Alaise et les secrets… d’ Eleusis

 

Xavier Guichard, né en 1870 à Pesme, Haute Saône, fut directeur de la Police à Paris, et également Vice-Président de la Société Préhistorique de France. Il est connu des historiens et chercheurs par son ouvrage magistral, publié en 1936, ‘ELEUSIS ALESIA – Enquête sur les Origine de la civilisation Européenne’ (ABBEVILLE). Il fréquenta Paul Le Cour, fondateur de la revue Atlantis et cité, notamment, par René Guénon dans ‘Formes Traditionnelles et Cycles Cosmiques’ (NRF – Guallimar).
Son travail d’enquête commence, en 1911, lorsque l’auteur semble deviner que les toponymes ‘ALESIA’ ou ‘ELEUSIS’ pourraient définir, sur le terrain, une position spécifiquement choisie de nom de lieux découlant de ces deux appellations. Pour toute l’Europe il n’y aurait qu’approximativement 400 noms dérivant de ces deux racines étymologiques: Alaise, Allerey, Salins, Calais, Elise, Luze, Luxiol, Luxeuil, etc…
C’est en reliant ces lieux sur des cartes topographiques que l’auteur s’aperçut qu’il pouvait s’agir d’un système de rayonnement ayant pour origine la région de Alaise, près de Besançon. Xavier Guichard définit 24 ‘lignes’ principales dont certaines orientées depuis les équinoxes et Solstices solaires. Ces observations ne peuvent se concevoir sans admettre une conception soigneusement établie à partir d’une parfaite connaissance en planification et astronomie… pourtant difficilement admissible aux temps d’origine des premières implantations de ces lieux-dits!
Un autre auteur, Gaston Georgel, lui aussi supposait que le “centre” de l’Europe se situait pratiquement sur un antique sanctuaire gaulois du nom d’Alaise. D’Alaise à Alésia il n’y avait qu’un pas … mais il s’agissait bien pour G. Georgel du camp retranché de Vercingétorix, par contre l’auteur contestait que ce puisse être l’Alésia surplombant le site d’Alise Ste Reine, reconnu officiellement comme le site de la défaite du célèbre chef gaulois. Gaston Georgel, qui fut lui aussi un grand ami de Paul Le Cour, appuya sa thèse sur les travaux de Xavier Guichard de 1936 : ‘Eleusis-Alsésia’.
Jules Etienne Joseph Quicherat (1814 – 1882), quant à lui, a précédemment cru qu’Alaise était l’Alésia où César assiégea avec succès Vercingétorix. Ce chercheur n’accepta pas d’abord l’hypothèse qu’Alise Sainte-Reine puisse être l’endroit où capitula le chef gaulois. Puis il finit par se ranger derrière les historiens voulant à tous prix d’un Alésia célébré là où officiellement il l’est aujourd’hui… Des sondages sommaires furent engagés à Alaise, et les excavations donnèrent de nombreux vestiges effectivement romains que l’ont peu voir au musée de Besançon. Le produits de ces fouilles suggère au moins indiscutablement, qu’Alaise ait été un endroit existant à grande fréquentation pendant l’occupation romaine. Cependant X. Guichard persistait à penser que le réseau dont faisait partie ce site était beaucoup plus ancien que cette période romaine. Non seulement il pensait à une époque préhistorique mais il supposait même que ce système d’alignement pouvait dater de la dernière période glaciaire. Il basait cette conclusion après avoir observé que les origines lointaines de ces noms de lieu cessait d’exister dans les endroits (latitudes) ou l’on est certain que les glaciers recouvraient ces secteurs durant la dernière période glaciaire.

Xavier Guichard affirme qu’en chaque lieu ‘Alésia’ (tous dérivés compris) la ville concernée présente deux propriétés :
-la proximité d’une hauteur conséquente ou d’un fleuve.
-La présence dans le nom topographique d’une racine de base ‘Al’ ou d’une autre dérivant du mot ‘Sel’ (de salaison).
L’auteur estime que le sens du mot ‘med’ aurait pour origine la racine Proto-Indo-Européenne, le nom d’Alès. Celui-ci signifiant ‘un endroit de réunion ou d’étape pour des personnes en déplacement’. Ce fait pourrait ainsi former un réseau préhistorique selon des itinéraires de transport du sel à destination des communautés d’Europe de l’ouest. D’autres scientifiques surnommèrent également ces cheminements ‘rails du sel’.
Une des antiques cités les plus remarquées, dans cet ordre, est Eleusis au nord d’Athènes, qui se trouve également représenter un important lieu de culte et de mystères. Les mystère sacrés d’Eleusis tenus chaque année, en l’honneur de Déméter et sa fille Perséphone, étaient des rites sacrés vénérés répandus dans toute la Grèce antique. D’importants mouvements de foules formaient ce pèlerinage entre les deux villes (Athène et Eleusis) afin de participer aux cérémonies généralement considérées comme les plus élevées du calendrier religieux grec. Tout au long des 18 kilomètres (100 stades) de cette “Voie Sacrée” (Oros-Eleusina) se trouvaient les tombeaux de ceux espérant l’intervention ‘post mortem’ de Déméter déesse d’Eleusis.

Déméter semble donc se trouver en filigrane derrière le terme d’Eleusis… où simplement en être à l’origine ou encore sa déification.
Déméter est la grande déesse Maternelle de la terre (d’ailleurs appelée ‘Terre – Mère), la divinité de la fertilité et celle des mystères d’Eleusis. Pour les romains elle est Cérès déesse du blé. En des temps plus reculés les égyptiens l’identifiait à Isis et pour les phrygiens elle est Cybèle et Rhéa… Déméter dans sa légende comme dans son culte est intimement liée à sa fille Perséphone. Leurs aventures constituent le mythe central de leur légende, celui dont l’initiation aux Mystères d’Eleusis révélait la signification profonde. Déméter eut sa fille enlevée par son oncle Hadès et conduite dans le monde des Ombres. Folle de chagrin Déméter erre par le monde en ayant abandonné ses fonctions de déesse provoquant ainsi sécheresse, perte des récoltes et famines. Elle quitte l’Olympe et cherche Perséphone de par le monde traversant même l’Arcadie pour y affronter son frère Poséidon. Cet épisode donne naissance à une antique initiation dévoilée uniquement lors du rite des ‘Mystères d’Arcadie’ où Déméter apparaît avec une tête de jument. La déesse arrive accablée de chagrin près d’Eleusis accoutrée en vieille femme et se repose près d’un puits mythique dont une des pierres porte encore aujourd’hui le nom de “pierre sans joie”. Surviennent les filles du roi Céléos qui invite Déméter à la cour de leur père pour y trouver refuge. La reine Métanira, la prenant pour une crétoise du nom de Doso, l’accueille en lui offrant une coupe de Kykeon (mélange de pouliot, farine d’orge et eau), puis lui confie la charge de son fils le prince Démophon (ou Triptolème selon une autre version). Celui-ci grandit très rapidement car Déméter, en secret, essayait de le rendre immortel en l’enduisant le jour d’ambroisie et en le mettant dans un feu la nuit, afin de consumer en lui sa partie mortelle. L’intervention inopportune de Métanira fera échouer le rite. Courroucée la déesse reprend son apparence et ordonne au roi Céléos de lui construire un temple à Eleusis. Là, elle lui enseigne les rites nouveaux et secrets en son honneur… ce seront les fameux Mystères d’Eleusis’.
Au prince Triptolème elle laisse la mission d’enseigner l’agriculture aux hommes et pour ce long voyage elle lui prête un char tiré par des dragons ailés… Enfin, aux noces de Cadmos et d’Harmonie Déméter rencontre Iasion et s’unit à lui sur une jachère par trois fois labourée. Elle donne à ce dieu deux fils : Ploutos (la Richesse) et Philoménos (celui qui aime le chant). Ce dernier inventant la charrette fut, en récompense, transformé en constellation : celle du Bouvier (Boutès).

De très nombreux endroits se réclamèrent issus des étapes parsemant la queste de Déméter de la Grèce jusqu’en Gaule. Tous dressèrent des temple où se déroulaient les fameux Mystères. Mystère répartis deux fois l’an selon des Petites et Grandes Eleusinies. Les premières se déroulaient (p216) quinze jours avant l’équinoxe de printemps et ouvraient l’initiation qui s’achevait au Grand Mystère quinze jours avant l’équinoxe d’automne. Ce cérémonial resta immuable durant 12 siècles ! Dès le Grand Mystère accompli l’initié était devenu PARFAIT (ceci nous rappelle le Catharisme !) et totalement libre. Son âme alors dès le souffle rendu “sera parmi les âmes pures des saints, tandis que la multitude de ceux qui ne furent pas initiés et purifiés sur terre sera entassée dans la boue”… on croit entendre, à s’y méprendre, tout un principe de la religion catholique ! Le culte de la Nature qui se retrouve, héritier de la primitive civilisation européenne, à la base de toutes religions de l’Europe antique, avait inspiré les plus anciennes théories philosophiques… comme celle des Pythagoriciens en tous points conforme à l’enseignement d’Eleusis !
Ajoutons, car c’est notoire, que l’initié se devait d’êtreintègre, non violent (retour au catharisme ?), croyant en son âme immortelle en liaison avec l’intelligence universelle, dignité durant toute sa vie terrestre, ne jamais sacrifier d’animaux (encore moins d’humains !) et célébrer seulement la consécration de gâteaux de céréales (ce qui nous rappelle encore le catharisme et… la communion !
Ces traditions mythiques prouvent qu’Eleusis représentait un culte majeur et nous devons nous demander si de semblables sanctuaires pourraient avoir été édifiés sur d’autres ‘lieux Alésiens’. En ce cas, ces emplacements seraient accompagnés de particularités tels la présence caractéristique d’un puits sur le site comme le suppose X. Guichard. Cependant l’histoire des sanctuaires dédiés à Eleusis ne serait identifiable qu’à compter des temps Mycénéens, c’est à dire beaucoup plus récemment que les 12.000 ans d’ancienneté supposés par X. Guichard…

L’ouvrage de Xavier Guichard a été réalisé en 1936 sous forme d’une édition limitée et numérotée. Cependant la plupart de ces livres ont été perdus pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale… années de guerre qui correspondent, hélas, à la fin de la vie de cet auteur oublié. Très peu d’exemplaires de son livre sont répertoriées bien que les travaux de ce chercheur soient rapportés dans plusieurs ouvrages spécialisés. On peut dire qu’il y eut dans le milieu de la géographie sacrée une sorte de culte à cet ouvrage sans discontinué depuis près de 8 décennies. Cependant la reprise souvent répétée d’une même information à eu parfois comme conséquence l’introduction d’erreurs (par déformation et non accès au livre lui-même pour vérification) et une impossibilité à poursuivre la théorie de X. Guichard au delà de ses travaux…
Immense travail que celui de ce chercheur qui met au service de son hypothèse toute sa science d’enquêteur de police. Chaque élément provenant de ce culte à Eleusis est minutieusement répertorié, détaillé et assemblé dans une logique chronologique, historique et géographique de l’Humanité. De ces enseignements il reprend et explique :
-les commentaires de Pythagore sur les mouvement de la terre et du système solaire, puis nous entretient de la “précession des équinoxes”et les premiers tracés d’un arc de méridien terrestre, alors que nous attendrons le 17ème siècle pour voir officialisé ce calcul.
-l’origine antique de la subdivision en 360 degrés, et pourquoi le choix de ce nombre 360.
-Une démonstration fulgurante sur l’observation de l’étoile Polaire… et de la constellation de la grande Ourse dont les étoiles “jamais ne se baignent dans l’Océan”… et comment le “cercle Arctique” dut son nom à cette même Grande Ourse : Arcta en grec !
-Puis le glissement des cultes à Eleusis vers les rites de l’Au Delà dont la pensée sous forme de dogmes et mythes fut ritualisée par cette longue tradition plusieurs fois millénaire ; un parcours fait naturellement par étapes logiques (ce qui n’est toujours le cas en cette matière) : raisonnement métaphysique - étude des phénomènes biologiques – la foi religieuse en l’immortalité de l’âme – conviction que les actes de la vie terrestre sont sanctionnés après une mort rénovatrice – le tout conduisant à une morale naturelle libre de toute propriété… ce qui changera très vite dès l’apparition de toutes les Eglises !
-Le culte à Eleusis à travers son symbole de l’épi de blé : germe de vie dans l’inerte matière et ses rites fondés sur le culte voué aux “bonnes déesse” qui peu à peu deviendront les “bonnes mères”, puis les “vierges noires” matricielles, nourricières, maternelles, consolatrice et régénératrices… Ce qui, pour nous, expliquerait celle de Chartres si peu connue dite “au Christ cornu” et indirectement retour aux dieux d’Egypte et au “grand cocu gaulois”. Ces mêmes gaulois (et celtes) dont les prêtres oubliés nous donnèrent la lieue mesurant nos distances jusqu’au “mètre étalon”…
Que nous reste t’il de cette mémoire sans les rappels éclairés de Xavier Guichard ?

Quant au site d’Alaise, il pose de nombreuses questions. Tout d’abord il est évident que le site d’Alésia près d’Alise Sainte Reine est une ‘invention archéologique’ récente. Il fut instauré sur ce plateau (certes antiquement occupé par les gaulois) pour des raisons de patriotisme dès le gouvernement de Napoléon III. Ne pouvant, ou ne voulant, plus faire machine arrière l’archéologie historique s’acharna avec succès à imposer ce site comme celui du dernier lieu de résistance du farouche chef gaulois Vercingétorix… et de son combat conduit héroïquement jusqu’au sacrifice de sa vie ! Certes… mais on oublie un peu vite que plusieurs tentatives furent engagées pour que soit envisagé l’étude du site d’Alaise comme authentique et unique vestige du combat gaulois pour sa liberté de ce peuple et de son territoire.
Il semble acceptable qu’on ait falsifié quelque peu la réalité. En effet concernant le site d’Alise St Reine A. Piganiol écrit tardivement à propos des preuves accumulées étrangement “les trucages dont on se rendit coupable”. Et tant d’autres erreurs d’être accumulées pour qu’enfin Vercingétorix se défende héroïquement là où les historiens en décidèrent, pour d’inexplicables raisons, et non pour la raison de l’Histoire. On trouve tout au long des numéros 38, 40 et 43 de la revue ‘Les Dossiers de l’Histoire’ de formidables détails sur l’autre possibilité très étayée du site gaulois d’Alaise comme fort probable lieu d’ultime résistance gauloise. Tant et si bien que le Directeur de Publication (Les Dossiers de l’Histoire) Bernard Iselin, à propos du mutisme des autorités face à de récentes découvertes remettant en cause la vérité en la matière, écrit dans le N° 43 : “A tel point qu’il convient de poser désormais avec insistance la question : “Qui a peur de qui ? Qui a peur de quoi ? Qui protège qui ? Qui protège quoi ?” Est-il possible qu’une nouveauté dérange à ce point ? Est-il interdit de remettre en cause une situation donnée lorsqu’on possède des éléments pour y parvenir ?” On croit rêver… et jamais plus il ne sera question de remettre Alésia là où il ne pouvait qu’être… jamais on ne rendit à Vercingétorix ce qui était à Vercingétorix !

Mais revenons au principe d’Alaise lié à Eleusis point centrale des réseaux antiques du sel sous la protection de Déméter. En reprenant certains points de cette étude sommaire nous pourrions poser une autre forme d’étude : Un culte majeur oublié mais pas de tous, un point élevé formant plateau, un puits indispensable, un savoir phénoménal, le rite à une divinité matricielle et féminine dans tous ses aspects, une initiation aux équinoxe, des réseaux routiers du sel (valeur primordiale très convoitée de tous temps), des initiés discrets et secrets, un ordre nouveau lié au cheval, une Eglise qui se veut seule détentrice du savoir, le secret du blé (l’or !), les lieux d’une résistance héroïque, l’Egypte, la Grèce, L’Europe, la France, Chartres, des druides, une Sainte Reine, d’antiques rites religieux interdits ou maudits, le savoir des chiffres et des nombres, des savoirs oubliés et dangereux, les secrets de la Polaire et des Arctiques régions, l’énigme de la Grande Ourse, un Ane d’Or (Apulée), un… poulain, une Déméter, une volonté ministérielle de dissimuler ‘quelque chose’… Alors si nous n’avions pas ici abordé ce travail par le biais de Alaise nous serions, par tous ces éléments curieusement réunis, en pleine histoire de Gisors et d’une autre région nettement plus septentrionale… mais ceci pourrait-il être une autre histoire ou simplement l’Histoire.

Philip Coppens – André Douzet

NB : ELEUSIS ALESIA –1936- est un ouvrage de 560 page en format 19,5 X 27 cm il comprend des dizaines de cartes, tracés, croquis, représentations d’objets et sites. Pour plus de détails concernant une copie se reporter ici.