu, la voie des étoiles, la toponymie, les noms, les animaux, la coquille pecten...

ORIGINES CELESTES

Le cheminement utilisé et imposé par le pèlerin est l'extériorisation d'une obligation de "coller une identité céleste aux voies terrestres. Il était nécessaire que se réalise une projection du cosmique sur la terre. Ceux qui eurent la responsabilité, et la mission, de matérialiser cet aspect délicat disposaient d'une maîtrise de la nature suffisante pour pouvoir identifier les endroits les plus favorables aux échanges entre les énergies cosmiques et telluriques.

La Voie Lactée

L'étude des sites les plus antiques atteste que les voies de pèlerinage les plus anciennes étaient parallèles à la chaîne des Pyrénées.
Le chemin des origines est toujours "orienté" en direction de l'ouest et à l'extrême limite de la Galice. Ce site se nommait "Finis Terra" car on supposait que la terre s'arrêtait là. Alors l'Eglise imposera des cheminements Nord-Sud afin de les "désenclaver" et les dissocier des voies païennes. Malgré tout quelques initiés surent toujours que le chemin sacré de St Jacques était bel et bien le chemin des étoiles par la Voie Lactée projetée sur la Terre. Au début, attaché à la tradition d'origine, Compostelle était le "Campus Stellae": le champ des étoiles lieu désigné par le Haut.
Le tombeau de Charlemagne comportait deux traînées d'étoiles... Elles s'étendent, sur Terre, de la Méditerranée à l'Atlantique au travers de mille kilomètres de montagnes souvent impraticables, correspondant respectivement à 42°30 et 42°36 de latitude. Les anciennes "balises" se retrouvent encore dans les noms de lieux utilisés par les Anciens: Estella, Lizana, Lichana, Liciella, les Eteilles...

La constellation du Grand Chien

Le pèlerinage de St Jacques prend toute sa signification cosmique et céleste avec la projection des constellations sur le secteur géographique de Compostelle.
Le Grand Chien se situe au début des Pyrénées dès le port de Cerbère et s'étend jusqu'au Mont Canigou. Le chien est un animal de veille nocturne. Il faut le suivre car le sens physique habituel est dépassé ici par sa sensibilité instinctive et naturelle. Ce Chien que nous retrouverons comme fidèle compagnon de St Roch, image du pèlerin, à la sonorité minérale, faisant route vers un autre univers que le nôtre mais tout de même à la fois géographique et spirituel... qui nous est accessible.

La constellation d'Orion

Elle se projette sur la région basque au mont, au ruisseau, à l'hôpital et au bois d'Orion, ce Dieu si précieux aux alchimistes et aux récits des peuples maritimes qu'ils identifièrent à Poséidon, à "la mer des Philosophes", au "Mercure des Sages".

Vénus

Tout au bout de la Voie Lactée se lève l'étoile de Vénus, Reine des nuits... C'est le nom donné par les Templiers à l'église de Compostelle: Santa Maria La Réal de Sar!!!


ORIGINES MYTHIQUES
l'oie

Il y a similitude entre pèlerinage et jeu de l'oie. Et cette similitude est amplifiée par le cheminement, ses embûches, ses difficultés, ses récompenses, ses espoirs, l'auberge et... la mort qui nous renvoie à la case "départ"! Mais l'oie est aussi le symbole attaché à de très anciens peuples.
L'oie signifie vigilance, prospérité matérielle, mais aussi pureté et par son "plumage" elle s'attache au subtil et au spirituel. Elle est l'amie d' Aphrodite, blanche comme la Voie Lactée elle conduit également à la mort et, de fait, à la résurrection de l'Esprit.

la case 63 arrivée honorifique du jeu de l'oie

Son contact avec le sol est marqué de la patte palmée. Ce symbole restera universel. Avant que les "lauriers" n'honorent le vainqueur il y avait analogie avec "avoir la palme" qui marquait une forme de Maîtrise avant que ce ne soit une "victoire". La patte d'oie est le signe distinct des Cagots, là elle est le plus souvent jaune, cousue sur l'épaule... les Nazis ne feront guère mieux plus tard. Le "Pé d'Auque" souvent était associé à l’œuvre de l'architecte, du bâtisseur, du constructeur, du maçon, tous modelant intimement la matière avec l'Esprit.
L'oie s'apparentera, plus tard, à la coquille St Jacques, dite aussi Mérelle. Enfin sur le chemin des Jacquaires nous la rencontrons dans une riche toponymie: Oca, Gansa, Ansa...

Lug

Le dieu Lug est, lui aussi, au rendez-vous antique et pré-celtique. Son nom jalonne intimement le chemin d'étoiles depuis Logrone jusqu'à Léon et Lugo... Il est attaché au passage dans l'au-delà et donne son nom, pour les Irlandais, à la Voie Lactée.

Le Labyrinthe
le labyrinthe... pélerinage en périmètre restrient. Ici celui de Chartres.

C'est une présence qui vient confirmer et amplifier la véracité de ce pèlerinage des premiers âges.
A l'itinéraire relativement droit colle un nombre colossal de mégalithes, pétroglyphes et tumulis que souvent les récits locaux appellent "mamoas": mamelles. Ces derniers renferment souvent un cheminement obscur ou un dessin de labyrinthe. Il est admissible que ces formes de voies soient des sortes de cartes topographiques pour l'ultime pérégrination de l'âme afin qu'elle trouve facilement force et renaissance dans le grand arbre de vie du centre. C'est le labyrinthe que nos cathédrales contiennent dans leurs nefs... qui deviendra parfois un pèlerinage réduit à un périmètre restreint sur le sol mais aussi vaste dans la dimension de l'esprit que pouvait l'être en réel celui des grands pèlerinages religieux.

Compostelle, pèlerinage de mort!

Toutes ces représentations mythologiques, et symboliques, s'apparentent à ce qui pourrait être la quintessence du Pèlerinage à St Jacques de Compostelle... au périple vers "un" soleil couchant, à la mer des grandes origines et aussi vers l'Eden ou encore... Avallon.
La mort à l'Ouest est une tradition. La fin rejoint enfin le commencement. Le voyage s'arrête là où s'achève, sans rémission, la terre: vers un "Finistère". Et le pays des morts bienheureux est au-delà, toutes les "bonnes" divinités les y conduisent avec bienveillance.

Ce pèlerinage est la concrétisation de la pérennité d'une connaissance véritable et authentique, d'une Tradition qui eut le pouvoir de s'adapter, s'incarner dans une autre apparence afin de poursuivre sa mission de guider le pèlerin dans sa quête du sacré que tout humain se devrait d'Etre... Reste à nous de faire survivre ce formidable message!

C'est ainsi que nous allons nous mettre en route et parcourir, brièvement, les quatre voies du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle...