
La croix druidique… tradition atlante
Avertissement
Ce texte a été
écrit par G. Moreau de Waldan, à l’époque où
il était vice-président de ‘Vaisseau de Sable’.
Une fois de plus, son savoir sur le celtisme et ses annexes nous permet,
au-delà du temps, d’en savourer la teneur et l’information.
Nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur l’auteur,
poète et druide, Phileas Lebesgue car G. Moreau nous avait donné
de nombreux documents concernant ce personnage aussi discret qu’oublié
de tous. Nous compenserons donc cette ‘traversée du désert’
en rendant hommage ultérieurement.
Paul Le Cour et Phileas Lebesgue furent les co-fondateurs, le 24 juin
1926, avec Roussel-Despierres, de la première Société
‘Etudes Atlantéennes’, d’où sortira, en
octobre 1927, la Revue ‘Atlantis’. Paul Le Cour associa à
son oeuvre, dès le début, Phileas Lebesgue. Phileas Lebesgue
était Grand Druide du Gorsed de Bretagne. Il sera, jusqu'à
sa mort en 1958, Grand Druide de France. Voici ce qu'il écrivait
en 1954, dans un numéro de la Revue ‘Atlantis’ : «Les
assises de la civilisation occidentale de race blanche ont été
posées par des variétés humaines chez lesquelles
le sang Ibéro-Atlante, le sang Achoeo-Ligure et le sang Celto-Ayrien
se sont amalgamés étroitement, avec prédominance
très nette d'hyperboréisme. Impossible de rien comprendre,
cependant, à cette évolution, si l'on oublie que les sources
sont à l'Occident, en Atlantide.»
Mais d'où pouvait provenir la Tradition Druidique ?
Une tradition druidique antédiluvienne ? Dans le n° 27 d'Atlantis,
intitulé ‘Rencontre avec le Druidisme éternel’,
Phileas Lebesgue écrivait : «Cette doctrine, que l'on dit
avoir influé sur celles des Druides jusqu 'à leur faire
accepter la croyance en l'immortalité de l'âme, ne s'est-elle
pas constituée sur le fond essentiel de la Révélation
primitive, dont les Druides étaient eux-mêmes les dépositaires
?... L'enseignement des Druides, qui florissait déjà à
l'époque ligurique, c'est-à-dire avant que le nom même
des Celtes ne se fût répandu à travers l'Europe, n'a
guère laissé de traces... » Phileas Lebesgue affirmait
souvent : «Tout ce que j'ai pu apprendre du Grand Mystère
n'est que d'intuition pure... » Nous savons que les druides connaissaient
la mesure du temps, les radiations telluriques du sol et du ciel, l'atome
comparé à des systèmes solaires, etc… La civilisation
des Druides s'établissait à la fois sur leurs connaissances
Cosmogoniques et sur leur Théogonie.
Cet ensemble de la Connaissance de la terre et du ciel, cette Cosmogonie
secrète détermina une Théogonie révélant
des aperçus profonds sur les origines de la vie, la croyance en
la survivance de l'âme et en un Dieu Unique, des rapports entre
la Divinité et le magnétisme solaire, terrestre, animal,
végétal et minéral. Deux pentacles provenant de la
Tradition primordiale sont parvenus jusqu'à nous grâce au
Druidisme, à ne pas confondre avec le celtisme et le pseudo-néo-druidisme
que nous voyons fleurir aujourd'hui. Ce sont le Zodiaque et la Croix Druidique
dite du Dendrophore.
La Croix Druidique a ceci d'exceptionnel, c'est qu'elle contient dans
son enseignement la totalité de ces connaissances. Nous savons
que l'astrologie religieuse fait commencer le ‘Zodiaque’ au
signe de la Vierge, soit environ quinze mille ans avant notre ère,
et que, dans la Tradition Druidique, les Grands Initiés descendent
de la déesse Dana et que toutes la mythologie est basée
sur le peuple des Tuatha Dé Danann, les fils de la déesse
Dana, dont le Grand Dieu n'est autre que Lug. Il est donc contemporain,
ce Zodiaque, de l'homme de Cro-Magnon, de l'apogée de l’art
pariétal, de l'apparition des premières ‘Vénus’
et du culte de la déesse Mère et de la sacralité
de la femme. Nous savons que la civilisation Druidique, ou Ligure, n'est,
au contraire de toutes les civilisations, tant orientales que moyennes
orientales, ni patriarcale, ni matriarcale, mais duelle. Nous comprenons
pourquoi les Grecs disaient avoir été instruits par les
Druides, ce qui a pu faire écrire à Aristote que la ‘Philosophie’
avait commencé chez les Celtes (Keltoï), et que la Gaule avait
été l'institutrice de la Grèce.
Les druides... chez Platon
La Croix du Dendrophore
se retrouve dans Platon, au dialogue du ‘Critias’, et se rapporte,
d'une façon irréfutable, à l'Atlantide. Les prémisses
se font sentir dans le ‘Timée’. Ces ouvrages furent
écrits au cinquième siècle avant notre ère.
Ecoutons Critias, dans le ‘Timée’ : «Je vais
redire cette vieille histoire, comme je l'ai entendu raconter par un homme
qui n'était pas jeune. Car Critias était alors, à
ce qu'il disait, près de ses quatre-vingt-dix ans... un des prêtres
qui était très vieux, lui dit : «Ah! Solon, Solon,
vous autres Grecs, vous êtes toujours des enfants... Il y a eu souvent
et il y aura encore souvent des destructions d'hommes causées par
le feu et par l'eau... tout d'abord vous ne vous souvenez que d'un seul
déluge terrestre, alors qu'il y en a eu beaucoup auparavant...».
Puis le prêtre de Sais donne la véritable classification
sociale, que l'on retrouve dans le Druidisme Traditionnel et non folklorique.
Nous savons que les druides, et non les Celtes, connaissaient, non pas
trois classes sociales, mais cinq. Voici ce que dit ce prêtre :
«C'est ainsi d'abord que la classe des prêtres est séparée
des autres, de même celle des artisans, où chaque profession
a son travail spécial, sans se mêler à une autre,
et celle des bergers, des chasseurs, des laboureurs. Pour la classe des
guerriers, tu as sans doute remarqué qu'elle est chez nous également
séparée de toutes les autres ; car la loi leur interdit
de s'occuper d'aucune autre chose que de la guerre... «Les quatre
éléments de la Croix Druidique sont : l'air, l'eau, le feu
et la terre, ils représentent les quatre classes que nous venons
de voir : prêtres, artisans, paysans et guerriers. Chose que l'on
oublie souvent, c'est que, dans le Druidisme il y a un cinquième
élément : l'éther. Dans notre classification, l'éther
sera représenté par la classe royale.»
Puis, dans le ‘Critias’, il nous donne la description de la
cité principale du peuple et de l'île Atlante : «Du
côté de la mer, s'étendait, par le milieu de l'île
entière, une plaine. Vers le centre de cette plaine on voyait une
montagne. Poséidon fortifia la colline en en découpant le
pourtour par des enceintes faites alternativement de mer et de terre,
les plus grandes enveloppaient les plus petites. Il en traça deux
de terre et trois de mer et les arrondit en partant du milieu de l'île...
Or cette plaine avait été aménagée comme je
vais dire. Elle avait la forme d'un quadrilatère... De la partie
haute de la ville partaient des tranchées qui coupaient la plaine
en ligne droite et se déchargeaient dans le fossé près
de la mer...» Dans le ‘Ménon’, Platon nous donne
quelques indications sur les Druides et le Druidisme, en laissant parler
Socrate : «Ce sont des prêtres et des prêtresses qui
ont eu à coeur de pouvoir rendre compte des objets concernant leur
ministère. Ce qu'ils disent, le voici : ils disent que l'âme
de l'homme est immortelle, et que tantôt elle s'échappe,
ce qu'on appelle mourir, et tantôt reparaît, mais qu'elle
ne périt jamais, et que, pour cette raison, il faut mener la vie
la plus sainte possible... Donc, puisque l'âme est immortelle et
qu'elle a vécu plusieurs vies, et qu'elle a vu tout ce qui se passe
ici et dans l'Hadès, il n'est rien qu'elle n'ait appris».
Dans le ‘Cratyle’, il nous donne d'autres indications, toujours
par la bouche de Socrate : «Je crois que les premiers habitants
de la Grèce ne reconnaissaient d'autres dieux que ceux qui sont
adorés aujourd'hui chez un grand nombre de barbares, le soleil,
la lune, la terre, les astres et le ciel.» Au sujet des ‘Démons’,
nos habitants des ‘Sidhs’, voici son explication: «que
peut bien signifier le nom de démons ? Te rappelles-tu qui sont
ces démons, au dire d'Hésiode ? Ne te rappelles-tu pas non
plus qu'il dit que la première race des hommes fut une race d'or
? Or il dit d'elle : «Depuis que le sort a recouvert cette race,
on les appelle Démons, habitants sacrés de la Terre, bons,
secourables, gardiens des mortels.» Pour moi, je suis persuadé
qu'en parlant de la race d'or, il n'entend pas qu'elle est formée
d'or, mais qu'elle est bonne et belle : et la preuve pour moi, c'est qu'il
nous appelle race de fer.
Voici donc, selon moi, ce qu'il entend essentiellement par les démons
: c'est parce qu'ils étaient sages et savants (savants = doèmonès)
qu'il les a nommés démons, et ce mot même se rencontre
dans notre ancienne langue. Je m'imagine que les Grecs, et surtout ceux
qui habitent les contrées soumises aux barbares, ont emprunté
aux barbares un grand nombre de noms.»
Dans le ‘Critias’, Platon nous fait la description des hommes
de l'Atlantide : «Ils étaient renommés dans toute
l'Europe et toute l'Asie pour la beauté de leurs corps et les vertus
de toute sorte qui ornaient leurs âmes et ils étaient les
plus illustres de tous les hommes d'alors.»
Des similitudes indéniables
Dans sa forme de calendrier, la Croix Druidique nous donne la fête
de Samaïn, le 1er novembre. Lors de cette fête, les vivants
et les morts pouvaient communiquer puisque les ‘Sidhs’ s'ouvraient.
Les ‘Sidhs’ sont des tumulis et des monuments mégalithiques
habités par les gens de ‘l'Autre Monde’. Ces gens de
‘l'Autre Monde’ sont des divinités. Les ‘Sidhs’
sont également localisés au-delà de l'Océan
Atlantique ; aujourd'hui, dans les légendes, ce sont les ‘tertres
aux fées’. Ce mot ‘Sidhs’ signifie Paix et indique
le monde de toutes les divinités. Nous avons vu également
que la Croix Druidique représentait la triple enceinte sacrée.
Celle-ci se retrouve de l'époque protohistorique jusqu'à
l'époque gallo-romaine. Les enceintes rondes sont toutefois rares
et ne concernent que les enclos religieux. Nous voyons, par exemple, la
capitale irlandaise Tara entourée d'une triple enceinte symbolisant
les trois mondes. Dans le domaine religieux, elle représente les
trois degrés du sacerdoce druidique : Bades, Ovates et Druides.
Nous avons vu que la plaine avait la forme d'un quadrilatère, qu'en
son centre se trouvait le palais royal avec le temple de Poséidon
et de Clito, qu'une enceinte circulaire fermait le tout, que des cours
d'eau traversant la plaine coupaient celle-ci en ligne droite et allaient
se jeter dans la mer par les deux extrémités, qu'en plus
nous y trouvons deux sources ; nous avons donc là la parfaite représentation
de la Croix dite du Dendrophore.
Voici maintenant l'agencement de l'acropole où se trouvait le palais
royal : «Au centre même de l'acropole il y avait un temple
consacré à Clito et à Poséidon. L'accès
en était interdit et il était entouré d'une clôture
d'or.» Nous retrouvons, là, l'enceinte sacrée des
druides et la description de la Croix et de son centre. Au centre de l'île,
donc au milieu du temple, se trouvait une colonne d'orichalque sur laquelle
était gravée la loi donnée par Poséidon. Le
temple devenait donc un Omphalos. C'est donc la représentation
de l'Incréé, Créateur de toute chose. Platon écrit,
d'ailleurs: «Dieu, interprète traditionnel de la religion,
s'est établi au centre et au nombril de la terre, pour guider le
genre humain.» Nous savons, d'autre part, que l'omphalos des Celtes
était un menhir, donc un pivot. L'omphalos était encore
le centre du microcosme humain. Le menhir, dans la tradition celtique,
représentait le ‘Grand Druide’ et était dressé
en son honneur. César nous dit qu'il représentait le Mercure
gaulois ? alias Lug… Le dieu Lug est préceltique et il est
représenté par la civilisation Ligure. Le dolmen se dresse
à la limite de la terre des vivants face à la plaine heureuse.
Le menhir s'apparente à l'arbre de vie et à l'axe du monde.
La
Croix Druidique, dite de Dendrophore, se compose de trois éléments
essentiels : trois cercles concentriques dont chacun a un diamètre
triple de celui qui s'y inscrit immédiatement. N'oublions pas deux
éléments essentiels : le point central et le carré
formé par les branches de la Croix.
Platon nous précise : «C'est dans ce temple qu'ils (les
dix rois de l'Atlantide, issus des cinq couples de jumeaux mâles
primordiaux) s'assemblaient tous les cinq ou six ans alternativement,
accordant le même honneur au pair et à l'impair. Dans cette
assemblée, ils délibéraient sur les affaires communes,
ils s'enquéraient si l'un deux enfreignait la loi et le jugeaient
» Seule la civilisation druidique présente tous ces aspects.
De plus, le calendrier druidique se compose de la façon suivante
: un mois représente (6 x 5) 30 jours, un lustre représente
30 ans. Ce fut la découverte, au siècle dernier, du calendrier
de Coligny, petit village de l'Ain, qui nous a permis de mieux comprendre
la division du temps par les Druides. D'autre part, nous savons que les
Druides divisaient la journée en nuit et jour, et qu'elle valait
24 divisions, soit 12 de jour et 12 de nuit. Ce calendrier est ‘soli-lunaire’;
La semaine gauloise ou Druidique commençait avec la première
lune et se terminait avec la pleine lune. Elle correspondait à
une période de 15 jours. Le jour Druidique (L'Iathe) était
divisé, comme nous venons de le voir, en 24 sections appelées
lot. L'année se divisait en 12 parties correspondant au mois lunaire.
Pour faire coïncider l'année lunaire à l'année
solaire, les Druides utilisaient la division par le nombre 5. Tous les
cinq ans, un mois intercalaire était utilisé. L'inventeur
de ce calendrier fut le dieu LUG. Nous ne donnons, ici, qu'un raccourci
du calendrier Druidique. Nous voyons donc que ce calendrier est bien une
continuation de la Tradition ‘Atlantéenne’ et que les
Ligures furent bien les dépositaires de cette tradition primordiale,
comme le disaient très justement Paul Le Cour et Phileas Lebesgue.
Nous sommes loin des élucubrations de nos pseudo druidisants modernes.
Nous avons donc la confirmation que les Druides sont antérieurs
aux Celtes et qu'ils furent bien les seuls dépositaires de la Tradition
Primordiale Atlante. Les textes de Platon et surtout son Critias, sont,
pour nous, une véritable mythologie, c'est-à-dire un récit
ou une histoire logique en tous points de notre passé, Mythos -
‘récit ou histoire’- et Logia -‘logique’-.
Alors !
G. Moreau de Waldan
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