L'alchimie
Un document inédit relatif à « Hermès dévoilé » de Cyliani (partie 2)


A la suite des six premières pages de la lettre du Dr Pérard à M. Deyrolles, il nous a paru opérationnel, pour cette deuxième livraison, d’en présenter au lecteur, les cinq dernières pages, et ce, avant les pages centrales du texte.
En effet, ces dernières sont annotées en marge de lettres majuscules allant de A à Q, accompagnées de passages soulignés dans le texte.
Les cinq pages que nous proposons aujourd’hui contiennent l’explication de ces annotations, que M. Pérard avait reportées en fin de missive. Il nous a paru utile, pour une meilleure compréhension des commentaires de M. Pérard, de produire ces éclaircissements en premier.
D’autre part, en ce qui concerne la « personnalité physico-historique » de l’auteur d’Hermès Dévoilé, le rapprochement entre Cyliani et Cyllène, le Mont Mercure – du grec Kylléné – ne nous apprendra, à priori, rien.
Ce mont est l’un des sommets du Péloponnèse, d’une altitude de 2374 m, situé à la frontière entre l’ARCADIE et l’Achaïe.

C’est sur ce mont que Maïa donna naissance au Dieu Hermès, dont l’adjectif cyllénien est l’un des épithètes.
Il ne sera pas inintéressant de noter que « la COLLINE sur laquelle est bâtie Montpellier renferme du Mercure coulant, aussi bien que les terres des environs » (œuvres complètes de Buffar et Histoire Naturelle du Languedoc, par A. Gensanne, TI p.252). « Ce mercure se trouve depuis le Mas-de-l’Eglise jusqu’à Oulargues et Colombières… la qualité du terroir, au pied de ces MONTAGNES, consiste en roches ardoisées BLANCHATRES ; elles sont entremêlées de quelques bancs de GRANIT très CALQUEUX » (Idem, TII, p.214)
Est-il besoin de préciser que les mines de mercure vierge, dans lesquelles on trouve le mercure coulant, sont excessivement rares ? Le site de Montpellier a fait l’objet d’étude de nombreux savants : M. Sauvage, Marcel de Serr, Galéatti, Burr, etc…
Cette mine (due à un phénomène de SUBLIMATION retenue dans de l’argile et des bancs de sable) est-elle à l’origine du fait que Montpellier était une célèbre Université de Médecine, particulièrement réputée pour guérir une maladie qui n’est devenue que trop fameuse ?

Cyliani raconte comment l’on tenta de l’empoisonner au sublimé corrosif : veut-il dire par là que le produit était facilement fabricable dans sa région et nous « montrer » les contre-poisons – le sel de tartre précipite le sublimé corrosif… - ? D’autre part, il précise utiliser pour une transmutation à froid du mercure coulant…
N’est-il pas suffisant, maintenant, de transcrire ces quelques lignes qui terminent l’avant-dernier paragraphe de l’ouvrage.
« Daignez faire transporter mes dépouilles mortelles sur un lieu à base CALCAIRE, en face d’une petite tourelle…, en bas de laquelle coule un petit ruisseau… fait mouvoir plusieurs moulins ; faites les recouvrir d’un GROS BLOC DE GRANIT dur, très COMMUN dans cette petite ville… voisine du lieu qui me vit naitre… »

M. Chevreuil, de son côté, dans le Journal des Savants, année 1851, se contente de préciser : « En 1832, il parut chez Félix Locquier, rue NOTRE-DAME-DES-VICTOIRES, n° 16, une brochure intitulée : Hermès dévoilé, dans laquelle ‘auteur, qui signe C…, dit avoir opéré enfin une transmutation le JEUDI SAINT 1831, après trente-sept ans d’efforts. Un M. Gilbert, ami de M. Ampère, attaché à la Gazette de France, et auteur de l’article Alchimie du Dictionnaire de Physique Générale, Théorique et Appliquée, publié par Mame se livrait, de notre temps, à des pratiques alchimiques… »
En 1835 fut publié le prospectus d’un « Dictionnaire de Physique générale, Théorique et Appliquée » qui devait être formé de 4 volumes. La partie qui en a été imprimée forme 570 pages, contenant les syllabes Abai à Calci, qui ont été écrites par huit auteurs, sous la détection de M. Gilbert ; cette première publication fut sans suite…
Il est temps maintenant que nous laissions le lecteur prendre connaissance des cinq pages qui font l’objet de la livraison de ce jour, tout en lui demandant de méditer sur le rapport entre le Jeudi Saint et la Sainte Messe.

A suivre : 1ere opération Mercure des philosophes

Zéphyrin

Tel est, Monsieur, cet admirable traité. Afin qu’il ne vous manque plus rien pour travailler et réussir pleinement par vous-même, j’ajouterais les indications suivantes au sujet de ce qui pourrait rester obscur dans cet opuscule. Elles correspondent aux passages que j’ai soulignés ainsi qu’aux lettres, mises en regard.

A. Il s’agit de la chaleur très douce du bain-marie.
B. Il faut mettre le « pélican » qui est un vase en verre dans un lieu qui ne soit pas froid.
C. On peut distiller par inclinaison, mais il vaut mieux le faire au moyen d’une petite seringue en verre et le plus doucement possible en ôtant le liquide surnageant, on opère ainsi avec sûreté et précision.
D. Ici il faut atténuer la chaleur du bain-marie le plus possible et jusqu’à une bonne tiédeur.
E. C’est l’esprit astral. Quand on en manque il est toujours facile d’en refaire, mais il faut mieux en avoir une bonne provision d’avance.
F. C’est un terme très élastique et qui est ici non susceptible de précision numérique. Le poids dont il s’agit consiste à éviter d’inonder la matière par les eaux du déluge. –Il faut procéder lentement et progressivement.
G. La meilleure façon de régler le bain-marie consiste à ajouter de l’eau peu à la fois et froide puis à retirer le trop plein du vase contenant le bain-marie.
H. Dans chaque opération complète, les couleurs se suivent dans le même ordre invariable, d’où la recommandation de Cyliani, car, si l’on voyait le rouge avant le noir, c’est que la terre vierge serait brûlée et inutile pour « Le GRAND-ŒUVRE »
I. Cyliani vous reparle ici de son songe, au cours duquel il montre la première solution de la matière de la pierre qui permet l’inion des deux principes métalliques qui sont Mars et Vénus et sont la base du « GRAND-ŒUVRE »
J. Il s’agit ici du printemps philosophique qui marque le début de l’œuvre hermétique.
K. C’est la clé du feu secret qui permet la condensation de l’esprit astral d’une même nature que la pierre.
L. La vertu de cet esprit astral se fortifie par degrés, par une distillation précise au bain-marie répétée sept fois.
M. C’est-à-dire que l’esprit astral a fait passer son feu dans la matière à qui il a communiqué la vie.
N. A partir d’ici, il y a des variations nombreuses dans les méthodes de travail à tel point que c’est la véritable clef des contradictions des philosophes qui n’ont pas travaillé exactement de la même façon quoique les phénomènes et le but final aient bien été les mêmes. – Suivez la méthode de Cyliani, elle est simple et facile et n’embrouille pas.
O. C’est le pourpre de Cassius qu’on trouve tout préparé dans le commerce. Il est donc bien facile de s’en procurer pour quelques francs ce qui suffit amplement.
P. C’est-à-dire desséché à cette petite chaleur de soleil dont je vous ai déjà dit le fin mot.
Q. Ceci est la réponse du véritable praticien aux allégations purement gratuites des imbéciles pontifiants qui n’ont jamais mit la main ailleurs qu’à la plume, en matière d’œuvre hermétique, et qui pourtant se donnent comme adeptes. – Le mode est rempli de livres aussi ridicules que dangereux de ces singuliers crétins.
On y lit que le mercure vulgaire et l’or ne doivent servir ni au commencement, ni au milieu, ni à la fin de l’œuvre et ils en fournissent les meilleures raisons.
Encore un peu et le « Magistère Hermétique » serait comme la Création que Dieu a tirée du Néant. Comme il en est l’image, tous les vrais adeptes l’affirment, il devrait aussi se faire de rien.
O folie logique des sots !!!.... C’est tout dire.
En vérité, la matière première, n’est ni le mercure du commerce ni l’or. C’est un minéral nitreux et salin qui est une sorte de pierre et vous la connaissez bien, car vous m’en avez montré un jour dans le fond de votre jardin, souvenez-vous en.
Mais, la matière première étant convenablement préparée, l’or et le mercure entrent en scène et ont leur utilité, quoique à la rigueur on puisse s’en passer, mais, pas comme les faux adeptes l’entendent.
Ces deux métaux servent à déterminer la pierre à la métalléité, voilà le motif de leur emploi.
En un sens, si le minéral nitreux et salin est le commencement de l’œuvre, l’or et le mercure, en sont le milieu puis la fin, puisqu’on agit sur le mercure pour le transmuer.

Voilà, Monsieur, toute la vérité au sujet du « Magistère Hermétique » que je vous souhaite d’accomplir en toute sincérité.

G. PERARD