
Puissance du Manichéisme et émergence de la pensée Chaldéenne
en France (Les Mages templiers)
A1- Des Origines du
Manichéisme et du Catharisme
Manès
Manès fut sans doute le plus redoutable et le plus inspiré de
tous les hérésiarques, car c’est de lui dont on dit que
toutes les hérésies se sont nourries et que pour la première
fois, elles reçurent ordonnancements et justifications. Mais il est fort
peu aisé de savoir quel fut le premier auteur de la doctrine dualiste
qui plaisait tant aux philosophes orientaux. Les Mages de Perse semblent toutefois
s’être, les premiers, attribué cette pensée, et d’aucuns
déclarent qu’ils la détenait des Hittites, sorte d’arabes
palestiniens. Ces derniers ayant infiltré par le jeu des alliances des
tribus juives, et par ce biais détourné le savoir Biblique. D’autres
ajoutent que l’hérésie est plus ancienne encore. Ses racines
plongeraient jusqu’au temps d’Abraham, et celle-ci aurait résulté
de cette promiscuité des Hébreux avec les Chaldéens. Quoiqu’il
en soit, la chose est certaine, pour qu’une hérésie prenne
naissance, il faut bien qu’à l’origine les hérétiques
se soient inspirés de la véritable doctrine Biblique. Et c’est
ensuite seulement qu’il convient de supposer un détournement. Ainsi
donc il serait plus juste de dire que cette hérésie s’est
enrichie et a pris forme suivant plusieurs étapes : Une première
émergence serait donc à supposer au temps d’Abraham, une
seconde lors de la pénétration des Hittites dans certaines tribus
du peuple Hébreu, la troisième enfin s’étant nourrie
de la captivité des Juifs à Babylone, et des secrets ainsi extorqués
à des Lévites. Nous en voulons pour preuve qu’il était
alors interdit aux Juifs de lire certains livres Saints de peur que les Mages
ne comprennent et ne détournent leur contenu.
Mais la chose reste obscure, et nous nous en tiendrons donc à Manès.
Celui-ci naquit en Perse l’an 240, et selon les historiens ecclésiastiques,
encore fort jeune, il fut acheté par une veuve fortunée qui le
fit instruire par un arabe nommé Scythien, ou de son disciple Buddas
(buddha). Manès s’imprégna de leur système et recueillit
leurs idées pour mieux les « parfaire ». Toutefois, notons
que de la bouche des orientaux, ses débuts ne nous sont pas contés
de la même manière. Ces derniers nous déclarent en effet
que Manès était mage d’origine et avait vécu dans
la religion de Zoroastre. Quoi qu’il en soit, il est certain que ce personnage
fut grandement instruit. On dit qu’il étudia la géométrie,
l’astronomie, la médecine, et que gorgé de tout ce savoir,
la lumière éclaira brusquement son regard et qu’il en fut
conduit à embrasser le Christianisme. Ayant, semble-t-il été
élevé au sacerdoce, il entreprit de réformer le Christianisme
en « l’enrichissant » de la doctrine des mages.
Manès pris dès lors exemple sur d’autres hérétiques
plus anciens parmi lesquels, Basilide, Valentin, Bardesanes, et Marcion l’apostat,
et chercha désormais dans les écritures saintes tout ce qui pouvait
asseoir ses opinions. Un soir, au détour d’une nuit agitée,
et à la lueur de torches crépitantes, Manès, plongé
dans de profondes méditations nocturnes, crut déceler dans la
Bible, la confirmation que Dieu n’avait point tout pouvoir. Soudainement
inspiré, il vit au travers des écritures, que le démon
y était nommé « puissance des ténèbres »,
« prince de ce monde », enfin « auteur et père du péché
». Encore haletant et tout ému de cette découverte, il conclut
que Dieu était limité par la sphère du démon, et
que ce dernier s’était donné naissance à lui-même.
C’est alors qu’il déclara publiquement que de Dieu ne pouvait
venir le mal, et que le démon était un principe autonome d’une
puissance inouïe, non créé. Il soutint ensuite que l’Ancien
Testament était l’œuvre du diable, et ne devait point être
reconnu comme juste, mais seulement le nouveau.
Comme à toute religion nouvelle il faut un Messie nouveau, Manès,
qui se sentait pénétré d’une force surnaturelle se
prétendit être ce Paraclet qui avait été annoncé
par le Christ à ses Apôtres. Il déclara : « C’est
moi le consolateur, c’est moi, Manès qui suis cet envoyé
du ciel, ce prêcheur mystérieux prédit par le Christ. »
Ses disciples devinrent fort nombreux, et ses prêches l’emmenèrent
de plus en plus loin. C’est ainsi qu’éloigné de sa
patrie, il rencontra un jour Archélaüs, évêque de Charcar
en Mésopotamie. Quelques disputes s’étant élevées,
les deux hommes décidèrent de se mesurer l’un, l’autre,
et tinrent débat. Archélaüs en cette année 227, démontra
donc aux disciples de Manès, et à lui-même, que ce dernier
n’avait point de mission divine à remplir, et que sa doctrine contredisait
directement les Ecritures.
Certains en ce temps, et pour rendre témoignage de ce qui s’était
passé en ce lieu, retranscrirent les actes de ces débats. Il semble
d’ailleurs que la réfutation de cette hérésie connut
un large succès, car nous en possédons encore le texte. (Zacagni,
collectan, monum, vet, eccl graecae et latinae in 4 romae 1698) Notons que Socrate
s’inspira de ces débats pour tirer un portrait de Manès,
et que Saint Cyrille de Jérusalem les a de même consultés
pour réfuter les opinions contraires au Catholicisme. Quoi qu’il
en soit, Manès, furieux, et confus d’avoir été victime
du peu de succès de sa théorie, s’en retourna en Perse.
Mais la force de son esprit ne s’était point éteinte, et
toujours confiant en sa destinée, il se rendit près de Sapor,
Roi des Perses. Il instruisit le Monarque, et l’incita à plus de
confiance et de généreuses libéralités à
son égard, en lui déclarant qu’il avait le pouvoir de guérir
et de ressusciter.
Le fils du Roi, moribond, fut bientôt une occasion pour Sapor, de savoir
si Manès possédait un si grand pouvoir. Mais ce fils des Mages,
ce grand éclairé qu’était Manès, ne put malheureusement
réduire la maladie de l’enfant. On prétend que son fils
une fois décédé, Sapor condamna l’hérétique
aux supplices. Toutefois cette circonstance ne nous semble pas trouver une quelconque
justification, et il serait plus juste de supposer que le monarque accorda son
pardon au « Messie » impuissant. On raconte d’ailleurs que
Manès mourut, non sous Sapor, mais plutôt sous le règne
de Varane II, et que longtemps encore il médita son opinion dualiste.
Un grand nombre s’inspira en suite de sa doctrine, et ses disciples se
multiplièrent fort rapidement. Ces derniers, plus vifs, et téméraires
que Manès, eurent un grand succès, et s’en allèrent
en Syrie, en Inde, en Egypte, dans toute la Perse, et plus particulièrement
dans les contrées extrême-orientales. Quoi qu’ils honorassent
fort leur maître Manès, ses disciples n’avaient point un
respect profond et absolu de ses théories. Aussi, chacun d’eux
modifiait à son goût la doctrine, et formait sa propre secte.
Toutes ces communautés devinrent ainsi rapidement nombreuses, et différentes
les unes des autres. Théodoret en dénombre plus de 70, et suggèrent
que ces sectes, par leur diversité et leurs opinions, s’accommodaient
fort bien avec les divers Gnostiques de l’Antiquité. On suppose
qu’elles finirent par se réunir, et qu’elles formèrent
un conglomérat mouvant, et évolutif, capable de s’adapter
à toutes les situations, toutes les pensées, toutes les nations.
Il faut dire que le Manichéisme a la faculté d’absorber
les doctrines qu’il rencontre sur son passage, et de les modifier à
son gré. Quoi qu’il en soit, et pour revenir à notre sujet,
cette religion trouva un adversaire redoutable en la personne des Empereurs
Romains. Les Perses jouissaient en effet de peu d’estime chez les Romains,
et le Manichéisme, issu de cette contrée ne pouvait qu’inspirer
l’effroi aux Occidentaux. Les Empereurs trouvèrent cette doctrine
odieuse, car ils soupçonnaient qu’elle vint de la religion des
Mages. Aussi Dioclétien les persécuta, mais ne pouvant en toutes
circonstances les différentier des Chrétiens, il n’épargna
ni les uns, ni les autres. Depuis 285, jusqu’en 492, les Manichéens
furent bannis, dépouillés de leur fortune, exécutés,
suppliciés, et ce dans tout l’Empire. Les prescriptions les regardant
sont d’ailleurs mentionnées dans le code Théodosien.
Saint Augustin les combattit sans relâche en Afrique, et malgré
cela, ils ne cessèrent de se multiplier dans l’obscurité
compacte des catacombes, et autres lieux secrets. L’Espagne, la Gaule,
l’Arménie, l’Egypte, furent peuplés par les tenants
de cette idée Dualiste, et vers le septième siècle, un
prêcheur Manichéen nommé Gallinice envoya ses deux enfants,
Paul et Jean, enseigner à un grand nombre de nations. Paul reçut
plus particulièrement une large audience, et rendu puissant par ses succès,
fonda la secte des Pauliciens.
Cette communauté connue une importance inespérée, mais
comme en toutes choses qui atteignent la gloire, les dissensions ne tardèrent
point. Certains de ses membres s’insurgèrent, et formèrent
le projet de se libérer de la hiérarchie de la secte, et d’enseigner
librement. Un schisme se fit donc, et l’on vit les hérétiques
Sergius et Baanès s’entre déchirer et méditer une
guerre sanglante. Mais leur aversion irrépréhensible pour la Croix,
leur fit souvenir qu’il était infiniment plus profitable de briser
les crucifix, et d’incendier les églises que de se porter préjudice,
l’un l’autre. Aussi, enfin réconciliés, les Pauliciens
trouvèrent éminemment attirante la doctrine des Sarrasins Mahométans.
Emplis d’une affection débordante autant que soudaine, ils trouvèrent
cause commune avec ces derniers, et se bâtirent des places fortes, des
retraites, tout en luttant férocement contre l’Empereur de Byzance.
Vers le neuvième siècle enfin, les armées rassemblées
de l’Empire Romain d’Orient, venues en Arménie, siège
de l’hérésie, dispersèrent les Manichéens.
Ceux-ci désorientés, et pour la grande majorité, se convertirent
à l’Islam. C’est tout au moins ce que rapporte l’Abbé
Bergier, théologien fort connu. L’autre part des Manichéens
se réfugia en Bulgarie, Italie, en Lombardie, en France, et au douzième
siècle trouve pour nom : Cathares, Hussites, Pétrobrusiens, Henriciens,
Poplicains, Wicléfites (le communisme est issu de ces sectes de Manichéens
qui étaient venus en Russie).
Bossuet s’est d’ailleurs beaucoup interrogé au sujet des
Cathares, et ce dernier rattache très justement l’hérésie
Albigeoise ou Cathariote au Manichéisme dont elle garde les traits profonds,
et la fait naître en Orient, d’où elle serait passé
de la Bulgarie et l’Italie jusqu’au Languedoc. Rien n’est
moins sûr en ce qui concerne la marche de progression de la secte. Il
faut d’ailleurs reconnaître que le Manichéisme, s’il
est passé par l’Italie, et plus précisément la Lombardie,
s’est d’abord propagé, via les voies commerciales, dans le
nord de la France. Le processus de dispersion des idées, est donc opposé
à celui qu’indique Bossuet. « C’est au nord de la France,
écrit M. Pfister [Pfister, « Etudes sur le règne de Robert
le Pieux », Paris, Wieweg, 1885, p. 326], que l’hérésie
se propage d’abord ; c’est là que des documents nous la font
découvrir en premier lieu ; du nord, elle a gagné le midi de notre
pays, […] enfin seulement, à une époque postérieure,
on la trouve en Dalmatie. »
Saint Bernard s’il
n’ignorait point les agitations que les Manichéens suscitaient
dans le midi de la France, s’adresse d’ailleurs plus particulièrement
dans sa réfutation de l’hérésie à ceux du
nord et de la région Champagne. Il convient aussi de noter que l’essentiel
des informations dont il dispose ne vient pas du Languedoc, mais bien de la
Flandre, des bords du Rhin, et des enquêtes réalisées à
Cologne. En cela remarquons qu’une missive du prévôt de Steinfeld
indiquait à Saint Bernard que depuis un certain temps les manigances
d’une secte avaient été démasquées près
de Cologne et que celle-ci œuvrait dans l’ombre depuis des temps
reculés sans qu’avant on ait pu mettre la main dessus. Ces Manichéens
s’étaient ensuite diffusés avec une incroyable facilité
dans toutes les églises du nord et semblaient tenir pour origine Arras
et Orléans, où l’on situait leur naissance au onzième
siècle. Mais l’épicentre de l’activité, quoi
qu’on en dise, était jusqu’alors identifié au château
de Montwimer (en Champagne), dans le diocèse de Châlons. Et Dollinger,
qui semble avoir bien étudié la question, a démontré
avec beaucoup de persuasion, qu’il fallait entendre dans l’épître
aux Liégeois, qu’il existait un château non loin de Châlons,
peuplé d’un grand nombre de manichéens parmi les plus inquiétants.
Dans leurs rangs on pouvait distinguer un certain Fortunat, qui jouissait à
ce que l’on en dit d’une grande estime (mais peut être s’agissait-il
de leur patriarche ?). Quoi qu’il en soit, le diocèse de Châlons
était pénétré de cette secte depuis déjà
le neuvième siècle au moins. C’est en effet que dès
1075, des Cathares et autres Manichéens avaient été repérés
puis brûlés par le peuple furieux à Cambrai, et que les
malheureux sectaires étaient réputés venir déjà
de Montwimer. [Chronic. S. Andreae Cameracens, III, Ap. Mon. Germ. VII, 540]
A la lumière de ces découvertes, on ne doutera plus de l’origine
des Templiers. Ces derniers, élevés au rang d’ordre indépendant
et autonome en Champagne par le concile de Troyes, se virent, bien plus tard,
accusés par Philippe le Bel et les divers inquisiteurs de renier le symbole
de la Croix et de pratiquer la sodomie par répugnance pour l’union
des deux sexes. Or c’est justement l’un des traits caractéristiques
du Catharisme et du Manichéisme. On sait par ailleurs que la Champagne
était propice à l’hérésie et que cette opinion
s’était élevée de cette contrée, aussi quoi
qu’on en dise, il est notable que les Templiers tirent leur filiation,
et ce de façon établie, depuis la Champagne, et depuis cette secte
de Manichéens.
Les relations qu’eurent donc les Templiers avec la secte Islamique, mais
anciennement Gnostique et Manichéenne du Vieux de la Montagne, ne peuvent
en cela nous étonner. Ajoutons, que de ce château de Montwimer,
autrement nommé Montaimé, le Manichéisme s’étendit
jusqu’au Rhin, imprégna la Flandre, Liège, Trèves,
Toul, le Soissonnais, et que même les Apostoliques de Bretagne lui doivent
leur origine.
On pouvait compter dans le nombre des hérétiques, une multitude
de tisserands, de clercs, de gens du peuple et de moines. La secte étant
fort discrète, elle ne fut comprise et découverte qu’en
1144 où les ecclésiastiques de Liège s’aperçurent
de l’ampleur de l’erreur, et la dénoncèrent au Pape
Lucius II.
[Sur les hérétiques de Flandre et leur doctrine, il convient de
consulter avec attention : continuat. Proesmonstrat. Loc. cit. ep. Traject.
Eccles. Ad. Trid. Episcopus. Sur ceux de Soissons et leur communauté,
Guilbert de Novigento, Debita Sua, Liber III, cap. XVII. Sur ceux de Champagne
et de Liège, ainsi que du nord Ep. Eccles. Leodiens. Ad Lucium Papa.
Sur ceux de Cologne, Evervini. Epist. Ap. Migne, T. CLXXXII p. 676].
A2- Démantèlement analytique de l’hérésie
Manichéenne
A- Aspect apparent de l’hérésie
Il semble, à ce que l’on rapporte, que chez les Cathares, autant
que chez les Manichéens, le bien et le mal étaient des principes
nécessaires, indépendants, et autonomes l’un de l’autre.
Dieu n’était rien d’autre qu’un dieu, et ce dernier
se trouvait confronté à une entité aussi puissante, si
non plus que lui-même : le démon. On nomme cette opinion «
Dualisme ».
Selon leurs enseignements, ces deux forces influaient profondément et
de manière irrésistible sur la volonté humaine. Or le Manichéen
ne doit point choisir l’une ou l’autre de ces forces, mais doit
au contraire se soumettre à leurs influences car on considère
que sa volonté propre est altérée, et qu’il est dépourvu
de libre-arbitre. Aucune résistance au mal ne peut et ne saurait être
utile ou profitable, car inopérante, et contraire à l’ordre
des choses. De cela il ressort qu’aucune faute, ni péché,
ni traîtrise ne peut lui être imputé. (Artc her b franc xii).
Aussi, le simple croyant (non le Parfait, mais le simple croyant) peut jurer,
se parjurer, se rouler dans le vice, être couvert de crime et d’abjections,
tout lui est et lui sera pardonné, car irresponsable de ses fautes, et
contraint par les émanations bénéfiques ou maléfiques,
il est l’instrument aveugle du péché. (art her p maur xlix)
En réalité le simple croyant est considéré comme
un être dépourvu de conscience et de volonté propre. L’homme
est l’émanation d’un corps collectif, qui englobe dans son
existence toutes les possibilités d’existences. Le simple croyant
ne peut ainsi être responsable de ses actes, car il porte en lui tous
les actes, bons ou mauvais, de tous les hommes. Soulignons pour étayer
notre propos que les Cathares ne faisaient d’ailleurs point mystère
de ces idées : Le parfait Guilhem Bélibaste déclarait lors
de l’une de ses inspirations suprêmes que « les croyants ordinaires
ne doivent point craindre de se livrer à toutes les turpitudes, car ils
doivent être persuadés que leurs péchés leur seront
pardonnés à l’heure dernière par la réception
du sacrement (consolamentum) ». [art. her. P. Maur., XXIII, Sermo. J.
Aut. Fol. 251 C. G. Bélib.]
Le simple croyant :
Le simple croyant peut ainsi tuer des animaux, escroquer, voler, trafiquer,
ne point suivre le carême, et se rouler dans la luxure, sans en ressentir
le moindre mal, car, de toute façon, le consolamentum, au soir de sa
vie, fera en sorte d’absoudre rétroactivement le coupable de ses
fautes. (conf a sicredi) Mais cette doctrine trop conciliante et permissive
aurait éveillé la méfiance des personnes instruites. Or
le plus grand nombre de ceux formant les croyants Cathares se recrutait chez
des personnes du peuple, issues des campagnes, des labours et n’avaient
que peu d’instruction. Aussi, Saint Bernard ayant porté quelque
temps son attention sur le sujet, déclare au regard de cette situation
: « On ne les convainc pas par des raisons, ils ne peuvent les comprendre,
elles leur demeurent inintelligibles. Aucune autorité ne les corrige,
ils ne peuvent l’accepter, ni se soumettre. On ne peut les persuader,
car leur cœur est dur et téméraire. Les dés sont jetés,
ils aiment mieux mourir que de se convertir. Ce qui les attend, ce sont les
flammes. » [Serm. LXVI n°2, Rusticani homines et idiotae] Parmi les
simples croyants on comptait en outre un grand nombre de Texores, des tisserands,
des marchands, qui étaient alors connus sous l’appellation d’Ariens,
ou de Manichéens. On voyait en eux soit des disciples d’Arius,
soit les successeurs des Mages Chaldéens. C’est de cette catégorie
d’hérétiques que l’Abbé de Clairvaux, St Bernard,
donne à grands traits un portrait : « Ils offrent le type de l’hypocrite
effronté et malicieux. L’apostasie est le moindre de leur crimes,
car ils sont des maniganceux débridés et des débauchés
vulgaires, qui, déguisés en apôtres et sous le vêtement
de l’agneau, sèment le désordre jusque dans les plus honnêtes
familles. »
Le Parfait :
Le Parfait, lui, est homme de bien. Il se différencie du croyant par
le sacrement du consolamentum, administré, non à l’article
de la mort, mais après une période probatoire. On le qualifie
de prêcheur, de prophète, et porte la caractéristique de
se dire, comme Manès, fils du Saint Esprit, ou plus encore Christ et
Apôtre. A ces derniers, il leur est défendu formellement de souiller
leurs mains du sang d’un quelconque animal, si petit soit-il. Le vol ne
doit point de même entacher leurs actes. (art her p maurini lviii) Toutefois,
vivant d’aumônes, de dons, et d’offrandes, il leur arrivait
de troquer des bénédictions et autres prières contre divers
bienfaits matériels. Mais les Parfaits savaient fort bien se contenter
de ce qu’on leur donnait, aussi jeûnaient-ils fort souvent.
Ils avaient pour habitudes de se faire à la semblance des Catholiques,
et prenaient un goût certain à vivre parmi eux. Communier, bien
qu’ils y répugnassent, leur était une occasion de moquerie,
et certains emportaient avec eux l’hostie afin de s’exercer à
quelques jeux. Les dimanches, les fêtes de l’Eglise, étaient
de même suivis pour ne pas éveiller l’attention, ni la méfiance
des catholiques. Toutefois, il leur était difficile de respecter les
crucifix, aussi lorsqu’ils ne sentaient plus peser sur eux le regard des
autres Chrétiens, et que les abbés étaient loin, il leur
arrivait de ne plus pouvoir se contenir, et de briser les croix. Bélibaste
déclara d’ailleurs un jour, avoir eu envie de briser avec une hache
tous les crucifix qu’il trouvait sur son chemin. Ne pouvant le faire,
« il les frappait et les insultait ». Mais les subterfuges étaient
nombreux pour s’excuser d’avoir à se signer devant des Catholiques
: « Lorsqu’un Parfait était contraint de faire le signe de
croix pour ne point éveiller la méfiance, il était entendu
parmi eux qu’il s’agissait de chasser les mouches de son visage.
»
[Reinerius 1764, P. Garcias, Bonaccorsi 209, art. Her. P. Maur. XVII. Conf.
A. Sicr. Fol. 127 B] « Un hérétique reconnu est beaucoup
moins nuisible qu’un faux catholique. » [Serm. LXVI, n4, LXIV, n9,
Serm. LXV, n8]
Les cathares Parfaits étaient de grands prêcheurs. L’improvisation,
la tournure vive et novatrice de leurs expressions, l’ambiance toute mélancolique
et pleine de mystères des lieux où se faisaient entendre leurs
discours, tout concourait à exalter les fidèles et inciter à
la conversion les auditeurs. Ajoutons, qu’encore tout emprunt de l’enthousiasme
du sermon Cathare, il était alors fort facile pour le spectateur d’être
admis dans la secte : On devenait Cathare ou Manichéen en écoutant
religieusement prêcher l’orateur du jour, et par imposition des
mains, le Parfait élevait la personne toute tremblante de respect à
la dignité insigne de croyant. (Toutefois plus difficile était
le sacerdoce cathare, autrement nommé état de Parfait ; aussi
avant de devenir proprement « Cathare Parfait », il fallait plus
d’une année de prostration et de patientes manigances en compagnie
de ses supérieurs, pour qu’on puisse recevoir l’hérétication
finale et devenir l’élu.) Quoi qu’il en soit, de l’avis
des auditeurs, et suivant les documents qu’il nous reste de cette époque,
les prêcheurs remportaient souvent un large succès et leurs sermons,
quoi que peu d’entre eux nous soient retranscrit, laissaient voir la puissante
rhétorique de leurs auteurs : Pierre Autier (Parfait) par exemple nous
a laissé le texte de l’un de ses discours où il attaque
avec précision l’Eucharistie, et où il dément à
grands renforts de preuves, la présence du Seigneur dans les Saintes
Espèces : « L’Eglise, dit-il, suppose avec grossièreté
la présence de Jésus-Christ dans l’hostie. J’en veux
pour preuve de cette impossibilité énorme et monstrueuse, que
même si le corps du Christ avait été de la taille d’une
montagne, ou encore de la taille d’une baleine, il y a fort longtemps
que les prêtres l’auraient consommé tout entier ! »
Nous voyons bien qu’avec de tels raisonnements, les auditeurs ne pouvaient
qu’être remués et émus jusqu’au cœur, et
qu’ainsi, définitivement convaincus de la fausseté des principes
de l’Eglise, ils ne pouvaient que se convertir au Manichéisme.
On sait par ailleurs, que les Parfaits rejetaient avec dédain le baptême,
que ce dernier soit des enfants ou des adultes. L’Eucharistie, la communion
des Saints, le respect dû aux morts, les prières pour ceux-ci,
étaient en peu d’estime chez ces Cathares, et se voyaient remplacés
par des rites dont on ne sait plus grand-chose. Ne disaient-ils pas entre eux
: « Jure, parjure-toi, mais ne livre jamais le secret. » «
Jura, perjura, secretum prodere noli » [In. Cant. Serm. LXV n 2]
Le secret fut en effet bien gardé, car il n’y a guère que
la connaissance du sacrement du consolamentum qui nous soit parvenu. Ce que
l’on sait toutefois de ce sacrement se résume à ceci, et
nous éclaire singulièrement sur la véritable doctrine des
Cathariotes et autres Manichéens : L’état de Parfait impliquait
d’avoir préalablement reçu le sacrement du Consolamentum.
Celui-ci avait des effets particulièrement curieux, notamment en ce qu’il
condamnait l’union des deux sexes. De l’avis de certains, cette
interdiction formelle reflétait ce que bien plus tard l’Eglise
reconnut chez les Templiers comme une pratique orgiaque et satanique : On suppose
en effet que les Templiers s’incitaient mutuellement à la sodomie
par répugnance pour les femmes. Les Cathares furent de même soupçonnés,
et ce bien avant les Templiers. (Quoi que nous n’ayons nullement de preuve
sur ces affirmations, sans doute abusives) En outre, il y avait, jadis une formule
que prononçaient les Parfaits en recevant avec ferveur le sacrement suprême
: le texte est dans Reinerius Sacchoni :
« Je promets solennellement de me rendre à Dieu, de ne plus toucher
une femme, de ne point tuer un animal, de ne manger ni viande, ni œuf,
ni laitage, de ne me nourrir que de végétaux, et de ne point manger
sans compagnon. »
(s’ils ne doivent point tuer un animal ni manger de sa chair, c’est
qu’ils supposent probablement comme les Bouddhistes que leur âme
se réincarnera dans la chair d’un animal.) Notons les extrêmes
ressemblances : « Ne point manger sans compagnon » est à
l’évidence l’un des préceptes les plus en vogue chez
les Templiers, car ces derniers avaient pour habitude de souper avec leur frère
d’armes, ce que l’on voit d’ailleurs nettement sur certains
de leurs sceaux d’époque.
Prendre de même de la viande, ou de toute autre substance issue d’un
animal, comme les œufs, le fromage, etc… était chez le cathare
Parfait un crime inexpiable. Toucher le moindre de ces aliments n’était
pas même permis.
Vie dure et austère, faite de pénitences et de privations, car
selon les enseignements des Parfaits, le Christ avait jadis enseigné
à ses disciples assemblés, que la chair des animaux était
impure, et que les corps des bêtes contenaient des esprits soit déchus,
soit réincarnés.
[Cf. A. Sicr., fol. 122 a, Reinerius.] Saint Bernard déclarait à
ce sujet, et au regard de telles interdictions : « Pourquoi rejeter avec
horreur le laitage et tout ce qui sort de la chair ? Vous limitez à votre
gré et par respect pour l’opinion insensée de Manès,
la grandeur et les bienfaits abondants de Dieu ; vous faites une distinction
entre les choses qu’il a créées, et décidez que les
unes sont immondes, au lieu de les recevoir toutes avec actions de grâces.
Je ne loue pas votre abstinence, j’abhorre votre blasphème, et
c’est vous que je proclame immondes. Car tout est pur pour les purs, a
dit un excellent appréciateur des choses divines. [Serm. LXVI, n°6
et 7.] »
Notons toutefois, et par respect pour la vérité historique, que
cette interdiction formelle de tuer, de se nourrir des animaux, et de prendre
des laitages, ne touchait que les Parfaits, et le simple croyant avait toutes
les libertés, n’ayant point été soumis aux obligations
du Consolamentum.
En ce qui concerne les Parfaits il faut encore ajouter qu’ils respectaient
le Carême. Mais non le Carême Catholique et Orthodoxe, car il y
avait chez eux trois carêmes. L’un, celui de la saint Martin, le
second le carême ordinaire, le troisième depuis la Pentecôte
jusqu’à la fête de Jean-Baptiste. (sermo pr taverner fol
252, art heret p maur lv) Mais les croyant, une fois encore, ne suivaient d’ailleurs
pas cette pratique, et on a déjà vu certains se goinfrer abondamment
lors de tels jeûnes. Les disputes ne portent point au demeurant sur ce
genre de rituels, qui, s’ils sont contraires au catholicisme, ne comportent
point de funestes suites. C’est la conséquence directe du Consolamentum
qui rebute l’Eglise Romaine : Si le simple croyant pouvait se rouler dans
le stupre autant qu’il lui était loisible, une fois passé
à l’état de Parfait, et une fois reçu le sacrement,
il lui était formellement interdit de même toucher une femme. Le
consolamentum renvoyait au néant le mariage, et le nouveau Parfait, devait
renier son épouse et ses enfants, et tout ce qui faisait de lui un père.
Mais, et contrairement à toute attente, il s’attachait ensuite
à une autre femme, et les deux chastes personnes, cohabitaient ainsi
dans tous les aspects de la vie (avec cette réserve, qu’ils ne
devaient point se toucher). (art here p maur xxxviii conf a sicr fol 128b) Ne
rêvons point, les derniers Parfaits qui nous sont connus dans la réalité
de leurs actes, et s’ils affichaient une telle conduite, sont aussi connus
pour avoir eu plusieurs enfants illégitimes. Une telle conduite, et de
tels préceptes ne pouvaient qu’éveiller l’attention
de Saint Bernard, et ce dernier révolté déclarait à
ce sujet : « Il faut être bestial, et immonde pour ne pas s’apercevoir
que renier les justes noces, c’est donner une force nouvelle à
toutes sortes d’impudicités ! Ecoutez donc Saint Paul qui autorise
ces unions, ces noces subtiles. Si vous prohibez ce que Saint Paul recommande,
votre prohibition ne me convainc que d’une chose, c’est que vous
êtes apostats ! » [Serm. LXVI, n°4 et 5].
Le Saint ajoutait ce discours concernant la cohabitation du parfait avec cette
femme qui l’accompagnait partout :
« Dites-moi, prêcheur, quelle est cette femme que je vois près
de vous ? Est-ce votre épouse ? Vous répondez que non et vous
niez, car votre engagement s’y oppose. Est-ce donc votre fille ? Vous
dites non encore, et toujours vous niez. S’agirait-il d’une parente
? Nullement. Mais alors, votre vertu est-elle en sûreté dans une
telle compagnie ? Etre toujours en compagnie d’une femme et ne pas pécher,
est plus merveilleux que de ressusciter un mort. Et vous voulez que je croie
à votre vertu ! »
Liturgie
des Cathares:
Le canon Cathariote contient en réalité fort peu de livres
religieux. Il est principalement composé du début de l’évangile
de Saint Jean et de certains épîtres. Les Cathares rejettent
d’ailleurs tout l’Ancien Testament et Il faut souligner que
toutes les autres Ecritures en usage dans l’Eglise Romaine et recommandées
par cette dernière sont par eux réputées diaboliques.
Quant à Moïse, il fait l’objet d’une haine particulière,
car on le dit démon nocturne, père du vice, et fils de lucifer.
Mais il semble même que leur version de Saint Jean présentait
d’étranges caractéristiques et peut-on dire toutes
les marques d’une vieille hérésie gnostique. On peut
à ce titre, consulter dans les archives de Carcassonne un faux
Evangile de Saint Jean en usage chez certains gnostiques, et qui était
fort apprécié des Cathares, mais seulement dans les derniers
temps de l’hérésie, car on suppose qu’un autre
livre, plus étrange encore était antérieurement en
grand honneur chez eux. Notons que le parfait Guilhem Bélibaste,
qui n’aimait guère l’Ancien Testament, n’avait
aussi pas plus d’estime pour les évangiles : « Je n’ai
que du mépris pour les Evangélistes, et j’affirme
avoir autant, sinon plus de pouvoir que les apôtres eux-mêmes
et que le fils de Marie. [Reinerius, col. 1773.]
Bélibaste et les autres Parfaits se revendiquaient ainsi d’une
filiation Christique. Nul ne pouvait les contredire, ni mettre en débat
leur parole, car ils prétendaient tenir du Christ lui-même leur
science et leurs préceptes. Selon leurs enseignements, le Christ en personne
avait, dans un grand secret, écrit un « épître aux
Cathares ». L’Epître aux Romains, quant à lui, ainsi
que l’Ancien Testament, étaient selon l’avis commun, «
promulgués par le diable » [Sermo. Jac. Auterii., fol. 251 D]
On préférait alors aux écrits Romains, et au Bréviaire,
le « Rituel Cathare », sorte de liturgie authentiquement manichéenne.
Ajoutons, et pour finir cet exposé, qu’on prétendait au
sein de la haute hiérarchie de la secte, détenir une écriture
mystérieuse possédée par les seuls Maîtres. De quoi
s’agit-il ? Nul ne le sait désormais…
B- Sur le fond de l’hérésie
Selon l’historien Dollinger [Ouv. Cit. p. 80], « les Parfaits Cathares
ne dévoilaient aux simples croyants que la partie exotérique du
manichéisme, réservant la substance ultime aux principaux initiés
et maîtres. » Aussi, tout ce que nous avons vu précédemment
ne résulte que de l’apparence des choses. La véritable doctrine
Manichéenne, n’étant en réalité, que la religion
des Mages Chaldéens. Voici ce que nous pouvons affirmer : Dieu n’est
pour eux qu’une puissance bornée et non absolue. Il se voit opposer
une essence diabolique, qui préexiste à la création, lors
qu’il n’y avait encore aucun être auquel le mal puisse nuire.
Dieu, selon leur dire, est une lumière sise dans une région séparée
de celle du mal, dont on prétend que cette dernière est couverte
de ténèbres. (conf archelaus, n 21 et suiv) Aussi dans le système
de Manès, les deux principes, le bénéfique, et le maléfique,
agissent en s’opposant et sont inconciliables, car on ne sait en fait
lequel préexista et tient prééminence dés l’origine
sur l’autre. Dieu est de même chez eux impuissant, injuste, craintif,
et incapable tant de domination, que de prévoyance en quelque situation
que ce soit. Il se borne à régner sur la région qui lui
est impartie, et s’abrite dans cet espace comme on se réfugie derrière
les hautes murailles d’une forteresse. Ainsi la puissance de la lumière
se retranche dans sa région comme si elle faisait l’objet de quelque
entreprise funeste, ou d’un siège, et que ses ennemis la cernaient
de toutes parts. Le mal, lui, est autonome, sans crainte, paré de la
puissance, et armé de la sagesse et de la perfidie.
Au demeurant, le décor, nous le voyons bien, n’inspire que la méfiance,
et laisse planer un doute sur les capacités du bien à assurer
la sauvegarde de ses intérêts. D’ailleurs, les Manichéens
n’enseignaient-ils pas que ces deux régions (celle du démon
et celle de Dieu), séparées éternellement par une barrière
infranchissable, s’étaient jadis menacées, et que Dieu,
effrayé par le démon, avait abandonné à celui-ci
une partie des âmes, afin de mieux préserver les autres. Le bien
dispose donc de façon injuste des êtres, car impuissant devant
l’immensité du mal, il ne peut que céder, ou lutter sans
certitude de victoire. (St Aug, de morib manich, c, 12). Les Manichéens
enseignent encore que les corps ont été formés par la puissance
maléfique, et que les esprits viennent du bien. L’esprit est ainsi
une émanation partielle de l’entité Divine, une fraction
de lumière échappée de la région où siége
la puissance de Dieu, alors que le corps, formé du démon, et séparé
éternellement de l’esprit, ne peut que lui nuire, et n’admettra
jamais d’être dominé par lui, car au moins égal à
ce dernier, il a libre choix d’influer selon sa volonté sur la
destinée de l’homme.
Aussi dans ce système Manichéen en Diable, et selon l’abbé
Bergier, « toute religion est inutile, est absurde, car nous ne pouvons
rien espérer de notre piété et de nos vertus, et nous n’avons
rien à craindre pour nos crimes. Quoi que nous fassions, le dieu bon
nous sera toujours propice, et le mauvais principe nous sera toujours hostile.
Tous deux agissent nécessairement selon l’inclinaison de leur nature,
et de toute l’étendue de leurs forces ; tout est donc la suite
de la fatalité, il n’y a plus ni bien, ni mal moral, il n’y
a plus que bonheur et malheur. » Le Manichéen en conséquence
ne choisit point entre l’une ou l’autre de ces forces, il subit,
et s’incline devant l’enchaînement de l’ordre des choses,
et suit ce que le bien et le mal lui dictent à tour de rôle. C’est
une doctrine de déresponsabilisation de l’individu, dont le libre-arbitre
est nié, ou n’est même sensé ne jamais avoir existé.
(n 24, 25 , 26, St Aug, de morib manich, c et confér d’Archél
n 20.)
C’est tout au moins ce que l’on peut récolter officiellement
sur la doctrine Cathariote et manichéenne….
Mais il est une troisième voie méconnue, jadis enseignée
par les Mages Chaldéens, et dont la Bible nous a mise en garde par bien
des moyens et depuis l’origine des temps: Comme nous l’avons souligné
précédemment, le Manichéen ne doit point choisir entre
le bien et le mal, car étant l’instrument aveugle de ces deux puissances,
il ne lui appartient pas de se soustraire à leur autorité. Toutefois
c’est là justement, déclaraient les Mages, que se situe
la troisième voie, celle qui libère le sujet, l’homme, de
ce choix impossible : Le bien est faible, craintif, objet de la peur, et de
la contrainte du Mal. Le mal, lui, est couvert de puissance, d’habileté,
détient la sagesse et la perfidie. Aussi ce dernier peut franchir, ou
simplement menacer de franchir la barrière éternelle qui sépare
la région de lumière, de Dieu, de celle des ténèbres,
du démon, et contraindre par là le bien, à lui céder
les âmes. Il est donc infiniment plus profitable, déclaraient les
Mages, de ne point se soustraire à l’influence de l’un ou
de l’autre principe, mais de chercher à opérer une
conjonction entre ces deux forces. Comme Dieu ne peut vaincre le démon,
ni même l’obliger à rester dans la région des ténèbres,
et que chacun de nous appartient aussi au mal par son corps, et par toutes les
influences qu’il reçoit de cette puissance, il convient donc de
faire en sorte de conserver les avantages du Bien (mais par le MAL et pour Le
Mal), en récoltant de même ceux du mal. Pour ce faire, les Mages
avaient inventé la conjonction baptismale. Celle-ci consiste à
admettre que le Bien surpris et tenté par le mal, (c’est en fait
simplement le résumé de la chute originelle, et de la tentation
d’Adam par Eve.) peut par son infléchissement, et sa soumission
à ce dernier principe, opérer une conjonction, une troisième
voie, seule capable d’unir les avantages de l’un et de l’autre.
Le raisonnement est ici le suivant : L’idée que nous nous faisons
du mal (qu’il est le mal), provient du fait que cette puissance est en
guerre avec Dieu, et que ces deux forces s’opposent en ne se conciliant
point. Or, si le bien, (qui parait d’ailleurs à leurs yeux déjà
s’incliner face au mal), cède en suprématie devant le mal,
il est d’avis que la guerre que se font les deux principes cessera, et
que le démon, bien que devenu omnipotent, aura ainsi concouru à
la paix, et qu’enfin par cette paix, le mal contiendra forcément
le bien, car s’il n’y a plus dans l’univers que le Mal, non
seulement on peut supposer que tout conflit en est absent, mais encore, que
le mauvais principe a absorbé dans sa structure tous les éléments
du Bien.
Le résultat se nomme en physique : Le Néant ou le Rien, qu’on
qualifie de même « abîme de désolation ». Car
il s’agit de l’abdication du Bien, et de son principal effet : l’existence.
Le Dieu de l’ancien Testament ne disait-il point, « Je Suis, je
Suis est mon nom » ! Dieu, est le principe de vie, or, se soumettant au
mal, et pourrait-on dire, admettant d’être décapité
par celui-ci, il perd non seulement la suprématie, mais supprime par
là et par lui, toutes formes de vie. En soit, c’est une forme de
Paix et d’Egalité suprême. Car il n’y a plus, ni lutte,
ni injustices. Aussi le Bien (à ce qu’en disent les Mages) est
le biais pour parvenir au Mal, et le conflit et la lutte ne peut être
qu’un phénomène temporaire, dont il faut se soustraire par
la troisième voie. Celle que nous avons exposée…
Comme nous pouvons le constater, cette doctrine religieuse lorsqu ‘elle
se métamorphose en puissance politique ne peut qu’aboutir à
ce que l’on pressent : le Communisme Stalinien. La lutte des classes remplaçant
la lutte du Bien contre le Mal, et s’achevant par la victoire des classes
populaires. On connaît la suite : 100.000.000 de morts…..
Mais la doctrine ne veut-elle point que tout se solde par le Néant et
que la paix soit ainsi faite ????
C- Réfutation de l’hérésie
L’hérésie se réfute par la Théophysique,
qui est la science exacte de l’Eglise Romaine. Il y a en effet trois aspects
de la religion Catholique : Le premier, l’enseignement ou catéchèse
des prêtres, le second, la connaissance ésotérique des textes
Bibliques, et la science Patristique. Le troisième enfin, le niveau hors
classe, qui se nomme Théophysique. Or, la Théophysique est la
science physique de Dieu, celle qui explique l’inexplicable par la mathématique,
et qui fut donnée par Dieu à Moise sur le mont Sinaï.
Voici donc ce que déclare la Théophysique à ce propos :
Un seul Dieu tout puissant a créé toutes choses. « C’est
moi qui donne la vie et la mort, qui frappe et qui guéris. (Deutéronome
c, 32 v 39) » « C’est moi qui ai créé la lumière
et les ténèbres, qui donne la paix et qui créé le
mal. (c 45 v 7 Isaïe) » « C’est vous seigneur qui affligez
et qui sauvez, qui conduisez au tombeau et qui en retirez. (C 13 V 2 Tobie).
C’est la réfutation totale de tout Dualisme. Dieu est pour part
fait de Bien, et pour part fait de Mal, aussi le démon ne peut qu’être
une déviation momentanée et non une puissance autonome. Qu’est-ce
à dire au juste ? La Bible ne déclare point en cela que Dieu contienne
une part véritable de Mal, elle souligne juste que l’un des éléments
constitutifs de Dieu, pris séparément est le Mal. Autrement dit,
Dieu est le prototype de l’être Parfait, qui ne peut être
surpris, ni trompé car regardant vers l’arrière et vers
l’avant ; omnipotent et symétrique, il supplante le Mal, et en
fait une partie constitutive du Bien.
Aussi, et pour ne point rentrer dans de fastidieuses démonstrations de
Mathématiques, qui ne pourraient d’ailleurs être comprises
sans de plus amples explications, il convient de prendre un simple exemple :
Dieu déclare à Moise : « Je Suis celui qui Suis ! »
Dieu donc, « est », « suis », « demeure ».
C’est une expression vivante de l’existence. Mais comment exister,
et démonter que l’on existe ? Prenons l’exemple d’un
tableau de Raphaël : Ce tableau est unique est irremplaçable parce
qu’il n’est pas de même nature que les autres. Tout le différencie
des œuvres d’art présentes autour de lui. Car il ne possède
pas le même auteur, ni la même couleur, ni la même facture,
etc… Mais si tous les autres tableaux n’avaient pas été
créés, ni mis en œuvres, et n’existaient pas, non seulement
on ne pourrait concrètement dire qu’il s’agit d’un
tableau de Raphaël, mais on serait dans l’incapacité même
de jeter un mot pour désigner cet objet. On le qualifierait alors, de
chose… et on ne se poserait pas même de question sur l’auteur,
ne sachant ce que c’est, ni quel en est l’usage. Ainsi pour que
le tableau de Raphaël existe, et qu’on le reconnaisse pour tel, il
convient que tous les autres tableaux soient. Nous sommes donc face à
un problème de définition, or ce qui n’est pas définit
n’existe pas. Les romains, avaient d’ailleurs à ce sujet
une excellente maxime : « Rien de ce qui ne peut être prouvé,
n’existe ! » Donc pour que le tableau de Raphaël puisse faire
l’objet d’une attention particulière, il demeure impératif
que d’autres auteurs aient créé un certain nombre d’œuvres
similaires, mais non identiques. Il ressort de cela, que l’existence de
tous les autres tableaux est participante de la propre définition de
celui de Raphaël ! Une chose ne peut donc être nommée, ni
exister, sans que toutes les choses différentes d’elle ne «
soient », existent de même. (Notons que « toutes les choses
» différentes sont exprimées par « Tout », et
non « Tout - 1 » car une existence est définie par son opposé,
c'est-à-dire « Rien et Tout » à la fois.) C’est
un phénomène d’interdépendance physique qui explique
« l’existence », et le besoin que nous avons d’aimer,
d’attirer l’autre à soi. Dieu, est ainsi « lui-même
» et « les autres », « le bien » et « le
mal ». Ajoutons que Newton l’avait fort bien compris, car il enseignait
jadis dans sa théorie de « l’attraction universelle »,
qu’un corps attirait les autres corps à lui, en fonction de son
volume et de sa densité (c'est-à-dire en fonction de son degré
d’existence). Nous voyons en cela que plus le corps est évolué
et important, plus il lui est nécessaire « d’expliquer »
sa propre existence par la présence d’autres corps différents
de lui.
Mais allons plus loin dans la compréhension de l’affaire, car nous
voyons bien que « le mal » lorsqu’il est uni et sert Dieu,
participe de sa propre existence, et ne peut donc être nommé à
proprement parler, « Mal ». Aussi Qu’est ce donc « le
mal » seul, ou plutôt à quoi correspond cette partie de Dieu
qui participe du Bien, et que l’on nomme « mal » lorsqu’elle
se trouve seule ?
Reprenons notre exemple du tableau de Raphaël : Celui-ci n’existe
que si les autres tableaux sont reconnus aussi pour ce qu’ils sont. Mais
si nous prenons « seulement » tous les autres tableaux dans leur
« collectivité », et que nous « ignorons volontairement
» chacun d’eux en particulier, leur déniant le fait qu’ils
puissent être différents les uns des autres, nous obtenons le résultat
suivant : il n’y a rien, absolument rien, car nous les considérons
donc comme exactement semblables entre eux. Etant parfaitement « Egaux
», on ne peut placer même un mot ou un nom dessus : ils ont la même
couleur, taille, dimension, auteur, date. Ils ne sont rien que le néant…
Or le Néant est ce qui n’existe pas, c'est-à-dire le Mal
absolu. (Un démon est une entité collective non complètement
terminée, un esprit en cours de réintégration dans le néant.)
L’un des éléments constitutifs de Dieu est donc le mal,
lorsque celui-ci est séparé de son opposé, de son autre
moitié. Autre exemple : On dit généralement de Dieu qu’il
est un Maître de justice, et à raison. Or la justice pèse
les erreurs de chacun. Car si nous comparons Dieu à une balance de pesée
munie de deux plateaux, nous constatons que ces deux plateaux sont unis par
un lien d’interdépendance. Ils ne peuvent peser, justement, s’ils
ne sont mis en rapport l’un l’autre. Voici le bien uni au mal. Maintenant,
si vous retirez l’un des plateaux, comment pèserez-vous ce que
vous désiriez mettre dans la balance ? Vous ne pourrez le faire, et le
plateau unique dont vous disposez ne vous sera d’aucune utilité.
Voici le Mal seul.
Une dernière chose : pourquoi le Monde, qui est mauvais, a-t-il été
créé par Dieu ? Dieu ne fait rien de mal, il crée, et cela
de façon toujours positive. Mais faut-il encore savoir que le mal, selon
St Augustin, est la privation d’un plus grand bien, ou d’une existence
plus Parfaite, ou de l’existence simplement. Or donc si Dieu a créé
le Monde, il peut avoir projeté peu de bien en celui-ci ! Et le mal que
nous ressentons, n’est que le fait de cette impression qui veut que nous
puissions espérer un plus grand bien prés du Dieu d’Abraham,
d’Isaac et de Jacob (le Christ simplement). Car nous ne sommes point du
monde, étant les fils du Dieu Grand.
Quoiqu’il en soit, ce qui est exposé ici ne saurait tenir
compte de Théophysique à proprement parler, mais plutôt
d’exemple de Théophysique car les mystères sont nombreux
dans le monde de Dieu !
Isaac Ben Jacob
|