
Béatrix, Dame de Châteauneuf
‘Nihil Obstat’ et ‘imprimatur’
pour le passé
Nous poursuivons
la présentation de différents documents anciens écrits
par des auteurs locaux à propos des régions du Pilat ou
de ce dernier lui-même.
Cette fois, notre choix se porte sur un fascicule publié en 1912
aux imprimeries BRUYERE FRERES à Rive-de-Gier. Il a pour titre
‘BEATRIX Dame de Châteauneuf’. Un tel ouvrage, ou du
moins une fraction seulement, ne pouvait que trouver sa place sur cette
colonne. Certes, on peut y trouver une connotation quelque peu religieuse,
accentuée encore par la formule ‘Nihil Obstat’ du chanoine
Aubonnet, Supérieur de l’Ecole de Théologie de Francheville…
ainsi que l’Imprimatur en date du 22 août 1911 de Mgr Louis
Jean, évêque d’Hiérapolis.
Ouvrage nostalgique dont la portée historique est en fait un résumé
qui peut suffire largement pour une recherche sommaire. Une cinquantaine
de pages de 16X25 cm se répartit en 5 petits chapitres : Béatrix
et sa grande œuvre - L’œuvre de Béatrix sous les
coups de la Révolution - Une consécration des souvenirs
- Réflexions d’un promeneur, et enfin : Notes sur le patois
de Châteauneuf. L’introduction de l’ouvrage est signée
Eugène Chipier, personnage bien connu à Rive-de-Gier, dont
le nom fut donné à la première place de cette ville.
Cependant, ce livre n’étant pas signé, rien ne prouve
que ce soit E. Chipier qui en soit l’auteur. Notons que le chapitre
final sur l’ancestral parler de ce secteur mériterait l’attention
de ceux, celles, souhaitant conserver, ou pratiquer, cette langue qui
fut celle des anciens du pays. Nous ne confondrons pas ce bref lexique
local avec le ‘vocabulaire de Rive-de-Gier’ qui fait l’objet
d’un volume entier.
Bref descriptif historique et topographique
On trouvera une description du château rejoignant les indications
d’A. Vacher vues précédemment… Il en sera ainsi
des possessions dont cette place était partie intégrante
ou seigneurie principale selon les âges. Une brève analyse
du nom de Rive-de-Gier et de ses premiers aménagements nous montre
l’importance stratégique de ces deux structures, autrefois
indépendantes mais difficilement dissociables. Nous verrons plus
tard que sur bien des points les confins de Rive-de-Gier et de Châteauneuf
firent bon ménage en des circonstances notoires. Ces dernières
se montrent utiles, par exemple, pour l’histoire, le passé
et les vestiges de la chapelle de la Madeleine. Ce sanctuaire oublié
est aujourd’hui enfoui vers l’échangeur de l’autoroute
au pied du castel. Sous peu, nous exhumerons ce précieux vestige,
sombré dans l’oubli, qui nous intéressera particulièrement
avec l’ouverture d’un dossier que nous appellerons ‘A
l’hasard de l’affaire Lazare’ et dont peu de ténors
font mention avec précision. Notons, avec surprise et amusement,
que chaque fois que certains auteurs ne peuvent disposer, malgré
de pitoyables efforts, de nos éléments… ces derniers
sont régulièrement taxés de douteux, voire ‘canulardesques’
ou inexistants ! On ne peut qu’applaudir à cet art difficile
dont l’exercice permet de contourner l’obstacle en évitant
le constat d’impuissance.
Sur les pas de Béatrix
Cet extrait nostalgique
et sans prétention, ici présenté, s’attache
non seulement au passé détaillé du site mais aussi
à ses personnages, sans doute les plus remarqués, Guillaume
de Roussillon et son épouse Béatrix, fille de la Tour du
Pin. Ces deux personnages nous feront rebondir sur les zones d’ombre
formant la fondation du monastère chartreux et d’autres événements,
souvent déformés, s’étant déroulés
en ces contrées énigmatiques. Les citations de l’ouvrage
vont nous permettre de prendre la balle au bond et de nous approcher plus
près de cette dame de Roussillon, des ‘maisons’ autour
du château -l’arsenal par exemple- et de la suivre pas à
pas jusqu’à ce lieu occupé depuis fort longtemps (et
nous avons été les premiers à en faire mention, sous
la huée générale !) qui deviendra une forteresse
de l’Esprit et d’un savoir particulier dont elle sera le sanctuaire.
Pour ces raisons, nous souhaitions présenter cet extrait qui, sous
coloration de vulgarisation populaire, donne une bonne approche du passé
de Châteauneuf… que nous parcourons sans plus attendre.
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Pour la plupart, l'amour de la patrie consiste pratiquement à
s'intéresser à cette parcelle du sol national, de laquelle
chacun dit : Mon pays, mon clocher. Or, un des moyens d'entretenir ce
beau sentiment, n'est-ce pas le souvenir historique et local ?
Longtemps, ce souvenir fut négligé. Le XVIIIe siècle
faisait surtout de l'histoire romaine et grecque (Rollin : traité
des Etudes). Survint la Révolution, faisant flamber des monceaux
de documents ; car pour elle, plus haut que 1789, rien qui mérite
attention. Dans ce vide, que savait-on sur l'histoire locale ? Peu de
choses, parfois des légendes ridicules. Ainsi à Châteauneuf,
à la vue de ces débris, nous disions : construction de Sarrasins.
Nous contions qu'une fois il y avait là une dame méchante,
cruelle. En 1844, un homme, dont le style respire l'attachement à
son pays publiait : ‘Recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier’.
On y lit sur cette châtelaine : ‘dame que la tradition accuse
de crimes monstrueux’ (1). Monstrueux, oui, car on la disait gourmande
de la chair d'enfant. D'où un conte pareil ? Sans doute de ce que
les mamans disaient à leurs petits désobéissants:
« La dame va te prendre. Gare, la dame va te manger ! »
Quoique révolutionnaire, notre époque a ceci de sage qu'elle
s'est mise à rechercher les souvenirs, même ceux d'intérêt
local. Ainsi, au chef-lieu, à Montbrison, nous avons la société
dite ‘La Diana’, abrégé de Décanat, l'ancien
doyenné étant le lieu de ses réunions. De même
que l'Etat dépensa des sommes à seule fin de dégager,
en telle cathédrale, de magnifiques appareils, masqués de
plâtre au XVIIIe siècle, de même les chercheurs dépensèrent
beaucoup de patience, afin de dégager, déplâtrer des
figures historiques de l'histoire locale. Un exemple de ces personnages
rendus à la vérité, c'est la dame de Châteauneuf,
Béatrix. Elle apparut digne de tout respect. Il semblait que, en
rattachant à cette figure certains détails d'histoire locale,
on formerait un tableau intéressant, surtout pour la vallée
du Gier. Ce tableau, on a essayé ici de l'esquisser avec le désir
de renseigner telles personnes qui n'ont le loisir ni de chercher ni de
beaucoup lire, de qui cependant il est vrai de dire : QUI AIME SON PAYS
EN AIME TOUS LES BEAUX SOUVENIRS.
Béatrix et sa grande œuvre
Au sortir de Rive-de-Gier,
par la route de Lyon, au point où se joint à elle la route
de Givors, on aperçoit sur l'autre bord du Gier une cime portant
une chapelle. A côté et au-dessus, une haute statue, la Sainte
Vierge aux bras ouverts, imitation de celle qui couronne l'ancien clocher
de Fourvière. Ici la statue domine une croupe découpée
presque en triangle, sur la ligne boisée qui forme à la
vallée comme une muraille verdoyante, le long de cette prairie
des Etaings, animée par l'usine Marrel, qui occupe toute une population.
Cette croupe présente comme une série d'étages, vagues
traces d'habitations disparues. La cime et le côté oriental
sont parsemés de ruines embroussaillées. Un pan de muraille,
d'une épaisseur d'un mètre et demi, se dresse comme un clocher
et reste debout, bravant les tempêtes. On dirait un géant
persistant là, pour protester contre les ravages du temps.
Singularité des noms, ces vieux débris s'appellent Châteauneuf.
En effet, là fut un château ou, comme on disait, un chastel.
Bâti ou rebâti, comment fut-il appelé Neuf ? Sans doute
par comparaison avec les forteresses qui avaient commencé de hérisser
nos cimes dès le démembrement de l'Empire au traité
de Verdun 843 et déjà en pleine invasion des Normands: de
là sortit la Féodalité. C'était une organisation,
où un moins fort faisait hommage à un plus fort, c'est-à-dire
se déclarait son homme, pour leur défense mutuelle. Les
plus forts, s'associant, devinrent les seigneurs. Autour de leurs châteaux,
les populations se groupèrent afin de vivre à l'abri des
envahisseurs et des bandits. Les abus ne sont ni la chose ni l'idée.
Dans son idée, qu'était la Féodalité ? Une
vaste société de secours mutuels.
A quelle époque Châteauneuf fut-il bâti ? Apparemment
vers l'an MCC ; car la plus ancienne mention paraît dans un traité
de 1220 (1). Quel en était l'aspect ? On s'en fait une idée
par le dessin tracé en 1789 par Jean-Jacques de Boissieu, célèbre
graveur natif de Lyon mais appartenant à la vallée du Gier
par des attaches familiale et territoriale avec la région de Saint-Jean-Toulas.
Ce château apparaît, face au levant, avec une terrasse avancée
sur un mur formant arcade. La demeure seigneuriale est sur le plan d'un
carré long. La façade, percée de deux croisées
ou fenêtres partagées en croix, est couronnée de créneaux.
Elle présente aux deux extrémités deux tours carrées.
Celle du midi est sans croisée et sans créneau. Lui est
accolée une tour ronde et de celle-ci part vers le midi un mur
crénelé. La tour carrée du nord est percée
de quatre croisées superposées deux à deux et indiquant
deux étages, dont l'un, l'inférieur, est au niveau des deux
croisées de la façade. Cette tour est crénelée.
Lui est accolée une tour ronde et crénelée, montant
jusqu'à moitié de la hauteur de la tour carrée. Derrière
celle-ci, et orientée entre le levant et le midi, apparaît
la chapelle avec le clocher actuel mais terminé en flèche
timide. Aujourd'hui, on ne voit plus que la chapelle et le pan de mur
qui brave les tempêtes. Ce que le dessin ne pouvait pas reproduire,
c'est le donjon alors détruit. Il se dressait jadis derrière
la tour carrée, le long de la chapelle et sur le rocher. Il reste
de cette tour la racine, justement ce qui forme piédestal à
la statue. D'après un plan terrier aux archives du Rhône,
on sait qu'avant la Révolution le cimetière était
à la place actuelle.
Par ses murs, Châteauneuf se dressait en vraie forteresse et aussi
par son site. Au nord et au levant, le sol descend en pente ardue ; au
couchant, un ravin profond et au midi un retranchement creusé de
main d'homme. Il fait face au portail, tout récemment posé,
du cimetière agrandi.
Châteauneuf était presque à côté d'une
autre forteresse, Rive-de-Gier. Vers la fin du Xe siècle, cette
localité s'appelait encore : Ambroniacus (A. Bernard : cartulaire
de Savigny). Que signifie ce nom ? Peut-être : propriété
d'Ambronius : Ambroni-acus. Peut-être aussi ce nom celtique veut
dire localité autour de la rivière (amb-ron). Plus tard,
avec l'étendue des relations, il fallut préciser. Alors
on dut dire : Rivière du Gier, Rive-de-Gier (Vacher : ‘l’ancien
pays de Jarez’, p.10). Apparemment, la ville actuelle commença
par un pont. Se détachant vers Brignais de la voie romaine de Lyon
à la Narbonnaise une voie montait à Taluyers (M.C. Guigue
: ‘les voies antiques du Lyonnais’. Voir la carte). Elle passait
le Bosançon sur un pont qui sert encore entre St-Maurice et St-Joseph.
Il se trouve en aval d'une arche de l'aqueduc qui amenait à Lyon
les eaux du Pilat (Puy, Pic, lat, peut-être de ïatus gros,
large). Le Bosançon passé, on atteignait le plateau de Montbressieu
puis, par le chemin de Montjoint, on descendait sur le Gier. Là
et sur le roc se trouvait un resserrement qui facilitait le passage sur
la rive droite, large et commode, tandis que la gauche se présentait
escarpée et découpée. Là, il avait été
facile de faire un pont. Une fois sur la rive droite, on allait par Saint-Chamond,
Saint-Etienne et Firminy jusqu'à Saint-Bonnet-le-Château,
point de jonction entre la voie romaine de Lyon à Bordeaux par
Rodez, celle dont Strabon dit : « voie à travers les monts
Cévennes, jusqu'aux Santons et l'Aquitaine »(I.IV). Le pont
romain s'élevait à la place de celui d'aujourd'hui, mais
sa chaussée plus étroite avait en hauteur un mètre
de plus (Chambeyron : ‘recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier’).
Il fut démoli sous Charles X. Quant à la route par la Roussilière,
elle ne fut commencée qu'en 1702 (Chambeyron, p. 89). Pour défendre
le pont romain de Rive-de-Gier, on bâtit un château entre
ce pont et le rocher qui porte l'église actuelle. Celle-ci, haut
et vaste pavillon, tout en peintures glorifiant l'Eucharistie et Notre-Dame,
remplace un monument d'une certaine majesté, avec son abside à
colonnettes cannelées et ses ouvertures couronnées de l'arc
roman. Ce monument trouvé insuffisant fut démoli en 4818
(Chambeyron, p.141). Encore aujourd'hui, la rue qui longe le chevet de
l'église s'appelle rue du Château. Ce fort fut entouré
de murs et fossés dont l’emplacement reste marqué
par deux boulevards, traditionnellement dits celui du levant, le Plâtre,
et celui du midi, la Grand Ranche, actuellement boulevards Victor Hugo
et Waldeck-Rousseau. Comment ces deux étrangers ont-il mérité
ce haut droit de cité ? On a oublié d'en dire un mot sur
la plaque. Ces deux boulevards descendent vers le Gier et marquent largement
le tracé de l'ancienne ceinture. Voilà le noyau de cette
ville si active, chef-lieu de Châteauneuf. Renaud, des comtes de
Forez, archevêque de Lyon de 1193 à 1226, fortifia Rive-de-Gier
« Villam quoque de Ripa Gierii muris et aggeribus muniri fecit »
(Obit. Lugd. Eccl.).
Au Moyen-âge,
Châteauneuf et Rive-de-Gier se trouvaient dans une partie du pays
lyonnais appelée le Jarez ou territoire du Gier (Jaris, ager Jarensis).
Dans un document de 868, on trouve Garensis (M.C. Guigue Cartul. Lyonnais,
I, 3.). La rivière voisine du Gier à son embouchure s'appelant
Garon, comme qui dirait Petit Gier, il semble que l'ancien nom du Gier
soit Gar ou Garus (A. Devaux : ‘Noms de lieux’, 1898) semblable
à Garonne qui, paraît-il, signifie bruyante. De fait, le
Gier devient vite bruyant et il s'élance d'une cascade, le Saut
du Gier. Jaris serait donc le mot Garus adouci.
Or, en ce pays de Jarez et au milieu du XIIIe siècle, à
qui appartenait Châteauneuf ? A la famille de Roussillon, venue
par mariage du Dauphiné dans le Jarez. En 1270, date de la mort
de Saint-Louis, le seigneur de Châteauneuf avait nom Guillaume et
son épouse, Béatrix. Etaient-ils de grands personnages?
Guillaume était seigneur de Roussillon, sur les bords du Rhône,
arrondissement de Vienne. Il était seigneur de Riverie qui s'appelait
alors Riviriacus, peut-être de Rivïri-acus, propriété
de Rivirius, ou de Riviria, localité au-dessus du ruisseau. Or,
la seule seigneurie de Riverie correspondait à sept de nos communes
: Saint-Romain-en-Jarez, Sainte-Catherine, Riverie, Saint-Didier, Saint-André,
Saint-Sorlin, Chaussan. De par le testament de son cousin Aymar en 1271,
Guillaume devint seigneur d'Annonay. Sa mère Artaude était
fille de Guy IV et sœur de Guy V, ces comtes de Forez dont le chastel
couronnait la butte au pied de laquelle est Montbrison ; imposant manoir,
dont le temps n'a totalement ni abattu les murs et tours, ni effacé
les chemins. Guillaume était frère d'Aymar, d'abord moine
à Cluny, puis élu archevêque de Lyon dans le second
des conciles tenus en cette ville, en 1274 ; frère encore d'Amédée,
d'abord abbé de Savigny, puis évêque de Valence et
en même temps de Die. L'une de ses deux sœurs, Alix, épousa
Ponce Bastet, seigneur de Crussol, dont le chastel sur le Rhône,
en face de Valence, élève encore, au-dessus d'un roc à
pic, des ruines appelées Cornes de Crussol. Son autre sœur,
Béatrix, épousa Gaudemar II de Jarez, seigneur de Saint-Chamond.
Enfin, son épouse Béatrix de la Tour était fille
du baron de la Tour-du-Pin et sœur d'Humbert Ier qui, par son mariage,
devint dauphin de Viennois et fut le grand-père d'Humbert II qui
céda le Dauphiné au roi de France… Guillaume et Béatrix
étaient donc de grands personnages par position.
Eh bien, ils étaient grands aussi par le cœur. En voici la
preuve. Cinq ans après la mort de Saint-Louis, décédé
en la VIIIe croisade, Guillaume quittait propriétés et châteaux
pour s'en aller outre-mer y affronter cimeterres et feu grégeois
afin de guerroyer contre les Sarrasins, nos anciens envahisseurs, et secourir
les chrétiens de Palestine. Son arrière grand-père,
Guy III, comte de Forez, parti dans la IIIe croisade, était mort
près de Jérusalem (‘Histoire de France’ : Aug.
Bernard, ch. VII). Dans la VIIe, son oncle, Guy V, avait eu la jambe brisée
sur le champ de bataille près de Damiette (Joinville XXVII).
Avant de s'éloigner, il fit son testament, le 11 août 1275,
dans son château d'Annonay (Archives Nationales, P.1361). Par cet
acte, Guillaume assigne leur part à chacun de ses huit enfants.
Ce qui frappe, c'est le ton d'autorité car ces lignes sont parsemées
du mot ‘Volo’, je veux. A un certain nombre de prêtres
des environs il donne, et à chacun, trente sous comme offrande
pour trente messes. II s'agissait de sous d'argent ; le sou de cuivre
ne date que de Louis XV: au temps de Saint-Louis, à Paris, le sou
valait environ 3 fr.70 d'aujourd'hui (Boutié : ‘Paris au
temps de Saint-Louis’). Parmi les prêtres désignés,
ceux de Pavezin, Châteauneuf, Tartaras, Dargoire, Saint-Maurice,
Saint-Didier (S. Desiderii subtus Riviriacum), Mornant, Saint-Romain-en-Jarez,
l'Aubépin, Chagnon, Longes, Valfleury (de la Valle florida), Saint-Genis
(de S. Genesio in Terra nigra), les Hayes. Ensuite, on lit : « Je
veux et commande que mes exécuteurs achètent de mon avoir
LX douzaines de draps d'Annonay », C'était pour habiller
les pauvres ‘pro pauperibus induendis’ .On devait faire la
distribution à 240 pauvres, dans les trois ans après le
décès, quatre-vingts personnes étant secourues par
an. Première distribution à ceux de la terre d'Annonay,
deuxième à ceux de la terre de Riverie, troisième
à ceux de la terre de Roussillon.
Et à Béatrix, son épouse, cette mère qui
a huit enfants, que donne-t-il ? « A dame Béatrix, mon épouse,
je donne et lègue, mais pour son vivant, mon château de Châteauneuf
« castrum meum de Castro novo» et tout ce que j'ai, je tiens,
ou espère tenir en fief du seigneur comte de Forez, au comté
de Forez ».
Son testament
fait, le généreux Guillaume part ‘cheveteine’
c'est-à-dire capitaine. Sa troupe est ainsi fixée par une
ordonnance de 1275 « C'est l'ordonnance que ly légat Symons,
messire Erard de Valéry et ly connestable de France ont faite de
gens que ly rois et ly légats envoyent outre mer, dont messire
Guillaume de Roussillon est cheveteine. Premièrement l'on baille
audict Guillaume cent hommes à cheval, c'est à scavoir XL
archers, XXX arbalestriers et XXX sergents à cheval. Item l'on
lui baille trois cents sergents à pied » (Roger : ‘La
noblesse de France aux croisades’). Notre brave cheveteine arrive
à Saint-Jean-d'Acre en octobre 1275. Il meurt en 1277 et vraisemblablement
en Terre Sainte.
Que devient Béatrix? Sur sa demande, le testament est ouvert par
l'official de Vienne, le 3 janvier 1278 (‘Revue du Vivarais’.
1901). Elle se retire en son douaire, Châteauneuf, selon la disposition
de son défunt, veuve fidèle de tout cœur au souvenir
de ce loyal et preux chevalier. A Châteauneuf, elle partage son
temps entre la prière, sa grande consolation dans les tribulations
de son deuil et les soins dus à ses enfants. Préoccupée
de bonnes œuvres, c'est de Châteauneuf qu'elle va partir pour
désigner l'emplacement de sa grande œuvre, la Chartreuse de
Sainte-Croix. L'Ordre célèbre des Chartreux existait depuis
près de deux cents ans. Pourquoi Béatrix voulut-elle fonder
une Chartreuse plutôt que tel autre établissement? D'une
telle bienveillance elle trouvait des exemples dans sa famille. L'an 1200,
son aïeul Hugues de Coligny avait fondé la Chartreuse de Sélignac.
Son oncle, Bernard de la Tour, avait été le XIIIe Général
de l'Ordre (1253-1258). Son frère Humbert, dauphin de Viennois,
ayant abdiqué, se retira en la Chartreuse du Val Sainte-Marie de
Bouvante où il mourut en 1307. Enfin, veuve vraiment éplorée
et détachée du monde, aspirant elle-même à
une vie solitaire, elle voulait favoriser quelques-unes de ces âmes
qui ne peuvent vivre que dans la solitude, loin des mondains agités,
comme telles plantes ne respirent bien et ne fleurissent bien que très
abritées.
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