
Châteauneuf – La Madeleine
Pour
ouvrir sur ce site la rubrique Châteauneuf et Béatrix de
Roussillon, fille De la Tour, nous présentons un petit article
concernant les fêtes et cérémonies religieuses des
sites au bas du castel. Il s’agit d’une mémoire à
propos du secteur où se trouvait l’ancienne chapelle Ste
Madeleine, le quartier du même nom et le franchissement du Gier.
Ce texte est tiré d’un journal régional de la vallée
du Gier, de mi-juillet 1931. Nous ne résistons pas au plaisir d’ajouter
un autre ‘encart’ où il est question de la ‘bénédiction
des véhicules’… On voit effectivement que tous ces
derniers sont concernés par la cérémonie… même
les voitures d’enfants du type ‘poussette’ et ‘landau’…
Cette anecdote assez insolite méritait d’être également
présentée.
En lisant le journal du Gier…
«Grandes Fêtes Patronales et Fête des Moissons.
- Notes historiques -
Aux habitants de Châteauneuf, la Madeleine, Saint-Jean, Saint-Joseph,
Saint-Maurice, Tartaras, Trêves, Longes, etc. : Dimanche 26 juillet,
l'antique église de Châteauneuf, annexe de celle de Saint-Jean,
célèbre en même temps, comme le veut la liturgie,
la fête de Saint Christophe, son patron, qui est de 1ère
classe, et celle de Saint Jacques, qui est de 2ème classe. La solennité
comporte une messe solennelle à 8 h. 30 et des vêpres solennelles,
en plein air quand le temps le permet, à 17 h. 30. Diverses bénédictions
accompagnent ces deux cérémonies et demandent quelques mots
d'histoire et d'explication.
La Saint-Jacques amène avec elle, dans toutes les paroisses rurales,
la bénédiction des fruits nouveaux et des épis ;
c'est, à Châteauneuf, la Fête des Moissons. L'église
est décorée avec des épis et tous les assistants,
le matin et le soir, portent à la boutonnière ou au corsage,
trois épis symboliques et, à la main, un bouquet d’épis.
C’est la ‘Croix de blé’ qu’a chantée
un de nos poètes et que les agriculteurs fixent à la porte
de leurs maisons, de leur grenier à blé. Il y a, comme de
coutume, la distribution du pain bénit, offert à tour de
rôle par quelque famille notable. Mais, au pied de la colline de
Châteauneuf, coule le Gier qui reçoit son affluent, le Bosançon.
De l'autre côté du Gier existait, depuis le XIIIe siècle,
la vieille Chapelle des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem,
gîte d'étape, avec cimetière, et dédiée
à Sainte Madeleine et à Saint Jacques. Elle s'ouvrait directement
sur le Bosançon dont le lit, comme celui du Gier, servait de route
à l'époque des basses eaux. Mais, à l'époque
où ces rivières n’étaient pas guéables,
un passeur faisait le service de liaison entre les deux chapelles, d'où
le patronage de Saint Christophe donné, dès l'origine, à
la Chapelle de Châteauneuf.
Les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, possessionnés
dans les environs de Rive-de-Gier, assuraient la protection des routes,
jusqu'à Feurs (la route de Vienne à Feurs passait par Dargoire)
et jusqu'à Chazelles, leur résidence. La maison hospitalière
de la Madeleine, près de la chapelle, appartient maintenant à
la famille de Joseph Mouton. La cuisine antique est entièrement
conservée et le portail porte le vieux blason : c'est l'explication
de la bénédiction des routes de ce carrefour qui se fait
le soir du haut de la colline et qui vient, à notre époque
moderne, compléter la bénédiction des autos, faite
à Saint-Jean.
La Chapelle de la Madeleine
et la Maison hospitalière étaient séparées
par un pré qui s'étendait au bas jusqu'au Gier et qui fournissait
le foin pour le ravitaillement des mulets. Ce pré a été
coupé par la nouvelle route de Lyon en 1879 et, dans sa partie
inférieure, la plus grande, se tient toujours, de la Sainte Madeleine
à la Saint Christophe, la très antique et célèbre
foire dite ‘de la Madeleine’, qui était une succursale
de celle de Beaucaire. Cela représente une affluence jadis considérable
à la Maison hospitalière, sans parler du trafic de la vieille
route de Lyon qui passait juste au nord de la Maison pour aboutir devant
la Chapelle. La pente en a été adoucie en 1786 par un pont
d'une seule arche. La même année, le 22 novembre, la Chapelle,
pour cause d'excès commis par de mauvais sujets, fut interdite
par Mgr de Montazet, et sa démolition ordonnée par M. de
Lacroix de Laval, vicaire général. Cette décision
ne fut pas exécutée et la piété des fidèles
pèlerins fut plus forte que la décision épiscopale.
En 1830, la Chapelle, délabrée pendant la Révolution,
fut restaurée par M. Journoud, généreux chrétien
de Rive-de-Gier, qui fit refaire les croisées du choeur et la toiture.
Cette restauration ne dura pas très longtemps. La paroisse de Saint-Maurice,
y voyant une concurrence, s’en désintéressa. La paroisse
de Saint-Jean, créée en 1838, qui reçut et conserva
canoniquement ce quartier pendant huit ans, n'avait pas les moyens, ayant
une église à bâtir, de soutenir cette charge. Finalement,
la Chapelle de la Madeleine, en ruines mais toujours visitée par
les pèlerins, qui faisaient brûler des cierges dans les ronces
qui l'envahissaient, fut non détruite mais ensevelie sous des déblais.
Nous avons heureusement sa photographie et son plan. Le culte de Sainte
Madeleine et de Saint Jacques fut transféré à Châteauneuf.
A cette affluence considérable de pèlerins, d'acheteurs
de la foire venus de toute la région et de très loin, des
muletiers des mines se joignirent pour la grande fête patronale
qui dure plusieurs jours, puis les ouvriers, puis les bateliers du canal
dans le premier tiers du XIXe siècle. Ils avaient, à Rive-de-Gier,
leur centre de ravitaillement, avec une immense écurie pour les
chevaux de halage, dans une auberge qui prit l'enseigne de ‘la Pomme’,
actuellement au Cercle de Saint-Jean. Ce contingent nouveau, à
son tour, fêta Saint Christophe avec Saint Nicolas, puis ce furent
les ouvriers constructeurs de la nouvelle voie du chemin de fer, lequel
tua le trafic du canal. Saint Christophe de Châteauneuf adopta à
nouveau les cheminots; et voilà pourquoi, du haut de la colline,
dimanche prochain, aura lieu, en même temps que la bénédiction
des routes, celle de la voie ferrée.
Châteauneuf est depuis longtemps un lieu de pèlerinage pour
demander la pluie. Des paroisses entières comme St-Martin-la-Plaine,
St-Maurice-sur-Dargoire, St-Didier-sous-Riverie y viennent en procession
et leurs prêtres y célèbrent la messe. Avant la Révolution
existait une curieuse cérémonie. La procession ‘pour
demander la pluie’ allait de la Chapelle de Châteauneuf à
celle de la Madeleine et traversait deux fois le Gier guéable ;
on portait l’antique statue de Saint Christophe sur un brancard
et, au passage du Gier, on la déposait au milieu de la rivière,
dans le peu d’eau qui restait, pendant que prêtres et fidèles
faisaient les prières liturgiques.
Cette antique statue en bois fut cachée pendant la Révolution
et on ne ‘trempa’ plus Saint Christophe dans le Gier. Rendue
au culte par un fils de celui qui l’avait cachée et gardée,
habitant Trêves en 1870, elle fut installée dans l’église
de cette paroisse qui ne put réussir, malgré tous les efforts
de l’abbé Chavanne, curé de Trêves à
cette époque, à détourner le culte de Saint Christophe
de Châteauneuf.
Ces quelques notes seront sans doute agréables aux nombreux pèlerins
qui, pendant les jours de la foire de la Madeleine et dimanche prochain,
graviront la colline et prendront part à nos belles cérémonies.
»
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« Bénédiction annuelle des automobiles à
Saint-Jean.
La fête de Saint Christophe, patron de notre église de Châteauneuf
et second patron de notre église de Saint-Jean, est l’occasion
chaque année, depuis 9 ans, le dimanche de la Solennité,
soit dimanche prochain 26 juillet, d’une double bénédiction
solennelle, place St Jean sur le côté sud de la route de
Lyon, des automobiles, cycles et tous véhicules : chars à
bancs, voitures d’enfants, même le tramway. C’est chaque
année un spectacle intéressant, et chaque année quelques
journaux en donnent la photographie.
Il y a deux cérémonies semblables : la première à
6 heures précises, précédée d’une messe
à 5h.15 : la deuxième à 10 heures précises,
précédée d’une grand’messe à 9
heures pour les automobilistes et voyageurs et suivie d’une messe
à 10h.15.
Les voitures se rangent sur la vaste place ; après la bénédiction
collective, toutes les voitures font le tour de la place pour défiler
devant le clergé qui bénit les voyageurs. ».
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En franchissant le Gier sous Châteauneuf…
Ces éléments
étaient, comme nous le voyons, à la portée de tous
lecteurs de ce journal. Nous relevons, dans ce texte, les fêtes
votives de la Madeleine au pied de Châteauneuf et les saints personnages
honorés à ces occasions, directement ou indirectement :
St Christophe, Ste Marie-Madeleine, St Jean et St Jacques.
Nous reviendrons, au fil de prochains chapitres, sur ce qu’il convient
d’appeler la Maison des Hospitaliers, surplombant le quartier de
la Madeleine, mais aussi les différents gués de ce secteur,
et enfin le lieudit ‘la Pomme’ ainsi que ‘le pont de
la Pomme’ du quartier St Jean de Rive-de-Gier. Certes, on pourrait
nous répliquer que ces thèmes sont hors le périmètre
du Pilat puisque précisément dans la vallée du Gier.
Cependant, nous maintenons ces choix en raison du fait que ce sont des
endroits qui avaient un rôle dans le franchissement du Gier et l’accès
aux voies et chemins utilisés pour accéder au Pilat. Ensuite,
évidemment, nous reviendrons en détails sur le site de Châteauneuf,
son passé, son rôle, ses ‘curiosités’,
ses maîtres avant les de Roussillon, ainsi que Guillaume et Béatrix,
fondatrice de la chartreuse de Ste Croix en Jarez.
Nous nous contentons cette fois d’aborder les quelques éléments
concernant le franchissement du Gier vers l’antique chemin, disparu
depuis 1750, qui conduisait à Trèves et, de là, à
proximité du fameux arsenal de Béatrix qui intrigue tant
de chercheurs incapables de le situer.
Ce vieil accès, par endroit établi en véritable ‘chemin
creux’, était le seul permettant de rejoindre, jusqu’au
12e siècle notamment, deux mines de fer. C’est une de ces
deux exploitations qui aurait pu être encore en activité
au moins jusqu’en 1395 par les chartreux, comme en fait mention
un acte de Ste Croix à cette date. Il semble cependant que le rendement
ait été en s’affaiblissant alors que la demande de
métal allait en augmentant de façon significative.
La Pierre Flage et une borne …
Toujours est-il que
ce secteur dut être connu des romains et probablement bien avant,
comme en témoignent quelques découvertes faites lors de
défrichements, comme en fait état un échange de notes
et courriers entre un maire local et un religieux de la paroisse de Rive-de-Gier.
Non seulement les vestiges de l’antique chemin ‘creux’
sont encore visibles en deux endroits, mais on retrouve également
des ‘abris sous roches’ et quelques points mégalithiques,
certes de moindre importance que leurs frères plus connus du Pilat.
Cependant, nous ne connaissons pas une autre pierre ‘sonnante’
comme celle connue (encore de quelques personnes âgées locales)
sous le nom de ‘pierre Flage’, à peu de distance dans
les taillis du vieux chemin, à environ 1 km de Trèves et
proche de Cenna. Sur ces roches oubliées se lisent de nombreuses
cupules et pétroglyphes sur lesquels nous ne manquerons pas de
revenir prochainement en détail.
Pour l’instant, nous dirons que les franchissements du Gier devaient
être strictement délimités et contrôlés
depuis le Moyen-Âge puisqu’un habitant du hameau de ‘la
Fléchette’ détient encore une ‘borne à
chaîne’ fermant l’un de ces passages de rivière.
Certes, on pouvait douter que ce genre de témoin, pas vraiment
unique, provienne du secteur de Châteauneuf et de ces traversées
du Gier. Cependant, nous avons la chance que soit restées, bien
qu’un peu effacées par le temps, quelques gravures sur trois
faces de la borne à chaîne. On y voit, sur un des côtés,
l’obscur blason simplifié de Cenna. Sur un autre pan se dessine
ce qui pourrait être une patte d’oie ou une sorte de trident.
N’oublions pas, à ce propos, cette mystérieuse gravure,
au fond du puits souterrain de Châteauneuf, représentant
trois symboliques épis de blé. Si à ceci nous ajoutons
la fête (sans doute antique et païenne) du blé, célébrée
au pied de Châteauneuf pour la St Jacques, nous pourrions trouver
ici matière à réflexion et… ‘du grain
à moudre’ ! Enfin, sur la dernière, un lourd anneau
de fer est encastré dans un visage d’animal, en relief, surmontant
une mince croix pratiquement pattée. Sous cet ensemble se lisent
des lettres et chiffres pouvant être :
+
+O+
ME FICT
FEYR CARDET
+
+CRISTO+
AS 1587 ST
*
Dès obtenue l’autorisation du propriétaire
- dont le père en avait déjà fait communication au
père Granjean - d’en produire des photos, nous donnerons
une étude complète de cette borne ainsi que l’endroit
précis où elle fut récupérée. Il y
avait encore en 1957, près de ce lieu, les vestiges dévastés
d’une sorte d’ancien oratoire funéraire (acte mars
1957 G. NATAULET -exploit déplacement-).
Béatrix et le triptyque…
Mais ceci est pour nous l’occasion, maintenant, de revenir sur
Châteauneuf et sa dame la plus connue : Béatrix de Roussillon.
Un premier chapitre, relatant en détails la légende de la
fondation de Ste Croix, lui est consacré sur notre site Société
Périllos. Aussi, nous nous contenterons de présenter une
statue triptyque, peu citée jusque là, dont la rareté
-cinq seulement pour cette région- mérite d’être
soulignée, en plus du fait qu’il y ait de solides chances
pour qu’il s’agisse probablement de la plus ancienne. Béatrix,
selon la tradition, en aurait fait don au moment de prendre le voile des
veuves… ce dernier et la statue auraient été bénits
simultanément le 20 janvier 1278 par son beau frère, archevêque
de Lyon.
On y voit Sainte Anne, tenant dans sa main gauche un livre fermé
et portant la vierge Marie couronnée sur ses genoux. Cette dernière
tient à son tour, également sur ses genoux, l’enfant
jésus présentant un petit globe dans sa main gauche. On
dit encore que Béatrix aurait voulu que les traits de son visage
soit ceux de Sainte Anne, et que le vêtement de la sainte soit la
fidèle reproduction de celui des dames de son époque et
de cette contrée. C’est dire l’importance de cette
représentation des plus rares.
Quant aux chevelures des personnages, on voit Ste Anne voilée entièrement
y compris avec la ‘mentonnière’. La Vierge Marie est
coiffée d’une couronne à six fleurs de lys. L’enfant
a, semble t’il, les cheveux libres, longs et ondulés.
Le livre que tient Anne est non seulement fermé mais également
clos par une ferrure…
En retournant la statue (avec d’immenses précautions et un
profond respect !), on constate que la sculpture a été faite
dans une seule pièce de bois et on trouve deux étiquettes
collées : l’une, rectangulaire, est quasiment illisible ;
celle d’en haut, ronde, porte le nombre ‘77’…
qui est, sans doute, son identifiant dans le ‘classement’
du ‘musée’ de Fourvière.
On trouve également
un piton métallique, sans doute prévu pour maintenir la
statue contre le mur. Au dessus de celui-ci, la tête d’un
clou très ancien apparaît… sans qu’on en comprenne
l’utilité. Au haut de l’œuvre, deux trous (vers
l’étiquette ronde) laissent penser qu’une autre fixation
devait finir d’assurer l’ancrage et la tenue bien verticale.
Le ‘banc’, sur lequel Ste Anne est assise, est creux. Si on
peut supposer que le sculpteur ait voulu alléger son œuvre,
on sait qu’autrefois cette cavité comportait d’importantes
traces, vaguement rectangulaires, de cire jaunâtre avec des cassures
nettes. Visiblement, il y avait quelque chose de fixé à
la cire à cacheter dans ce creux qui alors devait faire office
de ‘tombeau’ pour une relique par exemple. Mais, comme Béatrix
vivait au moment de cette représentation, on peut exclure que la
‘mémoire’ lui soit attribuée. Il nous reste
néanmoins l’hypothèse d’un vestige voué
à Ste Anne, la Vierge Marie et… Jésus (éclat
de bois de la ‘vraie’ croix par exemple). Il se peut aussi
qu’il y ait eu autre chose de fixé dans ce creux, comme par
exemple une petite capsule avec un contenu plus ou moins sacré,
superstitieux ou… historique ! Ce qui est pour le moins curieux,
c’est qu’en quelques années (nous n’avions pas
revu cette merveille depuis près de 20 ans) tous les vestiges de
la cire à cacheter aient disparu… Ce n’est, en fin
de compte, pas très grave puisque nous avons d’anciens clichés
où ce ‘détail’ se voit parfaitement…
Béatrix, après son retour des réserves du musée,
prit place sur la cheminée de la salle des délibérations
de l’ancienne mairie de Châteauneuf. Puis elle fut reléguée…
dans un placard. Enfin, maintenant, elle préside, sur une cheminée
de marbre noir, aux mariages, dans la superbe salle prévue à
cet effet. Les nouveaux mariés ont-ils un regard pour cette dame
fondatrice de la chartreuse de Ste Croix (du moins dans son seul aspect
visible et extérieur !!!) ? Nous l’espérons…
En attendant, elle repose, énigmatique et hautaine, en compagnie
d’un imposant buste d’une Marianne ‘phrygiennement’
républicaine et de la statue de St Etienne. Ce dernier, ayant encore
toute sa polychromie, porte les cailloux de son martyre (il fut lapidé)
dans le pli de son manteau au-dessous duquel se cache sa main gauche.
Une autre pierre sur sa tête suggère le supplice. Le personnage
tient dans sa main droite, anormalement grande, un livre, aussi fermé.
Décidément, la statuaire de Châteauneuf ne laisse
guère deviner le contenu de son savoir tenu fermé aux visiteurs.
Les merveilleuses réserves du musée de Fourvière…
Vers
1789, la sculpture disparaît, discrètement mise hors de portée
par des mains pieuses, de la fureur révolutionnaire et ses brasiers…
jusqu’en 1934 où elle sera retrouvée par le père
Granjean. Il est des plus curieux d’apprendre que ce prêtre
la récupère dans les réserves du musée de
Fourvière à Lyon. Si certains attribuent cette ‘retrouvaille’
à la chance, nous émettrons, quant à nous, des remarques
moins dociles. En effet, comment expliquer cet heureux hasard sans quelques
‘coups de pouce’, comme celui de remonter jusqu’à
ceux qui vivaient un siècle et demi auparavant et qui, ‘sachant’
le pieux geste, en avaient soigneusement informé leur descendance
à toutes fins utiles. Mais ceci ne nous suffit pas car même
si Granjean put, par sa fonction de prêtre, ‘délier’
les langues et les mémoires, ce genre de ‘confession’
n’explique pas tout. En effet, il reste à savoir par quelle
phénoménale providence cette vénérable statue
fut retrouvée par les rabatteurs ecclésiastiques de l’évêché
et dissimulée, car c’est le seul mot qui convient ici, dans
les ‘réserves’ du musée de Fourvière.
Et, ici, le seul fruit du hasard ne nous suffit pas comme explication.
Nous ajouterons que, non seulement il fallait savoir où la récupérer,
donc disposer d’informations précises, mais encore le faire
discrètement… sans éveiller de soupçons ou
bavardages, et ensuite porter beaucoup d’intérêt à
ce précieux témoin d’une ‘autre’ histoire
de cette région. Il serait, avant tout, indispensable que l’évêché
ait su l’existence d’une statue sur un territoire qui n’est
pas le sien (Loire et non Rhône), et lui porte une telle importante
attention qu’il envoie ses ‘représentants’ pour
une récupération quasiment clandestine. Ensuite, si l’on
en croit le bon père Granjean - et pourquoi ne le croirions-nous
pas - après toute cette opération ‘commando’,
l’objet de tant de convoitise… est relégué dans
‘les réserves du musée de Fourvière’,
comme une vieille chose sans intérêt. Il y a là de
quoi s’interroger sérieusement. Mais ensuite, si l’on
en croit le père Joseph Garlatti, la statue de Châteauneuf
n’était pas le seul objet, en provenance de Châteauneuf,
caché au moment de la Révolution. L’information que
nous détenons fait mention, certes, d’un acte pieux ayant
sauvegardé des témoignages religieux populaires d’un
secteur du Pilat… Il est précisé, en outre, que la
main qui mit à l’abri la statue et d’autres objets
sacrés n’était pas celle d’un profane mais bel
et bien d’un chartreux dont on nous a également donné
le nom !
L’écrit de l’abbé Garlatti et le beau fruit
C’est précisément l’abbé Joseph-Marie
Garlatti qui informa un prêtre du secteur proche de Rive-de-Gier
de l’existence de la statue triptyque. Ce dernier confia l’information
au père Granjean… au moment où il sut que celle-ci
était à la veille (ou presque) d’être évacuée
à destination d’horizons étrangers ensoleillés,
où elle était destinée à une autre vénération
plus… élevée ! Il est possible, selon cette source
écrite provenant d’une cure de la vallée du Gier,
que les ‘réserves du musée’ aient ‘échangé’
la statue de Béatrix contre le fait que le ‘reste’
ne soit jamais réclamé ! Il semblerait que la transaction
ait bel et bien eu lieu… Nous disposons, heureusement, de la liste
exhaustive du fameux ‘reste’ et il est bien possible qu’une
partie d’une certaine affaire ‘Ste Croix’ puisse être
éclairée sous un jour nouveau, difficilement contestable
par les autorités et quelques habituels grincheux de service. Ces
éléments très surprenants seront divulgués,
le moment venu, dans une présentation de vulgarisation mise à
la portée de tous, ainsi que sur nos sites. Pour ceux qui pourraient,
innocemment, accéder à la statue et la retourner, ils devraient
retrouver au dos son étiquetage dans les fameuses ‘réserves’
oubliées… On s’apercevrait, alors, qu’il est
peu probable que l’image triptyque de Béatrix, Marie et Jésus,
ait séjourné longuement, afin de discrétion, sous
un tas de fumier comme le murmure la tradition populaire, avant de ressurgir
à l’issue des ‘tenaces’ recherches du père
Granjean… Il serait alors amusant de savoir à quel Ordre
appartenait l’excellent abbé Joseph-Marie Garlatti…
le seul à qui, en fin de comptes, nous devons ce retour prodigieux.
St Anne, Arques
Il reste à dire que cette œuvre du XIIIe siècle est
encore polychrome, certes aux couleurs fatiguées et écaillées,
au moment de son exil forcé… loin de sa chapelle natale.
Curieusement, elle ressortira ‘couleur bois’ des oubliettes
de Fourvière. Ensuite, il y eut, nous dit-on, une restauration
qui a effacé toutes traces de polychromie, comme on le constate
aujourd’hui. Ce n’est pas vraiment grave car nous pourrons,
depuis nos informations, reconstituer, depuis un montage photographique,
sa véritable coloration et ses écrits.
Il reste une dernière chose à ajouter concernant cette émouvante
statue… ce sera de savoir dans quelle essence de bois elle fut sculptée.
Sans doute, ceux qui suivent de près nos recherches auront-ils
compris que Béatrix fut taillée dans du… poirier.
« On voit un bon arbre à ses fruits… » dit le
proverbe.
A propos de poirier et donc de… poires, nous ajoutons qu’il
existe une autre, très ancienne, statue triptyque devant retenir
tout notre intérêt dans l’affaire qui nous préoccupe.
En effet, le visiteur attentif admirera une représentation triptyque
similaire dans l’Aude, à Arques ! L’œuvre se trouve
dans une chapelle latérale solidement sécurisée,
en compagnie d’un grand tableau que nous intitulons, librement,
‘le petit Jésus à la poire’… Là
aussi, nous voyons Ste Anne tenir sur ses genoux la Vierge Marie portant
l’enfant Jésus. Précisément, nous retiendrons
que les familles de Lupé (dans le Pilat) et celles d’Arques
eurent des alliances pour le moins insolites… Il est donc tout naturel,
en raison de nos recherches, que notre attention se tourne vers le savoir
fermé d’une autre famille profondément impliquée
dans une énigme phénoménale… les de Périllos
(consulter sur le sujet le site SP) dont le blason s’orne précisément
de trois poires !
André Douzet
Nous remercions le personnel de la mairie de Châteauneuf pour son
amabilité, ainsi que Jérôme Fertier pour les anciens
articles de journaux qu’il nous a transmis.
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